‹ Traités approfondis des maladies des yeux et des oreillesChapitre 25 sur 58 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Influences des habitudes individuelles sur l'organe de la vue.

Autre part nous avons dit que l'exercice prolongé de la vue pouvait être cause des maux d'yeux, par le seul fait d'une application sourtenue. Indépendamment de cette circonstance , les veilles habituelles et piolongées , disposent et sont souvent cause d'ophtalmies graves.

L'action de la lumière et de l'air n'est point encore la seule raison réelle des maux d'yeux qui résultent des veilles. Nous savons encore qu'involontairement quand les paupières s'appesantissent , et que nous voulons lutter contre le sommeil , nous nous frottons les yeux pour réveiller l'action des muscles moteurs de ces voiles mobiles. Cette manœuvre qui , au premier abord , semble n'avoir aucun inconvénient , n'est cependant point sans effet réel. Le frottement des paupières renouvelé fréquemment dans un temps donné , détermine bientôt une rougeur des yeux et une sorte de turgescence , qui , sans être constamment suivie de phlogose et d'iuflammation , n'en sont pas moins quelquefois les causes déterminantes de ces derniers phénomènes.

Si le sommeil prolongé peut avo^r quelque influence sur l'organe de la vue , ce n'est qu'autant que les individus habituellement dor-?

meifrs , reposent la tête basse. Les enfans au berceau, qui ordinairement restent couchés fort long-temps dans des positions défectueuses, sont très-sujets aux rougeurs d'yeux et aux ophtalmies.

. Quant aux habitudes qui dérivent du régime diététique , eiles sont pour beaucoup dans les causes rationnelles des maladies des yeux. Ceux qui font abus de boissons alcooliques , ou qui habituellement en prennent une certaine quantité , ont les yeux rouges et comme saillans , tous les vaisseaux sauguins qui sont sur la sclérotique sont fortement injectés. Chez ceux qui s'enivrent fréquemment , les yeux sont toujours humides , s'ils ne sont pas larmoyans, et la conjonctive dans un état de turgescence qui tient presque de l'inflammation. ÎSous savons tous que la physionomie de l'ivrogne tire «on principal caractère des yeux ; ce caractère , qui d'abord n'est qu'accidentel et passager, reste ensuite permanent et particulier. Tous les individus enfin, qui font usage au-delà du , besoin , de vin , d'eau-de-vie ou autre liqueur forte , fournissent beaucoup plus d'exemples d'ophtalmies de toutes espèces que ceux qui en usent modérément avec de l'eau , ou qui n'en font jamais usage.

Rangeons encore dans le nombre des choses pernicieuses à la santé des yeux et aux fonctions de la vue , les alimens échauffans et fortement épicés. Sans examiner si c'est à la nature des alimens, ou à d'autres circonstances que les fonctions digestives s'exercent librement ou difficilement , toujours est-il , que ces mêmes fonctions peuvent avoir > suri état des yeux, une

influencé réelle. Les personnes habiliicllenient" constipées, chez lesquelles les digestions sont rares et difficiles , sont plus sujettes aux éblouissemens,; aux ophtalmies aiguës ou chroniques (i). Sans aucun doute encore > beaucoup d'amauroses, de cataractes , sont dues à un état de striclùm habituel du ventre. Si l'on veut bien y faire attention, l'on se convaincra que ces infirmités sont fréquentes chez ceux dont les occupations ordinaires exigent une grande contention d'esprit , et qui ne satisfont point immédiatement au besoin de la garde-robe.

Rarement on a eu égard aux inconvéniens qui peuvent résulter de la iorme et de la dispositions de certains vêtemens dont l'usage doit être habituel. Tout observateur aura reconnu que les maladies d'yeux sont plus communes chez les hommes que chez les femmes. Cette différence ne tient point, comme on pourrait le croire , aux dispositions physiologiques propres à chaque sexe , mais elle tient uniquement à, certains vêtemens que 1 usage a consacré.

Il serait du plus haut intérêt de comparer sous le point de vue palhologique les hommej des nations européennes qui se ceignent le col , eu. se le serrant pius ou moins, d'avec les peuples orientaux , qui ne portent point de cravattes. Un voyageur instruit nous a assuré que dans le Levant , les hommes olirent bien moins d'exemples d'éruptions à la face , de maux d'yeux,

(i) L'étroite sympathie qui règne entre la muquense des yeux, et la muqueuse intestinale, est telle qu'en agissant inrLeuient sur celle-ci , nous avons guéri un grand nombre d'ophtalmie* opiniâtres.

que dans nos régions , comme FAngleterre , ïa France et l'Allemagne , où l'usage des cravattes et des cols est général.

Tant que les cravattes ne sont que médiocrement serrées et qu'elles ne sont point soutenues par aucun corps solide, l'usage en est sans inconvénient ; mais il en est tout autrement de celles qui sont bâties sur des baleines ou tout autre corps résistant , et qui gênent les mouvemens du col. C'est principalement chez les militaires qu'on a pu observer tous les inconvéniens et reconnaître les dangers des cravattes raides et montantes.

L'ophtalmie d'Egypte , sur laquelle on a si longuement disserté , a pu régner , soit épidé-* iniquement , soit endémiquement , dans les armées anglaises ou françaises, mais nous sommes disposés à croire qu'une des causes prédisposantes , était l'usage des habits d'uniformes dont les cols restaient constamment agraffés.

Les înconvéniens et même les dangers des habits agratfés jusqu'au menton et serrant fortement le col 7 n'ont point échappés au docteur V , médecin à Bruxelles. L'ophtalmie , qui a sévi avec tant d'intensité pendant ces dernières années , dans les armées de la Belgique , et qu'on a attribué à tant de causes imaginaires , ne pouvait véritablement être déterminée que par cette espèce de strangulation , qu'occasionnaient les uniformes adoptés alors pour les militaires des Pays-Bas (i).

(i) Dans plusieurs mémoires, du plus haut intérêt , qui ont été publiés à l'occasion de l'ophtalmie qui avait atteint

ttn grand nombre de militaires dans les Pays-Bas, M. Y ..,

>oulu et a de'moajrç que les uniformes dçfecUicu* , adopté*

( ./(5 ) • Certains préceptes devenus d une application! universelle , et même préconisés par des hommes de l'art , méritent d'être rangés au nombre des causes des maladies des yeux. L'usage de se laver ces parties avec l'eau froide au sortir dir lit, soit comme moyen de propreté , ou dans le but d'éloigner le sommeil , en crispant les follicules muqueux , en arrêtant subitement l'ex-. halation et la sécrétion qui se fait à la surface de la conjonctive , dispose cette membrane aux: inflammations. Dans tous les cas , nous engageons dans les saisons rigoureuses , à n'employer; à la propreté des yeux, sinon de l'eau tiède 'J\ au moins de l'eau qui ne soit point à unej trop basse température.

Sur les effets du tabac a l'excès;

Jusqu'à ce jour, nul, que nous sachions ^ ne s'est occupé à déterminer rigoureusement la mauvaise influence du tabac sur les yeux et les fonctions de la vue. Les rapports sympathiques qui existent entre la muqueuse nasale et la conjonctive , sont trop intimes , pour que l'irritation, de l'une , n'apporte pas quelques modifications sur les fonctions de l'autre. Les paupières sont;

par les troupes , en étaient la cause. Cette opinion fortement combattue par les hommes du pouvoir , a été pour ce médecin l'occasion de toutes les vexations que peuvent suscilerla rivalité , la haine et la jalousie. Tout en admettant les

raisons de M. V , nous montrerons que l'emploi pour

la toilette et la propreté, du savon noir, dont on se sert ■dans toute la Hollande , peut être rangé au nombre des causes de l'ophtalmie dont nous parlons, »'

en général plus épaisses , plus grosses , chez Ceux qui abusent du tabac , que chez ceux qui n'en prennent que modérément, Nul doute que les fluxions passagères de la conjonctive , déterminées par l'usage du tabac avec excès , ne la disposent à des inflammations. Les maux d'yeux , après tout , sont bien plus nombreux dans les pays où l'on prise beaucoup , que là ©ù le tabac n'est point en usage.

Il suffirait donc de lire les écrits d'auteurs recommandables , pour être prévenu sur les inconvéniens et les dangers du tabac , employé habituellement comme sternutatoire , sur l'état sanitaire des yeux. Les ouvriers occupés à la. manipulation de .cette substance, dit Romaziusr sont très - sujets aux éblouissemens et aux vertiges.

Conseil aux paréns et maîtres de pension.

Si nous ne pouvons préciser l'influence que peuvent avoir sur l'organe de la vue f une foule d'autres habitudes qui diffèrent autant qu'il y a d'individus r nous ne saurions du moins passer sous silence les effets qui résultent de celles qui se rattachent aux plaisirs des sens. Si les cataractes , Ls amauroses et beaucoup d'autres vices organiques de la vue se rencontrent plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes , nous serions portés à croire , que c'est en raison des excès auxquels se livrent fréquemment les premiers.

Parmi les jeunes gens, si l'on rencontre encore plus de vices de vision , il faut en voir la cause Sans la funesje habitude de la masturbation-. »

Dans la grande dilatation des pupilles , nous' reconnaissons ordinairement l'effet de ces habitudes ; elle est par conséquent un signe de l'affaiblissement de la sensibilité de la rétine, état qui oblige trop souvent , sans nécessité , les individus à faire usage de lunettes. On ne saurait donc trop recommander aux parens et aux chefs d'institutions , d'employer leurs conseils et leur autorité , pour prévenir et mettre un terme à ces pernicieuses habitudes.

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