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TROISIÈME PARTIE

L'HYGIENE SOCIALE DES TUBERCULEUX

L HYGIENE SOCIALE DES TUBERCULEUX

Nous entendons par là les précautions que le tuberculeux doit pendre pour que, malade contagieux, il ne soit pas, ou soit le moins possible, un foyer permanent et ambulant d'infection bacillaire pour ses semblables.

Dans ce chapitre d'ensemble on trouvera 'forcément une foule de notions déjà exposées çà et là dans les chapitres précédents.

Comme il n'existe aucune mesure administrative prise contre les phtisiques en général, cette obligation de préserver ses semblables est pour le tuberculeux purement morale.

Mais puisque la société, sachant parfaitement le danger, laisse vivre en liberté les poitrinaires, ce droit a pour corrélatif ce devoir.

Jadis on bannissait et on incarcérait les lépreux; aujourd'hui on impose des mesures rigoureuses pour étouffer les premiers cas apparents, et déclarés par le médecin, des maladies contagieuses. Et pourtant que sont la lèpre, le choléra, à côté de la tuberculose? Il y a vingt ans encore, quand le choléra se

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montrait à Paris, tout ce qui pouvait fuir fuyait. Et tout le monde vit tranquillement côte à côte avec celle peste permanente, bien plus terrible, la tuberculose, qui enlève à un pays tous les ans son plus beau fleuron de jeunesse. Combien faut-il de guerres pour supprimer autant de vies humaines que la phtisie le fait en une seule année?

Mais il se passera longtemps encore avant que des notions de ce genre pénètrent dans le public. 11 faudrait que chacun sût ce que c'est que la tuberculose.

11 y a vingt-cinq ans que la contagion de celle maladie a été démontrée sans conteste: il y a douze ans qu'on connaît sa cause immédiate, le bacille de Koch. Mais tout cela esl resté dans le domaine scientifique. Les médecins le savent; les Sociétés savantes ont averti les pouvoirs publics; mais l'éducation médicale des populations est restée la même, au moins chez nous.

Dans certaines familles on sait tout cela, parce qu'on y a eu un des siens atteint de la phtisie, et qu'un médecin avisé l'a dirigé vers un sanatorium ; et la vie du sanatorium est une rude cl salutaire école qui ouvre les yeux non seulement au malade, mais à tous ses proches et amis auxquels on a osé avouer sa maladie.

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Mais les sanatoria sont si rares, surtout en France! Et encore ne s'adressent-ils guère qu'à la clientèle riche. De sorte que les choses que tout le monde devrait savoir restent lettre morte pour l'immense majorité des Français. Et il en résulte que l'on continue à mourir de la phtisie, insouciants et dociles, soumis à une sorte de fatalité qui n'a d'égale que celle des Orientaux; il en résulte qu'avant de mourir on donne sa maladie, dont ils mourront aussi, au plus grand nombre possible de ses parents et amis, sans compter les autres. Et cette peste continue à faire des milliers de victimes devant l'indifférence et l'inertie générales !

Les causes de cette situation épouvantable, nullement spéciales à notre pays d'ailleurs, sont faciles à trouver et remontent à loin.

La principale est la fatalité qui, de tout temps, s'est attachée à la notion de cette affection. La maladie de poitrine, la phtisie, c'était la maladie fatale, irrémédiable. Rien à faire que de laisser mourir les poitrinaires en adoucissant le mieux possible leurs derniers jours. C'était et c'est encore la maladie héréditaire qui frappait tous les enfants d'une même famille, les uns après les autres. La tuberculose est si commune qu'il était toujours facile de trouver, pour l'expliquer, quelque ascendant

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qui «Mi était mort. C'était la maladie intéressante, chantée par les poètes et les romanciers. La phtisie ayant ce privilège charmant pour l'individu, mais terrible au poinl de vue social, de tuer très souvent sans souffrances, et, qui plus est, au milieu des plus (louées illusions, c'était la maladie poétique, enviable même, rêvée par les jeunes filles et les jeunes femmes qui avaient perdu le goût de l'existence. El les parents trouvaient cela tout naturel, cl les jeunes poitrinaires s'en allaient enveloppés d'une sorte d'auréole. Après la sœur c'était le frère, puis les autres, et des familles entières y passaient pendant qu'on pleurait sur l'hérédité fatale.

Aujourd'hui l'on sail mieux à quoi s'en tenir ace sujet. Si l'hérédité \v<\\(> de la phtisie existe, elle est si rare qu'il y a à peine à en tenir compte. Ce qu'on hérite de ses parents tuberculeux c'est une organisation débile, un terrain propre à faire éclore la phtisie si un beau jour on se trouve soumis à la contagion. Et, en réalité, ce qu'on hérite surtout, ce sont les bacilles que les tuberculeux nous donnent pendantleurvie et nous laissent après leur mort.

On s'aperçoit bien vite, en y regardani de près, que les observations d'hérédité vraie dans les familles sont la plupart (\i\ temps des faits de contagion successive.

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Ici c'est un foyer où l'on voit disparaître le père ou la mère, puis deux, puis trois enfants ; là l'épidémie débute par les enfants et atteint plus tard les parents. Cherchez les antécédents et vous ne trouverez rien. La cause, c'est la maison, c'est l'appartement, c'est la chambre que le premier malade a habités, où il a fait sa maladie, où il est mort, où tout est infecté de bacilles. Dans l'insouciance de leur ignorance à tous, aucune précaution n'a été prise, les produits de l'expectoration se sont desséchés sur les mouchoirs, les draps, les couvertures, les vêtements, sur tout ce qui servait au malade. Tout cela s'est résolu en poussières qui se sont fixées sur tout ce que contenait son logement, et chacun a respiré ces poussières du matin au soir et du soir au matin. Les parents qui ont assisté le malade prennent la tuberculose, les uns pendant qu'il vit encore, les autres après sa mort. Car, jusqu'à désinfection complète, cette chambre est devenue une chambre néfaste, cette maison est devenue une maison maudite, tout comme il y avait autrefois des champs maudits où prenaient le charbon les animaux qui y paissaient, parce que l'on y avait enterré une bête charbonneuse.

Là c'est un bureau d'administration dont l'un des employés est tuberculeux. Il tousse et

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personne ne s'en émeut ; il crache partout, dans son mouchoir dont il secoue les poussières desséchées au visage de ses collègues, par terre, où les mêmes poussières sont balayées le lendemain parle garçon et distribuées sur toutee qui meuble le bureau. Alors un puis deux autres employés se mettent à tousser, et il n'y a aucune raison pouf que l'épidémie s'arrête.

Ailleurs c'est un atelier quelconque, et la même histoire se reproduit . toujours la même.

Ces foyers épidémiques, qui ue frappent pas l'imagination parce qu'il s'agil d'épidémies chroniques, ont une évolution favorisée par l'hygiène déplorable dont on entoure les trois quarts des tuberculeux. On a décrit il y a longtemps l'écurie plus ou moins luxueuse ou sordide, suivant la fort nue, dans laquelle on calfeutre les poitrinaires. L'air bienfaisant, curateur, le sauveur, on léchasse de partout el on s'ingénie à l'empêcher de rentrer nulle part.

Dans ces conditions on se demande c<>minciil tous les individus en contact avec les

malades ne sont pas COntagionnés. Nous

avons plus haul indiqué pourquoi il n'en est |»as ainsi.

Lorsqu'on ue trouve pas l'origine d'un pic-

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mier cas dans une de ces séries épidémiqnes, il y a encore plus de causes qu'il n'en faut pour l'expliquer. La tuberculose existe partout autour de nous, dans les maisons, dans la rue, dans les voitures publiques et les wagons des chemins de fer, sur les routes à la campagne. Partout est passé un phtisique qui a infecté un territoire quelconque avec ses crachats desséchés. En pleine santé nous y passons indemnes; en déchéance organique nous sommes la proie guettée par les bacilles.

Quand on songe aux myriades de foyers de contagion qui nous entourent, à quoi bon chercher l'hérédité directe de la tuberculose pour expliquer un cas donné?

Avant que l'on connût cette contagion épouvantable, il était bien naturel qu'on attachât un caractère de fatalité à la phtisie, qu'on s'endormît dans l'insouciance près du poitrinaire qui vous était cher, puisqu'il n'y avait rien à faire qu'à lui cacher sa maladie et à le laisser mourir, tranquillement.

Mais aujourd'hui qu'il est bien démontré que, d'une part, les tuberculeux guérissent, et que, d'autre part, ce sont des malades dangereux pour la société, il faut agir autrement.

Le médecin doit, dès qu'il a reconnu la tuberculose chez un malade, le déclarer au malade lui-même, s'il est curable, car c'est le

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moyen de le faire se soigner. Mais, qu'il soit curable ou non, la famille doit être avertie, parce que c'est le seul moyen d'empêcher ce patient d'être nuisible à la société.

Etant admis que, pouiTinstant,lessanatoria sont rares et que la vie y est coûteuse, la questionestfort simple si le malade est quelque peu fortuné.

11 faut de suite, s'il est curable ou améliorable, le diriger sur un sanatorium. C'est là qu'il trouvera l'hygiène individuelle et sociale qui lui convient.

11 faut de suite, s'il est voué à une mort fatale, lui créer chez lui cette hygiène personnelle et familiale. 11 faut, pour lui-même, employer tout ce que peuvent la science et le dévouement pour adoucir ses derniers jours.

Pour la famille, il faut créer autour de lui un milieu hygiénique dans lequel les causes de contagion soient supprimées ou au moins réduites au minimum :

Chambre ensoleillée, facilement aérable, meublée du strict nécessaire, avec le moins de tentures cl d'étoffes possible; on recueillera tous les produits de l'expectoration dans un crachoir de table, facile à manier <vl ;> aettoyer, en insistant près du malade pour qu'il apprenne à cracher proprement, s.ans éclabousser ses vêtements <•! ses couvertures: on

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