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CHAPITRE Vil

§ 1. — C'est un traitement long.

Le patient tuberculeux curable ou simplement améliorable qui accepte d'être soumis au traitement rationnel de la phtisie doit être averti qu'il s'agit là d'un traiiement long.

Il n'est pas en effet question de se soigner pendant quelques semaines. Gela se compte par des mois et des années, suivant la constitution du sujet, suivant la nature de ses lésions pulmonaires, suivant les imprévus, c'est-à-dire les incidents qui peuvent se produire chez le tuberculeux en apparence le mieux fait pour guérir promptement.

La théorie nous a enseigné précédemment que pour lutter contre ses lésions et les bacilles qui en sont la première cause, le malade devail refaire son organisme déchu. La pratique confirme absolument cette thèse en montranl que neuf fois sur dix, chez le tuberculeux à la

cure, l'état général s'améliore d'abord, et l'état local ensuite. C'est pourquoi nous disons volontiers qu'il est inutile de s'occuper des poumons d'un tuberculeux qui engraisse régulièrement. Il ne faut pas s'attendre en effet à voir se modifier rapidement les lésions bacillaires. Cela vient lorsque la bascule accuse une augmentation du poids du corps, lorsque les forces renaissent.

Ce que l'on voit se produire en très peu de temps à la cure d'air et de repos, c'est le nettoyage des lésions pulmonaires.

De même que les tuberculeux en liberté ont souvent de la fièvre de surmenage, qui encombre pour ainsi dire, soit leur apyrexie, soit leur fièvre tuberculeuse vraie : de même leurs lésions tuberculeuses vraies sont souvent encombrées, sont souvent noyées dans une foule de lésions accessoires.

C'est pourquoi le médecin, en examinant pour la première fois un malade qui vivait de la vie ordinaire, doit bien se garder de formuler un jugement précis sur l'étendue de ses lésions pulmonaires. Car lorsqu'il auscultera son malade après huit ou quinze jours de repos, il pourra être tout étonné de ne plus trouver ce qu'il avait constaté la première fois.

Quelques semaines suffisent pour faire évanouir tous les signes de ces lésions accessoires,

d'origine vulgaire, et pour ramener la lésion tuberculeuse à ses vraies limites. Et le repos et la cure d'air oui seuls produit ce résultat.

11 est important de bien connaître ces faits d'obervations d'abord pour la question de diagnostic immédiat et de pronostic qui peut en résulter, quand le médecin esl invitée donner son avis sur l'état actuel et l'avenir d'un tuberculeux qu'il voit pour la première fois, et ensuite pour ne pas s'exposer à mettre à l'actif d'une nouvelle médication interne ou externe une amélioration locale quelquefois étonnante et qui n'avait pour se produire besoin d'aucun médicament.

Ainsi donc, du seul fait qu'un tuberculeux menant une vie active est soumis à la cure d'air et de repos, il faut s'attendre à une première amélioration rapide des signes d'auscultation. Mais il n'en faut pas conclure que la lésion tuberculeuse vraie s'esl modifiée en si peu de temps. La lutte pour le patient ne commence vraimenl que lorsqu'il est réduil à sa lésion purement bacillaire.

Il y a évidemment des cas étonnants comme rapidité de guérison locale. Ou voit, el nous ■ i\ ons vu des blocs pulmonaires donnanl de la matité à la percussion, du souffle cl de l'exagération du retentissement «le la voix à I auscultation, disparaître mi trois mois. Nous

avons vu des cavernules bien limitées, auxquelles tous les signes apparents donnaient le volume d'une noisette, se cicatriser totalement dans le même temps. Nous pourrions citer plusieurs observations de ce genre tout à fait démonstratives, car le temps a passé sur ces guérisons et les sujets sont encore en parfaite santé.

Mais en général, il faut plus longtemps que cela pour se guérir de la tuberculose.

Cette constatation n'est pas très satisfaisante au premier abord, mais il faut considérer que si le traitement est si long, c'est parce que les malades s'y soumettent trop tard.

Nous ne cessons de le répéter, avec l'éducation actuelle des gens du* monde dans notre pays, les tuberculeux qui peuvent se soigner sont le plus souvent soumis à la cure alors qu'ils présentent des lésions plus ou moins avancées.

Mais le jour où les formes curables de la maladie seront dépistées par les médecins dès le début, le jour où, grâce à ces derniers, malades et familles seront édifiés sans arrièrepensée sur la nécessité de soigner immédiatement les affections de poitrine, ce jour-là les tuberculeux se guériront comme les anémiques , les chlorotiques, les simples affaiblis, c'est-àdire la plupart du temps par une cure de

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quelques mois. Et comme nous l'avons déjà dit, on s'apercevra que la tuberculose est une des maladies chroniques les plus curables, à une condition, c'est qu'on s'y prenne de bonne heure.

On pourrait dire d'une façon un peu paradoxale que pour se guérir de la phtisie il n'est jamais trop tôt et qu'il est toujours trop tard.

Et cela est si vrai que, lorsque dans un sanatorium où le traitement rationnel est méthodiquement appliqué, il arrive une série de ces tuberculeux au début, le médecin peut, pour ainsi dire, inscrire d'avance un nombre correspondant de guérisons qui dans quelques mois ne lui feront pas défaut.

§ 2. — Rôle du malade dans sa guérison.

En même temps que le médecin averti! son client que la cure est longue, il doit le prévenir d'une chose bien essentielle également. G'esl que la cure rationnelle, la direction médicale sont d'excellents éléments de sa guérison, mais que tout cela ne suffi! pas. 11 faut de plus que le malade veuille se guérir. S'il ne seconde pas son médecin, il n'obtiendra point de résultat sérieux.

Le tuberculeux doit se soumettre absolument ;i la direction médicale, mais il ne doii

pas être entre les mains du médecin un sujet, une chose inerte. Le perinde ac cadaver n'a rien à voir dans ce «enre de soumission. Le malade qui se laissera aller par découragement ou par inertie acquise ne fera rien de bon. Il doit, au contraire, être l'auxiliaire le plus actif du médecin ; il doit lui obéir aveuglément, mais avec intelligence ; il doit faire converger toute son énergie, toute sa volonté vers ce but, sa guérison.

Le traitement est long, par conséquent le tuberculeux ne se trouve pas mal d'un peu de philosophie qu'il puise bientôt clans la confiance que lui inspire la direction médicale.

Nous l'avons dit, pour la guérison de la phtisie, les malades énergiques sont les premiers élus ; et, y ayant passé nous-même, nous pouvons confirmer cette notion que pour se guérir il faut une volonté énorme, dès qu'on a été touché un peu sérieusement.

Nous avons déjà parlé des malades qui, parfaitement curables et prévenus de la gravité de leur état comme de ce qu'il leur fallait faire pour se guérir, préféraient mettre en pratique la théorie de la vie courte et bonne.

Il y a aussi ceux qui, par une tournure d'esprit assez bizarre qui n'est pas cependant du scepticisme vrai, ne s'abandonnent pas complètement à la main du médecin. Si ce n'est

pas le scepticisme qui les dirige ainsi, c'est dans quelques cas un certain état de bravade un peu goailleuse, disons le mot. Ce sont les tuberculeux qui courent le monde en chantant qu'ils voient bien le médecin, ou des médecins, mais qu'ils ne font rien de ce qu'on leur conseille. Il est bien rare que les tuberculeux de cette catégorie arrivenl à quelque bon résultat. Mais il est à remarquer que ce sont les premiers à trembler et à perdre la tête dès qu'il leur arrive le moindre accident. Il n'est pas rare de les voir devenir raisonnables lorsqu'ils ont essuyé quelque complication, telle qu'une hémoptysie.

§ 3. Les effets de la cure suivant les différents cas.

Le malade curable ou susceptible d'amélioration sérieuse, que l'on met à la cure rationnelle, si réfraclairc qu'il ait été à l'idée de s'y soumettre, éprouve bientôt une satisfaction morale, un bien-être physique qui l'ont évanouir ses dernières hésitations.

S'il est tout à l'ait au début de sa tuberculose, il se seul revivre en quelques jours, il ne tousse plus que juste ce qu'il faut pour expectorer, il dort ses nuits complètes, sans compter les suppléments de sommeil qu'il s'octroie à la cure pendanl le jour, il mange bien, sent

ses forces renaître et engraisse volontiers de 1 ou 2 kilogrammes les quinze premiers jours. Chez celui-là tout est fait d'un seul coup, il reprend son équilibre organique et n'a plus qu'à se laisser vivre comme tout le monde, tout en obéissant aux ordres du médecin.

Les tuberculeux qui, avec des lésions minimes ou souvent assez graves, sont déjà fébriles le soir, se comportent de deux façons.

Celui qui n'est fébrile que parce qu'il use son corps à des exercices intempestifs, qui n'a par conséquent que la fièvre de surmenage, voit en quelques jours son thermomètre redescendre à la normale. Il commence à manger le soir, ce qu'il ne faisait plus, il n'est plus incommodé par ses sueurs la nuit, et en peu de temps il se met au rang du malade de la catégorie précédente.

Celui qui, au contraire, a non seulement de la fièvre de surmenage mais déjà de la fièvre tuberculeuse, met plus longtemps à récupérer son équilibre, mais il y arrive la plupart du temps.

Mis au repos, il commence à avoir moins de température le soir, parce que d'emblée il supprime la cause de sa fièvre de surmenage. Il avait 38°, ou 39°, il n'atteint déjà plus après quelques jours que 37°5 ou 38°. Peu à peu il

se nourrit deux fois plus qu'auparavant, puisqu'il arrive à pouvoir dîner, ce qu'il ne faisait plus, et, les forces revenant, il peut lutter contre la seconde cause de sa lièvre. c'est-à-dire sa lésion pulmonaire active.

C'est dans celle catégorie que se rangent les malades importants, ceux dont la maladie procède par attaques fébriles, ceux dont les lésions plus ou moins graves ne permettent pas toujours au médecin de se prononcer sur l'issue probable de la maladie, ceux qui vont être pour lui l'occasion dune lutte sans trêve, de tout instant, dont le but est de tuer cette lièvre tuberculeuse. El comme nous l'avons dit, ce ne sont pas les médicaments qui la feront disparaître, il n'y a pas à compter sur eux pour cela. Elle ne disparaîtra que si le patient arrive à tenir eu respect ses bacilles, à enrayer l'activité de sa lésion.

Aussi ne peut-on parler du temps nécessaire pour obtenir ce résultat. Rien n'est plus variable suivant la gravité des lésions, suivant la constitution des malades.

11 y a des tuberculeux qui tuent leur fièvre en quelques semaines, il y en a qui y emploient des mois, et il y en a qui ne la tuent jamais.

C'est aux malades de la seconde classe que peuvent s'appliquer les récits enthousiastes

qu'ont faits certains médecins de leur propre guérison. Ce sont de véritables actions de grâces que ne craint pas de formuler le tuberculeux revenu à la vie. A ces auto-observations fort intéressantes nous pourrions joindre la nôtre, ayant eu la chance de nous guérir de la tuberculose après des mois d'accidents fébriles graves.

Qu'on sache bien seulement dans le monde que les médecins guéris de cette maladie sont légion à l'heure actuelle. Nombre d'entre eux d'ailleurs se sont donné cette tache, à la fois douce et ardue, de guérir les autres après s'être guéris eux-mêmes.

A côté des tuberculeux que la cure guérit il y a ceux qu'elle ne peut qu'améliorer.

Décrire l'avenir de toutes ces catégories de malades sortirait absolument du programme de cet ouvrage qui s'adresse plutôt au public extra-médical.

De même nous n'insisterons pas sur les particularités que présente la cure des tuberculeux arthritiques, lymphalico-strumeux, diabétiques ; sur la façon dont se comportent les phtisiques chlorotiques et nerveux qui tiennent si longtemps leurs bacilles en respect, souvent sans s'améliorer et sans s'aggraver; sur les tuberculeux et surtout les tuberculeuses, grands névropathes, hystériques, qui guéris-

sent leurs lésions, les rouvrent à volonté, et finalement ne guérissent pas toujours, mais enterrent parfaitement leur médecin ; sur les phtisiques nerveux qui guérissent sans engraisser; sur ceux dont la maladie est compliquée d'affection du cœur ; sur les syphilitiques, etc. Et puis il y a encore tous ceux qui restent invalides de la tuberculose, les caverneux, les poussifs par adhérences pulmonaires étendues, et les arthritiques jeunes chez qui la bacillose a fait éclater avant l'âge les manifestations pulmonaires qu'ils n'auraient eues qu'à quarante ou quarante-cinq ans.

Il faudrait un volume spécial pour traiter de toutes ces variétés de maladie.

§ 4. — Hygiène de la guérison.

Parlons d'abord des malades que nous avons appelés les invalides de la tuberculose. Qu'ils conservent indéfiniment des bacilles, ou bien que, débarrassés de ces parasites, ils conservent des lésions incurables d'ordre vulgaire, ils sont, cela va de soi, condamnés à vivre dans des conditions d'hygiène plus ou moins rigoi ire uses.

Les malades de ce genre donl l'éducation médicale devient forcément remarquable.

savent par expérience qu'ils doivent, tout en se livrant parfois à des travaux sérieux, vivre le plus possible au grand air, s'abstenir des réunions où ils ne trouveraient que fatigue et air vicié, avoir une existence absolument régulière, se nourrir plutôt fortement, et se priver de tous les exercices fatigants par leur violence ou leur durée. Chacun d'eux doit et sait se faire son petit genre de vie particulier.

S'ils sont robustes ils peuvent passer l'hiver n'importe où; plus délicats ils feront mieux d'aller passer en climat plus doux les plus mauvais mois de l'année. Mais partout ils doivent se souvenir qu'ils sont des invalides et non pas des gens bien portants.

Les malades guéris se rangent en deux catégories qui seront bien délimitées en général par ce qui va suivre.

Il y a les tuberculeux qui, soumis au traitement dès le début de leur affection, voient disparaître en quelques mois tous les symptômes objectifs et subjectifs de la maladie. A ce moment-là ils n'ont plus ni toux, ni expectoration, ni essoufflement, ni fréquence du pouls, ni trouble d'aucune sorte, pas même trace de réaction sous l'influence de l'exercice. Ils ont un embonpoint très suffisant, souvent exubérant, et pour tout le monde respirent la belle santé.

Ici un premier problème se pose. Quand doit-on les considérer comme guéris? A celte question voici notre réponse très catégorique.

Le médecin qui chez un malade dans les conditions précédentes ne trouve plus, à plusieurs auscultations espacées et faites avec tout le soin désirable, aucun signe de lésion pulmonaire, aucune anomalie clans la respiralion des sommets, doit admettre à ce momentlà que ce tuberculeux esten gaèrison apparente. Et, quelque florissante que soit la santé de son client, il doit l'avertir qu'il n'est guéri quen apparence; que, pour affirmer sa guérison vraie, il doit pendant une année encore se soumettre au traitement rationnel, à la cure, atténuée il est vrai dans sa rigueur, mais sous la surveillance médicale ; et qu'il ne pourra se croire guéri qu'après celle année (l'épreuve passée sans incident capable de faire songer à une reprise de l'affection locale.

Cette année d'épreuve est évidemment la pierre d'achoppement pour le médecin qui veut l'imposer et pour le patient qui doit la subi i*. C'est une des plus grosses difficultés qu'il y ait à vaincre, il ne faut pas se l'aire d'illusions à ce sujet.

Il y a à lutter contre le malade, contre sa famille, contre toutes les questions d'intérêt. Et eu réalité si le médecin est fermemenl con-

vaincu de l'urgence de cette année d'épreuve, il faut bien avouer que cette conviction n'est pas facilement partagée par le public.

Lorsqu'après plusieurs mois, souvent une année entière, un tuberculeux jeune encore, qu'on a amené à grand peine à se soumettre à la cure parce qu'il ne se sentait pas malade ou à peu près, se voit revenir à la vie commune, se trouve superbe de santé; lorsque le médecin lui dit qu'il ne présente plus de signes à l'auscultation ; n'est-ce pas naturel que cet ex-malade proteste énergiquement contre la vie d'inertie qu'on veut lui imposer encore ? N'est-ce pas naturel qu'il veuille de suite reprendre sa vie active au point où il l'a quittée il y a six mois ou un an? X'est-ce pas naturel qu'il en ait assez, comme ils disent presque tous, de ne rien faire, de ne plus s'amuser s'il est riche, de ne plus travailler si la cure a été un gros sacrifice pour lui.9

Et puis la famille vient le voir, ou bien le médecin, ne pouvant faire autrement, l'autorise à aller passer chez lui quelques semaines ; ses parents, ses amis, dans leur sainte ignorance, le voient superbe, en si belle santé, que chacun de lui corner aux oreilles les discours les plus néfastes : « Mon cher, vous n'avez jamais été si bien portant, vous n'avez jamais été malade ; vous ne nous ferez

jamais croire que vous avez été tuberculeux; ce n'est pas permis de rester à rien faire quand on est robuste comme vous voilà, etc., etc. ! » Que de malades déjà trop enclins par eux-mêmes à vouloir effacer l'histoire ancienne, se laissent prendre à ces discours ! Que de malades finissent par ressentir une sorte de honte d'être traités comme des paresseux! Ils finissent par croire eux aussi, qu'ils n'ont jamais été tuberculeux.

Le résultat c'est, malheureusement trop souvent, que le médecin ne les revoit plus. Ou bien, s'il les revoit, c'est six mois plus tard quand ils lui reviennent en pleine rechute.

Dans les sanatoria on ne le sait que trop. Les malades qui consentent à passer un an ou dix-huit mois sans quitter l'établissement sont rares. Dès qu'ils ont leur guérison apparente et même avant, ils éprouvent le besoin daller prendre l'air. Ils s'en vont passer l'été à la campagne où, disent ils, ils sauront très bien se diriger tout seuls. Livrés à euxmêmes ils se soignent pendant quinze jours, puis peu à peu subissent l'entraînement du mouvement ambiant, et quelques mois plus tard, reviennent trouver le médecin, toussanl et crachant de nouveau. De sorte que la guérison parfaite qu'ils auraient eue un an ou dix-huit mois après, ils mettront maintenant

deux ou trois ans à l'obtenir. Sans compter ceux qui ne la retrouveront jamais !

Nous le répétons donc. Le malade qui après six mois ou un an est en apparence guéri, doit subir, pour mettre sa guérison hors de doute, son année d'épreuve.

La question se pose plus difficile encore pour le tuberculeux qui, avec des lésions plus sérieuses, arrive à ne plus tousser, ni expectorer, à se sentir en somme comme tout le monde, à part qu'il conserve encore un peu de dyspnée soit habituelle, soit par l'exercice.

A quel moment le médecin est-il en droit de le déclarer guéri ?

Il est bien rare que les tuberculeux de cette catégorie, quand ils n'ont plus ni toux, ni crachats, quand ils sont devenus robustes et de belle santé apparente, ne conservent pas à l'auscultation quelque reliquat de leur affection locale. Ici c'est une submatité persistante d'un sommet ou des deux sommets avec rudesse respiratoire; là, c'est une respiration plus ou moins soufflante; ailleurs c'est du frottement, du craquement pleural; souvent c'est la diminution de l'ampleur respiratoire avec état grenu, entrecoupé du bruit vésiculaire. Ces signes répondent à des cicatrices, à des adhérences de la plèvre.

Nous pensons qu'on peut parler de guérison apparente chez ces malades, lorsque depuis un certain temps, trois mois par exemple, si Ton vcul une limite, on n'observe chez eux ni toux ordinaire, ni expectoration pulmonaire, et partant plus de bacilles, ni aucune réaction de l'organisme soumis à un certain exercice.

Il faut en effet éliminer la petite toux sèche et sans valeur qui peut exister chez un malade guéri, lorsque par hasard, il court, marche vite, rit violemment, clc... Il faut distinguer de l'expectoration pulmonaire les crachats du matin ou même de la journée provenant duraclemenl pharyngé, si fréquent chez les tuberculeux.

Dans ces conditions le malade peui être considéré comme en guérison apparente.

Quant à la guérison vraie, il faut, pour pouvoir l'affirmer, beaucoup plus longtemps que pour les tuberculeux de la première catégorie. Ce n'est plus une année d'épreuve, mais plusieurs années d'épreuve dont il s'agit.

11 faut considérer en effet, que ces malades n'onl guéri que grâce à des cicatrices plus ou moins importantes, soil pulmonaires seulement, soit pleuro-pulmonaires ; que dans ces cicatrices il y a 1res vraisemblablemeni des bacilles enkystés, el <|ui malheureusemenl ont

la vie dure ; que ces cicatrices, ces adhérences, pour être solides, pour résister à toute épreuve, demandent un temps considérable et que l'on ne saurait préciser dans l'état actuel de nos connaissances.

Aussi la seule conclusion qu'on puisse tirer de tout cela, est, selon noits, la suivante.

Le malade guéri en apparence qui garde des signes d'auscultation évidente, doit se considérer comme pouvant, à une époque ultérieure être pris de rechute de sa maladie. Par conséquent, après sa guérison apparente constatée par le médecin, il doit non seulement subir son année d'épreuve à la cure, mais encore pendant plusieurs années, se regarder comme un convalescent.

Il est évident qu'il s'agit là d'une loi générale applicable à la moyenne des cas; que beaucoup de tuberculeux gardant quelques signes d'auscultation insignifiante, se rapprocheront, au point de vue du pronostic, des malades guéris de la première catégorie ; que plus il y aura de temps écoulé depuis la guérison apparente, plus il y aura de chances pour que la guérison définitive soit obtenue.

Mais les exemples sont là qui démontrent brutalement la nécessité de prolonger la cure dans tous les cas. Nous citerons entre autres le fait suivant :

Un jeune homme porteur dune cavernule isolée, d'un simple trou sous la clavicule avait en six mois cicatrisé absolument cette lésion. Sept mois après cette guérison apparente, la santé était parfaite, il n'était plus jamais question de toux, ni d'expectoration et à l'auscultation on ne constatait qu'un peu de rudesse du murmure sous-claviculaire. Aucune argumentation ne put décider ce jeune homme à subir au moins son année d'épreuve à la cure. Il reprit sa vie ordinaire et huit mois plus tard, il mourait de phtisie.

Ces exemples-là fourmillent dans l'histoire des guérisons de la tuberculose.

C'est en s'appuyant sur des observations de ce genre que nombre de gens un peu superficiels, tuberculeux ou non d'ailleurs, disent que l'on ne guérit jamais de la phtisie! La vérité est que, lorsqu'on a eu la chance de s'en guérir une fois, c'est généralement par sa propre faute que Ton en meurt.

De ce qui précède il faut conclure que, pendant les premières années qui suivent sa guérison apparente, le tuberculeux qui conserve des vestiges dune lésion grave, doit s'étudier constamment, pour éviter tout ce qui peu! amener une rechute. Sans parler de ce <|iii esi de rigueur comme hygiène générale plus ha ni mentionnée, ce convalescent dont la conva-

lescence doit durer plusieurs années, s'abstiendra des exercices violents, surtout des bras, lesquels sont susceptibles d'amener la rupture des adhérences pleurales. Nous savons parfaitement que ces sages recommandations sont trop souvent négligées, mais il ne faut pas se lasser de les faire, car c'est ainsi que l'on voit survenir, sans qu'on s'y attende, et des hémoptysies et des réveils de la tuberculose.

Quoi qu'il en soit, ils sont légion les tuberculeux guéris avec ou sans vestiges de leurs lésions à l'auscultation, qui courent le monde, vivent de la vie commune, se livrent à toutes sortes d'occupations, et ne se souviennent même plus d'avoir été malades. Bon nombre d'entre eux habitent les grandes villes, sont mariés, parents de superbes enfants chez lesquels on n'aura pas à supputer ou l'on supputera à tort la question de l'hérédité tuberculeuse, car ils n'ont pas plus de raisons que les autres d'être attaqués par les bacilles. En effet, ces enfants doivent leur existence à des individus parfaitement en bonne santé.

Ici vient naturellement la question du mariage pour les tuberculeux guéris.

Dans un autre chapitre nous parlerons du mariage contracté par les tuberculeux malades. Posons seulement en principe que tout

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tuberculeux en activité ne doit pas se marier.

Quand il tient sa guérison, il peut au contraire contracter mariage, mais sous les réserves suivantes.

La guérison doit être réelle et non pas apparente. Ainsi, le tuberculeux guéri qui ne conserve aucun vestige local de sa lésion, qui a retrouvé un état général excellent, qui présente tout l'ensemble extérieur de la belle santé, peut fort bien se marier une année après son année d'épreuve, soit au moins deux ans après sa guérison apparente.

Mais le tuberculeux guéri qui conserve des vestiges locaux d'une lésion grave, quelque parfait que soit son état général, doit laisser passer sur sa guérison apparente plusieurs années avant de contracter mariage.

Et encore ces ex-tuberculeux doivent-ils se faire pendant les premiers temps de leur union, les plus dangereux naturellement, une hygiène conjugale un peu particulière. Inutile, croyons-nous, d'insister davantage.

Dans ces conditions, jouissant de tous les éléments qui constituent une belle santé, ils peuvent procréer sans crainte, au moins pour ce qui regarde l'influence de leur ancienne maladie sur leur progéniture.

En revanche, les tuberculeux guéris qui, avec la plus belle réparation pulmonaire, cou-

servent un état général tout à fait inférieur, le plus souvent parce que d'origine ils étaient de malingres individus (il y en a toujours quelques-uns qui guérissent), doivent s'abstenir du mariage, ou faire un mariage purement... platonique, pour ne pas employer le mot stérile ; car, sans être devenus tuberculeux ils eussent eu déjà une triste progéniture, et leur maladie, si guérie qu'elle soit, ne peut pas être regardée comme une chance de plus d'avoir de beaux enfants.

Ce sont en somme les mêmes lois pour la tuberculose que pour la syphilis.

On permet généralement, quand il veut bien demander votre avis, au syphilitique robuste de se marier lorsqu'il a suivi un traitement rigoureux, prolongé, et que depuis plusieurs années il n'a présenté aucun accident. Et encore lui prescrit-on, comme hygiène prématrimoniale, de faire une belle cure iodo-hydrargyrique, en vue de la procréation probable, et comme régime post-matrimonialj de faire toute sa vie à peu près une ou deux petites cures d'iodure chaque année. Dans ces conditions , on sait que presque toujours les enfants sont indemnes de la tare spécifique. Mais il y a des syphilitiques auxquels on interdit le mariage. Ce sont ceux qui, quoi qu'on fasse^ restent sans cesse soumis à des floraisons

■2\'2 II. rRAITEMENT RATIONNEL DE LA PHTISIE.

pour ainsi dire; ce son I ceux encore qui, bien (jiie guéris en apparence, grâce à une médication ininterrompue, <>nl un étal général assez déplorable pour faire craindre <le toute façon l'hérédité spécifique chez les descendants. Pour ceux-là ce qu'il y a de mieux, c'est le célibat ou le mariage improductif.

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