‹ Traités approfondis des maladies des yeux et des oreillesChapitre 20 sur 58 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Yeux considérés comme attributs de la physionomie.

.Les Yeux jouent un si grand rôle dans la manière d'être des individus , que toute la physionomie en tire son principal caractère. Ce sont les yeux qui peignent spécialement les passions et les divers mouvemens de lame , l'amour , la colère , la fureur , la haine , le dédain et le mépris. C'est le regard triste , languissant et abattu , qui exprime les situations pénibles de l'esprit et du cœur , le chagrin et la douleur , aussi bien dans l'état de santé que dans l'état de souffrance. C'est donc de l'examen des yeux, qu'on peut tirer les principales inductions physiognomoniques.

Ce n'est pas seulement des phénomènes accidentels dont les yeux sont susceptibles , ni de leur faculté sensitive, que la physionomie emprunte sou type essentiel , mais bien aussi de l'état des parties accessoires à l'appareil de la vision ( tutamina ) et de l'appareil lacrymal. Les mouvemens et les dispositions organiques des paupières , des sourcils mettent donc encore la physionomie dans des conditions relatives et absolues , plus oa moins heureuses.

Indépendamment des différences individuelles que peut offrir tout l'appareil de la vision , aucun autre encore ne subit plus de révolution dans le cours de la vie. Si nous prenons l'homme à la naissance , et que nous le suivions jusqu'à sa fin naturelle la plus reculée , nous verrons que l'œil , comme attribut de la physionomie , est soumis à de nombreux changemens. Pendant les premiers jours qui suivent la naissance , l'occlusion des yeux est presque permanente ; ce n'est que peu à peu que l'enfant les ouvre, et qu'ils s'accoutument aux impressions de la lumière , mais encore n'est - ce guère qu'après quelques mois que l'enfant donne des signes de sensibilité visuelle , et que ses yeux suivent le mouvement des objets qui l'entourent. Jusque-là ses regards sont tout-à-fait sans expressions. Vers la première année , les yeux étant accoutumés aux impressions de la lumière, deviennent de plus en plus apts à discerner les objets ; à celte époque, ils sont doués d'une si grande activité , que l'enfant veut tout connaître et tout approcher. C'est alors que les yeux exercent une grande influence sur la physionomie, selon que la vue est satisfaite ou contrariée.

Mais dans aucun temps de la vie , les yeux ne jouent un rôle plus important qu'à cette époque où les sentimens du cœur , et les premières impressions de l'amour , viennent révéler à l'espèce humaine toute son importance et sa dignité, chez l'un et l'autre sexe. Les yeux présentent des différences respectives qui ne sauraient échapper à l'esprit observateur. Sœmenering a très-bien indiqué les différences qui

existent entre 1 œil de 1 homme et celui de la femme. Les paupières de l'homme sont plus rudes , plus spongicules f plus rouges ; celles de la femme ont un tissu plus délicat, moins coloré. Le globe de l'œil chez la femme , dit Sœmenering , est plus alongé , plus bombé et plus délicat ; son regard est paisible et doucereux , mais les différences des yeux chez les deux sexes portent moins sur le globe de l'œil lui-même que sur les variétés de forme des paupières , leurs divers degrés d'ouverture , la disposition et la forme des sourcils.

A l'époque de l'adolescence , tout l'appareil visuel prend un caractère d'expression bien différent pour chaque sexe. Chez l'homme alors le regard tient de l'enthousiasme, de la présomption et de l'audace. Chez la jeune fille , au contraire , au regard libre de l'enfance a succédé un regard timide , craintif et incertain , qu'on ne rencontre point sans voir aussitôt ressortir l'incarnat de la pudeur.

A l'âge viril , les yeux n'ont plus cette mobilité , ni ne réfléchissent plus cette image de confiance et d'expansion qu'ils offrent au printemps de la vie ; le regard est plus fixe et plus pénétrant , et représente la réflexion et la méditation.

Précédemment les regards réfléchissaient les sentimens du cœur , maintenant ils expriment le mouvement de l'âme. C'est alors que par les yeux, l'homme décèle son caractère et ses pensées, qu'il ne saurait plus déguiser même par l'artifice du langage. C'est également au déclin de la jeunesse, que les yeux jouent un si grand rôle chez U femme, et qu'ils prêtent

( n8) tant à la coquetterie. Ce ne sont plus ces traits délicats qu'ils ont déjà lancés , et qui allaient droit au cœur , mais des restes de leu qui allument la passion , irritent les sens , et enflamment limagination ; presque toujours en contradiction avec la volonté , ils invitent et enhardissent quand la main repousse et la voix désarmé.

Toute l'histoire de l'homme est dans la révolution de ses yeux , pourrait-on dire à aucune époque de la vie cette histoire est plus fidèle qu'à l'âge adulte. L'ambition , la méfiance , la jalousie , l'égoisme , sont fidèlement rendus par les yeux, Parle-t-on intérêt au spéculateur, à l'avare; éveille- 1- on sa cupidité, son regard s'anime et reste fixe. C'est surtout la méfiance qui met alors le plus souvent en jeu l'organe de la vue, c'est cette passion qui avant le temps porte quelquefois l'homme à s'aider des moyens de l'art , après avoir accusé ses sens d'infidélité. Voyez avec quelle attention il examine et retourne ce qui n'est point encore en sa possession; il ne saurait plus rien recevoir ni accepter , que sous bénéfice d'inyentaire.

Dans la vieillesse , les yeux ont non seulement perdu leurs expressions , mais ils ne sont plus que des guides peu sûrs , et des témoins infidèles. Le regard s'appesantit et ne saisit que lentement , l'homme alors juge plutôt par les autres sens que par la vue; la caducité enfin ne possède plus la vision que pour fixer sa dernière demeure. Les yeux baissés vers la terre , ne se détournent plus qu'avec peine de cette direction finale. Ainsi avec la décrépitude s'a-

néantit ordinairement la faculté visuelle , et en général l'homme ne perd la lumière que pour être rendu à l'éternité.

Les révolutions que subissent les yeux, tiennent aussi de l'éducation des nuances que la physionomie ne saurait méconnaître. C'est surtout pendant la période de l'enfance que les yeux prennent un caractère favorable ou contraire au\ agrémens de la physionomie. Il y a une grande différence entre le faciès de l'enfant élevé au sein du bonheur domestique , avec toutes les attentions et les soins que prodigue la tendresse maternelle, et celui qui aura grandi au sein de la misère , ou sous la verge de la puissance paternelle ; ces différcns se tirent principalement des yeux Autant l'un par son regard libre se montre confiant, autant l'autre parait dissimulé , sombre et soucieux par son regard oblique et incertain.

A ces yeux demi - fermés , à ce regard qui n'accompagne jamais la parole , on reconnaît celui qui a appris à dissimuler par la violence, ou par une éducation toute spéculative. Les instructions pieuses semblent ne permettre aux yeux que deux regards, l'un vers le néant, et l'autre vers l'éternité; ce sont les principaux, s'ils ne sont pas les seuls rayons du cercle visuel.

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