CHAPITRE V
Cécité Glaucomatique.
La. cause immédiate de l'hydropisie de l'œil , est tantôt l'accroissement de l'humeur vitrée, tantôt celui de l'humeur aqueuse. Dans tous les cas d'hydrophthalmie, on trouve constamment l'humeur vitrée plus ou moins désorganisée , fluidifiée et réduite en eau. On ne peut distinguer laquelle des deux humeurs , vitrée ou aqueuse , a le plus de part dans la formation de la maladie, par l'accroissement de sa quantité.
Au début de la maladie , il y a apparence de nuage , occupant toute la prunelle de couleur verdâtre, qui, en vieillissant, devient blanchâtre, et dilatation considérable de la pupille, sans aucune espèce de mouvement.
L'accroissement dans la sécrétion du fluide aqueux tant au-dedans des cellules qui composent le corps vitré , qu'au dehors avec rupture par excès de distention ; l'affaiblissement réuni dans l'action du système absorbant de l'œil affecté , sont , selon les plus grandes probabilités , et comme dans toutes les hydropisies , les causes de la stagnation , de l'accumulation morbilique des humeurs dans le globe de l'œil. De cette stagnation , de cet accroissement successif de l'humeur vitrée et de l'humeur aqueuse,
il s'ensuit nécessairement que le globe de 1 œil prend d'abord une figure ovale , terminée en pointe dans la cornée; puis en se développant dans toutes ses dimensions , il parvient à un volume plus grand que celui de son semblable ; enfin , il sort de l'orbite au point de ne pouvoir plus être recouvert par les paupières , en défigurant la face du malade de la même manière que si , au lieu de son œil naturel 7 ou lui eut placé celui d'un bœuf.
Cette maladie est , tantôt , le produit de secousses sur l'œil ou sur la tempe qui Lui correspond ; tantôt elle est la suite d'une ophthalmie interne. Quelquefois elle ne cause d'autre incommodité qu'un sentiment désagréable de grosseur , de distension dans l'orbite , une difficulté dans les mouvcmens de l'organe , et un affaissement notable de la vue ; d'autres fois enfin , elle n'est l'effet d'aucune de ces causes , ou de toute autre quelconque assez manifeste , particulièrement si ce mal survient à des enlans d'un très-bas âge , et dont on ne peut recevoir aucun renseignement. L'œil n'a pas plutôt pris la figure ovale, et la chambre antérieure n'a pas plutôt pris une capacité extraordinaire , que l'iris parait placée plus en arrière que de coutume , et singulièrement tremblante au plus petit mouvement du globe de l'œil. La pupille reste dilatée dans tous les degrés de lumière , et le cristallin est ou brun dès le principe de la maladie , ou il ne s'obscurcit que lorsque l'affection est parvenue au plus haut période. Le mal devient alors stationnaire ; le cristallin n'est point profondément opaque ; le malade distingue le jour des ténèbres , un peu encore le contour
( 65 ) des corps , et les couleurs les plus vives. Mais l'œil prend-il plus de volume ? tout le cristallin s'offusque-t-il ? La rétine finit par être comme paralysée par l'excès de distension , et parconséquent n'est plus sensible à ce peu de rayons lumineux qui pénètrent jusqu'au fond de l'œil en parcourant les côtés du cristallin.
Dans la dernière période de cette maladie , lorsque le globe de l'œil hydropique proémine hors de l'orbite , jusqu'à ne plus permettre aux paupières de le recouvrir, aux incommodités dont nous avons parlé se joignent celles qui dérivent de l'aridité du bulbe , du contact des corps étrangers , du frottement des cils , de la chassie , du larmoiement , de l'ulcération de la paupière inférieure sur laquelle le bulbe appuie , et de l'excoriation de ce bulbe même. C est pour ces raisons que peu-à-peu l'œil hydropique est pris de violentes ophthalgies avec des douleurs aiguës de la partie affectée et de toute la tête. L'ulcération éealement ne reste pas toujours dans certaines limites ; elle fait des progrès , offusque d'abord la cornée, puis ronge la sclérotique ; elle détruit insensiblement les autres parties qui composent le globe de l'œil.
On peut , au début de cette maladie , faire usage à l'intérieur de doux minoratifs et de l'extrait de ciguë ; c'est aussi le seul période où mes médicamens soient applicables ; plus tard ils auraient le sort commun de tous les topiques, ûs nuiraient beaucoup; mais si on les appliquaient, pour ainsi dire , au début, ils pourraient être utiles.
Je ne dis rien de la compression de l'œil x
que quelques praticiens ont conseillée : il n'y a rien au-dessous d'une semblable méthode ; les narcotiques seuls sont à employer dans ces cas , jusqu'à ce que la dilatation du globe permette de l'ouvrir : ce qui est du ressort de la chirurgie.