INTRODUCTION
Le traitement opératoire des fractures est de date relativement récente. À Lambotte revient l'honneur d’avoir, grâce à un outillage remarquallement ingénieux, donné à cette chirurgie toute spéciale un immense intérêt.
Trop de chirurgiens sont restés indifférents envers les fractures, dans les services hospitaliers. Il est, en effet, d'usage de poser le diagnostic aussi exact que possible du traumatisme osseux par la radiographie et la clinique associées. On réduit ensuite, sous anesthésie générale, s’il y a lieu. On procède, enfin, à l’immobilisation dans un appareil plätré. [lest loisible au chirurgien consciencieux de vérifier alors par la radiographie la réduction du dépla-
cement;, celte vérification entraînant parfois d'ailleurs de nouveaux essais deréduction etd'immobilisation en cas d'insuccès. Quelquefois, le chirurgien, ne pouvant obtenir un résultat parfait, laisse son malade dans un appareil plètré qui donne à celui-ci l'illusion de la guérison.
Nous comprenons très bien la crainte qu'inspire au chirurgien le fait d'ouvrir un foyer de fracture fermé ! Nous partageons l'opinion de Lambotte, que la chirurgie de fractures est souvent très difficile : les règles d'asepsie qu'il faut moins que jamais violer, les difficultés d'ordre anatomique que créent les voies d'accès suffisent à légitimer cette crainte et à justifier cette opinion.
La technique du chirurgien d'Anvers, secondée par un outillage remarquable. aide à surmonter les obstacles que le chirurgien rencontre du fait de la profondeur de la région opératoire et de la voie d'accès. Lorsque le foyer de fracture siège sous une couche musculaire épaisse, comme c'est le cas lorsqu'il s'agit de fracture de cuisse, ou encore lorsqu'on opère au niveau d’un foyer de fracture para articulaire, nous reconnaissons que les difficultés sont extrêmes. Pour les fractures de jambe, quel que soit le type de complexité, cette technique opératoire entre les mains d'un chirurgien consciencieux est relaltivement simple. C'est surtout pour ces fracturês de jambe, Si fréquentes dans la vie civile, que nous aurons à intervenir, lorsque la radiographie aura démontré l'irréductibilité.
Est-à dire qu'il faille généraliser une méthode encore à ses débuts el procéder systématiquement, dans toutes les fractures de jambe à la réduction sanglante, avec fixation par les divers procédés de Lambotte ?
Ce serait là, ànotreavis, une voie, sinon dangereuse, tout aumoinsinutile. Nous reconnaissons qu ilest des fractures
de jambe faciles à réduire età maintenir coaptées sous le plâtre. Mais la radiographie nous a appris à reconnaitre des fractures de complexité extrême et contre lesquelles les manœuvres de réduction habituelles demeurent impuissantes. Telles les fractures en V, ou bec de flûte, les fractures spiroïdes etcomminutives. C'est surtout pour ces types de fractures que le chirurgien est autorisé à intervenir et pour deux raisons : d'une part, à cause de l'irréductibilité de ces fractures : d’atitre part, dufaitque le plâtre est incapable à maintenir la réductian forcément imparfaite. [Len est des fractures comme des plaies: toute plaie aseptique à grand écartement des lèvres doit étre suturée et réunie per primam. De même la tendance de la chirurgie des traumati$imesosseux poussera de plus en plus l'opérateur à intervenir dans les fractures de façon à obtenir une coaptation aussi parfaite que possible.
L'obstacle à la généralisation d’une technique dont les indications sont encore réduites tient surtout à la cherté de l'outillage complet et au grand nombre d'appareils que nécessite l'installation d’un service hospitalier.
Quand faut-il opérer ? C'est là une question d'une 1importance certaine. L'intervention ne doit pas être précoce. Elle ne devrait jamais être tardive, ni attendre que la consolidation aitdéjà fixé les fragments dans une attitude vicieuse, ce qui malheureusement est d’observalicn courante.
La période la plus favorable à l'intervention nous paraît être le dixième jour après l’aceident. Opérer plus tôt une fracture fermée serait pour le moins imprudent
Dans les premiers jours, surtout lorsqu'il s'agitde sujets débilités, le shock constitue une contre-indication formelle à la réduction sañglante,, mais ce sont des causes
, d'ordre local qui conseillent l'intervention retardée. IP
faut préparer la région opératoire avec tous les soins d'asepsie et d’antisepsie que nous possèdons, raser la peau, la décaper à l'éther, panser aseptiquement, durant la période pré-opéraloire, les phlyctènes, porte d'entrée de l'infection, qui, au cours d'une opération laborieuse et particulièrement sanglante, est la cause des pires catastrophes.
Les inconvénients d’une intervention précoce sont importants : l'infiltration sanguine qui inonde la région opératoire gêne considérablement l'opérateur, malgré l'hémostase préventive. Mieux vaut attendre la résorption partielle des infiltrats de la zone fracturée. Ilimporte enfin de permettre à la région traumatisée et qui se trouve en état de shock d'organiser la défense contre les germes bactériens que l’asepsie la plus parfaite, au cours d’une telle opération, ne peut éviter pratiquement.
L'infection la plus atténuée acquiert, dans des tissus affaiblis par le traumatisme, une violence extrême. On ne saurait imaginer un milieu de culture plus favorable aux germes pathogènes que la zone contuse.
Dans la pratique hospitalière, l’urgence ne s'impose qu'en présence d'une fracture compliquée. L'indication primordiale, dans ce cas. est d'éviter l'infection. Quant à l'indication de l'ostéo-synthèse, lorsqu'il s'agit de frac tures ouvertes, les avis sont parlagés, mais mêmé ici on ne saurait proscrire la prothèse externe suivant la technique de Lambotte, surtout si on a soin de laisser le foyer de fracture largement ouvert. |
La période d'attente qui précède l'opération sera utilisée pour pratiquer -une asepsie aussi parfaite que possible du membre, qu'il faudra raser, décaper à l’éther et envelopper de compresses aseptiques imbibées d'alcool et renouvelées quotidiennement, Nous ne saurions, d'autre
TRE part, suffisamment atlirer l'attention sur l'asepsie au cours de l'intervention : asepsie du chirurgien et de ses aides opérant avec des gants.
Les lèvres de l'incision seront protégées aussi exactement que possible au moyen de champs, de façon à ne voir, au cours de l'intervention, que la plaie opératoire, sans aucun segment de peau. Ï] faut, enfin, se garder de toucher tout instrument qui sera-mis au contact de l'os. La plaie ne doit être asséchée qu'au moyen de tampons montés sur de longues pinces. La rachianesthésie a de grands avantages quand on est appelé à opérer sur le membre inférieur et qu'on s'adresse à des individus débilités par l'âge ou les tarés organiques. Nous n'avons qu'a nous féliciter de ce mode d’anesthésie rapide et simple, surtout avec la novocaine.