‹ Traités approfondis des maladies des yeux et des oreillesChapitre 21 sur 58 · I2° ) CHAPITRE II · texte numérisé non relu

I2° ) CHAPITRE II

De l'action de 7a lumière sur les yeux.

.La lumière n'est pas seulement le modificateur le plus puissant de la vision, mais encore l'agent le plus actif et la cause la plus ordinaire des infirmités des yeux. Nous savons quels changemens s'opèrent dans l'organe de la vue , et combien nous sommes affectés péniblement en passant tout-à-coup de l'obscurité au grand jour. Quoique les yeux à la naissance soient de tous les appareils des sens les mieux conformés, et les plus avancés dans leur développement , ils ne peuvent cependant point encore supporter la lumière , et l'enfant ne les ouvre guère que pour les refermer aussitôt. Pendant les six premiers mois , par le seul fait d'une vive sensibilité , ces organes sont donc sans fonctions visuelles. C'est alors seulement que l'enfant distingue les objets qui l'entoure.

En raison de leur vive sensibilité les yeux , pendant les premiers mois qui suivent la naissance , méritent une attention toute particulière , puisque c'est de cette première éducation que dépend souvent l'état habituel qu'ils conservent dans le cours de la vie. Comme organes de la vision et comme parties essentielles de la physionomie , deux indications se présentent ici , et doivent avoir pour objet la conservation de l'une et de l'autre. La nature ne connaît point de transitions subites, et nul

doute que l'enfant passant du sein de la mère au grand jour , n'ait beaucoup à souffrir des premières impressions de la lumière. Ce ne serait point une vaine précaution que de maintenir les nouveaux nés dans une obscurité profonde pendant les premiers jours , de ne laisser pénétrer que graduellement la lumière dans le lieu qu'ils habitent , de ne point les exposer au grand jour avant le deuxième ou le troisième mois ; l'exemple des animaux suffirait, ce nous semble , pour faire sentir la nécessité de ces précautions. La plupart des mammifères , chez lesquels la vision joue un si grand rôle, ne déposent pas leurs petits , ou ce n'est qu'accidentellement , dans les lieux exposés à une trop vive lumière ; tous au contraire cherchent l'obscurité ; ils se construisent des abris contre le grand jour. Leurs petits s'abritent mutuellement ou se mettent sous la mère , et de telle sorte que la lumière ne frappe point leurs yeux. Ce n'est que peu à peu qu'ib ouvrent ceux-ci et qu'ils s'accoutument au grand jour , et leur faculté visuelle ne s'exerce complètement qu'à cette époque où. ils doivent vivre par eux-mêmes. Les oiseaux nocturnes déposent leurs œufs dans l'obscurité , tandis que cette précaution est inutile à ceux qui doivent, veiller le jour. Chez ces derniers, dès l'incubation, les yeux sont exposés à la lumière, car ce n'est point ni le putamea de l'œuf, ni le voile membraneux qui recouvre l'œil de ces animaux encore fœtus, qui peuvent intercepter la lumière ; aussi dès X exclusion, la plupart des oiseaux, déjà accoutumés à la lumière , y voient suffisamment pour se conduire et saisir leur proie. S'il n'est pas tou-

jours possible de maintenir l'enfant dans ura milieu favorable à l'éducation de la vue, nous pouvons du moins éviter de l'exposer aux impressions d'un trop grand jour, dont on ne saurait méconnaître l'influence pernicieuse (i). Ce serait déjà faire beaucoup en faveur de la bonté des yeux de l'enfant , que d'éviter pendant les premiers temps de la vie ces déplacemens fréquens, qui n'ont souvent d'autre but que de satisfaire une curiosité puérile. Quand la famille de l'accouchée est nombreuse, il faut qu'à tout venant l'innocente créature soit exposée au grand jour , et que du lit de la mère ou du berceau, elle soit portée dans le lieu le plus éclairé pour qu'on puisse mieux voir et juger de sa ressemblance.

Quoique la nature ait tout déposé dans l'appareil de la vision chez le nouveau né, pour rendre les impressions de la lumière moins intenses , nous ne pouvons point cependant méconnaître les dangers de ces impressions quand elles sont brusques et fréquentes. La plupart des cataractes réputées congéniales, ne pourraientelles pas être attribuées le plus souvent à une éducation vicieuse, aux imprudences de ceux à

(i) II y a cette différence entre la cataracte congéniose , ou celle des enfans, d'avec celle des adultes, que chez les premiers elle est constamment, due à un épaississement et à l'opacité de la capsule du cristallin , tandis que chez ceuxci elle consiste le plus souvent dans l'opacité' du cristallin même. Dans le premier âge, la cataracte semble reconnaître pour cause des congestions et des stases, sanguines fréquentes , dont l'œil est susceptible par le fait de la grande irritabilité dont il jouit. Chez l'adulte, celte maladie peut être attribuée plus spécialement à l'action immédiate de la lumière sur le cristallin.

( I23 ) qui elle «fct confiée? Sans partager toutes les opinions et admettre toutes les raisons d'un auteur recommandable (i) , nous conviendrons néanmoins avec eux que beaucoup de névroses consécutives sont dues aux circonstances que nous venons d'indiquer. C'est encore aux impressions d'une trop vive lumière qu'on peut attribuer les vomissemens spontanés qui surviennent quelquefois chez les enfans du premier âge. Maintenir les nouveaux nés dans un milieu sombre, ne point les exposer subitement au grand jour sans abriter leurs yeux, sont des précautions beaucoup trop importantes pour que nous n'insistions pas sur leur recommandation. Ce n'est donc que graduellement qu'on peut accoutumer l'enfant à supporter la lumière , et disposer les yeux à en soutenir sans souffrances les impressions.

De tous les effets de la lumière sur les yeux , le plus évident est le défaut de parallisisme des axes visuels , ou le strabisme (2) ; cet accident de la vision résulte le plus souvent de la position transversale à la lumière du lit ou du berceau de l'enfant. L'œil qui est le plus impressionné par le jour , se dirige sans cesse vers celui-ci , et bientôt les muscles moteurs qui exécutent ce mouvement , l'emportent sur leurs antagonistes, et impriment bientôt à l'œil

(1) Béer, moyen de conserver I» vue; trad. de l'AlIern.

(a) Le strabisme ne reconnaît pas toujours pour cause un vice d'éducation. Chez quelques individus , il paraît être héréditaire , ou dû à quelques causes violentes , qui ont pu «^déranger l'équilibre des puissances motrices des yeux.

une direction vicieuse , d'autant plus difficile a corriger , que les circonstances qui l'ont déterminé restent les mêmes. Pour prévenir cette défectuosité , il importe donc de placer les enfans de manière à ce que les yeux puissent recevoir le jour également.

L'habitude de vivre dans un milieu sombre ou éclairé, influe puissamment sur l'organe de la vue , et sur tout l'appareil de la vision. Ceux qui naissent dans les lieux obscurs et qui y passent la plus grande partie de leur existence, supportent difficilement la lumière solaire , et en raison de sa vive sensibilité , la vue a toujours une très-courte partie. Aussi trouve-t-on beaucoup de nyctalopies , d'ophtalmies chroniques dans les classes ouvrières qui habitent le rez-de-chaussée et les caves. Chez ceux au contraire qui habitent constamment les lieux éclairés , on rencontre le plus souvent des héméralopies , des ^mauroses. Ici les ophtalmies sont plus rares , mais les névroses sont' plus nombreuses , de même aussi que les cataractes.

Certains accidens du sol et des saisons peuvent diminuer ou augmenter l'intensité de la lumière , et conséquemment apporter dans la vision de nombreuses modifications ; après les saisons nébuleuses , lorsque tout-à-coup succède un temps serein éclairé par un beau soleil , ou que le sol se couvre de neige , la vue chez tous les individus paraît être sensiblement affectée ; c'est alors que les amaurotiques y voient mieux , tandis que les myopes y voient moins bien , et que beaucoup de personnes sont prises subitement d ophtalgies. Ou ces circonstances de liimière et du sol sont perraa-

nentes , comme dans les régions septentrionale* couvertes de neige , dans les pays équatoriaux comme en Egypte , au milieu des sables , qui reflètent fortement la lumière , les névroses de la vue et toutes les maladies des yeux y sont très-fréquentes , pour ne point dire endémiques. De même aussi les habitans d'un pays crayeux et calcaire sont bien plus sujets aux maladies d'yeux , que ceux qui vivent sur un sol ombragé et couvert de verdure.

Page 1