PEINES CHRONIQUES
un vain étalage de puissance, une parodie risible : ce serait une scène instructive, qui annoncerait l'objet moral des peines, et rendrait la justice plus respectable en la montrant, dans la triste fonction de punir, plus occupée de donner une grande leçon que de satisfaire à une vengeance.
Le pilori, en Angleterre, est de toutes les peines la plus inégale et la plus mal ordonnée. On y abandonne le délinquant au caprice des individus. Comment définir ce bizarre supplice ? Tantôt c'est un triomphe, tantôt c'est la mort. Un homme de lettres y fut condamné, il y a quelques années, pour ce qu'on appelait un libelle. L'échafaud siu- lequel U était placé devint pour lui une espèce de lycée : toute la scène se passa en compliments entre lui et les spectateurs. En 1760, un libraire fut mis au pilori pour avoii* vendu quelque ouvrage impie ou séditieux : une souscription ouverte en sa faveur pendant l'exécution même lui valut plus de cent guinées. Quel affi'ont poiu' la justice ! Plus récemment, un homme condamné à la même peine pour un vice crapuleux fut immolé par la populace sous les yeux de la police, qui ne tenta pas même de le déf endive. M. Burke osa s'élever dans la chambre des communes contre un tel abus. " L'homme qui subit une peine," disait-il, " est sous la protection des lois, et ne doit pas être abandonné aux bêtes féroces." On approuva l'orateur, mais l'abiLS est resté : et cependant un simple treillis de fer à l'entour du poteau préviendrait tous ces actes de barbarie.
Peines chroniques.
Les peines chroniques, le bannissement, l'emprisonnement, sont propres à beaucoup de délits, mais elles exigent une attention particulière aux circonstances qui influent sur la sensibilité des individus. Le bannissement serait une peine souverainement inégale, si elle était appliquée sans choix. Elle dépend des conditions et des fortunes. Les uns n'ont aucune raison d'attachement pour leui- pays, les autres seraient au désesjioir de quitter loui* propriété et leur domicile. Les uns ont une famille, les autres sont indépendants. Tel perdrait toutes ses ressources, tel autre échapperait à ses créanciers. L'âge et le sexe font encore à cet égai'd une grande différence. Il faut donc laisser au juge beaucoup de latitude, en se bornant à lui donner des instnictions générales.
Les Anglais, avant l'indépendance de l'Amérique, étaient dans l'usage de déporter une classe nombreuse de délinquants dans les colonies. Cette déportation était pour les uns l'esclavage, poui' les autres une partie de plaisir. Un vaurien qui avait en%-ie de voyager était un sot, si pour se faii'c un équipage il ne commettait pas quelque crime. Les plus industrieux s'établissaient dans ces nouvelles con-