EAU DE MER
températures tendent ainsi à s’équilibrer et c’est le froid réel de l’air qui fait croire à la chaleur apparente de l’eau.
2° C’est donc une erreur de croire que la température de la mer est toujours inférieure à celle de l’air. La vérité est que, dans les températures moyennes de la saison des bains, aux alentours de 20 degrés, celle de l’eau esL généralement, un peu au-dessous de celle de l’air de 1 à 3 degrés. Ces résultats varient d’ailleurs avec les stations. Il va de soi qu’ils ne sont pas les mêmes à. Alger, à Yenise et. à Nice qu’à Berck, Dunkerque, Ostende, Scheveningue. Le fait général à retenir, c’est que la température de l’eau de mer est sinon constante, au moins peu variable en chaque point. Le plus souvent elle est un peu inférieure à celle de l’air, c’est ce qu’il faut pour prendre un bon bain au début de la saison. Plus tard quand le baigneur est plus acclimaté, il supporte des .différences plus considérables, surtout quand la lame fouette la peau avec force et facilite ainsi une rapide réaction.
La température moyenne de l’eau est, pendant
la saison des bains :
Pour la Manche.18 degrés
Pour l’Océan.20 —
Pour la Méditerranée.22 —
3° Mouvement. — Même lorsqu’elle est calme, la mer est animée d’un mouvement incessant qui est surtout appréciable lorsqu’il y a de la vague ou de la houle. Ce mouvement exerce sur le corps une action, qui se rapproche de celle du massage. Lorsque la vague déferle, elle constitue la meilleure
des douches. Les vagues de la mer du Nord et de l’Océan sont plus fortes que celles de la Méditerranée et de la Baltique. D’une façon générale, la vitesse et la projection des vagues dépendent beaucoup de la direction du vent, c’est-à-dire selon que celui-ci vient seconder ou contrarier la marée. Pour que le bain de mer ait toute son action, il est nécessaire que l’eau soit un peu agitée; toutefois on évitera les fortes vagues aux enfants et aux sujets délicats. Elles pourraient leur causer des suffocations ou des palpitations.
Précautions à prendre :
1° Avant le- bain. — On ne devra jamais faire baigner les malades dès leur arrivée à la mer. Il faut attendre pour cela environ quatre à cinq jours; alors, à ce moment, l’acclimatement est fait et l’on n’a plus à redouter les quelques phénomènes d’intolérance dont nous avons parlé.
Mais, d’une façon générale, on ne devra jamais faire prendre le premier bain par un temps de pluie ou par une mer forte, sous peine d’exposer l’enfant à ces petits accidents de début dont nous avons parlé, tels que coryza, angine, mouvement fébrile, léger.
Pour ce qui concerne les enfants lymphatiques, il n’y a pas à tenir compte du jeune âge; toutefois, si l’enfant est très jeune et si le temps est très mauvais, on pourra commencer par des bains de mer chauds et l’on arrivera progressivement aux bains froids. On débute alors par une simple immersion et peu
à peu l’on arrive à donner des bains de deux, trois, cinq minutes. On devra toujours tenir compte de l’impressionnabililé de l’enfant, et s’il manifeste une trop grande répugnance, on devra l’habituer peu à peu au contact de l’eau. Pour cela, il y a deux façons de procéder, selon l’âge du sujet.
a. — Si l’enfant est très jeune, on commence par le faire jouer sur le sable, on lui fait toucher l’eau avec les pieds et les mains, on lui montre les autres enfants qui se baignent avec plaisir, et au bout de plusieurs jours on arrive par la persuasion à le décider à se plonger dans l’eau, mais l’on ne doit jamais employer la violence.
On commence alors par une simple immersion, à la suite de laquelle on le sort tout à fait de l’eau, afin de lui donner le temps de se remettre du spasme qui s’empare à un plus ou moins haut degré de tout baigneur non aguerri. Puis on recommence le lendemain, si l’enfant ne montre pas trop de répugnance. Autrement on laisserait passer un jour ou deux avant de renouvèler l'épreuve (Lemarchand).
b. — Si l’enfant a sept à huit ans et s’il existe un établissement d’hydrothérapie marine, on pourra procéder différemment. On commencera par lui faire des lotions fraîches dont on abaissera peu à peu la température jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait froide. Ces lotions seront suivies de frictions sèches. Ensuite on donnera des douches chaudes terminées par un jet froid. On arrivera progressivement à la douche tout à fait froide et, alors, de là au bain il n’y a qu’un pas.
Age. — L’âge auquel les enfants peuvent prendre
un bain est l’objet de divergences assez grandes parmi les médecins. Les uns n’admettent pas qu’on fasse prendre aux enfants des bains de mer froids avant l’âge de deux ans; d’autres avant quatre ans; d’autres avant six ou sept ans. Il est bien difficile de fixer un âge minimum immuable. En ce qui concerne les sujets lymphatiques, on peut dire que ce sont ceux qui supportent le mieux la mer et qu’on aura tout avantage à leur faire prendre des bains, quand le médecin de la station maritime jugera qu’ils pourront le faire sans inconvénient.
Heure du bain. — Les enfants ne devront jamais se baigner à jeun, sinon il arrive très souvent que la ^réaction se fait mal. Toutefois ils ne devront prendre qu’un repas très léger et ne se baigner qu’une heure après. Quant aux adultes, il sera préférable qu’ils ne se baignent qu’à jeun. Mais comme l’heure du bain est subordonnée à celle de la marée, on ne se mettra à l’eau qu’une heure ou deux après un léger repas et trois ou quatre heures après un déjeuner copieux.
Le moment de la journée qui est le plus favorable pour le bain est compris entre 10 heures du matin et 5 heures du soir, mais on choisira toujours l’heure de la marée montante. Si l’on prenait le bain à une heure plus proche du lever, on se trouverait à ce moment où la peau, tout imprégnée encore* de la chaleur du lit, présente une sensibilité trop grande pour le froid. De même, après le coucher du soleil, l’humidité de l’air et sa basse température ne sont pas favorables à la réaction.
Manière d’entrer dans, l’eau. — Quand l’on va entrer, dans l’eau, il ne faut pas avoir froid, il faut
plutôt marcher un peu, se remuer de façon à ce qu’il y ait de la moiteur à la peau, parce que l’on accumule ainsi une somme plus grande de résis^ tance au froid et que la réaction se trouve de ce fait plus facilitée.
Dès que l’on est arrivé au bord de l’eau, il faut se déshabiller rapidement et entrer de suite dans la mer. Mais il y a à cet égard diverses manières d’entrer dans l’eau, et il est loin d’être indifférent d’adopter l’une ou l’autre. En principe, il faut que tout le corps, y compris la tête, soit mouillé en même temps. Pour les adultes ou pour les enfants au-dessus de sept à huit ans, il est assez facile d’obtenir ce résultat.
Mais pour les enfants plus jeunes ou pour ceux qui sont très pusillanimes, on doit y arriver d'une façon détournée. Pour cela, on les confie à un baigneur qui peut procéder de deux façons : ou bien il pratique l 'affusion qui consiste à verser sur la tête plusieurs seaux d’eau en prescrivant au malade de s’avancer et de s’accroupir afin de se mouiller complètement; ou bien il fait faire 1 e plongeon, c’est-àdire que, prenant le malade sur ses bras, et s’avançant jusqu’à la ceinture, il l’enfonce horizontalement entre deux eaux et répète ainsi cette manœuvre un plus ou moins grand nombre de fois. Mais ce que l’on ne devra jamais tolérer, c’est de laisser les malades entrer dans l’eau lentement en se mouillant peu à peu les différentes parties du corps.
En somme, la meilleure façon d’entrer dans l’eau c’est, pour ceux qui savent nager, de plonger tout le fcorps d’un seul coup dans la mer, et poiii» ceux qui ne savent pas nager, de courir rapidement au-devant
île l’eau et, quand on en a à moitié du corps, de se mettre à genoux en inclinant la tête en avant et de recevoir ainsi le choc de plusieurs lames, puis, lorsqu’on s’est habitué au nouveau milieu dans lequel on se trouve, on continue à prendre son bain comme on le veut. Il faut cependant éviter de sortir et de rentrer dans l’eau à plusieurs reprises, parce que l’on contrarie ainsi la réaction.
2° Pendant le bain. — tJne fois dans 1 eau, il ne faut pas rester immobile : il faut, ou bien nager, ou bien se remuer le plus possible, s’enfoncer jusqu au cou, se relever en s’exposant à la lame, en répétant ces mouvements tout le temps qu’on reste dans l’eau.
La durée du bain est subordonnée à l’âge. Toutefois il est un principe dont on ne doit jamais se départir, c’est que l’on doit sortir de l’eau avant d’éprouver le second frisson, c’est-à-dire celui qui survient au bout d’un certain temps quand l’on est resté trop longtemps dans l’eau, temps qui varie selon les sujets. S’il n’y a pas lieu de tenir compte du premier frisson, qui survient quand on entre dans l’eau, l’on ne doit jamais négliger le second, car c’est un signe que le bain a été trop prolongé et que, par conséquent, on doit sortir immédiatement. A plus forte raison ne doit-on pas attendre que le malade grelotte et devienne verdâtre comme on voit trop souvent le faire à des gens inexpérimentés. Pour les très jeunes enfants la durée du bain doit être extrêmement courte, on se bornera à quelques immersions, « three dips and out » (1).