Impostui'es religieuses
Instructions sui' les crimes commis à la faveui' des superstitions sur le pouvoir et la malice des agents spirituels. Ces crimes ne sont que trop nombreux ; mais c'est peu de chose en comparaison des persécutions légales qui ont pris naissance dans ces mêmes erreurs. À peine y a-t-H ime nation chrétienne qui n'ait à se reprocher de sanglantes tragédies occasionnées par cette croyance dans le sortUége. Les histoires de la première classe fourniraient im sujet très-instructif pour des homélies qu'on pom-rait lii'e dans les éghses ; mais pour celles de la seconde, il n'est pas besoin de leur donner une triste publicité. Les suffrages de tant de juges respectables et Intègres qui ont été misérablement les dupes de cette superstition sellaient plus propres à confirmer le peuple dans son erreiu' qu'à le guérir, n serait à souhaiter qu'on pût se débarrasser de la sorcière d'Endor. Je ne sais pas les maux que cette Canidie juive a pu faire dans la Palestine, mais elle en a causé d'affi-eux dans toute l'Europe. Les plus sages théologiens ont fait de grandes objections contre cette histoire, prise dans son sens littéral et vulgaii-e +.
* Le plus ancien livre que je connaisse sur ce sujet est intitulé Claveirs recantation. La seconde édition est de 1()2>>. Il est en vers. Clavell était un homme de famille qui s'était fait voleur de grand chemin. Il obtint sa grâce. Il est dit dans le titre que le livre a été publié par ordre exprès du roi (Charles 1").
L'un des plus modernes est intitidé. A Vietv of society and manncrs in high and low Ufe hy Parker.
t L'art du ventriloque peut expliquer beaucoup d'impostures religieuses.
Les statuts anglais ont été les premiers qui aient eu l'honneur de rejeter expressément du Code pénal le prétendu crime de sortilège. Dans le Code Thérèse, quoique rédigé en 1773, il joue un rôle considérable.
Aet. YII. Publier les prix des marchandises contre V extorsion mercantile.
Si l'exaction d'un prix exorbitant ne peut pas être convenablement traité comme un délit et soumise à une peine, on peut du moins l'envisager comme un mal qu'il serait avantageux de supprimer, si on le pouvait faire sans encourir de plus grands maux. Les peines directes n'étant point admissibles, il faut se servir de moyens indirects. Heureusement c'est ime espèce de délit dont le mal est diminué, bien loin d'être augmenté, par le grand nombre des délinquants. Que peut faire la loi ? augmenter ce nombre autant que possible. Un tel article se vend-il très-cher, le profit qu'on y fait est-il exorbitant, répandez cette information, les vendeurs vont accoiuii- de toutes parts, et par le seul effet du concours le piix va baisser.
On peut ranger l'usui-e sous le chef de l'extorsion en matière de commerce. Prêter de l'argent, c'est vendi'e de l'argent présent contre de l'argent futur, dont le temps du payement peut être déterminé ou iadéterminé, dépendant de certains événements ou non, la somme remboursable tout à la fois ou par parties, etc. Défendez l'usui'e : en rendant la transaction secrète, vous augmentez le prix.
Aet. VIII. Publication des droits des offices.
Il y a presque partout des droits annexés aux services des bureaux des gouvernements : ces droits sont une partie de la paye des employés. Comme un artisan vend sa main-d'œuvre, un officier public vend son travail le plus cher possible. La concurrence, la facilité d'aller à im autre marché, retient cette disposition dans ses justes limites pour le travail ordinaire ; mais par l'établissement d'un bureau, toute concurrence est ôtée : le di'oit de vendre cette espèce particulière de travail devient un monopole entre les mains de l'employé. Laissez le prix à la discrétion du vendeur, et il n'aïu'a bientôt d'autres limites que ceUes qui sont prescrites par les besoins de l'acheteur. Les droits des biu'eaux doivent donc être déterminés exactement par la loi. Autrement, les extorsions qui peuvent avoir lieu doivent être moins imputées à la rapacité de l'employé qu'à la négligence du législateur.
Art. IX. Publication des comptes où la nation est intéressée. Quand des comptes sont rendus dans un temps limité, devant un
nombre limité d'auditeurs, et des auditeurs peut-être choisis ou influencés par le comptable lui-même, et que personne ensuite n'est appelé à les contrôler, les plus grandes eiTeurs peuvent passer sans être aperçues ou sans être relevées. Mais quand les comptes sont publiés, il ne peut manquer ni de témoins, ni de commentateurs, ni de juges.
Chaque item est examiné. Cet article était-il nécessaire ? Naissait-il du besoin, ou l'a-t-on fait naître pour avoii' un prétexte de dépense ? Le public n'est-il pas sem plus chèrement que les particuliers ? N'a-t-on point donné de préférence à un entrepreneur aux dépens de l'État. N'a-t-on point fait d'avantage secret à un favori *? Ne lui a-t-on rien accordé sur de faux prétextes ? N'a-t-on point eu recom-s à des manœuvres pour écarter des concurrents ? N'y a-t-il rien de caché dans les comptes ? Il y a cent questions à suggérer de la même espèce, sur lesquelles il est impossible de s'assiu'er des éclaircissements complets si on ne met pas la comptabilité sous les yeux du public. Dans un comité particulier, les uns peuvent manquer d'intégrité, les autres de connaissance : un esprit lent dans ses opérations passe sur ce qu'il n'entend point, de peur de montrer son inaptitude : im esprit vif ne s'assujétit point aux détails ; chacun laisse aux autres la fatigue de l'examen. Mais tout ce qui manque à un corps peu nombreux se trouvera dans l'assemblage du public : dans cette masse hétérogène et discordante, les plus mauvais principes mèneront au but comme les meilleui-s : l'envie, la haine, la malice feront la tâche de l'esprit public, et même ces passions, parce qu'elles sont plus actives et plus persévérantes, scruteront mieux toutes les paities, et feront ime véiification plus scrupuleuse.— Ainsi ceux qui n'ont point d'autre frein que le respect humain seront retenus dans le devoir par l'orgueil de l'intégrité ou par la crainte de la honte.
En cherchant des exceptions, je n'en puis trouver que deux ; l'une par rapport aux dépenses de cette publication, l'autre par rapport à la nature des services qui doivent rester secrets. — Il serait inutile de publier les comptes d'une petite paroisse parce que l'accès des livres est h la portée de tous ceux qui ont intérêt à les examiner, — et il ne faut pas songer à publier l'emploi des sommes destinées au service secret, sous peine de perdre toutes les informations que vous pouvez obtenir sur les desseins de vos ennemis.
Art. X. Etablissement des étalons de quantité. — Poids et mesures.
Les poids indiquent la quantité de la matière : les mesui'es, la quantité de l'espace. Leur utilité est 1° de satisfaire chaqiie individu
sur la quantité de la chose dont il a besoin : 2" de terminer les disputes ; 3° de prévenir les fraudes.
Établir l'uniformité dans le même État a été l'objet de bien des souverains. Trouver une mesui'e commune et universelle pour tous les peuples a été l'objet des recherches de plusieurs philosophes, et, en dernier Heu, du gouvernement français. Service vraiment honorable, car qu'y a-t-il de plus rare et de plus grand que de voir un gouvernement travailler à une des bases essentielles de l'union du genre humain !
L'uniformité des poids et mesures, sous le même gouvernement et pour des peuples qui à d'autres égards ont le même langage, est un point sur lequel il semble qu'il n'y ait pas besoin de grands raisonnements poui' en montrer l'utilité. Une mesure poui- celui qui n'eu connaît pas l'estimation est nulle. Si les mesures de deux Ailles ne sont pas les mêmes, soit pour le nom, soit pour la quantité, le commerce des individus ne peut plus se faire sans les exposer à de grands mécomptes ou à de grandes difficultés : ces deux ailles, à cet égard, sont étrangères l'une à l'autre. Le prix nominal de deux denrées est-il le même : si leur mesure est différente, le prix réel est différent : il faut une attention continuelle, et la défiance entrave le coui's des affaii'es : les erreui's se glissent dans les transactions de bonne foi, et la fraude se cache sous ces dénominations trompeuses.
Pour amener l'uniformité, il y a deux moyens : le premier, de faire des étalons qui aient l'autorité publique, de les envoyer dans tous les districts, et d'interdire l'usage de tout autre : le second de faire des étalons, et de laisser à la convenance générale le soin de les adopter. Je ne connais aucun exemple où la première de ces méthodes ait été suivie. Mais la seconde a été pratiquée avec succès par l'archiduc Léopold en Toscane.
En Angleterre il n'existe pas moins de treize actes du parlement sur cet objet, et l'on pourrait en faire mille autres de la même façon sans réussir. 1° Les clauses pour forcer la confoi-mité aux étalons en question ne sont pas suffisantes. 2" On n'a point pourvu à faire les étalons eux-mêmes et à les distribuer : il n'y en a que peu cà et là, et la chose a été laissée au hasard.
n faudi'ait commencer par fournir chaque communauté d'un étalon légal ; on poui'rait y ajouter une peine imposée à tout ouvrier qui fabriquerait des poids ou des mesiu-es non conformes à cet étalon ; et l'on pourrait enfin déclarer nulles et invalides toutes transactions qui auraient été faites avec d'autres poids et d'autres mesures. Ce dernier moyen ne serait pas même nécessaire : les deux premiers seraient suffisantvs.
Entre différentes naliniis, 1<> manqup d'imiformitë à cet égard ne
peut pas produire autant de méprises, parce que la seule différence du langage tient chacun sur ses gardes. Il en résulte pourtant bien de l'embarras dans le commerce ; et la fraude, favorisée par le mystère, peut souvent se prévaloir de l'ignorance des acheteurs.
Un inconvénient moins étendu, mais qui n'est pas moins important, se fait sentir dans la médecine. Si les poids ne sont pas exactement les mêmes, surtout pour des substances où les plus petitfes quantités sont essentielles, la phaimacopée d'un pays ne peut servir que difficilement à un autre, et j^eut exposer les praticiens à des erreurs fatales. C'est là un obstacle considérable à la libre communication des sciences : et le même inconvénient se retrouve dans d'autres arts où le succès dépend des proportions les plus délicates.
Art. XI. Établissement des étalons de qualité.
Il faudrait entrer dans bien des détails si l'on voulait dire tout ce que le gouvernement aurait à faire pour établir les Critères les plus convenables pour la qualité et la valem- d'ime multitude d'objets qui sont susceptibles de diverses épreuves. — La pierre de touche est ime épreuve imparfaite de la qualité et de la valeiu' des compositions métalliques mêlées d'or et d'argent. L'hydromètre est une épreuve immanquable, en tant que l'identité de qualité résulte de l'identité de gravité spécifique.
Les falsifications les plus importantes à reconnaître sont celles qui peuvent nuire à la santé : tel est le mélange de la chaux et des os brûlés avec la farine pour faire du pain : le plomb dont on se sert pour ôter l'acidité du vin, ou l'arsenic pour le raffiner. La chimie donne des moyens de découvrir toutes ces adultérations, mais il faut quehjues connaissances pour les appliquer.
L'intervention du gouvernement à cet égard peut se borner à trois points. 1° Encourager la découverte des moyens d'épreuve dans les cas où ils manquent encore. 2° En répandi-e la connaissance parmi le peuple. 3° En prescrire l'usage aux officiers du gouvernement poiu" les fonctions de ce genre qui leur sont imposées.
Art. XII. Instituer des timbres ou marques pour attester la quantité ou la qualité des choses qui ont dû être faites siir ttn certain étalon.
Ces marques sont des déclarations ou des certificats sous une forme abrégée. H y auiait cinq points à considérer dans ces documents. 1° Leur but. 2° La personne dont ils portent l'attestation. 3° L'étendue et les détails de l'information qu'ils contiennent. 4° La \-isibilité. l'intelligibilité du signe. .3" Sa permanence, son indcstructibiUto.