CHAPITRE IV
OPÉRATION DE CES PBINCIPES EN ilATIEEE DE LÉGISLATION.
Le principe de l'utilité n'a jamais été ni bien développé ni bien suivi par aucun législateur : mais, comme nous l'avons déjà dit, il a pénétré dans les lois, par son alliance occasionnelle avec le piincipe de sympathie et d'antipatliie. Les idées générales de vice et de vertu, fondées sur des sentiments confus de bien et de mal, ont été assez uniformes pour l'essentiel. Les législateurs, en consultant ces idées populaires, ont fait les premières lois, sans lesquelles les sociétés n'auraient pas pu subsister.
Le principe de l'ascétisme, quoique embrassé avec ehaleui" par ses partisans dans leiu' conduite privée, n'a jamais eu beaucoup d'influence dii'ecte sur les opérations du gouvernement. Chaque gouvernement au contraire a eu pour système et pour objet de travailler à acquérir de la force et de la prospérité. Le mal qu'ont fait les princes, ils l'ont fait par de fausses vues de grandeur et de puissance, ou par des passions particulières dont les malheiu's publics étaient le résultat, mais non pas le but. Le régime de Sparte, qu'on a si bien appelé im couvent guerrier, était relatif aux circonstances de cette cité, nécessaii'e pour sa consei-vation, ou du moias jugé tel par son législateur, et confoime sous cet aspect au principe de l'utilité. Les états chrétiens ont permis l'établissement des ordi'es monastiques, mais les vœux étaient censés volontaires. Se tourmenter soi-même était ime œu^i-e méritoii'e ; tourmenter un autre individu contre son gré était im crime. Saint Louis portait le cilice et n'obligea pas ses sujets à le porter.
Le piincipe qui a exercé la plus grande influence sxu' le gouvernement, c'est celui de sym^Dathie et d'antipatliie. En efibt, il faut rapporter à ce piàncipe tout ce qu'on poursuit sous les noms les plus spécieux, sans avoir le bonheui' poui' objet imique et indépendant, bonnes mœui's, égalité, liberté, justice, puissance, commerce, religion même : objets respectables, objets qui doivent entrer dans les vues du législateui', mais qui l' égarent trop souvent, parce qu'il les considère comme but, et non pas comme moyen. Il les substitue au lieu de les subordonner à la recherche du bonheur.
Ainsi dans l'économie politique im gouvernement tout occupé de commerce et do richesse ne voit plus la société que comme im atelier, n'envisage i)lus les hommes que comme des machines productives, et s'embarrasse peu de les toiu-menter, pourvu qu'U les enrichisse. Les douanes, les changes, les fonds publics absorbent toutes ses pensées. Il reste indifférent sur une foule de maux qu'il pourrait guérir. Tout