CAUSES DES DIFFERENCES
Sur la sympathie produite par des relations de parenté, il faut observer qu'elle peut agir indépendamment de toute affection. L'honneur acquis par le père se répand sur le fils : la honte du fils réfléchit sui' le père. Les membres d'une famille, quoique désirais d'intérêts et d'incUnations, ont une sensibilité commune pour tout ce qui tient à l'honneur de chacun d'eux.
13° Les antlj)athi€S : c'est l'opposé de tous les sentiments cxpansifs et affectueux dont nous venons de parler. Mais il y a des sources de sympathie naturelles et constantes : on les retrouve partout, dans tous les temps, dans toutes les cu'constances, tandis que les antipathies ne sont qu'accidentelles, et par conséquent passagères : aussi elles varient selon les temps, les lieux, les événements, les personnes, n'ayant rien de fixe et de déterminé. Cependant, ces deux principes se correspondent quelquefois et s'entr'aident. L'humanité peut nous rendi-e odieux des hommes iuhuinains : l'amitié nous porte à haïr les adversaii-es de nos amis ; et l'antipathie cUe-même devient une cause d'union entre deirs personnes qui ont un ennemi commun. 14° La folie ou dérangement cV esprit. Les imperfections de l'esprit peuvent se réduire à l'igiiorance, — la faiblesse, — l'irritabilité, — l'inconstance. Mais ce qu'on appelle folie est un degré d'imperfection extraordinau-e, aussi û-appant pour tout le monde que le défaut coi^porel le plus marqué : non-seulement eUe produit toutes les imperfections susdites, et les porte à l'excès, mais encore eUe donne aux inclinations une tom*nui-e absiu-de et dangereuse.
La sensibilité du maniaque devient excessive siu- im certain i>oint, tandis qu'elle est nulle à d'autres égards : il parait avoir ime défiance excessive, une malignité nuisible, une cessation de tout sentiment de bienveUlance : U n'a plus de respect pour lui-même ni pour les autres, 0. brave les bienséances et les égai'ds ; il n'est pas insensible à la crainte ni aux bons traitements ; on le subjugue par la fermeté, en même temps qu'on l'apprivoise par la doucem-, mais il n'a presque point d'avenir dans l'esprit, et l'on n'agit sur lui que par des moyens immédiats.
15" Les circonstances j)écuniaires. Elles se composent de la somme totale des moyens comparée à la somme totale des besoins.
Les moyens comprennent 1° la propriété, ce qu'on possède indépendamment du travail ; 2° les profits résultant du travail ; 3° les secours pécuniaires qu'on peut attendre gratuitement de ses pai-euts ou d'amis.
Les besoins dépendent de quatre circonstances: 1° les habitudes de dépense ; au delà de ces habitudes est le superflu, en deçà sont les privations : la plupart de nos désirs n'existent (jue par le sou- \euir de quehiue jouis.sanco antériem'C ; 2° les iiersonnes dont ou est
DANS LA SENSIBILITK. 33
chargé par les lois ou par l'opinion, des enfant.s, des parents pau\Tes, de vieux serviteui'S ; 3° des besoins imprévus : telle somme peut avoir beaucoup plus de valeur dans tel moment qu'en tel autre ; par exemple, si elle est néeessaii-e poui' un procès important, poiu' un voyage dont dépend le sort d'une famille ; 4° les expectatives d'un profit, d'im héritage, etc. Il est é\-ident que des espérances de fortune, à proportion de leui" force, sont de vrais besoins, et que leur perte peut affecter presque autant que celle d'une propriété dont on aurait eu la jouissance.
SECTION n.
CrRCOÎîSTAyCES SECOXDAIRES Qri INFLFEXT Sm LA SENSIBILITÉ.
Les auteui's qui ont voulu rendre compte des différences dans la sensibilité les ont rapportées à des circonstances dont nous n'avons pas encore fait mention : ces cii-eonstances sont le sexe, l'âge, le rang, l'éducation, les occupations habituelles, le climat, la race, le gouvernement, la religion : toutes choses très-apparentes, très-faciles à observer, très-commodes pour expliquer les divers phénomènes de la sensibilité. Mais cependant ce ne sont là que des cii-constances secondaires ; je veux dire qu'elles ne rendent pas raison par ellesmêmes, qu'on a besoin de les ex]^)liquer par les cii'constances premières qui s'y trouvent représentées et réunies; chacune des cii'eonstanees s^econdaires contenant en elle-même plusieurs des circonstances premières. Ainsi, paiie-t-on de l'influence du sexe sui' la sensibilité ? c'est poui- rappeler par un seul mot les circonstances premières de force, de lumière, de fenneté d'âme, de persévérance, des idées d'honnem-, des sentiments de sj-mpathie, etc. Parle-t-on de l'influence du rang ? on entend par là un certain assemblage des circonstances premières, telles que le degré de connaissance, les idées d'honnem-, les liaisons de famille, les occupations habituelles, les cii'constances pécuniaires. Il en est de même de toutes les autres ; chacune de ces cii'constances secondaires peut se traduire par un certain nombre des premières. Cette distinction, quoique essentielle, n'avait pas encore été analysée. Passons à un examen plus détaillé.
1° Le sexe. La sensibilité des femmes paraît plus grande que celle des hommes. Leur santé est plus délicate. Relativement à la force du corps, au degré de lumières, aux facultés intellectuelles, à la fermeté d'âme, elles sont commimémcnt inférieirres. La sensibUité morale et reHgieuse est plus vive ; les sympathies et les antipathies ont plus d'empire sur elles ; mais l'honneur de la femme consiste plus dans la chasteté et la pudeur, celui de l'homme dans la probité et le courage ; la religion de la femme déi-ive plus aisément vers la