‹ Traités approfondis des maladies des yeux et des oreillesChapitre 16 sur 58 · Amauroses métastatiques · texte numérisé non relu

Amauroses métastatiques

Ces trois espèces sont autant de chefs sous lesquels nous rangerons les principales causes occasionnelles. L'amaurose idiopathique sera produite par toutes les causes susceptibles de produire une irritation sur le globe de l'œil , et par conséquent d'y appeler une pléthore sanguine : tels sont les coups portés directement sur le globe de l'œil , une ophthalmie intense , une lecture assidue de livres écrits ou imprimés en caractères très-petits et serrés, l'aspect continuel du sable blanc dont la terre est couverte dans quelques régions , 1 aspect de la neige pendant une longue route , les observations microscopiques , les lectures à un jour trop

sombre ou au clair de lune , les coups portes sur la tète , etc. Outre ces causes , que le praticien peu saisir ou reconnaître , l'anatomie pathologique en a fait apercevoir plusieurs qui , pendant la vie du malade , doivent rester parfaitement ignorées : telles sont des exostoses dans les fosses orbitaires , l'ossification des artères ophthalmiques , l'atrophie des nerfs optiques , une dégénération quelconque de ces même nerfs ou de la substance cérébrale d'où ils tirent leur origine , etc.

L amaurose sympathique aura pour cause la suppression d'une hémorragie , une gêne notable , sensible dans la circulation , des excès dans les plaisirs vénériens , la masturbation , une maladie chronique et très - prolongée , une convalescence longue après une maladie aiguë très - intense , et principalement une fièvre ataxique , de longs chagrins , un état gastrique , la présence des vers dans les intestins , des accès d'épilepsie , d hystérie ou d'hypocondrie , etc.

La rétrocession de la goutte , la suppression d'un écoulement habituel , d'un flux leucorrhoïque ou gonorrhoïqnc , ou d'une phlegmaye cutanée , la rétrocession de la gale , des dartres , de la teigne , etc. , produiront l'amaurose métastaiique.

L'espèce , l'ancienneté , les complications , l'âge , etc. , sont autant de circonstances auxquelles on doit avoir égard dans le pronostic de l'amaurose. On peut dire , en général , que cette maladie est d'autant moins fâcheuse qu'elle est plus récente, moins complète, que son inva-r sion a été plus prompte , que le sujet qui en est affecté est moins avancé en âge. Les amauaoses

dépendantes d affections gastriques , sont les plus faciles à guérir , ainsi que les amauroses métastatiques ; c'est aussi sur celles de ce genre que mes remèdes réussissent le mieux : celles qui surviennent à la suite , ou immédiatement après un accès d'une maladie convulsive quelconque , laissent aussi un espoir de guérison ixès-fondé. Outre les pronostics que nous venons de déduire de l'examen des causes . et de quelques conditions individuelles ou propres au malade , Scarpa propose d'en tirer un nouveau de l'examen même de l'organe affecté , et de la considération de quelques symptômes concomitlans. Cet auteur regarde comme incurables les amauroses dans lesquelles la pupille , ayant perdu sa forme circulaire , est immobile sans être très-dilatée , ou dilatée au point de simuler l'absence de l'iris dont le bord est inégal et frangé ;. celles dans lesquelles le fond de i'œil , indépendamment de l'opacité du cristallin , offre une pâleur insolite ; celles enfin qui sont accompagnées de douleurs de tête ; d'un sentiment constant de tension dans tout le globe de l'œil , etc.

Remontant vers les causes qui ont pu déterminer ou produire l'amaurose , on sera bientôt en état de choisir le mode de traitement convenable. Les saignées locales ou générales , les boissons délayantes , les pédiluves, le repos, etc., seront, les moyens employés pour combattre l'amaurose par pléthore.

Les médecins qui , jusqu'à présent , se sont occupés de l'amaurose et de l'héméralopie , ont conseillé successivement les saignées , les pédiluves irritans , l'application de sang-sues à l'anus

ou aux tempes , les boissons acidulés , selon qu ils ont cru que l'affection reconnaît telle ou telle cause sympatique ; mais rarement l'effet a répondu à leur attente , et l'amaurosis est demeuré incurable. Je ne parle point des moyens proposés par d'autres , tels que le moxa sur les tempes , l'application du lèu sur la tête , les douches froides ; elc. , etc. , parce qu'elles tiennent de la barbarie , et qu'il me semble que dans des cas douteux on devrait être plus avare de la douleur d autrui.

Je n'ai point la prétention de croire que mes remèdes guérissent toujours , et dans tous les cas je serais trop heureux si j'avais un moyen assuré de guérir de l'amaurosis. Combien d'heureux je m'empresserais de faire ! mais je crois pouvoir avancer que lorsque l'amaurose est imparfaite ou récente , il est certain que mes médkamens, combinés sagement avec d'autres moyens indiqués par l'art , peuvent fortifier la rétine , dissiper ou retarder la diathèse amaurosique , et conserver la vue au malade , soit que les pupilles aient on non conservé une partie de leurs facultés contractiles.

Celles qui sont formées tout- à-coup ou qui sont le résultat de violens chagrins , de plénitude excessive , qui ne sont pas accompagnées de douleurs ; celles-là ne sont pas sans espoir de guérison. Il en est de même de celles qui sont périodiques , telles que l'héméralopie , la nyetalopie , 1 eblouissement.

Mais j'engage bien les praticiens à observer que , la plupart du temps , cette maladie a son siège dans le système gastrique , et que par conséquent si l'on ne compte pas entièrement

sur les évacuans pour le succès de la guérison, on ne doit pas non plus les négliger entièrement comme moyens préparatoires.

Les observations ci-après vérifieront tout ce que je viens d'avancer :

PREMIÈRE OBSERVATION

Une dame, âgée d'environ quarante-deux ans, replète et d'un tempérament sanguin , qui avait la vue habituellement faible , se leva un jour ayant perdu la vue ; la pupille était modérément dilatée et conservait de la régularité dans son disque , derrière lequel le fond de l'œil paraissait d'un noir assez foncé ; ces symptômes me laissèrent l'espoir de la guérir. Je voulus m assurer de l'effet de mes médicamens que j'appliquai incontinent sur l'œil ; après six semaines jde traitement, la contraction de la pupille et son resserrement s'étaient considérablement développés, et la malade apercevait un peu ; je lui prescrivis de suite un purgatif salin avec un lavement irritant, et bientôt elle vit parfaitement. Peut-On douter que , dans cet exemple, la cure ne soit due à l'action de mes remèdes ? ou enfin si l'on a l'idée que les évacuans seuls l'eussent produite , n'est-il pas néanmoins bien certain que les collyres avaient eu un commencement d'exécution ?

DEUXIÈME OBSERVATION

Une personne bilieuse et nerveuse à la fois perdit la vue subitement , à l'âge de vingtsept ans , par une amaurose imparfaite ; divers

moyens avaient été infructueusement employés, entre autres les fumigations de muriate d ammoniaque qui réussissent cependant dans beaucoup de cas : l'usage continué pendant sept semaines de mes mcdicamcns l'a entièrement guérie.

TROISIEME OBSERVATION

Un homme sujet à un amaurofis périodique dont on l'avait guéri plusieurs fois à l'aide des moyens vulgairement employés pour cela , combinés avec de fortes doses de quinquina , eut un nouvel amaurosis qui résista à tous les moyens qui avaient précédemment réussi. Il fut guéri par l'application de mes remèdes , durant l'usage desquels je fis donner au malade , pour boisson ordinaire, une dissolution fort étendue de tartre antimonié de potasse.

Page 1