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CHAPITRE III

LES MEDICATIONS ANTITUBERCULEUSES.

Il existe, comme nous l'avons dit plus haut, une série de médicaments dont l'action, poulies médecins, est justiciable d'interprétations variées, les uns en faisant des spécifiques, les autres des excitants des fonctions digestives, d'autres les regardant comme de vulgaires toniques généraux. Mais pour les gens du monde, habitués à voir prescrire ces drogues toujours les mêmes à peu près (1rs que l'on parle de maladie de poitrine, ce sonl là des médicaments spécifiques, antituberculeux.

Les plus célèbres sont la créosote et ses congénères.

Au début on les administrait par l'estomac. Mais d'après ce principe que l'estomac est la place forte des tuberculeux et qu'il faut le ménager à toul prix, el d'après ce l'ail d'ob servation que nombre de malades ne pouvaient les supporter on les administra bientôt

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par le rectum en lavement de formule variée. Gomme très souvent on irritait ainsi l'intestin, provoquant parfois du ténesme et des selles trop fréquentes, on arriva à les injecter sous Ta peau dans le double but de parer aux inconvénients précédents et d'avoir une action plus rapide et plus énergique. Tantôt on injecte la créosote seule, tantôt on y joint d'autres principes comme l'eucalyptol, l'iodoforme, etc. Aujourd'hui c'est le gaïacol qui est le plus en honneur.

Quelles que soient les théories sur Faction de ces agents, il n'est pas facile de les juger à leur juste valeur. Nous avons déjà dit que les tuberculoses fébriles s'en accommodaient fort mal en général. Ce qui est un argument contre leur propriété antibacillaire. Dans les tuberculoses apyrétiques les médecins qui voient les choses de sang-froid déclarent qu'à petites doses on en obtient de bons effets sur les fonctions digestives et sur les sécrétions pulmonaires.

Il est une considération dont il faut tenir grand compte dans les appréciations, c'est la suivante : dans la clientèle on trouve deux sortes de malades, les riches et les malheureux. Quel est le médecin qui, recevant un tuberculeux de situation aisée, ne lui ordonne pas de suivre une hygiène spéciale, comprenant

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le repos, l'air pur autant que possible, et une nourriture solide, en même temps qu'il lui prescrit la créosote ou ses congénères? Que d'ordonnances nous avons vues qui comprenaient, il est vrai, la créosote, le gaïacol par un procédé quelconque, mais qui comprenaient aussi la suralimentation par les poudres de viande, la viande crue, l'huile de foie de morue, etc., sans compter les mesures d'hygiène habituelle? Le malade s'améliore, c'est la règle. Mais est-ce la créosote qui l'a amélioré?

Pour les tuberculeux pauvres, l'exemple est encore plus frappant, dans la clientèle hospitalière. Le médecin d'hôpital prend un de ces malheureux phtisiques, encore en état de digérer, mais absolument éreinté parce qu'il n'a pas cessé de travailler, parce qu'il n'a pas mangé, sinon, comme on dit, de la vache enragée depuis des mois, il lui donne un bon lil, il le iik'I au repos, il lui octroie une nourriture non pas recherchée mais saine et abondante ; une partie de la journée le malade se livre au farniente dans le jardin, se laisse vivre sans soucis, se couche lot et se lève tard. 11 prend un médicament, créosote ou autre, par la bouche, le rectum ou par le tissu souscutané. En quelques semaines il se transforme, il engraisse, il tousse moins, il est

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sur pied. En conelura-t-on que la créosote Ta sauvé ?

Mais à ce misérable famélique vous avez donné à manger, à cet éreinté vous avez donné le repos. Dans ces conditions vous lui auriez donné n'importe quel médicament inoffensif que le résultat eût été le même ou sensiblement, si la créosote a pu jouer un léger rôle dans le relèvement de ses fonctions digestives et dans la diminution de ses expectorations.

On voit combien il est facile de commettre des erreurs d'appréciation en fait de médications antituberculeuses.

Nous tenons à bien faire remarquer que nous faisons ici de la pure critique de bonne foi et non pas du dénigrement de parti pris.

Depuis cinq ans nous dirigeons la cure de nombreux tuberculeux de toute catégorie. Les deux premières années nous avons naturellement sacrifié aux méthodes courantes en administrant la créosote.

Nous avouons sincèrement que les malades curables soumis à ce médicament n'allaient pas plus vite vers la guérison que ceux, fort comparables en tout d'ailleurs, qui n'en prenaient point.

Xous avons observé que le tuberculeux capable de guérir ou susceptible d'une amélioration sérieuse, n'a besoin d'aucun médi^

camcnt antibacillaire dès qu'il est soumis au traitement hygiénique. L'action sur les voies digestives, l'action sur la sécrétion pulmonaire, qu'à la rigueur on attribue sincèrement

à ces drogues variées, il n'y a pas lieu de les leur demander. Les fonctions gastro-intestinales se relèvent, les lésions pulmonaires se nettoient, les crachats et l'oppression diminuent par le seul fait de la cure d'air et du repos. C'en est le premier résultat.

Aussi avons-nous renoncé à peu près à prescrire la créosote et ses congénères à nos malades. Et nos cures n'en ont pas été moins belles. Nos tuberculeux nous en savent gré, car, outre qu'ils vont bien, ils n'ont aucun des petits ennuis de ces médicaments et leur bourse ne s'en trouve pus plus mal, ce qui est à considérer. Pour bien montrer une fois de plus que ce n'est pas là un parti pris, nous dirons qu'en ce moment, sollicité et encouragé par les références de bon aloi que présente un certain dérivé de la créosote, nous sommes en train de l'expérimenter sur une série de tuberculeux.

Nous ajouterons encore que les malades eux-mêmes sont les premiers à demander la suppression de tel ou tel médicament qu'ils prenaient avant d'être soumis à la cure. Que répondre à un tuberculeux qui nous arrive

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encore tout imprégné par les injections souscutanées de créosote, d'eucalyptol ou de gaïacol,qui pendant les premiers jours de repos à la suite de son long voyage a cessé ces injections, et qui de lui-même, huit jours après, se sentant revivre à la cure d'air, nous demande s'il est vraiment utile de se soumettre de nouveau à ce traumatisme journalier?

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