‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 70 sur 299 · RAPPORTS ENTRE CES BUTS · texte numérisé non relu

RAPPORTS ENTRE CES BUTS

quelque bien subordonné. Distinguer celui de ces objets qui, selon l'occasion, mérite la prééminence, voilà la difficulté de l'art ; car tour à tour ils la réclament, et il faut quelquefois im calcul bien compliqué pour ne pas se tromper siu' la préférence due à l'un ou à l'autre.

L'égalité ne doit être favoiisée que dans les cas où elle ne nuit point à la sûreté, où elle ne trouble point les attentes que la loi a fait naître, où elle ne dérange point la distribution actuellement établie.

Si tous les biens étaient partagés également, la conséquence sûre et prompte, c'est qu'il n'y aurait plus rien à partager. Tout serait bientôt détniit. Ceux qu'on aui-ait cru favoriser ne souiMraient pas moins du partage que ceux aux dépens desquels il se serait fait. Si le lot de l'industrieux n'était pas meilleui' que le lot du paresseux, il n'y aurait plus de motif à l'industrie.

Poser en principe que les hommes doivent être égaux en droits, ce sei'ait, par un enchaînement de conséquences nécessaires, rendre toute législation impossible. Les lois ne cessent d'établir des inégalités, puisqu'elles ne peuvent donner des di-oits aux uns, qu'en imposant des obligations aux autres. Dire que tous les hommes, c'est-à-dire, tous les êtres de l'espèce humaine, sont égaux en di'oits, c'est dii-e qu'il n'y a plus de subordination. Ainsi le fils est égal en droits à son père : il a le même droit de gouverner et de punir son père, que son père de le gouverner et de le pimir. Il a autant de droit dans la maison de son père, que son père lui-même. Le maniaque a le même droit d'enfermer les autres, que les autres de l'enfermer. L'idiot a le même droit de gouverner sa famille, que sa famille de le gouverner. Tout cela est pleinement renfermé dans l'égalité des droits. Elle signifie tout cela, ou elle ne signifie rien du tout. Je sais bien que ceux qui maintiennent cette doctiine de l'égalité des di-oits, n'étant ni fous ni idiots, n'ont pas intention d'établii' cette égalité absolue : ils ont leur esprit des restiietions, des modifications, des explications. Mais s'ils ne savent pas parler d'ime manière intelligible et sensée, la multitude aveugle et ignorante les entendi'a-t-eUe mieux qu'ils no s'entendent eux-mêmes ? Et si on proclame l'indépendance, n'est-on pas trop sûr d'être écouté ?

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