OBSERVATIONS
Nous les avons groupées dans l’ordre correspondant au tableau déjà dressé des diverses formes cliniques de l’ostéomyélite aiguë de la hanche.
Formes septicémiques.
Obs. 4. — Mai. Jacqueline, 12 ans.
Entre à l’hôpital le 21 juillet 1934, présentant des douleurs au niveau de la hanche gauche avec atteinte grave de l’état général.
Le début est difficile à préciser, l’enfant fatiguée répondant mal aux questions. Il semble cependant avoir été brutal, 24 heures auparavant, par des douleurs au niveau de la hanche gauche et des frissons.
A l'entrée, l’état général est grave. Le faciès pâle, les traits tirés, les lèvres fuligineuses. La température est de 40°.
L'examen local montre l’attitude caractéristique d’une arthrite de la hanche avec flexion, rotation externe et abduction marquée de la cuisse. On note un empâtement léger du triangle de Scarpa, appréciable par comparaison avec le côté opposé.
Douleur assez vive, tolérable, à la pression du col fémoral en avant et en arrière.
Pas de douleur sur la face latérale du pelvis au tou-
cher rectal.
tbe
On peut corriger assez facilement l'attitude vicieuse. Tous les mouvements sont en partie conservés. Il est même possible de faire rouler le membre sur le plan du lit ; cette manœuvre faite avec douceur ne provoquant pas de douleur.
On constate l’existence d’un panaris sous-unguéal origine probable de cette infection.
On porte le diagnostic d’ostéomyélite aiguë de la hanche à forme septicémique ; on décide de temporiser.
Une hémoculture est pratiquée.
Un traitement d’attente est institué : extension continue, vaccination polyvalente sous-cutanée.
Quatre heures après, l’enfant ne se plaint pas, mais l’état général s’est aggravé. L’examen local montre une exagération marquée de la douleur à la pression et de l’æœdème des parties molles. Les mouvements sont toujours partiellemnt conservés.
Cette aggravation des signes locaux fait décider l’intervention.
Intervention le 21 juillet 1934. Incision externe verticale sur le grand trochanter et ponction de l’articulation pour contrôler le diagnostic. On obtient du pus fluide très hémorragique. On complète l’incision en chevron, puis on luxe la tête fémorale en avant. Luxation difficile étant donnée l'intégrité de l’appareil ligamenteux. On ne constate pas de lésion osseuse macroscopique.
La béance articulaire est maintenue par la position en adduction et rotation externe de la cuisse.
Drainage et irrigation au Dakin de la cavité articulaire.
On applique une extension continue de deux kilogs.
Transfusion sanguine.
Décès le lendemain, la température est montée sans cesse, 41°9, peu avant la mort.
Hémoculture positive : staphylocoque doré.
L’autopsie ne mit en évidence aucune lésion osseuse macroscopique.
Observation caractéristique de forme septicémique. Nous avons vivement regretté de nous être laissé entraîner à pratiquer une intervention, certainement inutile, sinon nuisible.
Obs. 2. — Auc… René, 10 ans.
L'enfant entre à l’hôpital le 7 février 1934 pour une infection ayant débuté 2 ou 3 jours auparavant par des douleurs vives au niveau de la hanche droite, une température élevée.
À son entrée, l’état général est grave, mais n’inquiète pas d’emblée. L’enfant est calme, le faciès vultueux, la température de 40°.
L'examen local permet de certifier l’arthrite de la hanche. Empâtement léger comblant le creux du triangle de Scarpa, douleur vive à la pression de l’articulation en avant et en arrière, quelques mouvements peuvent être provoqués avec douceur en tous sens, mais ils sont très limités, une douleur vive empêchant de dépasser quelques degrés.
Les signes ne paraissent pas très alarmants. On temporise. Extension continue, vaccination polyvalente, une hémoculture est faite.
Le lendemain, l’état s’est considérablement aggravé. L'enfant a déliré toute la nuit ; la température est de 40° ; l’état général est inquiétant. Localement l’empâtement s’est accru ayant diffusé à toute la racine de la cuisse.
Intervention le 8 février 1934. Incision de Smith Petersen. Le tissu cellulaire péri-articulaire est infiltré d’un œdème jaune verdâtre. Ouverture large en T de la cap-
ae
sule. La cavité articulaire contient une quantité assez abondante de liquide séro-purulent. Explorant le col fémoral on voit sourdre du pus épais, hématique, par un étroit pertuis du revêtement fibro-synovial du bord inférieur du col.
Luxation en avant de la tête fémorale par mouvements combinés de rotation externe de l’abduction.
Mise à plat d’un volumineux abcès sous-périostique au niveau du bord inférieur du col fémoral qui n’est pas trépané.
Drainage et irrigation au Dakin de la cavité articulaire dont la béance est maintenue par adduction et rotation externe forcée de la cuisse.
L'intervention pouvait paraître satisfaisante, toutes les collections suppurées étant largement drainées.
Les jours suivants l’état général demeure très grave ; l’enfant délire de façon continue.
L’hémoculture faite avant l'intervention a révélé la présence de staphylocoque doré ; elle persiste positive après le drainage de la hanche.
On tente une immuno-transfusion sans résultat.
Décès le 14 février, 6 jours après l’intervention.
Observation de forme septicémique survenant chez un malade dont les réactions de défense sont plus actives que celles du malade précédent. Peut-être y aurait-il eu intérêt à attendre pour intervenir la fin de la phase septicémique.
Dans tous les cas, une intervention aussi réduite que possible (arthrotomie simple avec bonne immobilisation) était certainement préférable.