‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 190 sur 299 · SATISFACTION VINDICATIVE · texte numérisé non relu

SATISFACTION VINDICATIVE

le doux qui sort du terrible : c'est le miel recueilli dans la gu exile du lion. Produit sans frais, résultat net d'une opération nécessaire à d'autres titres, c'est une jouissance à cultiver comme toute autre ; car le plaisir de la vengeance, considéré abstraitement, n'est, comme tout autre plaisir, qu'un bien en lui-même. Il est innocent tant qu'il se renferme dans les bornes de la loi : il ne devient eiimincl qu'au moment où il les franchit. Xon, ce n'est pas la vengeance qu'il faut regarder comme la passion la plus maKgne et la plus dangereuse du cœm" humain : c'est l'antipathie, c'est l'intolérance, ce sont les haines d'orgueil, de préjugés, de religion et de politique. En im mot, l'inimitié dangereuse, ce n'est pas l'inimitié fondée; mais l'inimitié sans cause légitime.

Utile à l'individu, ce mobile est même utUe au publie, ou, poui' mieux dire, nécessaire. C'est cette satisfaction vindicative qui déUe la langue des témoins, c'est elle qui anime l'accusateur et l'engage au service de la justice, malgré les embarras, les dépenses, les inimitiés auxquelles il s'expose : c'est elle qui surmonte la pitié publique dans la punition des coupables. Ôtez ce ressort, le rouage des lois ne va plus, ou du moins les tribunaux n'obtiendi'ont plus de service qu'à prix d'argent, moyen qui n'est pas seulement onéreux à la société, mais encore qui est exj)osé à des objections très-fortes.

Des moralistes communs, toujom's dupes des mots, ne sauraient entrer dans cette vérité. L'esprit de vengeance est odieux ; toute satisfaction puisée dans cette soiu'ce est vicieuse : le j^ardon des injui-es est la plus belle des vertus .... Sans doute, ces caractères implacables qu'aucune satisfaction n'adoucit sont odieux et doivent l'être : l'oubli des injures est une vertu nécessaire à l'humanité, mais c'est une vertu quand la justice a fait son œuvi-e, quand elle a fourni ou refusé une satisfaction. Avant cela, oublier les injui-es, c'est inviter à en commettre, ce n'est pas être l'ami, mais l'ennemi de la société. Qu'est-ce que la méchanceté pourrait désirer de plus, qu'un arrangement où les offenses seraient toujoiu's sui\-ies du pardon ?

Mais que faut-il faire dans le but d'accorder cette satisfaction vindicative ? Il faut faire tout ce que demande la justice poui- répondre aux fins des autres satisfactions, et pour la peine du déKt ; il ne faut rien de plus. Le moindre excédant consacré à cet objet serait mi mal en pure perte. Infligez la peine qui con\-ient, c'est à la partie lésée à en tirer le degré de jouissance que sa situation comporte, et dont sa nature est susceptible.

• Cependant, sans rien ajouter à la gra%'ité de la p(àne dans ce but particulier, on peut lui donner de certaines modifications, selon les sentiments qu'on doit supposer à la partie lésée, soit d'après sa position, soit d'après l'espèce du délit. On en a vu des exem2)les dans

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le chapitro précédent ; on eu verra d'autres à propos du dioix des peines.

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