Métaphore ne^t pas raison
* Ch. xii. : de la Qn.esfioit.
J'entends ici, soit une métaphore proprement dite, soit une allégorie dont on se sert d'abord poui' éclaii'cir le discom-s ou l'orner, et qui peu à peu devient la base d'un raisonnement.
Blackstone*, tellement ennemi de toute réforme, qu'il a été jusqu'à blâmer l'introduction de la langue anglaise dans les rapports des cours de justice, n'a rien négligé pour inspirer le même préjugé à ses lecteiu's. Il représente la loi comme un château, comme une forteresse à laquelle on ne peut faire aucun changement sans l'affaiblir. Il ne donne pas, j'en conviens, cette métaphore comme un raisonnement ; mais poui-quoi l'emploie-t-il ? Poiu' s'emparer de l'imagination, poiu' prévenir- ses lecteiu's contre toute idée de réforme, pour leiu' donner un effroi machinal de toute innovation dans les lois. Il reste dans l'esprit une idée fausse qvà produit le même effet qu'un faux raisonnement. Il aiu-ait dû penser au moins qu'on pouvait toui-ner cette allégorie contre lui-même. Quand il a fait de la loi un château, n'est-il pas naturel à des plaidem's ruinés de se le représenter comme peuplé de harpies?
La maison d'un homme, disent les Anglais, est son château. Une expression poétique n'est pas mxe raison ; car si la maison d'un homme est son château de nuit, pourquoi ne le serait-il pas de joui- ? Si c'est un asile inviolable pour le propriétaire, poiu-quoi ne le serait-il pas pour toute autre personne qu'il jugerait à propos d'y recevoir ? — Le cours de la justice est quelquefois entravé en Angleterre par cette puérile notion de liberté. Il semble que les criminels doivent avoir leiu'S terriers, comme les renards, poiu' le phiisir des chasseurs.
Un temple, dans les pays catholiques, est la maison de Dieu. Cette métaphore a servi à établir les asiles pour les criminels. C'était manquer de respect à Dieu que d'arracher de force ceux qui venaient se réfugier dans sa maison.
La balance du commerce a produit ime multitude de raisonnements fondés sur la métaphore. On a cru voir les nations s'élever et s'abaisser dans leur commerce réciproque, comme les bassins d'une balance chargés de poids inégaux. On s'est inquiété de tout ce qu'on regardait comme im défaut d'équilibre. On imaginait que l'une devait perdre et l'autre gagner, comme si on avait ôté d'un bassin pour ajouter à l'autre.
Le mot de mère-patHe a fait naître un grand nombre de préjugés et de faux raisonnements dans toutes les questions concernant les colonies et les métropoles. On imposait aux colonies des devoirs : on leiu- supposait des crimes tous également fondés sur la métaphoie de leur dépendance fUiale.
* 3' Connu, ch. xvii.