II. — Diabétiques cardiaques
Nous avons signalé, sous le nom d ’endocardite diabétique, la fréquence des lésions du cœur chez les glycosuriques. Cette endocardite, due à l’action irritante du sucre, porte le plus souvent sur la valvule mitrale, donnant lieu aux signes physiques de l’insuffisance mitrale, mais nous l’avons vue aussi se traduire par une insuffisance aortique et s’accompagner d’aortite avec phénomènes d’angine de poitrine.
L’endocardite diabétique paraît appartenir surtout aux diabètes de longue durée plutôt qu’aux diabètes intenses; nous ne l’avons guère observée que chez des malades ayant passé la quarantaine ; dans un cas, pourtant 1 , nous l’avons notée chez une femme de vingtsept ans, diabétique depuis six ans.
Tant que la lésion est compensée, on peut le plus souvent diriger le traitement comme s’il n’existait pas de souffle cardiaque. Il faut cependant se montrer réservé dans l’emploi des alcalins. L’iodure de potassium trouvera ici son emploi à la dose de 2 grammes par jour, donné d’une manière alternative avec l’arsenic. Il agira en même temps comme alcalin et comme modificateur de l’inflammation chronique de l’endartère et aussi comme modificateur de la tendance à l’oppresr sion et à la dyspnée (G. Sée).
Chez tout diabétique soupçonné ou convaincu de lésion cardiaque, les cures minérales doivent être interdites ; elles ne peuvent que faciliter la débilitation du cœur et hâter l’apparition des phénomènes asystoliques.
Quand le myocarde commence à se fatiguer, quand l’œdème des jambes se montre, il faut se hâter de recourir à la digitale pour prévenir et combattre l’oligurie et l’anurie, qui, en surchargeant le sang du sucre que les reins n’éliminent plus, ajouteraient rapidement à la gravité des accidents cardiaques.
On ne doit même pas craindre de soumettre le malade au régime lacté absolu, en dépit de l’aggravation possible de la glycosurie; cette conduite serait justifiée, à la rigueur, par les faits signalés par Donkin, si nous n’avions vu nous-même, dans un certain nombre de cas, le régime lacté diminuer la glycosurie en dehors de
toute complication cardiaque. Mais, fût-il’ même établi que la glycosurie augmente par ce régime, il faut néanmoins courir au plus pressé et répondre à l’indication la plus urgente qui est d’empêcher l’accumulation du sucre dans l’organisme.
En outre de ces lésions valvulaires, les diabétiques présentent souvent des troubles cardiaques sans souffle, arythmie, irrégularités, faiblesse des battements, tendance à l’asystolie, qui tiennent soit à une surcharge graisseuse du myocarde, soit à la dégénérescence filiroïde du muscle.
Dans ces cas, qui se terminent tantôt par les symptômes de l’asystolie ordinaire, tantôt par des accidents brusques de collapsus représentant une des variétés du coma diabétique, c’est encore à l’iodure de potassium qu’il faut recourir dans les phases simplement fonctionnelles des accidents. Mais, quand les phénomènes graves se produisent, il faut laisser de côté ici la digitale et prescrire les toniques cardiaques ou les stimulants, la caféine ou la strychnine par la méthode hypodermique, les injections sous-cutanées d’éther ou d’huile camphrée, l’acétate d’ammoniaque à l’intérieur.
Ajoutons d’ailleurs que le collapsus diabétique pardonne encore moins que le coma acétonémique proprement dit et que la mort, en pareil cas, n’est qu’une question d’heures.