CHAPITRE II
SYMPTOMATOLOGIE.
Le trail caractéristique clinique du spasme de l’œsophage est la dysphagie non douloureuse. L'instantanéité, la brusquerie avec laquelle elle s’installe est son caractère le plus fixe, le plus constant. Il n’est pas rare en effet, de la voir se produire au moment des repas : tout au moins, c’estalors qu’elle devient appréciable le plus souvent, si bien que ceux qui en sont affectés dans ces conditions croient qu'un aliment, qu’une parcelle d’aliment, que « quelque chose s’est arrêté là » dans l’œosphage. Nous avons vu des malades venir à la clinique spéciale de l'Hôtel-Dieu, demander l’ablation d’une arête de poisson, d’une croûte de pain n’existant que dans leur imagination, c’est qu’en effet, l'œsophagisme fait éprouver des sensations anormales sensation de boule, qui monte plus souvent qu'elle ne descend, sensation d’œuf de pigeon avalé, comme disait Hoffmann, sensation de cheveux à la gorge comme nous l'avons entendu, sensation de peau assez fréquemment (Garel), sensation d’épingles en avalant (5 obs. de Dunn).Ce n’est alors que de l’œsophagisme très atténué, qui peut ne pas amener de troubles marqués dans la
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déglutition. Les uns se plaignent de resserrement au niveau du pharynx, où plus bas, où niveau du cardia (obs. de Roux); d’autres accusent une douleur comparable à ” une griffe qui les saisirait avec la rapidité de l'électricité ” (Osgood!), douleur survenant rarement au début de l'æœsophagisme, mais plus lard, s’irradiant du côlé de l’épigastre ou du côté de la région interscapulaire.
Il est des malades qui attirent l'attention sur une sécheresse dela bouche en même temps que sur la difficulté qu'ils ont pour avaler (obs. III); 1l se fait une suspension de l’action sécrétoire des glandes salivaires empêchant la lubréfaction du bol alimentaire. A ces caractères de la dysphagie on doit en ajouter d’autres qui sont des mânifestalions capricieuses de cette affection. Disons tout d’abord que, parmi les aliments, tous ne sont pas également arrêtés par le spasme. Des morceaux de pain finement coupés n'étaient avalés qu'avec peine, alors que de plus gros ne provoquaient aucun accident (Garel). Depuis trois ans la malade de l'observation XXI n'avait pu avaler de la croûte de pain. Mondière cite le cas d’une femme qui pouvait tout avaler, excepté une hostie; Zimmerman celui d’un malade qui ne pouvait avaler que le bouillon.
La température a aussi une influence marquée : les uns ne peuvent ingérer que des aliments chauds (Eselnius), d’autres que des froids (Spring, Monro). Quant aux liquides, ils provoquent généralement moins le spasme que les solides. Pourtant le spasme avait une
! Boston, Journal of laryng. and. rhinol, 1889, n° 10.
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prédilection telle pour les liquides chez le malade de l'observation XII que, pour faire accepter le potage par son œsophage, 1l était obligé d’avoir recours à une sorte de subterfuge en y mettant quelques lamelles de pain.En revanche,dans l'observation IV ,on voit que les aliments solides ne pouvaient être avalés qu'avec l’aide d’une grande quantité de liquide. La difficulté pour la déglutition de la salive est souvent le seul symptôme accusé par le malade. L'observation IT se rattachant à un cas de ce genre est intéressante aussi par la réunion chez le même sujet d'un spasme œsophagien et d’un laryngo-spasme unmilatéral intermittent.
Enfin, dans certains cas, le spasme est absolument infranchissable aux liquides aussi bien qu'aux solides. Il se produit alors des régurgitations pendant le repas ou quelques heures après, suivant que le rétrécissement spasmodique se trouve au niveau de la portion supérieure ou inférieure de l’œsophage et qu'il y a dilatation ou non en amont de l'obstacle.
S'il y a dilatation, les aliments ressortent plus ou moins modifiés, parfois teintés de sang (Broca, Raynaud), parfois mélangés à des mucosités abondantes, comme cela a été observé par tous les auteurs{obs. 1).
Cette dysphagie est remarquablement sujette à des exacerbations subites et à des, rémissions fréquentes, procédant par paroxysmes que séparent des périodes d’accalmie.
Nous savons bien que l'affection est le plus souvent passagère, qu’elle ne dépasse pas ordinairement deux ou trois mois.
Quelques observateurs seulement l'ont vue persister
Le ie pendant de longues années, vingt ans (Raynaud) : trente ans (Lassègue).
Toutefois, sans vouloir donner une statistique, voici ce que nous constatons dans les observations que nous
avons entre les mains :
Chez 3 malades le début remonte à 1 an à
SD ER re D — 6 — à 3 — PRE) Li nr à 4 — — I — — à D — — I — — à 6 —
Chez les autres la date du début est entre quelques : jours el six mois, On pourrait rapprocher certains de ces cas de l'œsophagisme chronique décrit par Trousseau, Béhier*?, Follin. Mais ces auteurs croient que ces rétrécissements spasmodiques de longue durée ne sont peut-être pas autre chose que des poches ŒœSsOphagiennes. |
On comprend mieux, et c’est l'opinion qui règne aujourd’hui, que l’œsophagisme prolongé conduise luimême à l’ectasie de l’œsophage ; encore cette cctasie ne se produit-elle que dans certaines conditions. Malgré la longue durée du spasme, la plupart du temps le bon état général se conserve. Toutefois, du fait de son retrécissement spasmodique, le malade dans certains cas serait voué fatalement à l’inanition sans le secours d’une intervention énergique et rapide. Dans
1 Gaz. des hôpitaux, 1848.
? Conf. de clin. méd., Paris, 1864.
les cas d'œsophagisme grave, on peut voir, en effet, le sujet se présenter avec le teint terreux, faisant songer au teint « jaune paille », sans qu'il puisse toutefois donner le change. On sera frappé peut-être de la sénilité prématurée de ces malades, ils aceuseront un dépérissement, une faiblesse extrême, un amaigrissement considérable et rapide, comme chez la malade de l’observation XXV qui avait perdu 22 kilos de son poids en trois mois seulement. De l’essoufflement, des palpitations sont parfois constatées avec même un peu de suffusion séreuse aux malléoles, si bien que la première idée est que l’on est en présence d’un sujet miné par quelque diathèse grave, la tuberculose ou le cancer.
Nous serions ainsi conduit à faire le diagnostic de l’œsophagisme, mais nous nous écarterions de la ligne tracée ; nous devons donc étudier le traitement par la faradisation après avoir passé en revue les moyens thérapeutiques employés contre l’œsophagisme.