ET LA LÉGISLATION
traçant les limites de la législation, je ne pouvais pas oublier celles qu'il importe le phis de ne pas franehii-.
llègle générale. Laissez aux individiis la plus grande latitude possible dans tous les cas où ils ne peuvent nuire qu'à eux-mêmes ; car ils sont les meilleui's juges de leui's intérêts. S'ils se trompent, dès qu'ils sentiront leur méprise, il est à présumer qu'Os n'y persisteront pas. Xe faites intervenir la puissance des lois que pour les empêcher de se nuii'e entre eux. C'est là où elles sont nécessaires ; c'est là où l'application des peines est vi-aiment utile, parce que la rigueur exercée sur un seul devient la sûi'eté de tous.
II. n est vi'ai qu'il y a ime liaison' naturelle entre la prudence et la probité, c'est-à-dire, que notre intérêt bien entendu ne nous laisserait jamais sans motif pour nous abstenir de nuire à nos semblables.
Arrêtons-nous un moment siu' ce point. Je dis qu'indépendamment de la religion et des lois, nous avons toujom-s quelques motifs naturels, c'est-à-dii-e, tirés de notre propre intérêt, poui- consulter le bonheur d'autrui. 1° Le motif de pure bienveillance, sentiment calme et doux que nous aimons à éprouver, et qui inspire de la répugnance à faire souffiii' ; 2° le motif des affections privées qui exercent leur empire dans la vie domestique et dans le cercle particulier de nos liaisons ; 3° le désir de la bonne réputation et la crainte du blâme. Ceci est une espèce de calcul et de commerce — payer pour avoir du crédit — être vrai pour obtenir de la confiance— sei-vir pour être servi. C'est dans ce sens qu'un homme d'esprit disait que si la probité 7i' existait pas, il faudrait Vinventer corame moyen de faire fortune.
Un homme éclairé siu' son intérêt ne se permettrait pas même un crime caché, soit par la crainte de conti'acter une habitude honteuse qui le trahirait tôt ou tard, soit parce que des secrets à dérober aux regards pénétrants des hommes laissent dans le cœtir un fonds d'inquiétude qui corrompt tous les plaisirs. Tout ce qu'il pourrait acquérir aux dépens de sa sécurité ne la vaudrait pas, et s'il est jaloux de l'estime des hommes, le meilleur garant qu'il puisse en avoir, c'est la sienne j^ropre.
Mais pour qu'un individu sente cette Haison entre l'intérêt d'autrui et le sien, il faut un esprit éclairé et un cœui- libre de passions séductrices. La plupart des hommes n'ont ni assez de lumières, ni assez de force d'âme, ni assez de sensibilité morale, pour que leiu- probité se passe du secours des lois. Le législateur doit suppléer à la faiblesse de cet intérêt naturel, en y ajoutant \m intérêt artificiel plus sensible et plus constant.
Il y a plus : dans bien dos cas, la morale dérive son existence de