AVERTISSEMENT
Avant de donner au public un extrait des observations intéressantes que j'ai recueillies pendant mon séjour en France , sur les maladies des yeux , les plus rares et les plus difficiles à guérir , j'ai voulu faire connaître les motifs qui m'ont déterminé à faire mon premier voyage.
Les succès sans nombre que j'ai obtenus en Angleterre , par l'heureuse application de mes médicamens , et les cures extraordinaires que j'y ai faites , me faisaient désirer , ( et je puis le dire sans exagération ) de rencontrer des obstacles, (i).
(i) Voir les lettres qui m'ont été e'erites à Londres à cet effet, par M. le Vicomte de la Villeneuve ,' ainsi que par AI. ta Docteur J. Marshall, à la suite du Mui/rA ik pavçis.,
Je voulais braver en France des critiques et mériter des louanges, me réservant de porter sur les unes et sur les autres un jugement exempt de partialité.
J'ai donc débuté par offrir aux médecins les plus distingués de la Capitale , d'assister à mes traitemens ; puis j'ai publié en français, en 1814, un Traité des Maladies des "Veux, avec des considérations particulières sur l'usage de mes remèdes.
Ce que j'ai prévu est arrivé , mes succès ont éveillé l'en vie , et quoique presque tous les Praticiens les plus renommés de la Capitale m'aient accordé leurs suffrages , je n'ai pas été à l'abri de la calomnie de ceux qui ne m'avaient pas même honoré de leur visite , et qui par conséquent n'avaient pu me juger. Us ont trouvé extraordinaire que les malades que j'avais guéris de maladies désespérées, qui, depuis long-temps, étaient abandonnés des Oculistes les plus réputés des deux pays , témoignassent , à mon. insu , leur reconnaissance dans les journaux, et cherrchassent ainsi à s'acquitter envers moi, ne pouvant le faire pécuniairement*
Mon objet principal, en visitant h France, est, autant que je le puis, d'améliorer gratuitement le sort des indigens affligés de toutes espèces de maladies d'yeux et des paupières.
Les pauvres ont ordinairement , dans tous les genres , les maladies les plus lâcheuses, et par conséquent les plus difficiles à guérir , parla seule raison qu'ils attendent toujeurs à l'extrémité pour réclamer les secours de l'art. Eh bien î ce sont des pauvres qui remplissent ma maison tous les jours à deux heures après-midi , et par l'immense quantité de faits qu'ils m'ont
( 133 ) triîc a même d'observer , j'ai pu acquérir une longue expérience que n'auront jamais ceux qui , comme moi , n'accueilleront point les indigens pour les traiter gratuitement. On pourra , je le sais , me faire ici une objection qu'on m'a faite bien souvent ailleurs, et que l'on croyait sans réponse : c'est que la plupart des maladies des yeux sont des maladies aiguës , des inflamations de l'œil t des ophtalmies , auxquelles je puis donner le nom que je veux , et pour lesquelles mes malades m'écrivent les lettres que je reçois journellement. Mais je donnerai toujours la même raison : f^enite et videte : ^
J'ai été bien aise d'entrer dans ces détails , afin de démontrer aux personnes qui liront ce Compte rendu , quels sont les droits que j'ai à la confiance générale. Déjà plusieurs Sociétés savantes de France , l'Académie de Médecine de Paris , et bon nombre d'autres , m'ont ouvert leurs portes et m'ont honoré de la qualité de Membre correspondant , après avoir examiné mes procédés curatifs et s'être assuré de l'efficacité de mes remèdes. On a trop bonne opinion des savans qui composent ces sociétés , pour penser, qu'ils m'eussent admis parmi eux si je , n'avais eu des droits à leur considération. Une expérience longue et raisonnée sur les maladies des yeux m'a, appris , comme je l'ai dit dans mon Ouvrage, suf, ces affections , que , quoique toutes les cécités ne soient pas susceptibles de guérison , il en est cependant qui cèdent à des soins bien dirigés et à l'application des remèdes convenablement administrés. Il importe donc de bien connaître les causes qui ont entraîné la perte de la vue2 afin d'y remédier lorsque les désordres
( ,56 ) »e sont pas inaccessibles aux moyens que l'art emploie.
Je %ais donc dans ce Compte rendu , qui sera une analyse succinte de ma pratique médicale, un compendium de mes travaux en France, faire connaître les variétés de cas où mes remèdes ont eu du succès ; puis, comme je suis dans l'habitude de corroborer ce que j'avance par des faits, je citerai, lorsque cela me paraîtra nécessaire , les lettres que m'ont écrit les personnes guéries dont on reconnaîtra bien certainement l'exactitude par les difiérens styles et manières de chacun à s'exprimer.