‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 227 sur 299 · PEINES CHRONIQUES · texte numérisé non relu

PEINES CHRONIQUES

trées. Ceux qui ne savaient que voler, ne pouvant pas exercer leur art dans un pays dont ils ignoraient la carte, revenaient bientôt se faii-e pendi-e. Une fois condamnés et déportés, leur sort était inconnu : qu'ils périssent de maladie et de misère, cela n'importait à personne. Ainsi tout était perdu pour l'exemple ; le but principal était entièrement négligé. La déportation qui se fait aujourd'hui à Botany-Bay ne remplit pas mieux son objet, elle a tous les vices et aucune des qualités que doit avoir une peine.

Si en offrant un établissement dans un i)ays éloigné, on eût ajouté qu'il fallait le mériter par un crime, quelle absurdité ! quelle démence ! Mais une déportation doit se présenter à l'esprit de bien des malheureux comme une offii-e avantageuse dont ils ne peuvent profiter que par un délit. Ainsi la loi, au lieu de contrc-balancélr la tentation, ajoute dans bien de cas à sa force.

Quant aux prisons, il est impossible d'estimer si cette peine convient ou ne convient pas, jtisqu'à ce qu'on ait déterminé avec la plus grande exactitude tout ce qui concerae leur structure et leur gouvernement intérieur. Les prisons, si l'on en excepte un petit nombre, renferment tout ce qu'on pourrait imaginer de plus efficace pour infecter le corps et l'àme. A ne les considérer que du côté de la fainéantise absolue, les prisons sont dispendieuses à l'excès : à force de désuétude, les facultés des prisonniers s'alanguissent et s'énervent, leurs organes perdent leur ressort et leur souplesse : dépouillés à la fois de leur honneur et de leurs habitudes de travail, ils n'en sortent que pour êti'e repolisses dans le crime par l'aiguillon do la misère. Soimiis au despotisme subalterne de quelques hommes ordinairement dépravés par le spectacle du crime et l'usage de la tyrannie, ces malheureux peuvent être livi-és à miUe souffi-ances inconnues, qui les aigrissent contre la société et les endm-cissent aux peines. Sous le rapport moral, ime prison est une école où la scélératesse s'apprend par des moyens plus sûrs qu'on ne pourrait jamais en employer pour enseigner la vertu. L'ennui, la vengeance et le besoin, président à cette éducation de perversité. L'émulation n'est plus que le ressort du crime. Tout s'élève au niveau du plus méchant : le plus féroce inspire aux autres sa férocité, le plus rusé sa ruse, le plus débauché son libertinage. Tout ce qui peut souiller le coeur et l'imagination devient la ressource de leur désespoir. Unis par im intérêt commun, ils s'aident réciproquement à secouer le joug de la honte. Sur les ruines de l'honneur social, il s'élève un honncui" nouveau composé de fausseté, d'intrépidité dans l'opprobre, d'oubli de tout avenir, d'inimitié conti'e le genre humain ; et c'est ainsi que des malheureux qu'on aurait pu rendre à la vertu et au bonheur parviennent à 'héroïsme du crime, au sublime de la scélératesse.

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