FAIRE EN SORTE QU'UX DKSIR DONXÉ
Le moyen le plus sûr est de ne pas attench-e l'indigence, mais de la prévenir. Le plus grand des services à rendre aiix classes laborieuses, c'est d'instituer des caisses d'économie, où, par l'attrait de la sûreté et du profit, les pauvres soient disposés à placer les plus petites épargnes.
SECTION III
Venons à cette classe de désirs pour lesquels on ne trouve aucun nom neutre, aucun nom qui ne présente quelque idée accessoire de blâme ou de louange, mais siu'tout de blâme : la raison en est facile à trouver. Il n'a pas tenu à l'ascétisme de flétrii' et de eriminaliser les désirs auxquels la nature a confié la pei-pétuité de l'espèce. C'est la poésie siirtout qui a réclamé contre ces usurpations, et qui a embelli les images de la volupté et de l'amour : objet louable, quand elle a respecté la décence et les mœurs. Observons cependant que ces penchants ont assez de leur force naturelle, et qu'ils n'ont pas besoin d'être excités par des peintures exagérées et séduisantes.
Puisque ce désii' est satisfait dans le mariage, non-seiilement sans préjufHce pour la société, mais d'ime manière avantageuse, le premier objet du législateiir, à cet égai'd, doit être de facUiter le mariage, c'est-à-dire, de n'y mettre aucun obstacle qui ne soit absolument nécessaire.
C'est dans le même esprit qu'on doit autoriser le divorce sous les restrictions convenables. Au lieu d'un mariage rompu dans le fait, et qui ne subsiste qu'en apparence, le divorce conduit natiu-eUement à un mariage réel. Les séparations permises, dans les pays où le mariage est indissoluble, ont riaconvénient, ou de condamner les individus aux privations du célibat, ou de les entraîner à des liaisons illicites.
Mais si nous voulons parler sur ce sujet délicat, de bonne foi et avec ime fi-ancbise plus honnête qu'une réserve hypocrite, nous reconnaîtrons d'abord qu'il est im âge où l'homme a atteint le développement de ses sens, avant que son esprit soit mûr poiir la condmte des afiàires et le gouvernement d'xine famille. Cela est vrai, siu'tout dans les classes supérieures de la société. Chez les pauvres, le travail nécessaire fait diversion aux désirs de l'amour et en retarde le développement. Une noiu-ritme plus fi-ugale, im genre de vie plus simple, maintiennent plus longtemps le cakne dans les sens et l'imagination. D'aUlcurs le pauvre ne peut guère acheter les faveurs de l'autre sexe que par le sacrifice de sa liberté.
Indépendamment de la jeimcsse, qui n'est pas encore nubile sous le l'apport moral, combien d'hommes se trouvent dans l'impuissance
de se charger de l'entretien d'une femme et des soins d'une famille ! D'une part, domestiques, soldats, matelots, vivant dans un état de dépendance, et souvent n'ayant pas de demeure fixe ; d'autre part, hommes d'un rang plus élevé qui attendent une fortune ou un établissement ; voilà iine classe bien nombreuse, privée du mariage et réduite à un célibat forcé.
Le premier moyen qui se présente pour tempérer ce mal serait de légitimer des contrats pour un temps limité. Ce moyen a de grands inconvénients : toutefois le concubinage existe par le fait dans toutes les sociétés où il y a une grande dispropoiiion dans les fortunes. En défendant ces aiTangements, on ne les empêche pas ; mais on les rend criminels ; on les avilit. Ceux qui osent les avouer proclament le mépris des lois et des mœurs ; ceux qui les cachent sont exposés à souffi-ii' une peine d'opinion, à proportion de leiu' sensibilité morale.
Dans la façon commune de penser, l'idée de vertu est associée avec ce contrat quand il est d'une durée indéfinie, et l'idée de vice quand il est limité pour le temps. Les législateurs ont sxiivi cette opinion. Défense de faire im tel contrat pour un an, permis de le faire pour toute la vie. La même action, criminelle dans le premier cas, sera innocente dans l'autre. Que dire de cette différence ? La durée de l'engagement peut-elle changer du blanc au noir l'acte qui en est l'effet ?
Mais si le mariage à temps est innocent en lui-même, U ne s'ensuit pas qu'il fût aussi honorable pour la femme qui le contracterait : elle n'obtiendrait jamais le même respect que l'épouse à vie. La première idée qui se présente à son égard est celle-ci: " Si cette femme avait vain ce que valent les autres, elle aurait su obtenii' les conditions que les autres obtiennent." Cet arrangement précaire est un signe d'infériorité, soit dans la condition, soit dans le mérite.
Quel serait donc le bien résultant de l'autorisation de cette espèce de contrat ? Ce serait de ne pas exposer la loi qui les défend à être souvent enfreiute et méprisée. Ce serait encore de garantir la femme qui se prête à cet arrangement d'une humiliation qui, après l'avoir dégradée à ses propres yeiix, la conduit presque toujours au dernier degré du désordre. Ce serait enfin de constater la naissance des enfants, et de leiir assurer les soins paternels.
En Allemagne, les mariages connus sous le nom de mariages de la mmn gauche étaient généralement établis. L'objet était de concilier le bonheur domestique avec l'org-ucil de famille. La femme acquérait ainsi quelques-uns des pri\-iléges d'épouse ; mais ni eUe ni ses enfants n'obtenaient le nom et le rang de l'époxix. Dans le