CHAPITRE IV
D'une façon générale la phtisie était considérée comme une maladie incurable, ce qui n'empêchait pas certains phtisiques de guérir et fort bien guérir, envers et contre tous. De tout temps et partout on a connu tel ou tel individu qui, déclaré poitrinaire à une certaine époque, n'en vivait pas moins en fort bonne santé vingt, trente et cinquante ans plus tard. On disait de ces individus qu'autrefois ils avaient craché leurs poumons ; que, finalement, ils n'avaient plus qu'un poumon. Celaient des guérisons miraculeuses. Les malins prétendaient, il est vrai, que ce n'était pas possible et que rien ne prouvait que les médecins ne s'étaient pas trompés!
Or ces guérisons miraculeuses tenaient tout simplement à ceci, que ces individus avaient une constitution robuste, et que, mieux conseillés en général, ils avaient quitté la vie active pour la vie à la campagne au
repos et au grand air. La bonne hygiène, leur bonne constitution originelle, et parfois les soins médicaux, leur avaient permis de lutter avec succès contre leurs bacilles.
De tous ces survivants de la bataille, les uns étaient et sont encore, car l'histoire d'hier est celle d'aujourd'hui, complètement guéris, n'ayant plus que le souvenir de leur ancienne maladie ; les autres conservent de la gêne respiratoire ; d'autres toussent toute leur vie, soit qu'ils portent une caverne bien enkystée, soit qu'ils vivent en bonne intelligence avec des lésions bacillaires torpides, soit qu'ils conservent de leur tuberculose antérieure des adhérences pleurales étendues, de l'emphysème pulmonaire, etc.
Guéris complètement, ou simplement invalides de la tuberculose, ils passent pour vivre avec un poumon.
Voilà ce que l'observation populaire a bien et dûment établi. En somme, la phtisie guérit donc de temps en temps.
A ceux qui prétendent que, la plupart du temps, il s'agissait d'erreurs de diagnostic, les autopsies clans les hospices de vieillards ont répondu depuis longtemps. Rien n'est plus commun que de trouver, chez des sujets morts de tout ce dont meurent les vieilles gens, les vestiges d'une ancienne tuberculose
La Phtisie. 3
M Cl FIABILITÉ DE LA PHTISIE.
dans les poumons. Tantôt ce sont des cicatrices criblées de petits tubercules enkystés; tantôt ce sont des gros tubercules caséeux enfouis dans une épaisse coque fibreuse ; tantôt des cavernes autrefois tuberculeuses et devenues purement fîbro-muqueuses.
Il faut en conclure que non seulement la phtisie peut guérir, mais encore qu'elle est capable de guérir toute seule. Car nombre de ces vieillards, trouvés tuberculeux guéris à leur autopsie, ne s'étaient jamais douté qu'ils avaient été phtisiques à une certaine époque : et leur condition sociale ne laisse guère i\ supposer qu'ils eussent jamais suivi un traitement bien particulier pour cette maladie.
C'est qu'en effet la tuberculose est une affection qui, dans ses formes aiguës, s'arrête quelquefois, ce qui, permet alors au malade de devenir un tuberculeux chronique.
C'est une affection qui, dans ses formes chroniques, guérit souvent toute seule. Que de gens de constitution suffisamment robuste ont subi une attaque de tuberculose qui n'a jamais été diagnostiquée, jamais traitée avecsou étiquette! Qu'on interroge les jeunes gens qui viennent se soumettre à la cure d'air pour une lésion déjà bien sérieuse, et bien des l'ois on recueillera l'histoire suivante : « Il y a deux, trois, quatre ans..., j'ai
d'abord été malade, Je toussais, je maigrissais, je ne mangeais plus ; le médecin m'a dit d'aller guérir mon rhume à la campagne. J'y suis resté trois mois à ne rien faire, et je suis revenu guéri. J'ai repris mes occupations et l'an dernier je me suis mis à tousser de nouveau. »
Et c'est là de la tuberculose qui a guéri toute seule, par le seul fait que ces malades sont allés se mettre « aux champs » pendant quelques mois. Seulement ils n'ont acquis qu'une guérison apparente, parce qu'ils se sont soignés trop peu de temps. Si le médecin leur avait dit que leur rhume était bel et bien une attaque de tuberculose et que, pour s'en guérir totalement, il leur fallait dixhuit mois ou deux ans de repos à la campagne, ils n'auraient jamais eu de rechute, vraisemblablement.
La tuberculose enfin dans ses formes chroniques devrait guérir le plus souvent si elle était diagnostiquée tout de suite, et si le patient était soigné comme il doit l'être.
C'est là ce qu'ont démontré les médecins qui dirigent les stations où l'on soigne vraiment les tuberculeux comme il faut les soigner.
Il n'y a d'ailleurs pas plus d'une quarantaine d'années que la curabilité de la phtisie
est franchement admise et prêchée nettement par les hommes de science! Et chez nous, en particulier, il a paru depuis vingt ans assez de livres remarquables sur ce sujet. Ce qui n'empêche point qu'en France la question semble n'avoir pas fait un pas pour le côté pratique.