OBSERVATIONS
Observation 1
(Due à l’obligeance de M. Moucuer, chef de clinique à l'hôpital Necker).
Le nommé Albert G.. âgé de 36 ans, tailleur de pierres entre à l’hôpital Neckerle 20 septembre 1903, salle Malgaigne, lit n°1.
Il était à bicyclette lorsqu'il voulut tourner brusquement à droite sur le pavé gras ; les roues de la bicyclette ont glissé et G... est tombé sur le côté droit, la jambe droite prise sous la bicyclette.
Transporté à l'hôpital Necker immédiatement le 20 septembre 1903.
On constate à son entrée une fracture oblique esquilleuse du tibia droit, à l’union du 1/3 inférieur et du 1/3 moyen, avec fracture du péroné à peu près au même niveau ; sur la face interne du fragment diaphysaire tibial, on sent une pointe acérée qui adhère au derme. La réduction complète est impossible à obtenir ; le chevauchement des fragments persiste.
On anesthésie leblessé et grâce à la résolution musculaire ainsi obtenue, on réduit assez aisément la fracture, mais cette réduction est très difficile à maintenir. La pointe du fragment diaphysaire produit une dépression de la peau en s'appliquant au frag-
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ment inférieur ; d’autre part, M. Moucuer croit sentir sur le fragment supérieur une partie osseuse crépitante. En raison de ces dispositions anatomiques, fracture très oblique, esquilleuse, avec une pointe osseuse adhérente au derme, en raison aussi de la difficulté de contention de la fracture, M. Movucmer pro-
pose au blessé une intervention chirurgicale qui est acceptée.
Le 23 septembre. — Anesthésie générale à l’éther. M. Mou-
cHer se propose de suturer les fragments au fil d'argent.
Incision de 10 centimètressur la face interne du tibia ; le milieu de l'incision correspond à la pointe saillante du fragment diaphysaire. Les os mis à nu, on constate que le fragment supérieur taillé très obliquement présente en outre sur le bord interne une mince lame osseuse qui tient. à peine au reste de l’os en haut. Cette lame est large de 6 à 7 millimètres tout au plus. On dirait qu’elle a été détachée de l'os par la pointe acérée que le fragment inférieur présente sur son bord interne. Aussi pour assurer la réduction, pointe du fragment inférieur et lame mobile du fragment supérieur sont-elles réséquées. De plus la terminaison inférieure et interne en pointe presqueépineuse du fragment diaphysaire ‘est réséquée à la pince coupante sur une étendue de près de 2 centimètres.
Ceci fait. et sans avoir besoin de modeler d'une façon spéciale les surfaces fracturées, M. Moucuer parvient à les coapter d'une façon très satisfaisante. Il juge inutile de s'occuper du péroné,
Un fil d'argent épais est placé dans les fragments du tibia de façon à former une ligalure en cadre, et bien que les deux chefs ne puissent être convenablement arrêtés, parce qu'ils se. cassent, la contention est assurée dans les meilleures conditions. Sutures au crin de Florence des parties molles avec des fils superficiels pour la peau seule, et des fils profonds (4) pour tous es plans au devant du tibia, fils qui sont noués sur des bande-
lettes de gaze aseptique.
Gouttière plâtrée postérieure.
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Les suites opératoires sont parfaites, peu de douleur, pas la moindre élévation de température, | Le 18 novembre, soit 56 jours après l’opération, la gouttière plâtrée est retirée, La cicatrice est superbe, linéaire, à peine visible ; le cal est solide, la région tibio-tarsienne estun peu œdématiée, . Le blessé commence à marcher avec des béquilles.
L’attitude de la jambe est excellente, le raccourcissement est de un centimètre seulement.
Le 2 décembre. — On s'aperçoit qu'il y a un peu de mobilité au niveau du foyer de la fracture ; on applique un appareil plàtré qu’on enlève définitivement le 28 décembre, On constate que la réduction est parfaite, la consolidation s'affirme de plus en plus. Le malade part à Vincennes le 31 décembre avecune botte silicatée. L'appareil silicaté a été enlevé le 15 février.
Le malade est revu le 19 avril 1904 :
Le raccourcissement, après plusieurs mensurations rigoureuses est à peine de 3 à 4 millimètres. L’axe de la jambe est absolument normal. Un peu d’épaississement des tissus au niveau du mollet et du cou-de-pied. Raïdeurs au niveau du coude-pied (le massage n’a pas été fait).
Le malade repose sur son pied sans fatigue et marche par-
faitement bien.
Observation 2 ;
Due à l’obligeance de M. Guizrauxe, interne à l'hopital Tenon. Fracture oblique esquilleuse de la jambe droite. Suture immédiate. Drainage. Guérison..
La nommée Marie T.... infirmière à l'hôpital maritime de Berck, en nettoyant les carreaux d’une fenêtre au 1+ étage,
fait une chute de 7 mètres de hauteur.
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On l’examine un quart d'heure environ après l'accident, et on constate, sur la face interne du tibia droit, une petite plaie horizontale, d'à peu près un centimètre et située à l’union des tiers moyen et inférieur de l'os. Cette plaie saigne assez abondamment. |
Le fragment osseux inférieur fait saillie et c'est sans doute
à lui qu’est due la plaie cutanée. .
Le membre est gros, tous les mouvements qu’on essaie de Jui imprimer sont extrèmement douloureux. Le pied est en
abduction et rotation externe.
© On nettoie la jambe le plus possible, on la brosse, et, après avoir passé à l’alcool et à l’éther, on applique un pansement aseptique à la gaze stérilisée. Le membre est ainsi placé dans
une gouttière métallique,
Cinq heures après, la malade est revue; à ce moment elle souffre davantage de sa jambe, où le gonflement est assez accen- tué. La plaie, malgré une compression légère exercée, a saigné, et les premières compresses sont mouillées, La température est à 38%5 axillaire ; le pouls, un peu rapide, est bon. Le facies de la malade est pâle, mais elle n’accuse de douleurs en aucun autre point, sinon au membre inférieur. Elle a uriné, et les
urines sont normales,
En raison de cette élévation de température, de l’existence de cette petite plaie qui saigne, de la crainte surtout d’une infection
secondaire, on décide d’intervenir immédiatement.
La malade est endormie doucement à l’éther. La jambe £ est nettoyée encore, avec le plus grand soin, dans toute sa hauteur. On fait au niveau de la plaie cutanée une incision verticale le long de la face interne du tibia.
La peau est réclinée de chaque côté par deux écarteurs de Farabœuf, et on met ainsi à nu les lésions osseuses profondes. Le trait de fracture apparaît nettement oblique, et le frag- . mentinférieur, en saillie, chevauché en haut, en arrière et en
dehors.
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Portant le doigt en dehors on explore le péroné, qu’on trouve aussi fracturé à un centimètre plus haut.
On enlève des caillots et on éponge le sang qui s'était é panché dans le foyer de fracture.
On n'avait à sa disposition aucun appareil à traction mécanique, un aide vigoureux tire alors sur le pied pendant qu’un autre eKerce en haut la contre-extension. La fracture est ainsi réduite, Un fil d'argent est placé sur le péroné et deux sur le tibia,
On réunit au crin de Florence en laissant un petit drain de sûreté. Pansement aseptique. Appareil ordinaire : gouttière plàtrée ordinaire laissant la plaie bien à découvert.
Le lendemain matin la température est à 38°, mais le pouls est bon. Le pansement est laissé en place. Le soir, la température-est à 384, mais la malade a un excellent état général et ne souffre pas de sa jambe.
Le matin du deuxième jour, la température est à 374. On change le pansement et on retire le drain.
Le soir, le thermomètre marque encore 38°3 axillaire, mais redescend le lendemain à 37°2 pour ensuite osciller entre 368 et 3705.
Le quarantième jour on enlève le plâtre. La plaie a un excel-. lent aspect et est complètement fermée. Pour plus de sécurité on fait au malade un petit appareil silicaté et on l'autorise à marcher avec des béquilles,
La radiographie qui est faite à ce moment montre que la réduction est parfaite.
Quinze jours après, le silicate est définitivement enlevé. La malade marche sans souffrance, mais avec une légère boiterie, quoiqu'il ne semble pas y avoir de raccoureissement.
Revue récemment (mars 1904), la malade est trouvée en
excellent état et marchant très correctement.