LA MÉTHODE DE BACCELLI ET LE TÉTANOS HUMAIN
La méthode générale du traitement de Baccelli consiste à injecter sous la peau des tétaniques de l’acide phénique en solution à 2 à 3 pour 100. On ne conseille pas d'administrer l'acide phénique par la bouche, en lavements où en applications externes. Il est préférable d'employer toujours la solution aqueuse en injeclion sous-culanée. Dans des circonstances spéciales, on a pu faire des injections profondes à 10 pour 100 d'huile d'olive phéniquée, dont on injectait 2 à 3 centimètres cubes, deux à quatre fois par Jour; de cette façon, la tolérance est plus grande, l’action plus lente est graduée, el on a pu ainsi arriver à injecter 1 gramme d'acide phénique par jour en peu de fois. Avec cette formule, dans le cas de phénomènes de collapsus, on à pu associer le camphre dans les proportions de l'acide phénique.
La solution aqueuse est la plus généralement employée, les solutions aqueuses phéniquées préparées à l'alcool sont beaucoup plus irrilantes que celles dans lesquelles la dissolution de l'acide est favorisée par la
Le
olyeérine.
ne |
Les injections sont pratiquées plusieurs fois par jour. toutes les deux, trois où quatre heures, jusqu'à la fin du télanos (vingt jours et plus). Ghaque injection contient 3 centigrammes à 4 cenligrammes d'acide phénique : la dose journalière est d'environ 30 centigrammes. Dans mainte observation cette dose a été de beaucoup dépassée, Cervellini faisait les injections toutes les deux heures. Matin et soir il donnait un grand bain de 40 degrés pendant deux heures. Au bout de quatre jours l’amélioration se produisait, el on pouvait espacer les injections.
Ascoh, dans une observation, a porté les doses jusqu'à 72 cenligrammes en vingt-qualre heures. Pour Favero, il faut donner r centigramme d’acide phénique par kilogramme d'individu.
Les injections se pratiquent plus où moins loin du siège de la blessure, cela ne semble pas avoir grande importance.
Suivant la gravité des cas, suivant l’état d'amélioration ou d'aggravation que l’on observe, on diminue ou on augmente les doses d'acide phénique, soit en faisant varier le titre des solutions, soit en espaçant ou en rapprochant l'intervalle de temps compris entre chaque injection. Mais en général il est inutile, même dans les cas très graves, de dépasser la dose de 72 centigrammes d'acide pbhénique par jour. Fioroli conseille d'aller jusqu'à 3 grammes, mais avec une semblable dose le traitement devient dangereux.
L'organisme semble très bien supporter l'acide phénique en injection; c'est ainsi qu'il n’est pas rare de voir des cas où le traitement fut continué sans inter-
Ho
ruplion pendant trente et même quarante Jours, ce qui donne un total de 12 à 16 grammes d'acide phénique injecté au malade pendant le cours de la maladie, en prenant comme moyenne la dose journalière de 40 cenligrammes. Malgré ces doses énormes d'acide phénique les lésions rénales sont rares, et même il n’est pas fréquent de voir les urines présenter la coloration brun noirâtre.
Tout récemment, Montebelli a rapporté l'histoire de trois cas de tétanos guéris par la méthode de Baccelli: on trouvera l’une de ces trois observations résumée plus loin.
Dans ces cas, Montebelli a donné à ses malades. tout le temps pendant lequel ils ont été soumis aux injections d'acide phénique, une dose journalière de 0 grammes de sulfate de soude, ainsi que le conseille Réale dans ses Recherches sur l'éliminalion de l'acide phénique par l'organisme.
Grâce à la présence du sulfate de soude, il se trouve dans l’économie de l'acide sulfurique en excès ; or, on sait que l'acide phénique se transforme dans l'organisme, et spécialement dans le foie, en un phénosulfate alcalin, combinaison inoffensive ; la présence d'acide sulfurique en excès favorise donc celte combinaison, et l'on évite ainsi les phénomènes d'intoxiation. Pour introduire de lacide sulfurique en excès dans l'organisme, on pourra donner soit du sulfate de soude, soit de la limonade sulfurique. suivant qu'il existe de la constipation ou de la diarrhée. Montebellt croit que c'est grâce à l'absorption journalière de sulfate de soude que l'un de ses malades a pu sup-
=: 29 ea
porter pendant quarante et un jours une dose de 65 centigrammes, ce qui fait un total de 26 grammes d'acide phénique. Le malade n'a présenté aucun signe d’altération rénale ni de coloration noiïrätre des urines.
Suivant les remarques mêmes de Baccelli, il semble même que la tolérance des tétaniques pour l'acide phénique aille toujours en augmentant. Les hommes supportent une plus forte dose que les femmes et les en-
fants.
Quel est le lieu d'élimination de tout cet acide phénique introduit dans l'organisme? Pour Faivre, dans sa thèse de Bordeaux, 1888, l'acide phénique paraît s’éliminer par les divers émonctoires de l’économie, mais surtout par les reins. C’est donc dans l'urine qu’il faut le rechercher de préférence, à l’état de substance phénolformatrice et le plus souvent de phénylsulfate alcalin de potasse, formé par la combinaison de cet acide avec les sulfates de l'organisme.
Malgré la quantité d’acide phénique administrée, les urines examinées fréquemment dans diverses observalions n'ont présenté aucun changement de coloration dans aucune période du traitement. Puisque dans aueun moment ils n'ont surpris le remède dans l'urine, Périconne et Sapuppo considèrent que l'élimination de l'acide phénique doit se faire par une autre voie d'excrétion de l'organisme, el avancent l'hypothèse que l'acide phénique s'élimine, en bonne partie, soil en nature, soit, après transformations nécessaires, en bonne partie avec la sueur qui s'écoule abondamment
du corps du tétanique,
Au point de vue local, le seul inconvément de linjecüon est de déterminer une douleur cuisante, une sensation de brûlure d'intensité variable : la douleur provoquée est d’ailleurs passagère et diminuée encore par l'adjonction de glycérine ou de camphre. Cette sensation est suivie d’une action calmante, topigène, très manifeste dans le cas d'accidents locaux douloureux : l'injection est légèrement anesthésique, analgésique et antiphlogistique ; l'injection faite ne peut produire d'accidents locaux qu'en cas de faute contre l'asepsie ; une région œdématiée par l'albuminurie doit cependant être évilée.
Malgré la grande tolérance que l'organisme des tétaniques manifeste pour l'acide phénique, les injections d'acide phénique exigent une continuelle surveillance de la part du médecin, pour éviter toute intoxication.
Cependant ces phénomènes d'intoxication sont rares, et dans les diverses observalions que nous avons
recueillies
, on ne relève que certains méfaits peu
graves d'ailleurs, dus à des doses prolongées d'acide phénique. C'est bien à l'acide phénique que l'on doit impulter, 1l semble, cette éruption scarlatiniforme signalée dans l'observation prise dans le service de M. le professeur Poncet. C’est peut-être à l'acide phénique que l’on doit attribuer le délire qui précéda la mort dans l'observation de Loglio. Dans le cas de Conti, où l'acide phénique fut administré à la dose de 25 centigrammes pro die, l’intoxicalion se manifesta par du strabisme et une éruption morbiforme.
Ces rares faits sans gravité ne témoignent pas contre l'emploi de l'acide phénique, devant surtout ces nom.
on —
breux cas où son usage, malgré des doses longuement répétées, ne produisitni éruption, ni irritation locale, ni apparition de l'acide phénique dans l'urine, en un mot, aucun symptôme d'inloxicalion.
Tout en surveillant d’ailleurs {out phénomène d'intoxicalion, 1l sera bon d'ajouter au traitement par les injections phéniquées, 4 à 6 centigrammes de morphine par Jour.
Après avoir passé en revue la méthode de traitement, sa facilité, la tolérance des télaniques pour l'acide phénique, nous allons, par l'étude générale des propriétés de ce remède, voir si son emploi est justifié, et si les stalistiques l’encouragent.