La'culture des arts, des sciences, de la littérature
Quand on considère ces différents moyens de jouissance, par opposition aux moyens nécessaires de pourvoir à la subsistance, on les
* Le célèbre Hogarth a fait deux tableaux intitulés Beer-street et Gin-lane (le cabaret à bière et le cabaret à eau-cle-vie ou de genièTre). Dans le premier, tout respire un air de gaîté et de santé : dans le second, de misère et de maladie. Cet admirable artiste instruisait avec son pinceau, et avait plus réfléchi sur la morale, que ceux qui se donnent pour les professeurs de cette science.
t " J'ai ouï dire à M. d'Argenson que, quand il était lieutenant de police, il y avait plus d'irrégidarités et de débauches commises dans Paris, diu^ant la quinzaine de Pâques, où les théâtres sont fermés, que pendant les quatre mois de la saison où ils sont ouverts." Mémoires de Pollnitz, tome iii. page 312.
appelle objets de liuce : si leur tendance est telle qu'on l'a suggérée, le luxe, quelque singulier que cela puisse paraître, est plutôt une soiu'ce de vertu que de vice.
Cette branche de politique n'a pas été entièrement négligée ; mais on l'a plus cultivée dans une vue politique que morale. L'objet a été plutôt de rendre le peuple tranquille et soumis au gouvernement, que de rendi-e les citoyens plus unis entre eux, plus heureux, plus industrieux, plus honnêtes.
Les jeux du cirque étaient un des objets principaux de l'attention du gouvernement parmi les Romains : ce n'était pas seulement xin moyen de concilier les affections du peuple, mais encore de détourner ses regards des affaii'es publiques. On sait le mot de Pylade à Auguste.
Cromwell, à qui ses principes ascétiques ne laissent pas cette ressource, n'eut d'auti'e moyen, pour occuper les esprits, que d'engager la nation dans des guerres étrangères.
A Venise, un gouvernement jaloux à l'excès de son autorité, montrait la plus grande indulgence pour les plaisirs.
Les processions et les autres fêtes religieuses des pays catholiques remplissent en partie le même objet que les jeux du cirque.
Toutes ces institutions ont été considérées par des écrivains politiques comme autant de moyens d'adoucir le joug du pouvoir, de tourner les esprits vei-s les objets agréables, et les empêcher de s'occuper du gouvernement. Cet effet, sans avoii' été le but de leur établissement, a pu lem- faii-e obtenir plus de faveur quand ils ont été établis.
Pierre I'"' eut reeoui's à une politique plus grande et plus généreuse.
Les mœurs des Russes, à l'exception de la sobriété, étaient plus asiatiques qu'européennes. Pierre I", voulant tempérer la grossièreté et adoucir la férocité des manières, employa des expédients qui étaient peut-être im peu trop directs. Ll usa de tous les encouragements possibles, et alla jusqu'à la violence pour introduire l'habillement européen, les spectacles, les assemblées, les arts des Européens. Amener ses sujets à l'imitation des autres peuples de l'Europe, c'était, en d'autres termes, les civiliser ; mais il trouvait la plus grande résistance à toutes ces innovations. L'envie, la jalousie, le mépris et ime multitude de passions anti-sociales les éloignaient de s'assimiler à ces rivaux étrangers. Les passions ne reconnaissaient plus leur objet, dès que les marques visibles de cUstinction étaient effacées. En leur ôtant cet extérieur qui les distinguait, il leur était, pour ainsi dire, le prétexte et l'aliment de ces rivalités haineuses. H les associait à la grande république de l'Europe, et il y avait tout à gagner poiu- eux dans cette association.
L'observance rigide du sabbat (/. e. du dimanche), telle qu'elle est requise en Ecosse, dans quelques parties de l'Allemagne, en Angleterre, est une violation de cette politique. L'acte du parlement, passé en 1781, semble plus appartenir au temps de CromweU qu'à notre siècle. H fut fait pour exclure le peuple, ce jour-là, de toute espèce d'amusement, excepté les plaisii-s sensuels, la débauche et l'ivi'ognerie. C'est au nom même des bonnes mœurs qu'on fit une loi si contraire aux mœurs. Le jour du dimanche devint, par ce rigorisme, ime institution en l'honneur de l'oisiveté et au profit de tous les vices.
Pour justifier ime telle loi, il faut avoir- recours à deux suppositions : l'une que les amusements, innocents les six autres jours de la semaine, changent de nature et deviennent malfaisants le septième ; l'autre, que l'oisiveté, qui est la mère de tous les vices, est la sauvegarde de la religion. Je ne sais comment réconcilier ces idées : videant doctlores*.
Si une loi révélée était en contradiction avec la morale, on ne devrait plus écouter la première, parce que nous avons des preuves plus certaines des effets politiques d'une rastitution, que nous ne pouvons en avoir de la vérité d'ime histoire religieuse, fondée sur des événements hors du eoiu's de la nature : dans un cas nous avons le témoignage de nos propres sens ; dans l'autre cas, nous devons nous en rapporter aux témoignages d'autrui, témoignages ti'ansmis de main en main, et afi'aiblis par tous ces milieux, qui en altèrent plus ou moins les traits primitifs.
Mais cette contradiction n'existe pas. Le rigorisme du sabbat n'a point de fondement dans l'Évangile, et même il est contraire à des textes et à des exemples positifs. Le sage Fénelon, qu'on n'accusera pas d'avoir méconnu l'esprit de la morale chrétienne, blâmait l'indiscrète sévérité des cui'és, et ne voidait point qu'on interdît, le dimanche, au peuple de son diocèse, les courses et les danses après les exercices de la religion.
Ce que je condamne ici, ce n'est donc point un jour de suspension des travaux ordinaii-es, ni im jour destiné en partie au cidte religieux, mais l'absiu-dité de convertir en délits dui-ant ce jour, et les travaux les plus nécessaires de la campagne, et les amusements les plus honnêtes, sous les yeux du pubKc.
* Le chapelain de Newgate a grand soin de faire insérer dans la Biograpliie des malfaiteurs, comme lem- propre confession, que le commencement de leur désordre est d'avoir violé le sabbat. — Je crois qu'il serait plus prés de la vérité s'U disait que la première cause de leur désordre est de l'avoir observé dans un certain sens. Ne sachant que faire de leur temps et de leiu* argent, quelle ressource ont-ils que le cabaret? L'ivrognerie les rend querellein«, stupides, déti'iùt leiu- santé, lem- aptitude au travail, les éloigne de toute économie et les jette dans une société qui les pervertit.