‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 41 sur 299 · ANALYSE DU MAL, SES PARTIES · texte numérisé non relu

ANALYSE DU MAL, SES PARTIES

dérivatif, cette portion de mal qui tombe sur des individus assignables en conséquence du mal souiïert par le premier, à raison de quelque liaison entre eux ; soit d'intérêt personnel, soit de sympathie.

Le mal du second ordre peut également se distinguer en deux branches : 1° Valarvu, 2° le daiiger. L'alarme est ime peine positive, peine d'appréhension, appréhension de soufirii* le même mal dont on vient de voii- im exemple. Le danger est la chance que le mal primitif ne produise des maux du même geni'e.

Les deux branches du mal du second ordre sont étroitement liées, mais cependant elles sont tellement distinctes qu'elles peuvent exister séparément. L'alarme peut exister sans le danger, le danger peut exister sans l'alarme. On peut être dans l'effroi pour une conspiration piurement imaginaire : on peut être dans la sécurité au sein d'une consjjiration prête à éclater. Mais ordinaii'ement l'alarme et le danger vont ensemble comme effets natui'els de la même cause. Le mal arrivé fait attendre des maux du même geni-e en les rendant probables. Le mal ai'rivé fait naître le danger : la perspective du danger fait naître l'alanne. Une mauvaise action entraîne un danger par l'exemple : elle peut préparer les voies à une autre mauvaise action, 1° en suggérant l'idée de la commettre ; 2° en augmentant la force de la tentation.

Suivez ce qui peut se passer dans l'esprit de tel ou tel indiridu, lorsqu'il entend parler d'un vol qui a réussi. H ne connaissait pas ce moyen de subsister, ou il n'y pensait pas : l'exemple agit comme ime instruction, et lui fait concevoir la première idée de recourir au même expédient. EL voit que la chose est possible, poui-vu qu'on s'y prenne bien : exécutée par im autre, elle lui paraît moins difficile et moins péiilleuse. C'est une trace qui le guide dans un sentier où il n'aïuait pas osé se hasarder le premier. Cet exemple a un autre effet non moins remarquable sur son esprit ; c'est d'affaiblir la puissance des motifs qui le retenaient ; la crainte des lois perd une partie de sa force tant que le coupable demexu-e impuni ; la crainte de la honte diminue également, parce qu'il voit des complices qui lui offiient, poiu' ainsi dire, une association rassurante contre le malheur du mépris. Cela est si ATai, que partout où les vols sont fi'équents et impimis, ils ne causent pas plus de honte que toute autre manière d'acquérir. Les premiers Grecs n'en concevaient aucun scrupule. Les Arabes d'aujoiu'd'hui s'en font gloire.

Appliquons cette théorie. — Vous avez été battu, blessé, insulté, volé. La masse de vos peines personnelles considérées en vous seul forme le mcd primitif. Mais vous avez des amis : la sjTupathie les fait participer à vos peines. Vous avez ime femme, des enfants, des parents: ime partie de la honte dont vous a couvert l'affront que

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voiis avez subi rejaillit sui' eux. Vous avez des créanciers : la perte que vous avez faite vous oblige de les faire attendre. Toutes ces personnes souffi-ent un mal plus ou moins grave dérivé du vôtre ; et ces deux lots de mal, le vôtre et le leur, composent ensemble le raal du premier ordre.

Ce n'est pas tout. La nouvelle de ce vol avec ses circonstances se répand de bouche en bouche. L'idée du danger se réveille, et par conséquent l'alai-me. Cette alarme est plus ou moins grande, selon ce qu'on a appris du caractère des voleurs, des mauvais traitements qu'ils ont faits, de leur nombre et de leurs moyens; selon qu'on est plus ou moins près du lieu de l'événement, qu'on a plus ou moins de force et de courage, qu'on voyage seul ou avec une femme, qu'on porte avec soi plus ou moins d'effets précieux, etc. Le danger et cette alarme constituent le mcd du second ordre.

Si le mal qu'on vous a fait est de nature à se propager ; par exemple, si on vous a diffamé par ime imputation qui enveloppe une classe plus ou moins nombreuse d'individus, il ne s'agit plus d'un mal simplement privé, mais d'un mal extensif. Il est augmenté à proportion du nombre de ceux qui y participent.

Si la somme qu'on vous a volée appartenait non à voiis, mais à une société ou à l'État, la perte serait im mal répartihh ou divisible. Au contraire du cas précédent, le mal se trouve ici diminué à proportion du nombre de ceux qui y participent.

Si en conséquence de la blessure que vous avez reçue, vous souffrez quelque mal tout à fait distinct du premier, comme d'abandonner des affaires lucratives, de manquer tm mariage, de ne pas obtenir un poste avantageux, c'est ce qu'on peut appeler mal cotiséquentiel .

Le mal permanent est celui qui, ime fois fait, ne peut plus se changer ; par exemple, une injm-e personnelle irréparable, une amputation, la mort, etc. Le mal passager ou évanescent est celui qui est susceptible de cesser tout à fait, comme une maladie qui se guérit ou comme une perte qui peut être complètement compensée.

Ces distinctions, quoique en partie nouvelles, ne sont rien moins que des subtilités inutiles. Ce n'est que par leiu- moyen qu'on peut apprécier la difféj-ence de malig-nité entre différents crimes, et régler la proportion des peines.

Cette analyse nous fom-nira im critérium moral, un moyen de décomposer les actions humaines, comme on décompose les métaux pour reconnaître leur valeiu' intiinsèque et la quantité précise d'alliage.

Si parmi les actions mauvaises ou réputées telles, il en est qui ne produisent point d'alarme, quelle différence entre ces actions et celles qui en produisent ! L'objet du mal primitif est un seul inch^•idu : le mal dérivatif ne peut s'étendre qu'à un petit nombre.

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