IV. — Osteogenèse
Ogservarion XVII
De la nécessité de conserver certaines esquilles pour servir de quide à la consolidation dans les fractures du marxillaire inférieur.
D..., Jean, vingt ans, caporal au ...e d'infanterie, a été blessé à l'attaque d’une tranchée, le 5 août 1916, aux Eparges, par balle de revolver tirée à bout portant.
Après pansement sommaire, il a été évacué à Bar-le-Duc, où il est resté sept jours, puis à Romans, d’où il a été envoyé au centre de stomatologie de Lyon le 1° septembre 1916.
Examen clinique. — Le projectile entre à 1 centimètre en dessous de la commissure labiale gauche, traverse
us d'avant en arrière la moitié gauche de la face pour sortir dans la région cervicale, au niveau du bord postérieur du sterno-cleido-mastoïdien à l’union de son tiers supérieur et du tiers moyen. Dans son trajet, la balle brise le maxillaire inférieur au niveau de la première molaire gauche, le trait de fracture semble oblique d'avant en arrière et de haut en
bas, il se dirige de la première molaire jusqu’à l’angle. Les.
molaires inférieure gauches ont été découronnées; il existe une latéro-déviation de l’arcade dentaire inférieure à gauche avec chevauchement de l’arcade supérieure au niveau des prémolaires gauches. La palpation révèle la présence de plusieurs esquilles, dont quelques-unes doivent être en voie de nécrose et produisent une suppuration abondante.
On fait faire une radiographie à la Brasserle du Pare (8780) qui révèle une fracture comminutive de l'angle gauche du maxillaire inférieur avec nombreuses esquilles.
On décide donc d'intervenir pour supprimer la cause de la suppuration. En même temps, on fait préparer les appareils nécessaires à la réduction du fragment droit de l'arcade dentaire (ancrage inter-maxillaire avec fraction de gauche à droite).
Le 13 septembre 1916,sous anesthésie générale (D' Pont), extraction par voie externe des esquilles révélées par la radiographie. Le volumineux fragment triangulaire qui paraît intimement lié au périoste est laissé en place pour servir de guide au cal osseux. On fait un tamponnemént 1odé. }
Le jour suivant l'intervention, on procède à la réduction de l’arcade dentaire.
Lorsque la réduction fut parfaite et que la suppuration eut disparu, le 5 octobre 1916, le maxillaire inférieur fut immobilisé par le procédé du bloquage pendant quarantecinq jours. Le 20 novembre, on libère le maxillaire inférieur et on constate qu'il n'existe plus d'immobilité anormale au niveau du foyer de fracture.
On fait faire une nouvelle radiographie,
ma
Cette radiographie révèle une perte de substance de l'angle du maxillaire, mais il paraît exister un pont osseux étroit (7 à 8 millimètres) unissant la branche montante à la branche horizontale.
Le blessé peut donc être considéré comme guéri et va
être envoyé en convalescence.
OgservarTIoN XVIII
Régénération osseuse.
M. le capitaine P..., quarante-deux ans, du ...‘ d'infanterie, blessé le 22 décembre 1915 à l'Hartmann, par éclats, présentait à son arrivée au centre de stomatologie de
- Lyon, une plaie partant du bord libre de la lèvre inférieure, s'étendant sur toute la hauteur de la région mentonnière. Le maxillaire inférieur était fracturé au niveau de l’incisive latérale gauche avec perte de cette dent. Un autre trait de fracture isole la canine et la première prémolaire droite.
Hématome de la région sublinguale et suppuration abondante. La phonation et la déglutition sont gênées par suite de la présence d’esquilles et de projectiles dans le plancher buceal. $
Radiographie d'urgence à l'hôpital Desgenettes.
Cette radiographie révèle une fracture symphysaire du maxillaire inférieur avec perte de substance osseuse et présence de deux éclats (24 décembre 1915). |
Le 3 janvier 1916, sous anesthésie générale, extraction des projectiles montrés par la radiographie, ainsi que de quelques esquilles mobiles. On enlève également le bloc osseux supportant la canine et la première prémolaire droite qui était en voie de nécrose. Le lendemain, pose d’un arc d'Angle pour mobiliser les deux fragments.
Vingt-deux jours après la blessure, le blessé fait une hémorragie secondaire de l'artère dentaire inférieure. On fait l’hémostase par un tamponnement serré.
A la même époque, 20 janvier 1916, par suite de déglu-
tition septique, le blessé fait un foyer de pneumonie qui cède d’ailleurs rapidement par un traitement approprié. Lorsque l’état général du blessé fut satisfaisant, et lorsque la suppuration eut disparu, on fait l'immobilisation du maxillaire inférieur par le procédé du bloquage (5 mars 1916).
Une radiographie faite à ce moment révèle une zone de décalcification des fragments.
On laisse l'appareil de bloquage jusqu’au 3 mai. Le 17, on enlève l'are du maxillaire inférieur et on constate une mobilité anormale au nivean du foyer de fracture. On fait faire une nouvelle radiographie. D'après cette épreuve, la perte de substance serait moins considérable, mais il n’y a pas de cal osseux visible.
On décide alors de faire un nouveau bloquage pour essayer d'obtenir la formation d’un cal, l’état général du blessé est d’ailleurs excellent. Cette deuxième épreuve fut d'une durée de quarante-six Jours, après quoi on enlève les appareils en laissant seulement l'arc du maxillaire inférieur.
Radiographie en date du 18 juillet 1916, montre alors la formation d’un cal osseux et indique que la fracture n'est pas loin de consolidation. ;
Le blessé est alors envoyé en convalescence d’un mois.
Le 28 août, à son retour, on enlève l’are de contention, on fait l'extraction de l’incisive latérale inférieure gauche et on renvoie cet officier en convalescence pour deux mois.
Le 4 novembre, là fracture est consolidée parfaitement ; il existe bien une perte de substance sur la hauteur du corps de l'os, mais, par contre, le cal est plus volumineux et plus riche en sel calcaire.
On peut donc considérer la fracture comme guérie et le blessé va recevoir un appareil de prothèse restauratrice assurant néanmoins la contention des fragments afin de permettre au cal de se développer.
Cette observation de régénération osseuse ét une des plus typiques que nous ayons observées, elle montre l’effi-