CURE RADICALE
Le lupus s'étend dans l'immense majorité des cas beaucoup plus en surface qu’en profondeur ; lorsque la lésion locale est assez circonscrite, on conçoit donc qu'il est possible d'enlever d’un bloc toute la néoplasie sans provoquer une perte de substance irréparable. Aussi, de tout temps, la chirurgie s'est-elle efforcée de pratiquer l’ablation des tissus pathologiques, soit au fer rouge, soit au bistouri. Mais ces opérations ne se sont réellement perfectionnées que depuis la pratique de l’asepsie qui a rendu possible les autoplasties et les greftes.
4° CAUTÉRISATIONS PROFONDES
À) Gautères. — Il est une méthode que l'on pratiquait couramment autrefois lorsqu'il s'agissait de détruire un lupus de petite étendue : par l'application d'un fer chauffé au rouge, on produisait une escarre profonde intéressant la partie malade tout entière et débordant un peu sur la peau saine. La plaie guérissait sous l'escarre ; ou bien, si l'escarre tombait prématurément, il se produisait des bourgeons exubérants que l'on aplanissait en les touchant au nitrate d'argent, et la plaie se comblait peu à peu. Les cicatrices qui
ADS
en résultaient étaient souples, d'un blanc mat, très visibles et toujours indélébiles. Lorsque l'escarre avait été suffisamment étendue, il n'y avait pas de repullulation.
Le défaut de cette méthode, c’est non seulement la douleur que provoque l'application du cautère, mais surtout la persistance fâcheuse d'une cicatrice extrèmementapparente. Ajoutons que parfois, lorsque l'escarre avait été profonde, il y avait des pertes de substance difficiles à combler et provoquant des rétractions cicatricielles. Aussi ce procédé est-il actuellement tout à fait abandonné. On lui préfère avec raison l'ablation chirurgicale.
B) Scarifications ignées en masse. — [Le docteur Loin, dans une thèse inaugurale fort intéressante, a exposé tout dernièrement une méthode de traitement du lupus par les scarifications ignées méthodiques, qu'il a pratiquée pendant un an dansle service de M. du Castel à l'hôpital Saint-Louis. (1) |
Elle consiste à tracer sur le lupus, avec la lame de platine d'un galvano-cautère, des incisions profondes allant au besoin jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané, et cela sur toute la surface des tissus malades. Si le lupus est grand, l'intervention peut durer près d'une heure : le patient devra donc être endormi au chloroforme :; si les lésions ont peu d'étendue, on scarifiera
(1) J. Loin. Trait. du lupus luberc. par les Scarifications 1gnées méthodiques. Paris, 1901.
le malade sans l'endormir, ou bien on emploiera comme anesthésique général le chlorure d'éthyle dont l’action serait rapide et fugace. Après cette séance de cautérisation, un pansement humide aseptique est appliqué; une parfaite asepsie est la condition sine qua non de la beauté des cicatrices ; là où il Ya une infection, se formeront des brides et de kéloïdes ; là où l'épidermisation s’est faite aseptiquement, la cicatrice sera souple, non rétractile de la couleur des tissus sains. Il faut environ un mois pour que l'épidermisation s'achève. A ce moment la cicatrice est rouge, parfois saillante et d'un aspect disgracieux, mais elle va en s’améliorant progressivement, et, quelques mois plus tard, elle devient irréprochable.
Cette méthode n'est qu'une ete de la scarification ignée telle que l'avait indiquée E. Besnier. Elle en différe par la points suivants :
1) Cautérisation de toute les néoplasie en bloc ;
2) Cautérisation plus profonde attaquant non seulement les lupômes mais aussi le tissu de sclérose qui les entoure.
3) Pansements aseptiques prolongés jusqu'à l'épidermisation complète, cette asepsie étant la condition absolue du succès ;
4) Nécessité de l'anesthésie générale dans presque tous les cas.
Résultats. — Le nombre des malades traités par le docteur Loin est trop restreint et la date de leur guérison trop proche encore (un an dans le casle plus
probant) pour qu'un jugement définitif puisse être porté sur ce traitement qui semble avoir donné jusqu'ici d'excellents résultats. Toutefois nous ferons remarquerqu il nécessite comme les traitements chirur- D'ICAUX :
L'anesthésie générale :
L'hospitalisation du malade pendant un mois au moins, puisque des pansements aseptiques surveillés soigneusement par le médecin doivent être faits tant que l'épidermisation n’est pas achevée.
Enfin dans la plupart des observations publiées, plusieurs séances ont été nécessaires pour arriver à la guérison totale du [upus.
La supériorité de cette méthode sur l'ablation chirurgicale au bistouri reste donc très problématique.
Elle nous paraît cependant réellement mdiquée dans le cas de lupus rebelle trop étendu pour être enlevé au bistouri, et pourrait alors remplacer avantageusement le raclage généralement employé en cette occurrence.