I. — Diabétiques tuberculeux
La plus grave et la plus fréquente de ces complications est la phtisie pulmonaire.
Les discussions d’autrefois sur la nature de cette phtisie diabétique ne sont plus à reprendre. La constatation du bacille de Koch dans l’expectoration suffit pour montrer qu’elle doit être rattachée à la tuberculose ordinaire.
Tout diabétique qui tousse n’est cependant pas nécessairement atteint de tuberculose pulmonaire. Il existe fréquemment chez les diabétiques une pharyngite chronique avec granulations qui donne lieu à une toux sèche, quinteuse, fatigante, procédant souvent par
quintes très pénibles, et à de véritables accès spasmodiques. Le catarrhe chronique des bronches n’est pas rare non plus dans le diabète goutteux, et nous avons décrit, en particulier chez les femmes, des bronchites simples remarquables par leur ténacité, se localisant même, dans certains cas, à un seul côté de la poitrine. Il faut savoir distinguer ces variétés de bronchite ou de toux de la bronchite tuberculeuse proprement dite. La recherche du bacille de Koch est le meilleur moyen d’établir le diagnostic.
La tuberculose peut se développer à tout âge ; nous avons vu des diabétiques devenir phtisiques à soixante et à soixante-cinq ans. Mais d’une manière générale la phtisie est d’autant plus à craindre que le diabétique est plus jeune etla glycosurie plus intense. C’est donc surtout dans les formes très graves que cette complication est menaçante, et c’est dans ces cas surtout qu’elle apparaît de bonne heure; mais tout diabétique en voie de cachexie est exposé, par le fait même de son épuisement, à voir le bacille tuberculeux envahir ses poumons.
Il faut renoncer chez les diabétiques tuberculeux à l’emploi des alcalins. Il n’y a aucune raison de modifier le régime antidiabétique, dont la sévérité doit rester mesurée à l’intensité de la glycosurie, mais, comme moyen thérapeutique dirigé contre le diabète même, il faut se borner à l’emploi des arsenicaux.
Par contre, il faut insister sur les moyens adjuvants, et en particulier Sur l’huile de foie de morue et sur la glycérine, qui trouvent dans ces cas leur meilleure indication.
D’autre part, il ne faut pas hésiter à combattre la tuberculose par les médicaments usités en pareil cas. La créosote nous paraît l’agent le plus efficace à mettre en œuvre, d’autant mieux, comme nous l’avons dit, que ce médicament a été conseillé comme antizymotique contre la glycosurie même. La créosote remplit donc une double indication. Elle doit être administrée en injections sous-cutanées, aussi bien qu’à l’intérieur, sous forme d’huile ou de glycérine créosotée. Pour les injections, il ne faut pas se laisser arrêter par la crainte de complications locales, abcès, phlegmon gangreneux. En ayant soin d’aseptiser la peau, ces complications ne nous paraissent pas plus à redouter chez les diabétiques que chez les tuberculeux ordinaires.
Cette crainte ne nous arrête pas davantage dans l’emploi des révulsifs locaux, pointes de feu, vésicatoires, etc. A condition qu’il ne s’agisse pas de diabétiques hyp.erglyeosuriques, nous ne voyons aucun inconvénient à prescrire ces moyens, et pour notre part, nous n’avons jamais observé d’accidents à la suite de leur application.
Les eaux minérales fournissent encore une utile médication à conséiller aux diabétiques tuberculeux,
traitement du diabète compliqué 179
car elles agissent à la fois sur le diabète même et sur les phénomènes thoraciques. Nous prescrivons tantôt les bicarbonatées arsenicales de la Bourboule ou du Mont-Dore, tantôt les chlorurées sodiques d’Ems, de Bourbonne, de Baden, quant le diabète tient le premier rang, la tuberculose n’étant encore qu’un épiphénomène menaçant. Quand la phtisie passe décidément au premier plan, nous conseillons plutôt les sulfureuses chaudes de Cauterets et des Eaux-Bonnes ou les sulfureuses froides de Saint-Honoré et d’Allevard.