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LES MALADIES DES YEUX

Par J". WILLIAMS, Oculiste de Londres,

Ancien Oculiste du Feu Roi Louis xvm , etc. etc.

Publiées à Paris l'année 1816.

Si j'écrivais cette Notice seulement pour des personnes de l'art, auxquelles il suffit d'indiquer les faits sans s'y appesantir, je n'entrerais point dans le détail des cures faites tant sur les yeux que sur les oreilles des personnes affectées des maladies de ces importans organes; je me contenterais de faire connaître mes procédés et les différentes applications des remèdes que j'ai le bonheur d'avoir inventés. Je vais donc m' efforcer de prouver que beaucoup de maladies des yeux , réputées incurables, peuvent céder à l'usage d'un traitement méthodique , et se guérir avec mes différens remèdes sans opérations chirurgicales. J'ai établi dans les deux ouvrages que je publiai en i8i4et i8i5(i), la vérité de cette assertion par un très-grand nombre d'observations , entourées des témoignages les plus recommandables. J'ai fait moi-même , à mes frais, une foule d'expériences pour m'assurer de l'efficacité du moyen dont je rne sers aujourd'hui avec

(1) Voyez mon Traité des Maladies des yeux , et le Compte rendu, publié la même année ; deux brochures in-8°. Prix: l'une, 3 tr. ; l'autre 1 fr. A Paris, chez Roy cm- , libraire, rue du Pont-de-Lodi , n.° 7; et chez l'auteur, à Londres, Lioi* Square , n.° 3.

autant de succès que de satisfaction. Rien ne m'a coûté pour atteindre le but honorable que je m'étais proposé : j'ai entrepris des voyages trèslongs et très - dispendieux, en Angleterre et dans d'autres parties de l'Europe ; j'ai traité un nombre considérable d'émigrés français à Londres , et je dois dire , à leur éloge , que si j'ai mis du désintéressement et de la générosité à les soulager dans les jours de leur infortune, ils ont rivalisé ensuite avec moi de procédés et 3e délicatesse. Enfin j'ai suivi en France S. M. Louis XVïlI, qui a daigné, en considération des services que j'ai rendus à ses sujets, tant en France qu'en Angleterre , m'accorder le titre de son oculiste honoraire , et me décorer d'un ordre qui me flatte d'autant plus, qu'il me rend l'égal d'une foule de personnes distinguées par leur mérite et leur philantrophie. Sous le règne de Charles X , j'ai été également autorisé de porter le titre de son oculiste honoraire , et*en montant sur le trône, S. M. Louis-Philippe l.er, Roi des Français , m'a assuré la même protection dont j'ai joui depuis l'année 1814 jusqu'à la fin des deux derniers règnes.

J'ai renouvelé en France les expériences que j'avais déjà faites en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, et le succès a dépassé mon espérance, comme je l'ai fait connaître dans ie temps. C'est alors que j'ai été payé avec usure des soins que je m'étais donnés pour amener mes remèdes au point de perfection où ils sont aujourd'hui. Un nombre considérable d'attestations m'ont été données par les malades que j'ai guéris , et par leurs parens et amis qui les ont vu traiter. Plusieurs sociétés savantes, après avoir vérifié les faits que j'avançais , et après avoir renouvelé mes expériences, m'ont

( 8e ) ouvert leur porle, et m ont admis au nombre de leur associé correspondant ; honneur auquel jetais loin de prétendre , et que je ne désirais pas , je l'avoue , lorsque je cherchais à rendre utile à la classe malheureuse les remèdes dont je m'occupais pour le bien de l'humanité, sans aucune vue ni de gloire, ni d'intérêt particulier. Rien ne me serait plus facile que d'en constater l' efficacité par de nombreuses déclarations qui m'ont été données a Paris, Lyon, à Bordeaux, à Lille, Rouen, a Gand, à Bruxelles,à An vers,à Rotterdam, à Amsterdam, àLaHaie, etc., etc., où j'ai eu occasion de voir et de guérir, sans opérations chirurgicales , un très-grand nombre de personnes affectées de maux d'yeux et d oreilles ; mais j'ai tellement à cœur d éviter même le soupçon de charlatanisme, que je n'userai pas de ce moyen, cependant si naturel, de prouver la vérité, et qui me paraîtrait bien plus satisfaisant que des raisonnemens souvent oiseux et qui ne reposent sur rien.

Si l'on était bien pénétré des dangers continuels auxquels sont sans cesse exposés, par l'action des corps extérieurs , les organes de la vue et de l'ouïe, on userait davantage de moyens préservatifs pour les conserver ; et de même qu'on a toujours présentes à l'esprit certaines règles d'hygiène , on aurait aussi à sa disposition un médicament qui , non-seulement guérit , mais éloigne ou prévient les maladies des yeux. Combien d'agriculteurs et d'artistes voient de bonne heure leur vue s'affaiblir et se perdre insensiblement , qui l'auraient conservée par une sage prophylactique ! Tout le monde sait que les sens sont rouliniers comme nous , et que les hommes ne passent pas impunément d'une région du globe à une autre sans payer un tribut , quelquefois bien funeste , au climat qui

influence toujours, plus ou moins, notre frêle machine. Les marins, par exemple, font plus que personne cette triste expérience , parce que , rapidement emportés dans des contrées lointaines, sous des températures différentes , en contact avec une atmosphère saturée d'autres principes, ils deviennent ou sourds , ou aveugles. Ne serait-ce pas un beau présent à faire à ces infortunés que de leur offrir, quand ils quittent leursiamilles et leur patrie, une espèce d'antidote contre les maladies auxquelles ils vont généreusement s'exposer ? Et pourquoi les personnes pieuses et charitables qui dans les campagnes se plaisent à soulager l'infortune et le malheur , n'auraient-- elles pas, au nombre des médicamens qu'elles distribuent , celui qui guérit et conserve deux sens auxquels les hommes attachent tant de prix ? Ah ! combien de fois j'ai regretté de ne ra'étre pas trouvé au milieu de ces braves qui, pour défendre la plus sacrée des causes, ont perdu la vue au milieu des sables brûlans de la Syrie , et auxquels les secours de l'art sont devenus aujourd'hui superflus (i) ! Je me serais estimé infiniment heureux, si, en partageant leurs dangers, j eusse pu soulager leur infortune.

Enfm , la remarque que je viens de faire pour les maladies des yeux et la cécité des soldats de l'a ailée anglaise en Egypte, peut s'appliquer, quoiqu'à un dtgré bien moindre , à l'armée anglaise entrée en Fiance en 1814 : m grand nombre de

(i) L'oplitahnie égyptienne, qui fit tant de ravages en 1799 dans l'armée anglaise en Egypte ; qui affecta également autreibis les compagnons de Saint Louis, Roi de France, et dont l'on trouve quelques traces dans les livres des médecins arabes.

soldats ont clé affectes de surdités qui sont demeurées périodiques, et d'ophtalmies rebelles. J'ai fait la même remarque à Paris sur les autres troupes formant l'armée des alliés ; mais j ai, en géi.éral , observé , sur les personnes qui habitent depuis peu un pays éloigné qui n'est point le leur, une disposition aux maladies des yeux , des dents et des oreilles , caractérisée par un larmoiement presque continuel , par un bourdonnement d'oreilles , et par de fréquentes fluxions sur les mâchoires. Ce n'est qu'après un temps plus ou moins long que le Corps s'habitue a ces influences atmosphériques; encore, la plupart du temps, ces indispositions demeurent-elles habituelles et périodiques.

Ceux qui exercent des professions qui exigent une grande lumière ou le contact avec un feu vif et continu; les paysans, qui sont fréquemment entourés de poussière ou d'émanations terreuses ou calcaires ; ceux qui volatilisent des métaux ou à^s acides ; les coiffeurs , qui vivent au milieu de la poudre ; les peintres, les doreurs, etc. , etc., sotit plus sujets que beaucoup d'autres à la cécité et à la surdité par causes externes : aussi il serait trèssage que dans les grands établissemens , où beaucoup d'ouvriers de ces différentes professions sont réunis r on trouvât avec le mal , le remède. Beaucoup d'établissemens publics en Angleterre m'ont déjà témoigné le désir de posséder mes remèdes ; et il n'est aucun sacrifice que je ne sois disposé à faire pour concourir à cette bonne oeuvre , qui soulagera une partie si intéressante et si précieuse de l'humanité. Les pauvres trouveront toujours accès auprès de moi à une heure après midi ; et c'est spécialement pour eux et en leur faveur , que j'ai fondé à Londres l'établissement, que jusqu en

l'année iSi8 j ai eu 1 honneur de diriger, et d'en être le seul propriétaire , où un si grand nombre ont recouvré la vue (1).

Il serait tellement facile d'user de mes différens remèdes sans que j'en lisse moi-même l'application, que des diverses parties du monde les personnes affligées de maux d'yeux peuvent me consulter par écrit , et sans les voir , sur le simple récit de l'état de leurs yeux, je leur indique le mode d'application de mes moyens curatifs , et les guérisons s'opèrent comme si j'étais moi-même auprès des malades. J'ai déjà envoyé , avec les précautions nécessaires , mes remèdes dansl'Inde et en Amérique, où ils ont également réussi, au moyen desinstructions que je donne.

J'ai déjà décrit dans mes précédens ouvrages , les procédés à suivre pour appliquer avec succès mes remèdes ; je les réitérerai dans celui-ci , pour la facilité de ceux qui ne pourraient se les procurer. Rien n'est plus facile, tant pour le malade que pour l'assistant , quoiqu'il soit quelquefois difficile d'assigner le terme des maladies , sur-tout quand elles sont aussi variées , et quand elles peuvent dépendre d'autant de causes que les maladies

(1) Il me .«erait facile, comme je l'ai dit plus haut , de citer une foule innombrable de faits très-authentiques , en faveur de m s remèdes et de l'efficacité de ma méthode de curation ; mais comme cela n'augmenterait ni le mérite de mes topiques , ni la confiance que je crois mériter, et que d'ailleurs en France on n'aime peut-être pas cette manière de prouver , qui me paraît toute simple et toute naturelle , je vais me borner à rappeler un fait précieux , qui est l'histoire d'une femme de cent nuit ans, totalement aveugle, qui, en très-peu de temps, a parfaitement recouvré la rue, et dont le portrait a été placé dans l'hôtel de la Bourse.

Un autre* fait non moins curieux, attesté par le curé de CliâliUon-sur-Seine , est l'histoire d'une jeune paysanne, âgée de 5 ans, aveugle née, qui a parfaitement recouvré la vue, sans le secours n'aucune opération chirurgicale.

des yeux et des oreilles. Mais en général, il est trèsrare qu'un traitement s'étende au-delà de deux mois, à moins que la lésion des organes ne tienne à une désorganisation totale ; ce qui n'est pas ordinaire. Lorsqu'il y a un obstacle matériel à vaincre, tel qu'une cataracte commençante , des taies ou nuages sur la cornée , comme il arrive assez fréquemment à la suite de la petite-vérole, de l'épaississement dans la membrane du tympan ou dans les humeurs de l'oreille interne, etc., etc., on n'est pas retenu plus long-temps , si l'on a été assez heureux pour faire l'application du remède au début de la maladie ; mais , dans les cas où la cure se prolongerait trop long-temps , il m'a toujours réussi d'en devancer le terme en usant d'un traitement combiné , duquel je suis bien aise qu'on sache que je me sers quand il est nécessaire , afin que les personnes sensées ne croient point que j'emploie uniquement mes remèdes par exclusion à tout autre moyen ; ce qui devrait me faire ranger au nombre des empiriques et des ignorans.

C'est principalement pour les maladies de l'oreille , si douloureuses pour les malades et si désespérantes pour le médecin , qu'il est indispensable de combiner les traitemens. On conçoit facilement qu'un organe aussi profondément caché, que la nature n'a laissé en communication avec les corps extérieurs que par un orifice extrêmement étroit , et obstrué encore par une membrane qui s'oppose au passage du médicament qu'on voudrait y introduire; on conçoit, dis- je , qu'un tel organe doit être difficile à attaquer , et qu'il faut autant de sagesse que de discernement pour guérir les maladies qui l'atteignent. Nous donnerons , en terminant cette Notice , quelques ohser-

(86 ) Talions qui démontreront que nous avons été assez heureux pour guérir plusieurs de ces maladies , qui jeitent les malheureux qui en sont affectés dans un état voisin de la rage.

.l'ai cru devoir, avant de rapporter ces observations , donner une courte description anatoin que de 1 oreille , comme j'en ai donné une de l'œil dans mes autres ouvrages. Je ne tiens pas à honneur de iaire une description nouvelle de l'oreille , puisqu'il y en a de si exactes et de si bien faites par les anatomistes modernes ; je puiserai donc dans ces auteurs ce que je crois nécessaire de dire de l'oreille , pour l'intelligence de mes explications subséquentes.

De l'oreille externe.

Tout le monde sait que les oreilles sont au nombre de deux , et qu'elles sont placées sur les parties latérales et un peu inférieures de la tete, séparées en deux portions , une externe et l'autre interne , divisées par la membrane du tympan ; c'est sur cette partie interne de l'oreille qu'il convient de porter , par sympathie , les moyens que la médecine emploie pour le traitement des maladies de cet organe ; traitement toujours difficile et infructueux , quand on ne connaît pas parfaitement la structure anatomique de ces parties qui échappent à nos regards.

L'oreille externe comprend le pavillon de l'oreille et le conduit auditif. La grandeur du pavillon doit être selon 1 âge et la stature des individus , ainsi que d'après les idées de beauté que les hom ;es se sont faites des diverses parties du corps humain. Dans presque toutes les parties de FEû-

, ( *7 > rope, on regarde généralement comme une beauté

la petitesse du pavillon de l'oreille, tandis qu'il serait plus raisonnable de chercher , au contraire , à augmenter son développement > comme les animaux nous en donnent l'exemple quand ils veulent mieux percevoir les sons.

Le pavillon de l'oreille est situé sur la partie latérale de la ttle, au bas de la tempe, derrière l'articulation de la mâchoire inférieure , au-devant de l'apophyse masloïde ; sa grandeur varie suivant les sujets; il représente une espèce de cornet ovale et aplati , dont le grand diamètre s'étend de haut en bas , et la grosse extrémité est en haut.

La face externe 7 plus ou moins tournée eri avant, suivant les diveis sujets, présente des éminences et des enfoncemens. Les éminences sont l'hélix, l'anthélix, le tragus et l'anti-tragus; les enfoncemens sont la fosse naviculaire, la conque et la cavité de l'anthélix.

L'hélix, ou le grand repli de l'oreille, commence à la partie moyenne de la face externe du pavillon, par une pointe assez aiguë; l'éminence anthélix occupe la partie moyennne de la face externe du pavillon de l'oreille. Plus épaisse , mais moins longue que 1 hélix , elle décrit une courbe dont la concavité est tournée en avant et en bas , et la convexité en arrière et en haut.

L'éminence appelée tragus est située à la partie antérieure , moyenne et inférieure du pavillon de l'oreille, devant 1 orifice du conduit auditif , qu'elle couvre en grande partie. Sa forme est plate et en quelque sorte triangulaire.

L'éminence anti-tragus est située au-dessous de l'anthélix , vis-à-vis le tragus , mais un peu plus

bas que cette dernière éminence , dont elle est séparée par une échancrure profonde , comme il a été dit plus haut. L'anti-tragus est en quelque sorte conique; son sommet est tourné en haut et en avant , et sa base en bas et en arrière.

La fosse naviculaire est ce grand enfoncement que circonscrivent 1 anthélix , le tragus et l'antitragus. Elle est divisée en deux parties par le commencement de 1 hélix, une supérieure plus étroite , et une inférieure plus large qui continue antérieurement dans le conduit auditif.

La partie du pavillon de Y oreille qui se trouve au-dessous des éminences et des enfoncemens dont on vient de parler , est ce qu'on appelle le lobule ; elle est plus molle que le reste , et n'est formée que par les tégumens et par un tissu cellulaire graisseux. C'est cette partie qu'on est dans Kusage de percer pour y suspendre des bijoux. Sa grandeur et sa figure varient suivant les diiïérens sujets.

La face interne du pavillon de l'oreille est inclinée en arrière. Sa partie antérieure est unie par du tissu cellulaire à la portion mastoïdienne du temporal. Sa partie postérieure , séparée de la tète par1 un intervalle plus ou moins grand , suivant les divers sujets , présente des éminences et des enfoncemens qui correspondent à ceux de la face externe.

La circonférence du pavillon de l'oreille est unie antérieurement avec la tempe et la partie postérieure de la joue. Elle est libre dans le reste de son étendue.

Les parties qui composent le pavillon de l'oreille sont : un cartilage, des ligamens, des muscles, des artères , des veines , des vaisseaux lymphatiques ,

des nerfs, et la peau qui recouvre toutes ces parties.

Le cartilage de l'oreille est fixé à la partie latérale de la iùit par trois ligamens , un antérieur , un supérieur, et un postérieur : l'antérieur au-dessous de l'articulation de cet os avec la mâchoire inférieure , va se terminer à la base du tragus et à la partie voisine de la convexité de l'hélix, le supérieur tire son origine de la partie inférieure de l'aponévrose externe du muscle crolaphvte ou temporal , et va se fixer à la partie supérieure de la convexité qui correspond à la conque ; le postérieur nait de la partie antérieure de l'apophyse mastoïde , et va s'attacher à la partie postérieure de la conque. Ces ligamens ne sont autre chose qu'un tissu cellulaire dense et serré.

La peau qui recouvre le pavillon de l'oreille est unie fort étroitement à son cartilage et à ses muscles intrinsèques par un tissu cellulaire serré , et qui ne contient presque pas de graisse , si ce n'est vers la partie inférieure , où l'on en trouve quelquefois un peu. Elle est extrêmement mince , et parsemée de follicules qui fournissent une humeur sébacée , dont l'usage est d'entretenir la souplesse de cette partie. Sur la face interne du tragus, et sur le sommet de cette éminence, la peau du pavillon de l'oreille est garnie de poils plus ou moins nombreux et plus ou moins longs , suivant les sujets , et qui paraissent propres à empêcher que les corpuscules qui voltigent dans l'air ne s'introduisent dans le conduit auditif.

Le pavillon de l'oreille a pour usage de réfléchir les rayons sonores , et de les diriger dans le conduit auditif. Cet usage est suffisamment prouvé par la diminuation de l'ouïe dans ceux qui sont privés de l'oreille externe, par la facilité avec laquelle

( 9° ) nous percevons les sons en plaçant la main derrière cette partie , et par le secours que les personnes qui ont l'ouïe dure tirent de l'usage des cornets acoustiques.

Du conduit auditif.

Le conduit auditif s'étend depuis la conque Jusqu'à la caisse du tympan, dont il est séparé par la membrane du même nom. Sa longueur , qui est d'environ dix à douze lignes , est toujours un peu plus grande inférieurement que supérieurement t à cause de la coupe oblique de son extrémité interne : sa direction est oblique de dehors en dedans , et de derrière en devant \ mais il est un peu courbé sur sa longueur , de manière que la convexité de sa courbure est tournée en haut et en arrière , et la concavité en bas et en devant. Il est plutôt ovale qu'arrondi , et sa partie moyenne est moins large que ses extrémités.

Ce conduit est en partie osseux , et en partie cartilagineux et membraneux.

Le conduit auditif est tapissé intérieurement par un prolongement de la peau qui s'y insinue , et forme une espèce de tuyau , dont l'épaisseur diminue d'autant plus qu'on approche de la membrane du tambour sur laquelle il se réfléchit en formant une espèce de cul-de-sac. Ce prolongement de la peau est uni aux parois du conduit auditif par un tissu cellulaire très-serré. Vers l'entrée de son conduit , il est garni de poils très-fins, mais assez longs, qui empêchent que les corpuscules qui voltigent dans l'air et les insectes ne s'y introduisent.

Les mailles du tissu cellulaire qui unit la peau

aux parois du conduit auditif logent des corpuscules qui ne sont autre chose que des glandes du genre de celles que l'on nomme sébacées.

Ces glandes , dont la figure est ronde ou ovale . et la couleur jaune foncé , tirant sur le brun , ont chacune un conduit excréteur qui perce la peau , et laisse sentir au dedans du conduit auditif une humeur que l'on nomme cérumen. Cette humeur est jaunâtre , amère , et semblable à une huile tenue ; mais elle s'épaissit bientôt par l'action de l'air , et s'amasse quelquefois en assez grande quantité pour former une espèce de bouchon qui intercepte les rayons sonores , et rend l'ouïe dure et difficile. La surdité produite par cette cause est assez commune chez les vieillards : on y remédie aisément par l'application de mes remèdes contre la surdité. Le cérumen sert a lubréfier le conduit auditif, et à écarter les insectes qui voudraient y pénétrer.

De l oreille interne.

L'oreille interne comprend plusieurs cavités creusées dans l'os temporal. Ces cavités sont la caisse du tambour, le vestibule, le limaçon et les canaux demi-circulaires; les trois dernières forment ce que l'on appelle le labyrinthe.

De la caisse du tambour,

La caisse du tambour a été ainsi nommée pajr rapport à sa ressemblance avec une caisse militaire ; elle est située dans l'épaisseur de l'os temporal , entre le conduit auditif et le labyrinthe , au-dessous de l'union du rocher avec la portion

( 92 ) écailleuse , au-dessous de la fosse jugulaire , audevant de l'apophyse et des cellules mastoïdiennes , et derrière la trompe à' Eus lâche et la tosse glércoïde ; sa figure ressemble assez bien à une portion de cylindre placée de champ , et un peu plus épaisse supérieurement qu'intérieurement ; son étendue est un peu plus grande de devant en arrière que du haut en bas.

La membrane du tambour, ainsi nommée parce qu'elle est tendue sur la caisse du même nom , se trouve à l'extrémité du conduit auditif , et sépare l'oreille externe d'avec l'interne ; elle est siluée obliquement du haut en bas et de dehors en dedans , de manière qu'elle forme un angle aigu avec la partie inférieure du conduit auditif, et un angle obtus avec la partie supérieure. La figure de la membrane du tambour est presque circulaire ; sa face externe iorme le fond du conduit auditif, et présente un enfoncement dans sa partie moyenne. Sa face interne répond à la caisse , et présente dans sa partie moyenne une élévation qui correspond à l'enfoncement de la face externe : cette élévation est produite par le manche du marteau , qui est uni à cette face depuis sa partie moyenne jusqu'à sa partie supérieure.

La circonférence de la membrane du tambour est comme enchâssée dans la rainure dont est creusée l'extrémité interne du conduit auditif.

La membrane du tympan est sèche et presque transparente ; quoique très-mince , elle est cependant composée de quatre lames distinctes appliquées les unes sur les autres ; les deux plus extérieures sont la continuation de la peau et de l'épi— derme qui tapisse le conduit auditif. Ces deux lames peuvent être séparées à l'aide de la ma-

eération. La troisième est une membrane propre , qui s'attache dans le fond de la rainure de l'extrémité interne du conduit auditif. La quatrième , qui est la plus intérieure , est une continuation du périoste de la caisse ; le manche du marteau se trouve entre cette membrane et la troisième.

La membrane du tympan est parsemée d'un grand nombre de vaisseaux sanguins , lesquels viennent principalement de deux troncs qui accompagnent le manche du marteau et se divisent au centre de cette membrane en un grand nombre de ramifications qui sont à sa circonférence. Ces vaisseaux , très - apparens dans le fœtus , disparaissent presque entièrement dans 1 âge adulte. Les nerfs de la membrane du tympan ne peuvent pas être démontrés par la dissection ; mais la sensibilité exquise dont cette membrane jouit , ne permet pas de douter de leur existence.

On a cru long-temps que la membrane du tympan était percée d'une ouverture au moyen de laquelle il y avait une communication du conduit auditif avec la caisse du tambour.

Mais les recherches ultérieures des anatomistes les plus exacts , ne permettent pas même de soupçonner que cette ouverture existe dans l'état narurel.

La membrane du tympan ne sert pas seulement à garantir les parties contenues dans la caisse du tambour,; son principal usage est de transmettre les vibrations que ces sons excitent en elle à l'air contenu dans la caisse du tambour et aux osselets de l'ouïe. Mais pour que cette membrane s'acquitte convenablement de cette fonction , il faut que , par les diiférens degrés de tension et de relâchement

( 94 ) que lui impriment les muscles du marteau , elle devienne susceptible de répéter tous les sons qui la frappent , et de se mettre avec eux en rapports harmoniques. On pense communément qu'elle est tendue pour la perception des sons aigus, et relâchée pour celle des sons graves.

La paroi interne de la caisse du tambour est un peu inclinée en arrière , et plus éloignée de l'externe dans sa partie supérieure que dans l'inférieure ; on remarque à sa partie antérieure et supérieure une petite lame osseuse , recourbée de bas en haut , formant un petit canal dans lequel est logé le tendon du muscle interne du marteau. Cette lame est ce qu'on appelle bec de cuiller.

Au-dessous de cette lame et un peu plus en arrière est une ouverture de communication entre la caisse et le vestibule. Celte ouverture esf connue sous le nom de fenêtre ovale; c'est un ovale dont un côté est un peu arrondi, et l'autre un peu aplati ; le côté arrondi est en haut , et le côté aplati est en bas; l'une de ses extrémités est en devant , et l'autre en arrière. Le contour de cette ouverture a du côté du vestibule un petit rebord plat, fort mince , qui la rend plus étroite du côté de cette cavité que du côté de la caisse. Dans l'état naturel, la fenêtre ovale est couverte par la base de l'élrier, qui ne la remplit pas exactement, et qui est unie à sa circonférence au moyen d'une membrane trèsmince , qui n'est autre chose qu'une continuation du périoste de la caisse.

Au-dessus de la partie postérieure de la fenêtre ovale , on remarque une saillie qui en suit le contour , et qui est formée par 1 aqueduc de Fallope.

Au-dessous du promontoire, et un peu plus en

arrière , est une ouverture arrondie , moins grande que la fenêtre ovale; c'est la fenêtre ronde. Cette ouverture est oblique , et regarde en dehors , en arrière et en bas ; elle communique dans la rampe interne du limaçon ; mais , dans l'état naturel , elle est formée par une membrane mince , qui n'est autre chose qu'une production du périoste de la caisse.

Derrière la fenêtre ovale , au bas de la saillie formée par l'aqueduc de Fallope , est une petite éminence creuse qui renferme le muscle de l'étrier ; c'est la pyramide. La base de cette éminence est tournée en arrière , et le sommet en avant. Celui-ci est percé d'une ouverture très-apparente, par laquelle sort le muscle dont on vient de parler. On remarque quelquefois un ou deux filets osseux qui s'étendent de la pyramide au promontoire, et qui les joignent l'un à l'autre

La circonférence de la caisse du tambour est plus large dans sa partie supérieure que partout ailleurs. Cette partie correspond à#la jonction de la portion écailleuse du temporal avec le rocher. Elle est fort mince , et présente plusieurs petites ouvertures par lesquelles passent des rameaux de l'artère méningée moyenne qui pénètrent dans la caisse.

A la partie supérieure et postérieure de la circonférence de la caisse du tambour , on trouve une ouverture assez large et évasée , de forme triangulaire , qui communique dans les cellules mastoïdiennes. Ces cellules sont des cavités pratiquées dans l'épaisseur de l'apophyse mastoïde. On en trouve à peine quelque trace dans le fœtus ; elles se développent avec l'âge. Leur nombre et leur figure varient; mais elles communiquent toutes

(9«) ensemble , et leur surface est couverte par une

espèce de périoste qui est continu à celui de la

caisse du tambour. L'usage de ces cellules parait

être de réfléchir les sous et d'en augmenter la

force.

Au-dessous de l'ouverture des cellules mastoïdiennes , la circonférence de la caisse du tambour est assez étroite, raboteuse, et présente la trace de l'aqueduc de Fallope. On y voit aussi une pelite ouverture par laquelle passe la corde du tympan. La trompe d'Eustache est un conduit en partie osseux et en partie cartilagineux et membraneux , qui s'étend depuis la caisse du tambour jusqu'à la partie supérieure du pharynx , derrière l'ouverture postérieure de la fosse nasale. Ce conduit est oblique de derrière en devant , de dehors en dedans et de haut en bas. Sa portion osseuse , située au-dessus du canal de la carotide , est creusée dans l'épaisseur du temporal , entre la partie pierreuse et la partie écailleuse de cet os. Elle commence à la partie supérieure et antérieure de la caisse par un orifice assez, large ; après quoi elle se rétrécit , pour s'élargir de nouveau , et se terminer par une ouverture un peu évasée que complète en dehors l'apophyse épineuse du sphénoïde. Elle est un peu aplatie de dehors en dedans , de manière que la coupe en est ovale.

Le portion cartilagineuse de la trompe d'Eustache ressemble assez bien à un cône aplati de dehors en dedans : son sommet tourne en haut , en dehors et en arrière , se continue avec la portion osseuse ; sa base , tournée en bas , en dedans et en devant , présente une espèce de pavillon évasé , aplati de dedans en dehors , dont le bord interne forme un bourrelet fort saillant , qui cor-

< 97 ) „ respond à la partie externe de l ouverture postérieure de la fusse nasale , vis-à-vis l'extrémité postérieure du cornet inférieur.

Cette portion de la trompe d'Eustache est essentiellement formée de deux cartilages , dont l'un est externe , et l'autre interne. L'externe , beaucoup plus petit que 1 interne , se présente sous la iorme d'une languette étroite et mince, en quelque sorte triangulaire , à laquelle on peut distinguer une face externe , une face interne , un bord supérieur , un bord inférieur , une base et un sommet. La face externe correspond au muscle ptérigoïdien interne, et au péristaphylin externe qui s'y attache. La face interne est couverte par la membrane interne de la trompe. Le bord supérieur est confondu avec celui du cartilage interne , et s'attache à la base du crâne. Le bord inférieur descend beaucoup moins bas que celui du cartilage interne , auquel il est uni par une membrane très-mince qui passe de l'un à l'autre. Le sommet s'implante au côté externe de l'orifice antérieur de la portion osseuse de la trompe. La base est attachée à la partie supérieure du bord postérieur de l'aile interne de l'apophyse ptérigoïde.

Le cartilage interne de la trompe d'Eustache, beaucoup plus grand que l'interne , ressemble assez bien à un triangle isocèle fort alongé; on y considère une face interne , une face externe , un bord supérieur , un bord inférieur , un sommet et une base. La face interne est recouverte par la membrane du pharinx. La face externe est tapissée par la membrane interne de la trompe. Le bord supérieur , confondu avec celui du cartilage externe , est attaché à la base du crâne ; le bord inférieur est côtoyé par le muscle péristaphylin in-

S 98 > , terne qui s attache à sa partie postérieure ; il est

uni à celui du cartilage externe par une membrane

très-mince qui forme la partie inférieure de la

trompe. Le sommet s'implante à la partie interne

de l'orifice de la portion osseuse de ce canal ; la

base , tournée en avant et en dedans , est libre , et

forme la partie interne saillante de l'orifice de la

trompe.

La trompe d'Eustache est tapissée intérieurement par une membrane qui est une continuation de la membrane du pharynx et de celle qui revêt les fosses nasales : cette membrane a une épaisseur considérable sur. le bord saillant de l'orifice de la trompe , où elle forme une espèce de bourrelet mollasse ; à mesure qu'elle s'enfonce dans ce canal , son épaisseur diminue , et en s' approchant de la caisse du tambour , elle prend une consistance plus ferme et plus approchante de celle du périoste qui tapisse cette cavité , avec lequel elle se continue. Cette membrane contient , dans les endroits où elle est plus épaisse , un grand nombre de glandes muqueuses.

Cette trompé est ouverte dans presque tous les temps de la vie ; elle établit une communication libre entre l'air de l'atmosphère et celui qui est contenu dans la caisse du tambour : c'est par son moyen que ce dernier se renouvelle sans cesse , et conserve les qualités nécessaires à la transmission du son. L'étroitesse de la trompe d'Eustache, et l'action du voile du palais qui se relève en arrière pour boucher l'ouverture postérieure des fosses nasales pendant la déglutition , empêchent que les alimens ne puissent s'y introduire.

La caisse du tambour est traversée par un filet nerveux , qu'on nomme la corde du tympan ; elle

. ( 99 ) renferme quatre petits os qu'on appelle les osselets

de l'ouïe , et qui sont le marteau , l'enclume , l'os

lenticulaire et 1 étrier.

Le marteau est situé presque verticalement contre la paroi externe de la caisse.

C'est le plus long de tous les osselets de l'ouïe ; on le divise en tête, en col et en manche : la tête en forme la partie la plus élevée et la plus grosse ; sa forme est ovale et assez alongée ; ses parties , supérieure , interne et externe , sont arrondies et lisses : l'antérieure est un peu concave ; la postérieure présente deux légers enfoncemens séparés par une saillie , recouverts , dans l'état frais , d'une couche cartilagineuse excessivement mince/ et qui s'articulent avec l'enclume. Le col du marteau est la partie étroite qui se trouve immédiatement audessous de sa tête ; il est fort court , mais assez -épais. Sa partie antérieure porte un apophyse plus ou moins longue , et d'une extrême ténuité , qui est nommée l'apophyse du marteau , ou l'apophyse grêle. Cette apophyse est quelquefois assez longue pour s'engager dans la fente glénoïdale ; sa grande fragilité fait qu'on la conserve rarement en son entier ; elle donne attache au tendon du muscle antérieur du marteau.

Le manche du marteau naît de la partie inférieure du col , avec lequel il forme un angle obtus et saillant en devant et en dehors : il est assez long et en quelque sorte aplati sur deux faces, l'une antérieure et l'autre postérieure ; sa base est assez large et légèrement recourbée en dedans ; ensuite il se rétrécit , se courbe un peu en dehors , et se termine par tine pointe mousse qui corrrespond au centre de la membrane du tympan. De l'angle saillant formé par la base du manche du marteau

( IOO )

avec le col de cet os , s'élève un tubercule gros et court , qui se dirige en dehors et un peu en arrière , et qu'on appelle l'apophyse du manche du marteau.

Le marteau est compacte à l'extérieur , et légèrement celluleux à l'intérieur ; sa grosseur et sa form" sont presque les mêmes dans le fœtus à terme que dans l'âge le plus avancé ; mais il a beaucoup moins de consistance , et quelquefois le manche et son apophyse sont encore cartilagineux. La tête du marteau s'articule avec le corps de l'enclume , auquel elle est unie par une substance ligamenteuse , qui n'est autre chose que le périoste très-mince qui passe de l'un à l'autre de ces os ; son manche est collé à la face interne de la membrane du tympan dont il fait un demidiamètre et qu'il entraîne du côté de la caisse. Pour mettre le marteau dans sa situation naturelle, et distinguer le gauche du droit, il faut placer sa ièteenhaut, l'apophyse du col en avant, et celle du manche en dehors.

L'enclume est située à la partie postérieure, supérieure et externe de la caisse du tambour , derrière la tète du marteau, au-devant de l'ouverture des cellules mastoïdiennes. Un peu plus grosse , mais moins longue que le marteau , elle ressemble assez bien à une dent molaire dont les racines seraient fort écartées. On la divise en corps et en deux branches , l'une supérieure ou courte , et l'autre inférieure ou longue.

Le corps de l'enclume en forme la partie antérieure. Il représente un ovale aplati transversalement , et dont le grand diamètre est vertical. Sa face interne est un peu conca\e ; sa face externe , légèrement convexe , est appliqué contre la paroi

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