LIMITES QUI SÉPARENT LA MORALE
grave. La difficulté de se procurer des preuves sera telle qu'il faudi^a encoui-ager des délateurs et entretenir une armée de sui'veillants. Xécessité de l'espionnage, troisième inconvénient pire que les deux premiers. Comparez les effets en bien et en mal. Les délits de cette natiu'e, si l'on peut donner ce nom à des imprudences, ne produisent aucune alarme ; mais le remède prétendu répandra un effroi vmiversel ; innocent ou coupable, chacun craindra poiu" soi ou pour les siens ; les soupçons, les délations rendi-ont la société dangereuse ; on se fuira, on cherchera le mystère, on redoutera les épanchements de la confiance. Au lieu d'avoir supprimé ^m vice, la loi en aura semé de nouveaux et de plus dangereux.
Il est vrai que l'exemple peut rendi'e contagieux certains excès, et qu'un mal qm serait comme imperceptible, s'il ne s'agissait que d'un petit nombre d'individus, poui'rait devenii' très-sensible par son étendue. Tout ce que peut faire le législateur-, relativement à des délits de cette espèce, c'est de les soumettre à quelque peine légère, dans le cas de notoriété scandaleuse : cela suffit pour leui* donner une teinte d'illégalité qui tourne contre eux la sanction populaii'e.
C'est en ceci que les législateui's, en général, ont beaucoup trop gouverné. Au lieu de se fier à la prudence des individus, ils les ont traités comme des enfants ou des esclaves. Ils se sont livrés à la même passion que les foudateui's des ordi'es religieux, qui, pom" mieux signaler lexu- autorité, et par petitesse d'esprit, ont tenu leurs sujets dans la plus abjecte dépendance, et leixr ont tx'acé joui- à joui", moment à moment, leiu'S occupations, leurs aliments, Icm- lever, leui- coucher et tous les détails de Icm- conduite. Il y a des codes célèbres où l'on trouve une multitude d'entraves de cette espèce : ce sont des gênes inutiles sur le mariage, des peines contre le célibat, des règlements somptuaii-es pour fixer la forme des habits, la dépense des festins, les ameublements des maisons, les ornements des femmes ; ce sont des détails infijiis sur des aliments permis oa défendus, sur des ablutions de telle ou telle nature, sui" des piu'ifications de santé ou de propreté, et mille puéiiUtés semblables qui ajoutent à tous les inconvénients d'ime contrainte inutile celui d'abrutir imc nation, en couvrant ces absurdités d'iui voile mystérieux poiu" en déguiser le ridicule.
Mais plus maDieuieux encore les États où l'on a voulu maintenii-, par des lois pénales, l'imiformité des opinions religieuses ! Le choix d'une religion est uniquement du ressort de la prudence des individus. S'ils sont persuadés cjue leui- bonheiu- étemel dépend d'un certain culte ou d'ime certaine croyance, que peut opposer le législatem- à im intérêt aussi grand ? Je n'ai pas besoin d'insister sm- cette vérité : elle est généralement reconnue ; mais, en