LUCA.N. IV
CHAPITEE XVI.
DES ÉCHAÎfGES FOECÉS.
" AsïTAGES en Xénophon demande à CpTis compte de sa dernière leçon : C'est, dit-il, qu'en notre école un grand garçon ayant ime petite saie la donna à l'un de ses compagnons de plus petite taille, et lui ôta sa saie qui était plus grande : notre précepteur m'ayant fait juge de ce différend, je jugeai qu'il fallait laisser les choses en cet état, et que l'im et l'autre semblait être mieux accommodé en ce point : sur quoi U me remontra que j'avais mal fait, car je m'étais arrêté à considérer la bienséance, et il fallait premièrement avoir pourvu à la justice, qui voulait que nul ne fût forcé en ce qui lui appartenait." Essais de Montaigne, liv. i. chap. 24.
Yoyons ce qu'il faut penser de cette décision. Au premier aspect, il semble qu'un échange forcé ne contrarie point la sûreté, pourvu qu'on reçoive une valeiu' égale. Comment puis-je être en perte en conséquence d'une loi, si, après qu'elle a eu son pleia effet, la masse de ma fortime reste la même qu'auparavant ? Si Tun a gagné sans que l'autre ait perdu, l'opération paraît être bonne.
Non : elle ne l'est pas. Celui que vous estimez n'avoir rien perdu par l'échange forcé se trouve réellement en perte. Comme toutes les choses, meubles ou immeubles, peuvent avoir- différentes valem-s pour différentes personnes, selon les circonstances, chacun s'attend à jouii" des chances favorables qui peuvent augmenter la valeur de telle ou telle partie de sa propriété. Si la maison que Pierre occupe peut avoir pour- Paul une plixs grande valeur* que poiu* lui, ce n'est pas une raison pour en gratifier Paul, en forçant Pierre à la lui céder pour ce qu'eUe lui valait à lui-même. Ce serait le priver du bénéfice naturel qu'il a dû s'attendre à tirer de cette circonstance.
Mais si Paul disait que, pour le bien de la pîdx, H a oftert im piix supérieiu' à la valem- ordinaii'c de la maison, et que son adversaire ne refuse que par opiniâtreté, on ijoiu'rait lui réponcke : ce sm-plus que vous prétendez avoii- offert n'est qu'une supposition de votre pai-t.