ANALYSE DES MAUX RÉSULTANTS DES ATTEINTES PORTÉES À LA PROPRIÉTÉ
Nous avons déjà vu que la subsistance dépend des lois qui assui'ent aux travailleui-s les produits de leur travail ; mais il eon-s-ient d'analyser plus exactement les maux qui résultent des violations de propriété. On peut les réduire à quatre chefs.
1° Mal de non-possession. Si l'acquisition d'une portion de richesse est un bien, il faut que la non-possession soit un mal, quoique mal négatif, et rien de plus. Ainsi, quoique les hommes dans l'état de pauvreté primitive n'aient pas pu sentir la piivation spéciale de biens qtu leur étaient inconnus, il est clair qu'ils ont eu de moins tout le bonheur qui en résulte, et dont nous sommes en jouissance.
La perte d'une portion de bien, dût-on même l'ignorer toujoui's, serait encore une perte. Si vous détoui-nez mon ami par des calomnies de me léguer un bien que je n'attendais pas, ne me portez-vous pas préjudice ? En quoi consiste ce préjudice ? dans le mal négatif qui résulte pour moi de ne pas posséder ce que j'aurais eu sans vos calomnies.
2° Peine de perdre. Tout ce que je possède actuellement ou que je dois posséder, je le consigne dans mon imagination comme devant m'appartenir toujours. J'en fais la base de mon attente, l'espérance de ceux qui dépendent de moi, et le soutien de mon plan de vie.
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Chaque partie de ma propriété peut avoir poiu- moi, outre sa valexu' intiinsèque, ime valexu- d'affection comme héritage de mes ancêtres, récompense de mon travail ou bien futur de mes enfants. Tout m'y représente encore cette portion de moi-même que j'y ai mise, ces soins, cette industrie, cette économie qui s'est disputé les plaisirs présents poui' les étendi'e sur l'avenir. Ainsi la propriété devient partie de notre être, et ne peut plus nous être aiTachée sans nous déchirer jusqu'au vif,
3° Crainte de perdre. Au regret de ce qu'on a perdu, se joint l'inquiétude sui' ce qu'on possède, et même siu' ce qu'on pourrait acquérir : car la plupart des objets qui composent la subsistance et l'abondance étant des matières périssables, les acquisitions futures sont un supplément nécessaire aux possessions présentes.
Quand riiisécmité arrive à un certain point, la crainte de perdre empêche de jouii' de ce qu'on possède. Le soin de consei-ver nous condamne à mille précautions tristes et pénibles, toujoui'S sujettes à se démentir. Les trésors fuient ou s'enfouissent. La jouissance devient sombre, fui'tive et solitaii'e. Elle craint en se montrant d'avertii' la cupidité de l'existence d'ime proie.
4° Amortissement de Vindustrie. Si je désespère de m'assurer les produits de mon travail, je ne songe plus qu'à subsister du jour au joiu-, je ne veux pas me donner des soins qui ne doivent profiter qu'à mes ennemis. Mais d'ailleui-s, pour- travailler, la volonté ne suffit pas, il faut des moyens. En attendant de recueillir il faut subsister. Une seule perte peut me réduire à l'impuissance d'agir, sans avoir éteint l'esprit d'industrie, sans avoir paralysé ma volonté même. Ainsi les trois premiers de ces maux affectent les facultés passives de l'individu, tandis que le quatrième passe jusqu'à ses facultés actives, et les frappe plus ou moins d'engoui'dissement.
On voit dans cette analyse que les deux premiers de ces maux ne vont pas au delà de l'individu lésé, mais que les deux derniers se répandent et occupent dans la société un espace indéfini. Une atteinte portée aux propiiétés d'un seul jette l'alarme parmi les autres propriétaii-es. Ce sentiment se commtmiquc de proche en proche, et la contagion peut enfin gagner le corps entier de l'État.
Pom" le développement de l'industrie, il faut réunion àe puissance et de volonté. La volonté dépend des encoiu'agemcnts, et la puissan(?B des moyens. Ces moyens sont ce qu'on appelle en langage d'économie politique capital productif . Quand il ne s'agit que d'im seul individu, son capital productif peut être anéanti par ime seule perte, sans que son esprit d'industrie soit éteint ni même affaibli. Quand il s'agit d'une nation, l'anéantissement de son capital prodiictif est impossible: mais longtemps avant ce terme fatal, le mal peut avoir atteint la