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CHAPITRE II

Les éléments principaux de ce traitement, purement hygiénique, sont au nombre de trois :

1° Vivre dans un air constamment pur, jour et nuit:

2° Supprimer toute fatigue intellectuelle et corporelle ;

3° Prendre une alimentation saine et abondante.

C'est fort simple, dira-t-on, et pourvu qu'ils aient le moyen de le faire, tous les tuberculeux devraient se guérir ou vivre indéfiniment.

Pas si simple que cela, comme nous le verrons plus tard. Mais nous allons prendre en détail chacun des termes de cette triade thérapeutique.

§ 1. — La cure d'air.

En quoi consiste cette aération continue diurne et nocturne, cette cure d'air, comme

on l'appelle dans les établissements spéciaux?

11 est démontré que l'exhalation pulmonaire est un des procédés employés par l'économie pour rejeter au dehors une quantité énorme de principes toxiques pour l'homme luimême. L'individu qui vit une journée dans un local plus ou moins clos, corrompt rapidement l'air qui y est contenu et bientôt il respire ce qu'il a déjà expiré, s'empoisonnant peu à peu avec ses propres produits d'excrétion pulmonaire.

Entrez le matin dans la chambre à coucher la plus vaste et la plus luxueuse, la mieux entretenue, où deux époux ont passe la nuit portes et fenêtres fermées. Ce seront , si Ton veut, les personnes les plus soigneuses de leur corps. Vous serez tout de suite incommodé par l'odeur spéciale dite de renfermé, odeur un peu putride pour une narine exercée. C'est que l'air est empoisonné, et ce poison les époux le respirent dix heures sur vingtquatre en moyenne.

On objecte qu'ils n'en meurent pas. Soil. Mais ce n'en est pas moins nuisible à leur santé, car tout se paie à la longue, et en tout <;i> des malades ne sauraient y vivre. Pour remonter l'organisme des tuberculeux, il faut .miIic chose que cet air pourri et ruminé >;m^ cesse.

Avec moins d'intensité dans le jour, parce que les portes s'ouvrent de temps en temps, une pièce où l'on séjourne n'est pas moins infectée, malgré le tirage des cheminées sur lequel on se repose volontiers pour mettre des bourrelets aux ouvertures tout l'hiver.

Le meilleur moyen d'aérer un logement, disait Bouchardat, c'est d'ouvrir la fenêtre. Il est évident que l'hygiène de la construction s'est beaucoup modifiée, et que, dans les établissements hospitaliers, on a aujourd'hui des pièces dont l'aération est presque satisfaisante, même avec les fenêtres fermées.

Mais pour jouir d'un air constamment pur et frais, il faudrait vivre dehors. Or notre état de civilisation s'y oppose. Il faut donc employer ce qu'il y a de mieux pour approcher de ce rêve. Il faut vivre dehors tout le jour, et ouvrir sa fenêtre la nuit.

Aussi la cure d'air consiste à demeurer toute la journée dans des locaux largement ouverts, au moins sur une face, et à passer la nuit dans une chambre qui jamais ne soit complètement fermée.

L'installation pour le jour est des plus variables. Une tente, un kiosque, une cabane quelconque, abrités du vent et ouverts en général du côté du soleil, tout est excellent. Par le beau temps, en l'absence de vent, on peut

rester complètement dehors sur une chaise de repos quelconque, à l'abri du soleil, soit à l'ombre d'un arbre, soit sous un vaste parasol. S'il pleut ou s'il vente, il faut évidemment avoir un des abris plus fixes mentionnés plus haut.

Comme cette cure doii durer plus ou moins d'heures par jour, suivant les cas, le malade doit être couché sur une chaise longue commode. Il doit être vêtu suivant la saison, et plus ou moins enveloppé de couvertures, comme s'il était couché tout habillé. Il doit avoir des chaussures chaudes le mettant à l'abri du froid aux pieds.

La cure d'air doit se faire à l'ombre. Cette notion est fort importante. Le malade peut être dans une région ensoleillée, mais il doit être garanti absolument, au moins quant à la tête et au tronc, des rayons du soleil. L'expérience a démontré que l'action directe des rayons solaires, même en hiver, est nuisible aux malades qui sont immobilisés. Elle peut être également dangereuse lorsqu'ils sont à la promenade. La plupart des tuberculeux sont plus ou moins fébriles ou subfébriles le soir, et pour la moindre cause leur température s'élève. Dans ces conditions, il est très fréquent de leur trouver de la fièvre lorsqu'ils sont exposés surtout l'après-midi aux rayons

du soleil. On peut dire qu'un bon procédé pour donner de la fièvre à un tuberculeux qui n'en a pas, et pour l'augmenter chez celui qui en a déjà, consiste à les exposer aux rayons solaires un certain temps. Dans une foule de stations du Midi, où les malades se conduisent en liberté, suivant leur inspiration et leur caprice, étant naturellement à la recherche du soleil, il est trop fréquent de voir apparaître des accidents congestifs du côté du poumon.

Nous avons pour habitude de dire qu'à la cure d'air le malade doit voir la lumière du soleil, mais ne doit pas être vu par lui.

La cure se fera donc à l'ombre, et quand le tuberculeux se promènera au soleil il se garantira la tête et les épaules avec un parasol.

Cette cure d'air doit se faire par tous les temps, qu'il pleuve, neige ou vente, du moment que l'installation du malade lui permet de se garer de la pluie de la neige et du vent.

Il est clair que pour la journée passée tout entière au dehors, le malade doit avoir des vêtements variés, adaptés au climat en général et à la saison en particulier.

Nous conseillons la flanelle en permanence sur la peau, été comme hiver. L'hiver la chemise complète ; l'été le simple gilet. Les vê-

tements doivent être amples pour permettre sans gêne la position couchée.

Nous faisons en hiver porter à tous nos malades les sabots dits galoches, avec des chaussons de drap fourrés dits de Strasbourg, boutonnant très haut au-dessus du cou-depied. C'est une chaussure à laquelle tout le monde se fait admirablement, très pratique pour la cure, et qui met à l'abri des rhumes si fréquents pendant la mauvaise saison.

En revanche nous interdisons formellement l'usage des foulards et autres cache-nez qui n'ont d'autre résultat que d'entretenir autour du cou une zone de moiteur absolument nuisible.

Le vêtement que nous recommandons le plus pour l'hiver et la demi-saison est la pèlerine en drap avec ample capuchon.

Voilà pour la journée. Voici pour la nuit, maintenant.

La chambre qu'a quittée le malade au matin doit être ouverte tout le jour. Quand il y rentre pour se coucher, il ferme, ou on ferme quelques instants avant, le temps de se dévêtir.

Le lit doit être situé le plus loin possible de l.i fenêtre à ouvrir, et il est préférable que le pied du lil soit tourné vers elle.

Eli se couchant le malade ouvre sa fenêtre

lui-même, ou la fait ouvrir dès qu'il est couché.

Nous recommandons en effet d'ouvrir la fenêtre et non pas d'employer pour aérer la chambre le système des impostes, des vasistas, des volets ajourés, des stores, des verres perforés, etc., de même que nous n'admettons pas qu'on ouvre sa fenêtre en tirant les rideaux par-dessus. Ce sont là des demi-mesures ou des quarts de mesures à caractère enfantin et tout à fait insuffisant. La fenêtre doit être ouverte, de haut en bas, dans toute sa hauteur : c'est le moyen le plus efficace d'obtenir un échange parfait entre l'air du dehors et celui du dedans.

Il y a dix ans pour nous-même que nous avons adopté cette pratique ; depuis cinq ans nous y soumettons des malades de toutes catégories, fébriles ou non fébriles, et jamais nous n'y avons vu le moindre inconvénient. Il n'y a pas de raison pour agir autrement.

L'accoutumance du malade se fait très vite à cette façon de coucher un peu dehors. En été comme en hiver, même quand il gèle, c'est l'affaire de quelques jours. La première nuit la fenêtre est ouverte de 5 centimètres, la deuxième de 10, la troisième de 20, et bientôt la mesure ordinaire est de 45 à 50 cen^ timètres. Les malades bien acclimatés à cette

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pratique laissent en hiver un côté de fenêtre tout grand ouvert, et en été ils ouvrent souvent les deux côtés. Quand la chambre est profonde cela ne souffre aucun inconvénient.

Etant admis que le lit est dans un angle de la chambre, il faut ouvrir le côté de fenêtre correspondant au lit; de cette façon l'air du dehors fait comme un détour pour effectuer son mélange avec celui de l'intérieur.

11 est un moyen bien simple d'installer un système d'ouverture de manière que le vent, s'il y en a, ne fasse pas battre désagréablement la fenêtre ouverte, ("est d'avoir trois ou quatre crochets en fil de fer rigide pour maintenir l'écart fixe entre les deux moitiés de la fenêtre. Suivant l'accoutumance et suivant le temps qu'il fait on met tel ou tel crochet. C'est qu'en effet plus il fait froid dehors, moins il est nécessaire d'ouvrir largement pour avoir un renouvellement d'air suffisant.

En élé il est parfaitement inutile de prendre d'autres précautions.

En hiver, il est préférable d'entourer le pied du lit tourné vers la fenêtre avec un paravent assez vaste. Ceux que nous employons -nul ;i cinq feuilles et ont lm,90 de hauteur.

11 va sans dire que, de même que pour la journée, cette cure de nuit doit se faire par \nn> le- temps.

Le malade doit se couvrir suivant la température extérieure. Il doit avoir une chemise de nuit en flanelle, pour éviter de se refroidir s'il sortait ses bras du lit pendant le sommeil. Point n'est utile de se couvrir la tête ou de s'envelopper le cou. Agir ainsi serait aller contre le principe de la cure. Par les grands froids beaucoup de malades couchent avec une vareuse quelconque, les femmes avec une camisole plus ou moins chaude. Il n'y a pas d'inconvénient à ces pratiques.

Avec une boule d'eau chaude aux pieds, et un édredon sur la moitié inférieure du corps, le malade peut ainsi affronter en toute sécurité la cure de nuit, qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il fasse du vent ou de la brume.

La chambre peut être chauffée à volonté toute la nuit soit par cheminée soit par calorifère. Mais il faut s'arranger pour que le tirage de l'air entre la fenêtre et la cheminée ne se fasse pas en rencontrant le lit du malade.

Que d'objections n'a-t-on pas faites et ne faiton pas encore à cette pratique de la fenêtre largement ouverte? Les gens du monde vous crient tout de suite : « Mais, docteur, et les maux d'yeux? et les refroidissements? » Les maux d'yeux causés par l'air de la nuit, cela se voit: on peut le voir chez certains sujets qui passent une nuit à la belle étoile, couchés sur le

dos, par un temps très clair, et cela aussi bien en été qu'en hiver. Mais dans une chambre cela n'existe pas, car il n'y a pas de rayonnement direct de l'individu vers la voûte céleste.

« Mais, dit-on encore, si le malade sue la nuit, il va se refroidir, et prendre une fluxion de poitrine ! »

Mais les malades qui couchent la fenêtre ouverte ne suent pas; ou s'ils suent c'est qu'ils sont trop couverts, et en quelques jours leur éducation est faite à ce sujet. Et si, au pisaller, un malade a quelque moiteur, sa chemise de flanelle est là pour le mettre à l'abri d'un refroidissement. Mais on peut poser en principe que le tuberculeux curable qui, avant le traitement, avait des sueurs la nuit, n'en a plus dès qu'il est soumis à cette hygiène nocturne.

Aussi les malades de sanatorium n'ont-ils jamais besoin des médicaments réputés pour arrêter les sueurs de la phtisie. Depuis cinq ans nous n'avons pas eu trois fois l'occasion d'en prescrire, et encore était-ce non pas pour la sueur tuberculeuse vraie, celle du réveil vers trois ou quatre heures du malin, mais pour la sueur de onze heures à minuit, qu'on voit surtout chez les dyspeptiques cl les grands né\ ropatheSi

On ne sait pas assez que coucher la fenêtre ouverte est le moyen par excellence de passer une bonne nuit, tant pour les gens bien portants que pour les malades de la poitrine.

Règle générale, cette simple méthode suffît pour supprimer d'emblée les malaises si fréquents du sommeil en chambre close, l'agitation, les rêves et les cauchemars, cette moiteur désagréable qui tient aussi à l'habitude qu'on a de se trop couvrir la nuit, moiteur qui se transforme en sueurs véritables chez le tuberculeux. Des malades qui ont des quintes de toux continuelles, les voient diminuer immédiatement. Ceux qui ne dormaient plus récupèrent plus ou moins leur sommeil. La céphalée si commune le matin disparaît également. Le malade se réveille dans une atmosphère de fraîcheur, il n'a jamais la bouche et les narines sèches, il se sent frais et dispos.

Voilà ce qui constitue la cure d'air continue.

Cette hygiène si spéciale et si contraire aux idées courantes ne s'applique pas seulement aux tuberculeux relativement bien portants, mais bien à tous les phtisiques. C'est le moyen de choix pour concourir à la guérison de celui qui est curable et pour améliorer les autres; c'est encore le procédé de choix pour adoucir les misères du malheureux phtisique avancé, condamné à mort dans un délai quel- La Phtisie. 5

conque. Et le pauvre cachectique qui n'a plus la force de sortir de sa chambre ou même de son lit trouvera à cette pratique un bien-être énorme dont il remerciera le médecin qui aura le courage de la lui imposer.

Au lieu de mijoter dans son lit, écrasé par les couvertures, baigné de sueur, dans une chambre close et au besoin surchauffée, empestée par son exhalation pulmonaire, sentant la fièvre et les crachats, répandant autour de lui cette odeur fade bien connue dite des phtisiques, il respirera de l'air pur, il ne sentira plus sa fièvre pour ainsi dire, il suera moins, et ses quintes de toux diminueront.

Puisqu'il ne peut guérir, il faut au moins lui donner ce dernier bien-être relatif.

C'est qu'en effet, quoi qu'on en puisse dire, il n'y a aucun inconvénient à donner de l'air pur et frais aux malades fébriles. Il n'y a que des avantages.

La fièvre au lit dans une chambre chaude et close s'accompagne d'une foule de malaises qui la rendent insupportable. A la cure d'air le malade fébrile supporte la même élévation de température presque sans s'en douter. C'est souvent son thermomètre qui lui dit qu'il a la lièvre. Sans compter que maintes fois on voit se supprimer les symptômes accessoires de l'état fébrile, tels que l'anorexie et même

les vomissements graves des phtisiques.

Nous avons rapporté dans un travail antérieur (1) l'histoire bien instructive d'un de nos malades, chez lequel la cure d'air pure et simple avait brusquement supprimé en vingtquatre heures des vomissements quasi incoercibles qui mettaient sa vie en danger.

Dans les sanatoria on ne compte plus les observations de ce genre. On y est accoutumé devoir se supprimer comme par enchantement tous les symptômes gênants et inquiétants de l'état fébrile.

Ces faits démontrent amplement et l'innocuité et les avantages de cette pratique qui est la nôtre. En plein hiver nous avons toujours à la cure d'air de la véranda une série de malades fébriles le soir seulement, même subfébriles en plus le matin, et la plupart du temps ils inscrivent leur température sans en être autrement incommodés.

On rencontre des malades et parfois des médecins qui prétendent que la cure d'air pendant le jour est très suffisante, et qu'il est inutile d'imposer la cure de nuit qu'on voit en général d'un mauvais œil au premier abord. Il suffit de répondre à ces discours que le traitement de la phtisie est trop long pour qu'on

(1) Gazette hebdomadaire, 31 octobre 1891:

ait le loisir de prendre son temps, car ne pas faire de l'aération continue pendant la nuit, c'est perdre à peu près douze heures sur vingt-quatre.

La cure d'air bien comprise est une contreindication d'une foule de plaisirs que prennent les personnes en bonne santé.

Le tuberculeux qui se soigne sérieusement doit dire adieu, passagèrement au moins, au théâtre, au concert, aux salles de jeu, aux longs dîners en ville, etc., en un mot à tout ce qui représente agglomération d'individus dans un espace clos, sans compter les autres raisons qui plaident en faveur de son renoncement à ces divertissements.

Ainsi bien entendue, la cure d'air n'est pas seulement une méthode réparatrice, un des agents les plus puissants de la guérison de la phtisie, c'est encore une méthode d'endurcissement de l'organisme.

Il y a bel âge que l'on préconise dès l'enfance cet endurcissement par l'air pour les sujets plus ou moins débiles. Combien de fois le médecin consulté sur la santé d'un enfant né et élevé à la ville, chétif, entaché souvent de scrofule ou de quelque autre tare héréditaire, n'a-t-il pas envie de répondre aux parents simplement ceci : « Faites-en un paysan jusqu'à quinze ans. » Que de jeunes sujets èlev es

dans du coton, proies inévitables de la tuberculose pulmonaire ou de ses congénères, feraient plus tard des hommes si l'on avait le courage de s'en séparer et de les envoyer aux champs ! Pourquoi ? simplement parce que la vie au grand air, clans des locaux qui ferment plus ou moins mal nuit et jour, endurcirait ces petits malheureux, les mettrait peu à peu à l'abri des accidents causés par les intempéries de l'atmosphère, en même temps qu'ils régénéreraient leurs tissus.

C'est pourquoi la cure d'air méthodique telle qu'on la pratique dans les sanatoria est le meilleur moyen d'empêcher les candidats à la tuberculose d'arriver jusque-là. C'est le traitement préventif par excellence.

Pour ceux que le bacille a déjà touchés, la nécessité de cet endurcissement par l'air est la même. Au lieu de craindre pour eux cet air extérieur, au lieu de le bannir de leur appartement, sous prétexte qu'ils sont enrhumés, il faut les inonder de cet air vivifiant, il faut qu'ils s'en imprègnent, il faut qu'ils s'habituent peu à peu à son contact permanent, à son traumatisme si l'on veut, de façon que même par les mauvais temps ils n'aient plus rien à redouter de lui.

On s'imagine trop volontiers que l'on s'enrhume par le poumon, par l'air qu'on respire.

On s'enrhume au contraire par la peau et surtout par les extrémités.

Du moins c'est le fait le plus apparent pour nous. On s'enrhume lorsqu'étant en sueur, en simple moiteur soit par la fièvre, ce qui est rare, soit par l'exercice, ce qui est la règle, on subit l'influence du froid principalement si l'air est agité ; on s'enrhume parce qu'on garde des vêtements mouillés, des chaussures humides, etc. Et tout naturellement dans de semblables conditions ceux-là prendront mal plus promptement qui sont le moins habitués à supporter le contact de l'air.

Aussi le tuberculeux, qui a besoin de ne pas prendre de rhumes, source trop fréquente de complications dans son poumon, doit-il s'endurcir en s'accouf umant à n'être plus impressionné par l'air vif.

Il est de ces vérités vieilles comme le monde et qu'on semble oublier à plaisir. Il y a des gens frileux, sensibles à l'air, d'autres qui ne le sont pas. Transportez un individu de la première catégorie à la montagne où l'air est vif, où le climat est beau en général, mais où il fait toujours plus froid que clans la plaine. A la lin de son premier hiver, cet individu ne sera déjà plus un frileux.

[1 est bien clair que l'homme à l'état de nature était capable de vivre dehors comme

les animaux et de supporter avec des abris primitifs toutes les intempéries. C'est la civilisation qui Ta rendu frileux.

Le tuberculeux a besoin de se rapprocher un peu de cet état de nature. Il lui faut la vie dehors, de l'air et toujours de l'air.

Ce besoin d'air pur est tellement naturel pour notre organisme, ce besoin dont la civilisation nous a fait perdre la notion, que les malades habitués à la cure d'aération continue arrivent à ne plus endurer d'être renfermés quelque part. Partout où ils entrent, ils ont l'envie subite d'ouvrir les fenêtres. Leur odorat est habitué à ne sentir aucune odeur de renfermé.

Aussi les guéris de la cure rentrant dans leur famille sont-ils souvent quelque peu gênants pour les autres, par suite de la manie qu'ils ont d'ouvrir constamment les fenêtres. Douce manie qui se perd trop vite malheureusement.

§ 2. — La cure de repos.

D'après ce qui précède pour la cure d'air, il ne faut pas croire que cette cure comporte l'immobilité à peu près complète du matin au soir. C'est au contraire essentiellement variable suivant les malades.

La cure de repos a pour bases les principes suivants. Le tuberculeux, pour remonter son organisme et le rendre capable de lutter contre sa maladie, doit non seulement ménager ses forces, mais user moins qu'il n'acquiert. Son budget organique doit toujours être en excédent de recettes.

Il faut admettre qu'il doit se nourrir plus que lorsqu'il était en bonne santé, et qu'il doit aussi dépenser moins. Car il ne s'agit pas seulement pour lui de vivre, il doit en outre soutenir une lutte. S'il reste au-dessous de ce surcroit de vigueur organique, si à plus forte raison il reste en dessous de l'équilibre normal, il y a beaucoup de chances pour qu'il ne guérisse pas.

Par conséquent, étant admis que dans les conditions de la cure d'air, il est capable d'absorber une nourriture suffisante, et capable de bien assimiler, il devra peu dépenser pour rester en excès de nutrition.

De là la cure de repos. De là la nécessité de ne pas user son corps, pas plus par la fatigue musculaire que par la fatigue intellectuelle et morale.

A ce second point de vue, la loi qui régit la cure de repos doit être absolue. Le tuberculeux curable doit être sevré de tous les soucis, de toutes les préoccupations, de tous

les travaux intellectuels pénibles et soutenus.

Il faut dire adieu momentanément aux affaires, il faut interrompre net ses études. Il est parfois fort difficile de faire comprendre aux malades et aux familles cette dure nécessité. On ne leur fait pas accepter facilement que pour se guérir il faut peut-être briser une carrière commencée. Mais la question de vie ou de mort se pose brutalement. Le commerçant doit savoir que s'il continue à diriger ses affaires, il mourra, et que c'est reculer pour mieux sauter. Car étant malade et de plus en plus malade, il les dirigera fort mal, ses affaires, et quand il sera mort il ne les dirigera plus du tout.

L'étudiant doit savoir qu'à dix-huit ou vingt ans on a le temps de perdre dix-huit mois ou deux ans pour se soigner; que peut-être sa carrière est brisée, mais que s'il ne fait pas ce sacrifice il mourra et qu'elle sera bien plus brisée encore, tandis que, guéri après un an, deux ans, il en sera quitte pour faire autre chose.

Malheureusement, le médecin échoue souvent dans cette démonstration. Le malade ne sait pas, la famille ne veut pas croire, on tergiverse, on patiente, et le temps passe. Quand la maladie s'est aggravée, on prend peur et l'on se décide à la grande mesure quand il

l\ LE TRAITEMENT RATIONNEL DE LA PHTISIE.

n'est plus temps. Le malade abandonne ses affaires quand il ne peut plus faire autrement. Que de fois nous avons été consulté pour des hommes jeunes encore, à la tête d'un commerce, tuberculeux qui se seraient guéris parfaitement en dix-huit mois ou deux ans, et qui sont morts six mois ou un an plus tard pour n'avoir pas compris!

Heureusement il en est qui comprennent et qui se soumettent à l'autorité médicale.

Une fois à la cure, le tuberculeux doit s'abstenir de fatigues intellectuelles. Lectures intermittentes, pas trop sérieuses, correspondance familiale la plus écourtée possible, petits travaux manuels plus de distraction que d'autre chose (ici la femme est bien plus favorisée que l'homme), jeux tranquilles et non prolongés, voilà ce qui est compatible avec la cure de repos. Mais il faut exclure tout ce qui est tension soutenue pour le cerveau. C'est ainsi que non seulement les conversations prolongées, les discussions doivent être bannies, mais que même les visites longues, les conversations autour du malade lui sont nuisibles. Gela l'occupe d'abord, le contraint ensuite et finalement l'agace, l'excite et augmente sa fièvre du soir s'il en a déjà. C'est l'application de ce fait bien connu dans les hôpitaux que, les jours de visites extérieures, tous les

malades fébricitants ont le soir une plus forte ascension thermique, aussi bien ceux qui n'ont pas été visités que ceux qui ont reçu visite.

Il faut donc le calme autour des malades. Il faut aussi, chose dure à dire peut-être pour les parents, il faut que l'entourage sache mettre un frein à ses tendresses exagérées, qui font que souvent, en voulant trop bien servir son patient, on dépasse le but. Il faut laisser un peu les tuberculeux tranquilles. Les assiduités des personnes les plus chères les énervent trop souvent.

Plus tard, quand le tuberculeux commencera à revivre, il pourra se permettre une détente dans toutes ces restrictions, mais d'après les ordres et sous la direction du médecin.

Pour ce qui concerne les fatigues corporelles, il existe un préjugé déplorable, d'après lequel on conseille aux malades de prendre de l'exercice, de marcher, sous prétexte que cela donne de l'appétit.

En général, il en est ainsi pour les personnes en pleine santé ; il est même habituel que le tuberculeux apyrétique, robuste, se trouve bien d'un exercice modéré et soigneusement réglé par le médecin.

Mais quand il s'agit clu tuberculeux fébrile tous les soirs,, cette pratique a le plus souvent un résultat déplorable, et il n'en saurait être

autrement au point de vue théorique. En effet, ce malheureux n'a déjà plus d'appétit, il a même souvent un dégoût prononcé pour l'alimentation régulière. Il se promène une partie de la journée, malgré son essoufflement, en dépit de ses jambes qui n'en veulent plus, marchant néanmoins avec courage pour satisfaire au désir de son entourage, et souvent avec la conviction que cela lui fera du bien ; il use ses muscles, son système nerveux, empoisonne ses tissus et son sang avec les produits toxiques des combustions organiques qui accompagnent cette usure. Et c'est une cause d'infection de plus pour lui qui est déjà infecté quotidiennement par les poisons de sa fièvre, par les produits de résorption de ses foyers pulmonaires. Au lieu d'avoir à effectuer le travail d'une seule élimination, son organisme doit fournir à deux maintenant. Aussi, empoisonné de plus en plus, il perd de plus en plus l'appétit, et dépérit à vue d'œil. La fièvre augmente le soir, la température n'est plus normale le matin. En revanche, le malheureux phtisique vient dire au médecin qu'il est bien heureux maintenant, parce qu'il ne sue plus la nuit. La vérité est qu'il ne sue plus parce que sa fièvre ne tombe plus pendant la nuit, et qu'elle est devenue continue.

L'exercice permis aux tuberculeux doit être sagement réglementé par le médecin suivant les cas. Il est une foule d'éléments d'appréciation inhérents au malade qui doivent guider l'ordonnance. Mais il n'en est pas de plus précis que le mode de réaction fébrile des patients. Et le vrai moyen d'agir à coup sûr est de se fier au thermomètre.

Tout tuberculeux en traitement doit avoir son thermomètre à maxima de bonne qualité. Il doit savoir prendre sa température, que ce soit dans l'aisselle ou sous la langue, peu importe, pourvu que ce soit toujours le même procédé qu'il emploie.

Chez l'homme au repos, à l'état normal, sans s'entourer de précautions spéciales consistant à envelopper d'ouate la base de l'aisselle une fois le thermomètre en place, cet instrument accuse en général 36° à 36° 5' ; parfois moins, parfois un peu plus. On peut, en pratique, considérer comme apyrétique au matin le tuberculeux chez qui le thermomètre dans l'aisselle ne dépasse pas 36° 5". La plupart des malades considérés comme apyrétiques atteignent 36° 7, 36° 8 le soir.

Tout tuberculeux qui, le soir, aura 37°, sera considéré comme subfébrile. Celui qui aura régulièrement au-dessus de 37° sera tenu comme fébrile vespéral.

Tout tuberculeux qui, fébrile le soir, aura 37° le matin, sera regardé comme fébrile permanent.

En général, l'accès de fièvre du tuberculeux apyrétique le matin, devient évident vers une heure ou deux heures de l'après-midi. Le moment du maximum est très variable, mais existe le plus souvent entre cinq et sept heures du soir.

Dans tout ce qui précède, il ne faut voir qu'une sorte de formule générale, car nombreuses sont les exceptions. C'est au médecin traitant à savoir que certains tuberculeux ne font pas leur chute thermométrique à l'heure ordinaire ; que d'autres atteignent leur maximum vers deux ou trois heures du soir, etc.

D'une façon habituelle, le tuberculeux doit prendre sa température deux fois par jour, le matin entre sept et huit heures, le soir entre cinq et six heures.

En partant de ces principes généraux sur la fièvre des tuberculeux, leur exercice physique peut se régler de la façon suivante :

1° Les malades totalement apyrétiques peuvent marcher à toute heure de la journée, la quantité et la qualité de la marche étant ordonnées parle médecin, sous réserve du contrôle fourni par le thermomètre et par la bascule.

Car si, même avec des promenades bien réglées, le thermomètre accuse le soir une ascension; ou même sans cela, si la prochaine pesée du malade indique une diminution de poids qui n'a pas d'autre cause plausible, il faut conclure que l'exercice est exagéré et il faut immédiatement le restreindre.

2° Le malade fébrile ou subfébrile le soir seulement doit marcher surtoiit le matin avant le grand déjeuner. Ici encore, cet exercice sera réglé en quantité et qualité par le médecin, et ses résultats seront contrôlés par le thermomètre et par la bascule. Si, avec sa promenade matinale, le tuberculeux n'a pas plus de fièvre le soir, si, l'alimentation étant bonne, le poids du corps augmente, on lui permettra une autre promenade soit de suite après le déjeuner, soit entre deux et trois heures.

3° Le malade à fièvre continue ou mieux rémittente doit être à peu près condamné au repos. Quand il a au-dessous de 37°5" le matin, le médecin est moralement obligé de lui accorder une courte promenade avant déjeuner, mais tout exercice prolongé lui augmente sa fièvre du soir et tend à rendre cette fièvre continue.

Il faut bien noter que nous entendons par le mot promenade une marche véritable, soutenue, et non pas le petit déplacement répété

inhérent à une foule de besoins qui se présentent du matin au soir.

Dans tout ce qui précède, il est principalement question de la marche. C'est qu'en effet chez les tuberculeux l'exercice doit se faire surtout par les jambes.

Il faut supprimer tous les efforts plus ou moins violents, tous les mouvements trop brusques des bras. Les membres supérieurs sont trop près des poumons, ils ont trop d'action sur la cage thoracique et son revêtement pleural. Aussi doit-on s'abstenir de la gymnastique, des armes, etc.

Que de fois n'a-t-on pas vu survenir une hémoptysie chez des tuberculeux qui s'étaient livrés à ces exercices ou à d'autres du même genre! L'un a lancé des boules de neige clans la journée, l'autre a joué au billard en officier, suivant l'expression consacrée; un autre a conduit une voiture, et dans un effort pour retenir l'attelage, a craché du sang; un autre a dansé toute une soirée, etc.

Il y a lieu évidemment de tenir compte des coïncidences. Mais le rapport de cause à effet est d'observation si commune que le médecin doit proscrire tous les exercices violents. Si le malade ne tient nul compte de cette défense, au moins n'aura-t-ii de reproches à faire qu'à lui-même.

§ 3. — La cure d'alimentation.

Le tuberculeux doit manger et beaucoup manger. C'est le complément de la cure d'air et de repos. Nous avons déjà vu que les deux méthodes précédentes avaient pour but, entre autres, de réveiller l'appétit.

Et si malgré cela l'appétit est long à revenir, le malade n'en doit pas moins s'efforcer de prendre le plus de nourriture possible.

Il ne faut pas se dissimuler que c'est là le point le plus ardu de la cure hygiénique de la phtisie.

Nombre de malades ont vu leur affection pulmonaire précédée de troubles gastriques dus aux causes les plus variées. La plupart sont à peu près dégoûtés de tous les aliments imaginables. Lorsque vous dites à ces patients qu'ils doivent arriver à manger plus que lorsqu'ils étaient bien portants, vous passez pour leur demander l'impossible. Et cependant il faut y arriver.

Beaucoup de tuberculeux, après huit ou quinze jours de cure d'air et de repos, reprennent un appétit formidable. Ils mangeraient du matin au soir. Pas de discussion à avoir avec eux. Mais quelle lutte acharnée il faut soutenir avec les autres!

La Phtisie, 6

On doit les convaincre que le vieux dicton, « l'appétit vient en mangeant », a été inventé à leur usage particulier. Et de fait il est applicable parfaitement à beaucoup de malades qui, tout en ayant des fonctions digestives passables, ont perdu l'habitude de manger. Ils n'ont pas d'appétit, par suite de faiblesse générale, par suite du ralentissement de leur assimilation, et aussi parce qu'ils sont devenus trop délicats à force d'avoir été gâtés par leur entourage. Gomme ils sont capables d'assimiler, forcez-les à manger, au risque même de quelques repas perdus par régurgitation, et vous les verrez peu à peu s'alimenter comme tout le monde, à mesure que leurs tissus seront mieux nourris. Ils retrouvent l'appétit perdu.

A l'appui de ce qui précède nous pouvons citer une histoire bien intéressante entre autres. Un malade porteur d'une lésion tuberculeuse bien localisée, fébrile matin et soir, soumis à la cure d'air depuis assez longtemps, mais assez sceptique de sa nature, se voyait dépérir avec rapidité. L'appétit était nul, et les aliments étaient régulièrement rejetés. Un beau jour nous fumes peut-être plus persuasif que d'habitude pour montrer à notre client la pente rapide sur laquelle il s'engageait. Ouoi qu'il en soit, très énergique au fond, et convaincu cette fois qu'il était grand temps d'agir, il se

mit à ingurgiter des aliments coûte que coûte. Pendant quinze jours au moins, on le vit à chaque repas se lever de la table pour aller rendre tout ce qu'il avait pris. Quelques instants après il revenait, on lui servait de nouveau son repas depuis A jusqu'à Z, et la plupart du temps il gardait ses aliments. Un mois après, il mangeait comme tout le monde et sa fièvre tombait et il engraissait à vue d'œil.

Il faut du courage pour agir ainsi, c'est vrai. Mais il en faut toujours pour se guérir de la phtisie. Les malades énergiques sont toujours les premiers élus.

On attache selon nous une trop grande importance à la classification des aliments d'après la chimie. On calcule d'avance que le tuberculeux doit absorber tant d'azote, tant d'hydrocarbures, par jour, etc., pour se nourrir et se maintenir en bel état d'équilibre organique.

La pratique donne malheureusement de nombreux coups de pieds à ces données théoriques.

La vérité est que les tuberculeux se classent en deux grandes catégories.

D'abord et ce sont heureusement les plus nombreux, ceux que la mauvaise hygiène seule empêchait de manger, et dont les fonctions digestives et l'appétit se réveillent plus ou moins dès qu'ils sont soumis à la cure d'air et de repos, et dès qu'ils se sont abandonnés à la

main du médecin. On pourrait les appeler les normaux de la cure. Les uns sont apyrétiques, les autres fébriles, peu importe. Dès le début, le médecin dirigeant les juge capables d'aller de l'avant.

Ensuite il y a ceux dont les troubles digestifs sont plus sérieux, les atoniques et les dilatés de l'estomac, les apeptiques rebelles aux moyens ordinaires, les délicats incorrigibles, les dégoûtés de tout, qui, à force d'avoir été liâtes avant leur maladie, ont vécu de rien, sont devenus tuberculeux, et semblent incapables de l'effort nécessaire pour absorber des aliments. Ce sont les pathologiques de la cure.

Nous ne parlons pas bien entendu des grands cachectiques voués à une mort prochaine dont quelques-uns absorbent encore des aliments qui ne leur servent à rien, car ils n'ont plus rien des phénomènes réguliers de l'assimilation.

Or il faut bien savoir que pour la majorité des tuberculeux, il est tout à fait inutile d'inventer une alimentation spéciale. C'est une grande erreur des familles de croire que pour guérir leur malade il faul lui faire des petits plats, des chatteries, etc., et le gorger d'aliments dits substantiels, viandes saignantes à jel continu par exemple. A ce régime la plupart des tuberculeux capables de s'alimenter perdent l'appétit et l'habitude de manger, Ils

chipotent à table, ils croient se nourrir et en somme n'absorbent rien. Une bonne table de famille, des paroles un peu plus senties, et beaucoup d'hygiène feraient mieux leur affaire. Les tuberculeux ont besoin de n'être pas trop gâtés.

Ceux qui sont capables de manger doivent faire trois repas par jour, à la mode française. Les plus vaillants font un goûter l'après-midi.

Le premier déjeuner sera celui de tout le monde, au choix des malades, chocolat, café au lait, thé, cacao, toujours avec du pain, du beurre, etc. ; ou encore une bonne soupe au pain ou des œufs et de la viande froide. On peut varier à l'infini.

Le grand déjeuner doit se composer de plusieurs plats pour que le malade y trouve toujours ce qui lui convient en quantité suffisante. Les viandes y jouent un grand rôle, mais il faut laisser au malade la liberté de manger ce qui lui plaît. Les hors-d'œuvre, les condiments variés, la salade doivent être de tous les repas, leur but étant de faire passer le reste plus facilement. Le vinaigre de vin de bonne qualité est sans contredit le meilleur acide qu'on puisse se mettre clans l'estomac.

Rien n'est plus variable que le goût et les sympathies des malades pour les légumes. Heureusement que les façons de les arranger

ne manquent pas, simplement bouillis, ou en purées, sautés au beurre, à la vinaigrette, etc.

En général, dans le monde on attache une grande importance au bon potage gras, au consommé plus ou moins garni de pâtes, de légumes ou de pain. Assurément, de temps en temps, il est agréable de manger un bon potau-feu de famille bien parfumé, mais il ne faut pas trop compter sur l'action bienfaisante qui en résulte. Il serait plus sage de ne pas faire bouillir cette belle viande de bœuf et d'en faire manger quelques centaines de grammes à l'état cru à son malade. Nous dirons la même chose pour les thés de bœuf, les jus de viande, etc.. Cinquante grammes de pulpe de viande crue seraient préférables.

La plupart du temps, les potages maigres, les purées légères, avec croûtons bien appétissants, fines herbes, etc. , seront mieux appréciés et vaudront mieux que le pot-au-feu classique.

Le reste du grand repas du soir se composera des plats ordinaires d'une bonne table, comme pour le déjeuner.

Les malades qui font un goûter dansl'aprèsmidi, parce qu'ils en sentent le besoin, n'ont pas besoin de conseils sur le choix des aliments qu'ils doivent prendre à cette heure. Tout leur est bon.

Les boissons seront laissées au goût de chacun, à moins d'indications particulières du médecin. Les vins blancs ou rouges, la bière, le cidre, le lait, trouvent leur emploi.

Mais à ce sujet, nous ferons deux observations de premier ordre :

1° Le tuberculeux doit s'habituer à boire peu en mangeant. C'est une loi commune à tout le monde d'ailleurs. Moins l'on boit aux repas, mieux l'on digère.

2° Très souvent il suffit de supprimer le vin comme boisson de table et de le remplacer par de l'eau claire, pour voir disparaître comme par enchantement bon nombre de dyspepsies.

Pour notre part, nous avons toujours une série de malades, un tiers au moins du nombre total, qui ne boivent que de l'eau et s'en trouvent fort bien.

En résumé, pour nombre de tuberculeux, il est inutile de chercher une alimentation spéciale ; une bonne table, que leur fait rapidement apprécier la cure d'air et de repos, leur suffît. Ils mangent de tout, beaucoup de tout, et engraissent rapidement.

Mais tous n'en arrivent pas là d'un seul coup. Il y a les traînards de l'alimentation. Ils commencent par avoir besoin d'une alimentation surveillée spécialement. Ou bien

mangeant de tout, ils prennent trop peu de tout; ils se maintiennent, mais ne prennent pas de poids. C'est pour ceux-là que les divers procédés de suralimentation relative devront être mis en pratique.

Cela consiste à leur faire prendre soit comme complément de leur repas incomplet, soit entre les repas, des aliments très nourrissants sous le plus petit volume possible.

L'aliment de ce genre qui occupe le premier rang, sur lequel on peut toujours compter, est la viande crue.

Dans le monde on a souvent peur de la viande crue, parce qu'elle est susceptible de donner le taenia. C'est un enfantillage. Car manger un beefsteack cru ou saignant est identiquement la même chose. Or, peu de gens redoutent la viande saignante, sans se douter que pour tuer les cysticerques du tœnia de la viande, il faut la faire cuire complètement. D'ailleurs, au pis aileron emploiera la viande de mouton, mais elle est beaucoup moins agréable au goût.

Enfin, l'éventualité d'un taenia n'est poinl chose si terrible. Car depuis que nous possédons la pelletiérine, c'est un jeu de le tuer et de l'expulser presque à coup sur en trois heures environ.

Tous les procédés sont bons pour prendre la

viande crue. En pulpe très fine obtenue au tamis, râpée simplement au couteau, ou seulement bien hachée, chaque malade a sa façon préférée de l'absorber. La plupart du temps, nous la faisons préparer en assez grosses boulettes garnissant le fond d'une assiette. On sert en même temps une tasse de bouillon bien dégraissé. Le malade prend à la cuiller chaque boulette, la trempe dans le bouillon et tout passe fort bien. Inutile d'énumérer tous les artifices de véhicule employés au gré de chaque patient.

La viande crue a cet immense avantage, de se digérer avec une rapidité étonnante. Donnée en supplément du repas ou comme goûter, elle ne gêne en rien, même à doses élevées. Bien souvent, nous en avons fait prendre 150 grammes trois fois par jour à des malades qui n'en mangeaient pas moins à table.

A côté de la viande crue, se placent les poudres de viande et les peptones.

Les poudres de viande ont le défaut d'être supportées en général très peu de temps par les malades. Les boîtes ou flacons débouchés depuis quelques jours, prennent un fumet assez désagréable. Il faut dire qu'aujourd'hui ces poudres de viande pure ou mélangée à des fécules variées sont beaucoup mieux préparées qu'il y a des années.

Les peptones, sortes de viandes toutes digérées, ont la prétention, plus encore que les poudres précédentes, de représenter sous un petit volume, et sous une forme très facilement assimilable, un poids considérable de viande ordinaire. Les peptones de bonne marque sont d'excellentes préparations, que les personnes les plus délicates absorbent avec plaisir en solution dans divers véhicules.

Les œufs représentent également un aliment de premier choix pour la suralimentation, à cause de la facilité avec laquelle on peut les absorber. La plupart des malades les avalent crus ou à peine tiédis, à la coquille ; d'autres n'en prennent que le jaune. Un mets fort délicat et rarement refusé est fait avec un ou deux jaunes d'œuf délayés dans du café noir ou du café au lait sucrés. L'œuf est commode, car on peut l'avoir la nuit à sa portée, et les tuberculeux qui se réveillent plusieurs fois, en absorbent volontiers quelques-uns.

Gomme aliments liquides pour la suralimentation, il faut placer en première ligne, le lait de bonne qualité et les bières fortes ou médicamenteuses.

En Allemagne, on a l'habitude de faire rentrer en général le lait de vache dans l'alimentation régulière. Il fait partie intégrante delà nourriture des malades.

Xous regardons le lait comme un des meilleurs auxiliaires de l'alimentation des tuberculeux. C'est un aliment complet, parfait, qui a pour avantage de pousser aux fonctions dépuratives des reins. Mais, à moins d'indications thérapeutiques spéciales, nous ne le prescrivons jamais comme élément régulier de l'alimentation. En revanche, il nous sert à faire de la suralimentation au même titre que la viande crue et les œufs. Nombre de malades d'ailleurs prennent par goût plusieurs tasses de lait entre les repas.

De même pour la bière. En dehors des personnes qui en usent comme boisson de table ou par goût entre les repas, nous l'employons pour la suralimentation. Et alors nous choisissons les bières dites de malt, et mieux encore le stout ou porter, aliment parfait qui donne des résultats admirables quand il est pris à dose élevée.

Vient enfin l'huile de foie de morue, cette drogue merveilleuse quand elle est prise à haute dose, c'est-à-dire lorsqu'elle est bien supportée. C'est à la fois un aliment gras, le plus assimilable peut-être des corps gras, et un médicament dont l'action non douteuse prête à une foule d'interprétations.

L'huile de foie de morue prise à forte close, six à huit cuillerées à soupe par jour, lors-

qu'elle est bien supportée et absorbée, produit de véritables résurrections. Mais il faut qu'elle ne trouble en rien l'estomac, qu'elle ne dérange pas l'intestin et qu'on ne la trouve pas en nature dans les matières fécales.

Tous les médecins peuvent citer des cures merveilleuses dues à faction reconstituante de ce produit industriel.

On ne saurait dire malheureusement qu'avec de la patience et de l'ingéniosité de la part du médecin, et du courage de la part du malade, on arrive toujours à la faire supporter à haute dose. On n'obtient au contraire un pareil résultat que dans l'infime minorité des cas, quels que soient les artifices employés.

En résumé le tuberculeux capable de manger et de digérer, trouve dans l'alimentation ordinaire de tout le monde, en y adjoignant au besoin les aliments de suralimentation dont les principaux viennent d'être signalés tout à l'heure, tout ce dont il a besoin.

Pour les malades que nous avons appelés les pathologiques de la cure, il faudra souvent renverser les termes de la méthode. Avant de les mettre au régime alimentaire commun, on sera souvent obligé d'employer chez eux à titre d'aliments réguliers les agents que nous «•ni ployons à titre de suralimentai ion chez les malades normaux de la cure.

C'est ici que l'ingéniosité du médecin doit entrer en scène. Aux tuberculeux qui ne mangent rien, il faut arriver à faire manger quelque chose. On commence par ce que l'on peut leur faire accepter, par n'importe quoi. Peu à peu les fonctions cligestives se relèvent et l'on peut alors choisir les aliments les meilleurs. Mais au début, ce qu'il y a de meilleur, c'est tout ce que le malade peut absorber et digérer. Tous les procédés sont bons. Quelquefois il faut recourir au gavage par la sonde, pour donner le premier coup de fouet aux fonctions d'assimilation.

C'est alors qu'on s'aperçoit que les données théoriques de l'alimentation d'après la chimie se trouvent souvent en défaut.

Nous connaissons un tuberculeux bien guéri depuis plusieurs années, qui, très fébrile matin et soir au début de sa maladie, était dans l'impossibilité absolue d'absorber les aliments ordinaires. Pendant plus de deux mois il s'est nourri exclusivement avec des œufs crus qu'il absorbait au nombre de dixhuit à vingt-quatre par jour ; avec cela une quantité relativement considérable de vin pur de bonne qualité. C'est avec ce régime qu'il a tué sa fièvre et tenu ses bacilles en échec jusqu'au moment où il a pu absorber enfin un peu de pain. Autre fait.

Nous avons eu sous notre direction un malade d'une cinquantaine d'années, homme superbe de stature, de la race de ces individus qu'on croirait destinés à faire des centenaires s'ils menaient une vie régulière. Celui-là, presque grand aventurier, coureur des cinq parties du monde, s'était livré à tous les excès, et surtout à l'alcool. Il nous arriva émacié, tuberculeux fibreux des deux sommets, ne pouvant prendre aucun aliment. Il vivait exclusivement de vin, d'alcools variés et d'absinthe. 11 crachait du sang, il en vomissait quelquefois. Pendant plusieurs mois, soumis à la cure d'air et de repos, il se nourrit de viande crue, représentée par un énorme beefsteak qu'il mangeait nature matin et soir, m y joignant quelque peu d'oignon, d'échalote ou d'ail crus également. Du pain et des légumes il n'y a pas à ni parler, mais il continuait à absorber des quantités considérables de vin et de grogs au rhum. A ce régime il devint superbe, engraissa d'une série de kilogrammes, nettoya d'une façon remarquable ses lésions pulmonaires, et partit non moins alcoolique qu'à son arrivée, mais ;il»so- 1 ument transformé.

Nous citerons encore un autre malade qui esï arrivé à tuer sa fièvre en absorbant journellement et de façon exclusive, do 450 à

500 grammes de viande crue, mangée nature à la fourchette, et un litre et demi à deux litres de bon lait par jour.

Ces faits comme beaucoup d'autres analogues démontrent qu'en présence des tuberculeux qui ne supportent pas, ou mieux qui n'absorbent pas les aliments ordinaires, il faut instituer un régime quelconque, dût- il ne pas être en accord parfait avec les données théoriques de la chimie biologique.

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