ESTIMATION DES PLAISIRS ET DES PEINES
di'sisé les hommes n'ont été fondés que sui' ime préférence exclusive donnée à l'une ou à l'autre de ces sanctions. Chacune a eu ses partisans qui ont voulu l'exalter au-dessus des autres. Chacune a eu ses ennemis qui ont cherché à la dégrader, à en montrer les côtés faibles, à en exposer les erreurs, à développer tous les maux qtii en ont été les résultats, sans faire aucune mention de ses bons effets. Telle est la vraie théorie de ces paradoxes, où l'on élève tour à tour la natui'e contre la société, la politique contre la religion, la religion contre la natui-e et le gouvernement, et ainsi de suite.
Chacime de ces sanctions est susceptible d'erreur, c'est-à-dire de quelque application contraire au principe de l'utilité ; or, en suivant la nomenclature qu'on vient d'expliquer, il est facile d'indiquer par im seul mot le siège du mal. Ainsi, par exemple, l'opprobre qui, après le supplice d'un coupable, rejaillit sur une famille innocente, est ime erreiu- de la sanction populaire. Le délit de l'usure, c'està-dire de l'intérêt au-dessus de l'intérêt légal, est ime erreur de la sanction politique. L'hérésie et la magie sont des eiTcurs de la sanction religieuse. Certaines sympathies ou antipathies sont des erreurs de la sanction naturelle. Le premier germe de la maladie est dans l'une de ces sanctions, d'où eUe se répand ordinaii'ement dans les autres. Il importe, dans tous les cas, d'avoir démêlé l'origine du mal, avant de choisir" et d'appliquer le remède*.