TRAITEMENT D’UN BLESSÉ DU CRÂNE
acilement les régions latérales et postérieures du crâne et l’opéré conservecette position très longtemps sans fatigue. Pour opérer sur la région frontale, le blessé assis renverse la tête en ^arrière et l’appuie sur le bord de la table d’opération.
Avec le concours de mon ami le Df Mondain, j’ai fait construire une chaise spéciale qu’a bien voulu exécuter M. Malaquin.
Assez fréquemment, on est obligé d’étendre le blessé sur la table d’opération, soit parce qu’il est sans connaissance, soit parce qu’une autre blessure l'empêche de se tenir assis.
Dans ce cas, il faut le placer la tête haute, ce qui avec les tables généralement employées est facile.
L’opérateur doit alors monter sur quelque chose afin d’être à son aise pour opérer, sinon il est trop bas et il est obligé d’opérer avec les coudes en l’air, ce qui est très mal commode.
Avant de pratiquer l’anesthésie, il faut se bien rendre compte de la possibilité de tailler un lambeau ostéo-cutané et des dimensions que devra avoir ce lambeau.
Il est possible d’opérer ainsi, chaque fois que la perte de substance du crâne n’est pas considérable, ce qui est de beaucoup le cas le plus fréquent. Dans les très grandes plaies crâniennes avec grosse perte de .substance, dans lesquelles le crâne est largement ouvert, cette technique n’est plus de mise. J’y reviendrai plus loin.
Le contour du lambeau doit passer à 2 ou 3 centimètres en dehors de la brèche osseuse dès qu’elle a un certain diamètre; en agissant autrement on risque de tomber, durant la section de l’os, sur des esquilles détachées de la.table interne.
Une foisle contourdu lambeau bien ûxé(ce contour, comme nous le verrons, sera toujours quadrangulaire) on en marque ries quatre angles par quatre injections intradermiques de -novocaïne-adrénaline.
Pour faire ces injections, on pousse l’aiguille dans l’épaisseur
Fig. 12. — Chaise spéciale, pour la trépanation en position assise.
du derme pfirallèlement à la surface de la peau, en évitant de la traverser. Quand l’injection est bien faite on éprouve ulie réelle difficulté à faire progresser le piston de la seringue.
Cettedifficultédisparaîtdèsquerinjectiondevientsous-cutanée.
Une fois ces quatre injections faites, on retire l’aiguille fine et courte dont on vient de se servir et on la remplace par une aiguille de 8 ou 10 centimètres, d’un diamètre un peu plus fort. Avec cette nouvelle aiguille on pratique des injections sous-cutanées, tout le long du contour du futur lambeau ou plutôt immédiatement en dehors de lui (voir figure 13). Pour cela, on pousse l’aiguille à travers le cuir chevelu, au niveau des,angles du lambeau, en des points déjà parfaitement anesthésiés par les injections intra-dermiques.
Fîg. 14. — Manière de passer la suture hémostatique et shéma du trajet du 01.
Fig. 15. — Grâce au surjet liémostalique, le lambeau cutané, une fois détaché de ses connexions avec le reste de la peau est entièrement ischémie et ne saigne pas. Il n’est nécessaire que de placer des pinces sur la lèvre périphérique de l’incision.
TRAITEMENT D'UN BLESSÉ BU CRANE 3 r.
Au bout d’un temps variable, mais généralement très court,, l’insensibilité de toute la surface du lambeau est obtenue, ce que l’on constate facilement en pinçant sa surface à l’aide: d’une pince deKocher,
Il ne faut pas croire pour cela que l’opéré ne se plaindra pas durant Topération. Un blessé nerveux et émotif se plaint toujours dès qu’il se doute qu’on l’incise ou. qu’on'le pique. Mais il ne sent rien..
Il est d’ailleurs très aisé d’éviter à l’opéré cette appréhension de la douleur qu’il n’éprouve pas mais qu’il craint d’éprouver. II.suffit de lui faire respirer de temps en temps une bouffée de chloroforme, ce qui ne l’endort pas complètement mais le calme entièrement. Une injection sous-cutanée de un demi-milligramme de scopolamine remplit le même hut.
Passage d’une suture hémostatique à la base du lambeau.
Il est très important d’opérer à blanc et de ne pas faire saigner des blessés souvent très choqués. En outre, l’opération y gagne en clarté; Aussi,, avant de tailler le lambeau, je faufile à sa base, dans toute l'épaisseur des tissus, jusqu’à l’os, un gros fil de soin suivant lé trajetindiqué par le schéma ci-joint. On voit que chaque artère, chaque;bouquet vasculaire est de cette façon enserré dans une boucle de surjet.
Le lambeau cutané, une fois détaché de ses connexions avec le reste de la peau;, sera donc entièrement ischémié et ne saignera pas, et il ne sera nécessaire que de placer des pinces sur la lèvre périphérique de l’incision. Ces pinces, tombant en dehors du champ opératoire, réclineront légèrement le cuir chevelu, élargiront l’incision cutanée et ne feront que faciliter les autres temps de l'intervention, sans y apporter aucune gêne. Il suffit de regarder la figure ci-jointe pourvoir combien cela est vrai. La taille du lambeau quadrilatère se fait en trois fois, par trois incisions rectilignes successives.
Pour éviter toute hémorrhagie, mon aide place le bord cubital de sa main sur le cuir chevelu, parallèlement à-la future ligne d’incision et appuie vigoureusement, j’en fais autant du bord cubital de ma main gauche, et j’incise entre ma main, et celle de mon aide, puis sans déplacer ma main, je pose tout le long des bords de l’incision de-petites pinces en T. de mon
modèle, fabriquées par Collin, .Ces pinces à T court, munies de petites dents, serrent fort, ne dérapent jamais, s’appliquent facilement et font une forcipressure suffisante pour que, sou-
Fig. 16. — Pour éviter tou te hémorrhagie, i’aicie appuie vigoureus'^nientle bord cubital de sa main sur le cuir chevelu, le chirurgien en fait autant de sa main gauche posée à plat, puis il incise entre sa main et celle de son aide, et place ensuite les pinces en T,
vent, après l’abblation des pinces, l’hémorrhagie soit nulle ou très faible.
La même manœuvre est répétée pour les deux autres côtés du quadrilatère et lorsque l’incision est entièrement terminée, ses deux lèvres sont garnies de pinces et pas une goutte de sang ne s’est écoulée.
A ce moment et pour continuer l’opération, les pinces inter-
— Aspect du champ opératoire après rabattement du volet ostéo-cutané temporaire.
De Martel