‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 38 sur 299 · CAUSES DES DIFFÉRENCES · texte numérisé non relu

CAUSES DES DIFFÉRENCES

superstition, c'est-à-dire, vers des observances minutieuses. Ses affections sont plus fortes pour ses propres enfants durant toute leur vie, et pour tous les enfants en général dui'ant leur première jeunesse. Les femmes sont plus compatissantes pour les mallieureux qu eEes voient souffrir, et s'attachent par les soins mêmes qu'elles leur donnent, mais leur bienveillance est resserrée dans un cercle plus étroit, et moins gouvernée par le principe de l'utilité. Il est rare qu'elles embrassent dans leurs affections le bien-être de leur pays en général, encore moias celui de l'hiimanité, et l'intérêt même qu'elles peuvent prendre à im pai'ti dépend presque toujoxirs de quelque sympathie privée. H entre dans leurs attachements et leurs antipathies plus de caprice et d'imagination, tandis que l'homme a plus d'égard à l'intérêt personnel ou à l'utilité publique. Leui's occupations habituelles du genre amusant sont plus paisibles et plus sédentaii'es. En résultat général, la femme vaut mieux pour la famille, mais l'homme est plus propre aux affaires d'Etat. L'économie domestique est mieux placée entre les mains de la femme, et l'administration principale entre les mains de l'homme.

2° L'âge. Chaque période de la vie agit différemment siir la sensibilité : mais il est d'autant plus difficile d'en rendre compte que les limites des divers âges varient selon les individus, et sont même arbitraires à l'égard de tous. On ne peut dii'e que des choses vagues et générales sui' l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, la maturité, le déclin, la décrépitude, en les considérant comme des divisions de la vie humaine. Les différentes imperfections de l'esprit dont nous avons parlé sont si frappantes dans l'enfance, qu'elle a besoin d'une protection vigilante et continuelle. Les affections de l'adolescence et de la première jeunesse sont promptes et vives, mais peu gouvernées par le principe de la prudence. Le législateur est obligé de garantii' cet âge contre les écarts où l'entraîneraient le défaut d'expérience et la vivacité des passions. Quant à la décrépitude, elle est à plusieurs égards le retour dès imperfections de l'enfance.

3° Le rang. Cette circonstance dépend tellement pour ses effets de la constitution poUtique des Etats, qu'il est presque impossible de faire aucime proposition imiversellement vi-aie. On peut dire en général que la somme de la sensibilité est plus grande dans les conditions supérieures que dans les dernières classes, surtout les idées d'honneur y sont plus dominantes.

4° L'éducation. On peut rapporter à V édncsition jphi/siqiie la santé, la force, la robusticité : — à l'éducation intellectueUe, la quantité des connaissances, lexu- quaUté, et jusqu'à un certain point, la fenneté de l'âme, la persévérance : — à l'éducation morale, la pente des inclinations, les idées d'honncm-, de religion, les sentiments de sympathie.

DANS LA SENSIBILITK. 35

etc. On peut rapporter à toute l'éducation en général les occupations habituelles, les amusements, les liaisons, les habitudes de dépense, les ressources j)écuniaires. — filais quand on parle d'éducation, il ne faut pas oublier que son influence est modifiée à tous égards, soit par un concours de causes extérieures, soit par une disposition naturelle qui en rend les effets iucalculables.

5" Les occujjations habituelles, soit de profit, soit d'amusement et de choix. EUes iufluent sur toutes les autres causes, santé, force, lumières, inclinations, idées d'honneur, sympathies, antipathies, fortune, etc. Aussi voit-on des traits communs de caractère dans certaines professions, surtout dans celles qui constituent un état à part ; ecclésiastiques, militah-es, matelots, avocats, magistrats, etc.

6° Le climat. D'abord on a fait jouer à cette cause im trop grand rôle, ensuite on l'a réduite à rien. Ce qui rend cet examen diflicile, c'est qu'iine comparaison de nation à nation ne peut s'établir que sur de grands faits qu'on peut expliquer de difiérentes manières. Il paraît incontestable que dans les cLLmats chauds les hommes sont moins forts, moins robustes : ils ont moins besoin de travailler, parce que la terre est plus fertile : ils sont plus portés aux plaisii's de l'amour, dont la passion se manifeste plus tôt et avec plus d*ardem\ Toutes leurs sensibihtés sont plus exaltées, leui' imagination est plus vive, leui" esprit plus prompt, mais moins fort, moins persévérant. Leurs occupations habituelles annoncent plus d'indolence que d'activité. Ils ont probablement à leiu- naissance une organisation physique moins vigoureuse, une trempe d'âme moins ferme et moins constante.

7° La race. Un nègre né en France ou en Angleterre est un être bien différent, à plusieurs égards, d'un enfant de race française ou anglaise. Un enfant espagnol né au Mexique ou au Pérou est à l'heure de la naissance bien différent d'un enfant mexicain ou péruvien. La race peut influer sur le fonds naturel qui sert de base à tout le reste. Dans la suite elle opère bien plus sensiblement sui' les biais moraux et religieux, sur les sympathies et les antipathies.

8° Le gouvernement. Cette cii'constance influe de la même manière que l'éducation. Le magistrat peut être considéré comme un instituteur national ; et même, sous un gouvernement prévoyant et attentif, le précepteur paiiiculier, le père lui-même, n'est, pour ainsi dire, que le député, le substitut du magistrat, avec cette différence que l'autorité du premier a son terme, et que celle du dernier se prolonge sur toute la vie.

L'influence de cette cause est immense : eUe s'étend presque à tout, ou plutôt elle embrasse tout, excepté le tempérament, la race et le climat. Car la santé même peut en dépendre à plusieurs égards, en vertu de la poUce. de l'abondance, du soin d'écarter les causes

nuisibles. La manière de diriger l'éducation, de di.sposer des emplois, des récompenses, des peines, déterminera les qualités physiques et morales d'un peuple.

Sous un gouvernement bien constitué ou seulement bien administré, quoique mal constitué, on veiTa généralement que les hommes seront plus gouvernés par Thonneur, et que l'honneur sera placé dans des actions plus conformes à l'utilité publique. La sensibilité religieuse sera plus exempte de fanatisme et d'intolérance, plus libre de superstition et de respect servile. D. se formera un sentiment commun de patriotisme. Les hommes s'apercevront de l'existence d'un intérêt national. Les factions affaiblies auront de la peine à retrouver leurs anciens signaux de ralliement. Les affections populaires seront dirigées vers le magistrat plutôt que vers des chefs de parti, et vers la patrie entière, préférablement à tout le reste. Les vengeances privées ne se prolongeront pas et ne se communiqueront point : les goûts nationaux se diiigeront vers des dépenses utiles, des voyages d'instniction, de perfectionnement, d'agricultui'e, les sciences, les embellissements de la campagne. On apercevra même dans les productions de l'esprit humain une disposition générale à discuter avec calme des questions importantes au bonheur public.

9° La profession religieuse. On peut tii'er de là des indices assez concluants par rapport à la sensibilité religieuse, aux sympathies, aux antipathies, aux idées d'honneur et de vei-tu. On peut même, en certains cas, préjuger les lumières, la force ou la faiblesse d'esprit, et les inclinations d'un individu, d'après la secte à laquelle il appartient. Je conviens qu'il est commim de profes.'^r en public, par bienséance ou par convenance, une religion dont on n'est point persuadé intérieiu'ement. Mais son influence, quoique affaiblie, n'est pas nulle. La force des premières habitudes, les liens de société, la puissance de l'exemple, continuent à opérer, même après que le principe de tout cela n'existe plus. Tel homme qui, au fond du cœxa, a cessé d'être juif, quaker, anabaptiste, calviniste ou luthérien, ne laisse pas d'entretenii- une certaine partialité pour les personnes de la même dénomination, et ime antipathie proportionnelle pom* les autres.

SECTION III

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