CHAPITRE IV
LES MÉDICATIONS ANTIFÉBRILES.
En dehors de toute complication, les tuberculeux peuvent avoir deux espèces de fièvre : l'une que nous appellerons la fièvre d'usure ou de surmenage; l'autre que nous désignerons, avec tout le monde, sous le nom de fièvre tuberculeuse.
§ 1. — La fièvre de surmenage.
Pour la faire bien comprendre de suite, un exemple vaudra mieux que toute description. I ii tuberculeux ambulant, comme nous les appelons volontiers, resté jusque-là en liberté, vivanl de la vie commune, nous esl adressé au sanatorium. Il est encore plus ou moins robuste. 11 porte des lésions pulmonaires assez bien localisées en général. La fatigue du voyage aidant, nous lui trouvons le soir de son arriver nue lièvre intense, très souvent le thermomètre marauantdans l'aisselle, 39°, 39°, 5. En
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l'interrogeant nous apprenons qu'habituellement il se sent chaud tous les soirs et qu'il sue plus ou moins toutes les nuits.
Nous le laissons coucher la fenêtre fermée la première ou les deux premières nuits, comme tous les nouveaux arrivés.
Le premier matin il donne de 36°, 5 à 37°, 5 au thermomètre. Dans le premier cas il va à la cure ce jour-là ; dans le second il attend vingt-quatre heures au lit, et généralement le surlendemain il atteint sa température matinale normale, qui ne le quitte plus.
Nous le condamnons au maximum de repos possible à la véranda.
Le premier soir il touche encore 39°, ou 38°,5;le second soir il n'a plus que 38°; enfin, en cinq ou six jours, au plus, il atteint sa normale le soir, soit 36°, 5 ou même 36°, 2 sous Faisselle.
Il faut ajouter que dès la troisième nuit, par exemple, sa fenêtre restant ouverte, il n'a plus sué ; que ses urines, très chargées et hautes en couleur à l'arrivée, sont devenues abondantes, pâles et limpides ; qu'à la cure il n'a jamais été incommodé par sa fièvre que le thermomètre seul lui a dénoncée; que, dès le troisième jour en moyenne, son appétit est devenu superbe.
Donc voilà un tuberculeux qui, depuis un
certain temps, traînait une fièvre vespérale plus ou moins intense. Et quatre, cinq, six jours, une semaine au plus de cure d'air et de repos l'ont débarrassé de tout, l'ont ramené à l'état d'apyrexie complète.
Ce tuberculeux avait simplement la fièvre de surmenage. Il avait ce que Peter appelait si bien l'auto typhisation.
En dehors de la tuberculose, cette fièvre-là n'est pas rare. Il est peu d'individus qui ne soient capables de l'avoir, après des fatigues excessives. Mais il y a des personnes qui la font vraiment avec une incroyable facilité. Nous citerons entre autres un de nos anciens clients, homme robuste, de santé admirable, qui chaque fois qu'il faisait une excursion un peu longue, une partie de chasse, était sûr d'avoir, pendant deux ou trois jours, un étal fébrile des mieux caractérisés avec tout le cortège plus ou moins inquiétant de l'empoisonnement gastro-intestinal, nerveux, musculaire, etc. Deux ou trois jours de repos complel ramenaient tout à l'état normal.
Cette fièvre de surmenage, il faut croire que les tuberculeux sont bien prédisposés à la faire, car elle est chez eux fort commune.
Elle est variable d'ailleurs, comme intensité el durée.
• •n l'observe à l'étal embryonnaire chez tout
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tuberculeux apyrétique, mais à lésions actives, qui se livre un jour donné à un exercice un peu plus prolongé. Le soir son thermomètre marquera 37°, 5, quelquefois 38°. Le lendemain il n'y paraîtra plus.
Il est rare que le tuberculeux en liberté ne l'ait pas plus ou moins tous les soirs. La plupart des malades, après un voyage un peu long, ne l'évitent guère.
Nous ne croyons pas l'avoir vue durer plus de huit jours. Quand une fièvre vespérale ne cède pas à la cure sévère en une semaine, il y a grandes chances pour qu'elle mérite une autre étiquette.
Cette fièvre de surmenage est grave chez les malades en liberté, parce qu'il n'y a pas de raison pour qu'elle cesse ; parce que, tant qu'elle dure, elle éreinte le patient et l'empêche de manger ; parce que, peu à peu, elle se fond avec la vraie fièvre tuberculeuse. Mais elle disparaît dès qu'on la soigne comme il faut.
Or le traitement qui lui convient découle de sa cause même. C'est, nous l'avons dit, le repos. Point n'est besoin d'autre chose.
C'est pourquoi l'on échoue contre elle avec tous les médicaments imaginables, si l'on n'a pas soin d'immobiliser son malade; c'est pourquoi toutes les drogues feront merveille
contre elle, du moment qu'on ordonnera d'abord le repos.
C'est cette même fièvre de surmenage qui vient se surajouter à la fièvre tuberculeuse vraie chez les tuberculeux fébriles, lorsqu'après une fatigue quelconque, un voyage par exemple, ou une promenade un peu longue, leur thermomètre accuse le soir un demi-degré ou un degré de plus qu'à l'ordinaire. Nous aurons à en reparler tout à l'heure.
En résumé, la fièvre d'usure ou de surmenage des tuberculeux ne demande l'intervention d'aucun médicament antithermique. Sublatâ causa, iollitur effectiis.
§ 2. — La fièvre tuberculeuse.
Celle-là nous ne la décrirons pas, elle est trop connue des médecins et des malades, bien que pas mal de ces derniers, par une sorte de grâce particulière, l'aient parfois bien longtemps sans s'en douter. Dans la phtisie le patient s'habitue à tout ce qui revient tous les jours : c'est une des sources de ses illusions admirables.
Cette fièvre s'appelle tuberculeuse tout simplement, mais elle résulte évidemment d'une foule d'actions pathologiques au milieu desquelles celle du bacille de Koch joue un rôle
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plus ou moins accentué. Il est bien évident que toutes les associations microbiennes qui, avec ledit bacille, font la phtisie, peuvent revendiquer une grande part dans sa production.
On ne l'observe bien dégagée de tout autre élément que chez le tuberculeux à la cure de repos. Car, nous l'avons déjà dit, les malades en liberté, régulièrement fébriles, ont constamment un supplément de fièvre dû au surmenage.
A leur arrivée au sanatorium on leur trouve une température beaucoup plus élevée qu'ils ne l'auront après quelques jours de cure d'air et de repos, quand ils auront liquidé leur supplément de surmenage.
Jusque-là, comme on peut le prévoir, tous les médicaments antithermiques ont beau jeu pour abaisser la température de ces malades pendant les premiers jours, comme ils avaient beau jeu pour tuer complètement la fièvre d'usure pure et simple.
Mais quand le patient a ramené sa fièvre tuberculeuse à son degré réel et non pas apparent, lorsque les premiers, jours de cure ont produit les effets favorables habituels, la question change de face.
Cette fièvre tuberculeuse aucune drogue connue, croyons-nous, ne la fera disparaître. On peut la casser, la modifier, l'abattre mo-
mentanément, tout ce que l'on en voudra faire on le fera plus ou moins, car elle se laisse volontiers manier avec nos antithermiques actuels et c'est tout.
La raison en est bien simple. C'est que cette (îèvre a sa raison d'être dans l'activité des lésions pulmonaires, qui sont malheureusement en dehors de nos moyens thérapeutiques médicamenteux à l'heure actuelle.
Cette façon un peu cassante de juger l'impuissance de nos antithermiques contre la lièvre tuberculeuse étonnera probablement un peu le lecteur, mais, tout en ne demandant pas mieux que de croire à une fièvre tuberculeuse qu'on a coupée avec des médicaments, nous en sommes, pour nous, encore à chercher une observation probante.
Dans notre pratique, tout ce que nous avons vu qui se rapprochait de ce résultat avait trait simplement à la fièvre de surmenage.
Il faut donc être très sévère dans l'appréciation des faits.
La fièvre tuberculeuse, vraiment tuberculeuse, ayant ses papiers de naturalisation, si l'on peut dire ainsi, ne se coupe pas en huil jouis. Nous laissons (\r côté les complications aiguës, dites poussées tuberculeuses, clic/ l<-s phlisiques, car il s'agit ici de choses Imil à l'ail différentes.
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En réalité la fièvre tuberculeuse cède, comme la fièvre de simple surmenage, à la suppression de sa cause. Et cette cause c'est l'activité de la lésion pulmonaire, et cette activité ne disparait que par le relèvement de l'état général du malade. Aussi le meilleur antithermique dans ce cas c'est la cure méthodique, c'est le temps qui permet au patient d'être vainqueur clans la lutte antimicrobienne.
Alors quelle est donc l'action des médicaments antithermiques que nous possédons et qui sont journellement prescrits à la plupart des malades ?
Parmi ces médicaments, les seuls à peu près en usage actuellement sont lantipyrine, l'acétanilide ou antifébrine, etlaphénacétine. Leur action est la même, plus ou moins énergique suivant les malades, chaque médicament étant aussi mieux toléré par l'un ou par l'autre. Mais lantipyrine de Knorr est la plus célèbre de ces drogues.
Tous ces médicaments ont pour effet d'empêcher la fièvre de monter si on les donne au début de l'accès, et d'abattre cette fièvre si, au moment de l'administration, l'accès est déjà avancé.
A dose suffisante l'accès est jugulé, c'est le mot. Au bout d'une demi-heure, quelquefois une heure, la température tombe à la normale
et même au-dessous, et cette chute s'accompagne neuf fois sur dix de sueurs d'abondance variable, quelquefois fort pénibles. Souvent c'est là le seul inconvénient, mais souvent il y en a d'autres qui rendent aux patients ces drogues insupportables.
Cet abaissement de température a une durée qui varie de deux à quatre et six heures, pendant lesquelles le malade, s'il n'est pas trop mal en train, peut manger, reposer, ou s'occuper mieux de différentes choses.
C'est déjà très beau, mais très malheureusement cela ne dure pas. Bientôt le malaise de la fièvre reparaît, souvent avec un frisson vrai, et la température remonte, et l'accès revient dans son entier, tel qu'il eût été si aucune intervention n'avait eu lieu.
On peut d'ailleurs couper ce second accès comme le premier. Mais la fièvre reviendra encore, plus tard, dans la nuit, mais elle reviendra.
Et au matin, le malade n'aura plus généralement sa chute normale de température.
Si l'on continue à poursuivre ainsi pendant plusieurs jours les accès de fièvre, à coups de grammes d'antipyrinc, l'état fébrile du patient est complètement dissocié, dénaturé : on n'y comprend plus rien.
Le résultai mauvais de celle pratique, c'est
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que le malade qui aurait eu un bon accès de fièvre entre deux heures et sept ou huit heures du soir, et qui le plus souvent n'aurait pas sué parce qu'il est à la cure jusqu'à dix heures du soir et qu'après il couche à peu près dehors, aura supporté en vingt-quatre heures deux ou trois suées fort gênantes et aura perdu le bénéfice fort appréciable de son apyrexie normale sans médicament, soit de huit ou neuf heures du soir, à onze heures, midi ou une heure de l'après-midi le lendemain.
Voilà ce qui se passe le plus souvent chez les tuberculeux fortement fébriles le soir, qui le matin sont apyrétiques ou à peine subfébriles.
Aussi sommes-nous d'avis qu'on doit en général laisser tranquillement supporter son accès de fièvre au tuberculeux, qui montant tous les soirs entre trois et sept heures à 38°, 38°, 4) 39° et même 39°, 5 , est apyrétique le matin . Car sur vingt-quatre heures il y en a douze à peu près pendant lesquelles il ne brûle point. Ces cas-là sont d'ailleurs très fréquents. Les malades de cette catégorie, mis à la cure d'air et de repos, n'en sont bientôt plus vraiment incommodés, et au besoin ils soupent une heure plus tard que les autres. Mais combien y en a-t-il qui dînent parfaitement en marquant 38° sous l'aisselle !
Ce que nous venons de dire des tuberculeux grands fébriles vespéraux, implique naturellemenl que nous conseillons de laisser plus tranquilles encore les malades petits fébriles du soir. Quel que soit le degré de température atteint vers trois, quatre, cinq heures, par un tuberculeux qui à six heures et demie ou sept heures n'aura plus que 37° à 37°, 2, nous abandonnons cette fièvre à ellemême.
Et cela pour les raisons suivantes : le tuberculeux qui, même avec des lésions intenses, n'a qu'un peu d'élévation de température, se débarrassera assez rapidement de cette lièvre par la cure d'air et de repos. Et le tuberculeux qui a des lésions assez localisées, mais dont l'activité s'accuse par un accès violent tous les soirs, comporte neuf fois sur dix un pronostic favorable. Il tuera sa fièvre très probablement à la longue avec la cure d'air et de repos et l'alimentation qui en esl la conséquence. Il faut pour lui tout sacrifier au relèvement de la nutrition. Et si, avec son accès «lu soir, il trouve le moyen de souper, il faut le laisser tranquille.
En principe, donc, nous ne sommes pas partisan des antithermiques dans ces cas-là. Celle conduite esl le résultat d'une longue expérience. Cependant nous ne préconisons
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pas l'abstention absolue dans tous les cas. Il nous arrive parfois de prescrire l'antipyrine et ses congénères, sur des indications toutes particulières, mais ce n'est pas l'intensité du mouvement fébrile qui nous guide alors.
On trouve parfois des malades qui, même à la cure d'air, ne mangent pas le soir, parce que leur accès les gène trop. Nous leur donnons l'antithermique. Tant mieux s'il est bien . supporté, c'est-à-dire s'il n'ennuie pas plus le patient que sa fièvre même. Mais c'est en général pour peu de temps. Car, ou bien le malade en est incommodé pour la nuit et il en demande lui-même la suppression; ou bien, pendant ce temps, la cure d'air fait son effet et la drogue devient inutile.
Xous prescrivons encore les antithermiques aux malades qui ont leur fièvre à une heure anormale, gênante. Par exemple un tuberculeux apyrétique, ou à peu près, le matin, au lieu d'avoir son ascension thermométrique entre trois et six heures, voit paraître subitement son accès vers onze heures ou midi, quand il se met à table. Nous avons observé que ces accès déplacés s'annoncent plus souvent avec un frissonnement désagréable ; ils sont généralement peu intenses, comme élévation de température, mais le malaise qu'ils procurent rend le repas fort pénible ou impos-
La Phtisiç. §
sible, et les quelques heures qui suivent sont non moins insupportables.
Dans ces cas-là, une dose active d'antipyrine ou d'antifébrine, prise une demi-heure avant le frissonnement, coupe net l'accès et toute sa séquelle. Et comme si ladite fièvre avait vraiment une nature spéciale, elle ne reparaît guère l'après-midi. Le malade déjeune à son aise, et, de retour à la cure, reste à 36°, 5 ou 37°, 3 ou 37°, 4 toute la soirée.
Une autre indication est fournie par certains malades qu'une fièvre même modérée rend fort malaises, les uns parla lourdeur de tête, l'état névralgique, les autres par une sorte dénervement. L'antipyrine ou ses congénères atténueront ou même supprimeront totalement ces accessoires pénibles de l'élévation de température.
Mais qu'on se souvienne bien que, pour avoir dans ces cas-là tout le bénéfice du médicament sans en subir les inconvénients, il faut l'administrer au moment où l'on suppose que l'accès débute et non pas quand il est déjà évident pour le malade.
On voit que pour les antithermiques, aussi bien que pour les médicaments spécifiques, nous n'avons pas de parti pris absolu. L'observation nousa montréqu'il y avait avantage à s'en abstenir de façon générale dans une
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foule de cas où ils sont ordonnés, mais nous reconnaissons parfaitement leurs mérites et nous les mettons à profit dans des circonstances particulières.
S'il s'agit maintenant des formes continues ou mieux rémittentes de la fièvre tuberculeuse, la situation devient beaucoup plus difficile ; de même s'il y a seulement une chute voisine de la normale pendant une heure ou deux le matin, car le patient, repris de sa fièvre dès huit ou neuf heures, n'a presque aucun bénéfice de cette rémission momentanée ; trop souvent il en a seulement l'inconvénient, c'està-dire la sueur.
Dans ces circonstances il faut s'inspirer des événements. La fièvre étant presque continue, il n'y a pas à craindre de la déplacer d'une façon gênante. Il faut avant tout soulager le malade des malaises de son état fébrile et, s'il ne mange pas, lui procurer des rémissions artificielles de sa température, pour lui permettre de mieux prendre des aliments. Car il ne faut jamais perdre de vue que le tuberculeux à fièvre continue ou subcontinue n'a de chances de se tirer d'affaire que s'il parvient à absorber de la nourriture.
Nous ne saurions terminer ce chapitre sans parler des frictions de gaïacol sur la peau, comme moyen antithermique. Quelle que soit
la théorie de leur action, le fait le plus clair est qu'elles peuvent abaisser la température. Nous les avons naturellement employées, et nous regardons leur façon d'agir comme très analogue à celle de l'antipyrine. Mais elle est beaucoup moins sûre.
Nous avons observé, comme pour lantipyrine, que les frictions de gaïacol abattent la fièvre, mais que celle-ci reparaît au moins aussi gênante quelques heures après.
Il est évident qu'à égalité d'action, chez les malades grands fébriles continus, les frictions de gaïacol trouveront leur emploi fréquent dans les conditions énumérées plus haut, au point de vue des ménagements dont on cherche à entourer l'estomac des patients.
Pour terminer ce sujet et pour mettre en garde de nouveau contre les erreurs d'interprétation, quand il s'agit de juger l'action des antithermiques, nous citerons le fait suivant, qui se rapporte au gaïacol en frictions. Un tuberculeux, porteur de lésions pulmonaires graves, bilatérales, ouvertement condamné à à mort dans un délai voisin, fébrile matin ri soir, est envoyé à la cure d'air comme à une dernière chance de salut. L'alimentation était presque nulle, le cas semblait désespéré. 11 fut mis à l'aération continue la plus sévère
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et on lui fit des frictions de gaïacol journellement. Le résultat de ces frictions était fort irrégulier, tantôt agissant, tantôt n'agissant pas, la courbe thermométrique était là pour le démontrer. La suppression de ces frictions, de temps en temps, faisait reparaître la fatale fièvre tuberculeuse nullement modifiée, et les lésions pulmonaires, après le premier nettoyage ordinaire produit par la cure d'air, restaient absolument stationnaires ; de même pour tous les autres signes généraux.
Le mieux ne commença à se manifester qu'après plusieurs mois, quand le malade parvint à absorber 450 à 500 grammes de viande crue par jour. Alors ce fut une résurrection. L'amaigrissement s'arrêta, les urines s'éclaircirent, la température baissa d'abord le matin, pour atteindre au cinquième mois la normale d'abord passagère puis constante; de 38°, 5 à 39° et plus tous les soirs, le thermomètre descendit à 37°2-37°,5. Le malade sortit du lit où il était attaché depuis des mois. A l'heure actuelle c'est, à moins d'accidents imprévus, un tuberculeux très ordinaire en voie rapide d'amélioration. Et les lésions pulmonaires ont suivi la même marche rétrograde.
Voilà donc un malade qui a été frictionné au gaïacol très longtemps. Et ces frictions
ont été impuissantes à modifier en quoi que ce soit l'évolution de sa fièvre tuberculeuse, jusqu'au jour où, grâce à la cure méthodique, l'alimentation a pu devenir satisfaisante.