V. INJECTIONS LOCALES MÉDICAMENTEUSES
Agir directement sur la néoplasie et sur le bacille par des injections portant le médicament au sein même des tissus malades : telle est l'idée séduisante mise en pratique par plusieurs expérimentateurs qui ont tenté de guérir ainsi le lupus.
Les agents employés sont ou des médicaments, ou des sérums.
À. Médicaments.
Galomel. — De toutes les substances essayées, c'est le calomel qui a donné en injections locales les meilleurs résultats, Voici d'après Dubois-Havenith et Asselbergs (1) ce qu'il produit :
L'infiltration lupique pâlit et s'affaisse : les ulcérations se cicatrisent bientôt, puis l'amélioration se continue plus lente, mais incontestable. Ce sont surtout les infiltrats qui subissent les premiers l'influence de ces injections ; mais le tubercule lui-même semble pouvoir participer à la régression générale, puisque quelques guérisons complètes auraient été obtenues : toutefois il convient d’ajouter que si dans certains cas la surface lupique tout entière s'est cicatrisée, jamais la guérison n'a été définitive. On ne saurait donc consi-
(1) Ann. de dermat. et de Syphiligr., janvier 1890.
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dérer le calomel comme un spécifique absolu du lupus puisque souvent des tubercules persistent dans la cicatrice, et qu'au milieu des tissus guéris en apparence on esttoujours exposé à constater des foyers de récidive.
Les expérimentateurs ont été presques unanimes à constater que les injections de calomel amélioraient notablement lesinfiltrats et les ulcérations. M. du Castel et le professeur Fournier (1) pensent pour cette raison que le calomel est indiqué dans le lupus tumidus avec éléphantiasis.
Tel n'est cependant pas l'avis de M. Bertarelli de Milan (2); cet auteur n'aurait pas observé de modifications heureuses chez les lupiques véritables; seuls auraient été améliorés les syphilitiques atteints en même temps de lupus. A son avis, le traitement par le mercure devrait continuer à être considéré comme une sorte de pierre de touche dans les cas de diagnostic douteux entre la bacillose et la syphilis.
C’est néanmoins un fait avéré que le calomel modifie d'une manière très réelle les néoplasies tuberculeuses avec ulcérations et infiltrat profond : mais il ne fait que les améliorer, sans les guérir définitivement.
Presque toutes les autres tentatives d'injections locales médicamenteuses ont été sans résultat thérapeutique, les substances n'ayant donné lieu qu'à une inflammation banale analogue à celle que produit tout corps étranger introduit au sein des tissus vi-
(1) Bull. Soc. dermat., 1808, n° 7, et juin 1890 ; ibid., P. 718. (2) Congrès de Dermatologie. Août 1000.
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vants. Nous n'en citerons que quelques-unes qui ont eu des effets douteux, ou sont encore à l'étude.
L'huile grise a été préconisée par Creutzer de Lille et Deutsch. Les faits publiés sont peu concluants.
Auspitz, puis Schiff, ont traite les nodosités lupiques en inoculant dans chaque nodule de la o/ycérine iodée avec une seringue de Pravaz. Ils ne paraissent pas avoir persisté dans cette voie.
B. Sérums.
Des essais de sérothérapie ont été également faits à titre de traitement local; nous en avons déjà parlé plus haut à propos du traitement général par les sérums. Tous ont du reste échoué.
Nous ne rappellerons que pour mémoire les tentatives de ‘Tommasolli par le sérum de chien ; de MM. Hallopeau et Roger par les toxines streptococciques ; de MM. Broca et À. Charrin par le sérum de chien tuberculeux ; de M. Hirschfelder, dans le service de M. Hallopeau, par l'oxytuberculine. Toutes ont donné des améliorations passagères. Aucune n'a produit de résultat durable.
En somme, cette méthode des injections locales médicamenteuses, si séduisante en apparence, est loin d'avoir donné les résultats qu'on pouvait en attendre. À peine est on autorisé à considérer quelques-unes d'elles comme pouvant être dans certains cas un adjuvant utile d’un traitement plus énergique.
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