DES LOIS KELATITEMENT À LA SUBSISTANCE
Qu'est-ce que la loi peut faire pour la subsistance ? rien directement. Tout ce qu'elle pourrait faire, ce serait de créer des motifs, c'est-àdire, des peines ou des récompenses, par la force desquelles les hommes seraient portés à se fournir la subsistance à eux-mêmes ; mais ces motifs, la natiu'e les a créés et leur a donné une énergie suflSsante. Avant qu'on eût l'idée des lois, les besoins et les jouissatwes avaient fait à cet égard toute ce que poiirraient faire les lois les mieux concertées. Les besoins, armés de toutes les peines et de la mort même, commandaient le travail, aiguisaient le courage, inspiraient la prévoyance, développaient toutes les facultés de l'homme. La jouissance, compagne inséparable de tout besoin satisfait, formait un fonds inéj)uisable de récompenses poui' ceux qui avaient surmonté les obstacles et rempli le but de la nature.
La force de la sanction physique étant suffisante, l'emploi de la sanction politique serait superflu.
De plus, les motifs qui dépendent des lois sont toujours plus ou moins jîrécaii'es dans leur opération. C'est ime suite de l'imperfection des lois mêmes ou de la difficulté de constater les faits pour leur appliquer la peine ou la récompense. L'espoir de l'impunité se glisse au fond des cœurs dans tous ces degrés intermédiaii'cs par lesquels il faut passer avant d'arriver à l'accomplissement de la loi ; mais les effets natiu'els qu'on peut considérer comme des châtiments ou des récompenses de la natui'e n'admettent guère d'inceititude : point d'évasion ; point de délai ni de faveur : l'expérience annonce l'événement, l'expérience le confirme ; chaque jour vient fortifier la leçon de la veUle, et l'uniformité de cette marche ne laisse aucune place au doute. Que pourrait- on ajouter par des lois directes à la puissance constante et ii-résistible de ces motifs natui'cLs ?
Mais la loi pourvoit indii'ectement à la subsistance en protégeant les hommes pendant qu'ils travaillent, et en leur assurant les fiiiits de leur industrie après qu'ils ont travaillé. Sûreté pour le travaillem", sûreté pour le produit du travail, voilà le bienfait de la loi : il est inestimable.