CHAPITRE QUATRIÈME Résultats de l'intervention sanglante
Nous parlerons ici surtout des fractures consolidées sans suppuration, qu’elles soient ouvertes ou fermées. Malheureusement les observations sont encore trop rares et les résultats publiés trop incomplets pour qu'il soit possible d'établir sur des chiffres respectables la valeur de la méthode que nous préconisons. Un fait d’abord nous a frappé, c’est que la plupart des observations étaient incomplètes ; aussi croyons-nous devoir donner sous forme de schéma les données essentielles d’une observation démonstrative d'opération pour fracture de jambe :
Date et heure de l’accident ;
État à l'entrée (fracture directe ou indirecte, ouverte ou fermée) ;
Date et heure de l’intervention ;
Compte rendu de l’opération.
(Noter l’interposition ; esquilles ; coaptation parfaite ou non; modelage ou résection des fragments ; mode de suture, drainage.)
Suites opératoires (réunion par première ou seconde intention) :
Date de la consolidation ;
Date de la sortie.
À ces données doivent être jointes :
1° La feuille de température ;
2° Trois radiographies au moins, l’une avant l’opération, l’autre après l’opération, la troisième à la sortie.
Si possible, résultats tardifs avec radiographie.
Une observation prise ainsi serait un document indiscutable et la valeur définitive de notre méthode ne sera universellement admise que le jour où elle pourra s’appuyer sur un nombre considérable de faits ainsi recueillis. Nous espérons, pour notre part, contribuer à combler cette lacune, aussitôt que l’occasion nous en sera offerte.
Quoi qu’il en soit, nous pouvons déjà esquisser les bons résultats de la suture osseuse d’après les trop rares observations que nous avons pu recueillir.
Résultats immédiats. — Un premier faitsur lequel insiste Lane, c’est la cessation de la douleur aussitôt qu’on a obtenu une coaptation parfaite. La disparition de l’hématome doit aussi être pour une part dans le bien-être qu’éprouvent les malades après l'opération. Si l’on veut bien se rappeler les douleurs réellement intolérables, endurées par les malades dans des cas d’extension continue pour fractures obliques de jambe, on conviendra que cette disparition de la douleur est un fait digne de considération.
On note quelquefois, le lendemain ou le surlendemain de l’opération, un léger mouvement fébrile. On peut sans doute l'expliquer par une infection légère au cours de Pintervention. Mais, comme le même fait se produit dans des fractures fermées, il est logique d'admettre que dans certains cas on a affaire à une fièvre aseptique due à la résorp-
tion sanguine. Aussi ne faut-il pas s’inquiéter à avance,
23, F9; cette légère élévation de la température tombant le troi-
sième ou le quatrième jour.
Résultats tardifs. — Mais que devient le cal dans les
F1G. 22, — Représente un cas sem-
Fi. 21. — Représente une fracture
du tibia très oblique, presque spirale et probablement une fracture également oblique (située plus
haut) du péroné, produites toutes
les deux par un choc indirect. Le malade était un charbonnier ; sa fracture date d'il y a deux ans.
Les fragments tibiaux furent appliqués exactement et maintenus dans leur position par une vis qu'on voit très bien au skiagramme. Bien qu'elle soit très longue, elle n’a été d'aucun inconvénient. Le malade depuis qu’il quitta le service n’a jamais eu à se plaindre d’une douleur quelconque et il porte maintenant aussi aisément au’avant son accident des poids de 100 kilog. (Lane.)
blable à celui de la fig. 21, Je l’ai Opéré presque en même temps et j'ai eu beaucoup de peine à obtenir une coaptation parfaite des fragments (Lane).
cas de coaptation exacte? A. Lane insiste sur ce fait, qu'il
) . : AE n'y a pas alors formation de cal, il y a réunion par pre-
Fi&. 23. — Montreun cas de fracture de Pott où le péroné revint à sa forme normale, après la réunion ferme des fragments à l’aide d’un fil d'argent. (Lane.)
mière intention. Si bien, dit cet auteur, que toutes les fois
F1G. 24. — Représente une fracture oblique récente du tibia, produite par un choc direct. Il y avait là un chevauchement marqué des deux fragments l’un sur l’autre; mais les surfaces fracturées ont été ramenées à leur situation normale et ensuite unies à Faide de 2 fils en argent. (Lane.)
qu’on constate à la main la production d’un cal, c’est que
He
les fragments n’auront pas été mathématiquement en-
grenés.
Une conséquence de cette réunion par première inten-
FIG. 25. — Suture osseuse après modelage des fragments pour fracture compliquée (Gosset).
tion sera la rapidité de la consolidation. Lane n’a pas publié les observations détaillées de ses nombreuses opérations ; mais nous notons, dans plusieurs des cas de Roux (de Brignoles) (1), des consolidations au bout d’un mois,
(1)-CrouzET. Thèse de Montpellier, 1897!
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même l’une d’entre elles en moins d’un mois. Quand on rapproche ces faits des guérisons demandant trois à huit mois par l’extension continue, on voit que l'avantage est nettement du côté de l’intervention.
De plus, comme résultat fonctionnel, nous pouvons citer le cas de Lane, dont nous donnons ci-dessus le calque sur radiographie (fig. 21).
Ces résultats sont assez beaux pour encourager les chirurgiens à suivre l’exemple de Roux et de Lane. Et nous sommes heureux de publier plus bas un cas d'opération précoce pour fracture oblique de jambe, fermée, opéré tout récemment par mon ami Gosset dans le service du professeur Terrier.
Nousreprésentons aussi un autre opéré précoce de Gosset pour fracture ouverte de jambe, avec modelage et suture du tibia. Réunion par première intention (fig. 25).
Il est vrai que si les malades suppurent, ce qui dans les fractures ouvertes n’est pas toujours de la faute du chirurgien, les résultats ne sont plus comparables. On peut d’ailleurs, dans certains cas, en drainant largement, en faisant au besoin des contre-ouvertures, obtenir des réunions par seconde intention, relativement satisfaisantes. Aussi Ransohoff (1) est-il allé jusqu'à prétendre qu'il ne fallait pas chercher à réunir par première intention. Cest là le fait d’un chirurgien qui n’est pas sûr de son asepsie. Et à notre époque il n’est plus permis de conditionner ses décisions opératoires à la crainte de la suppuration.
(1) Loc. eût,