‹ Traités de législation civile et pénale; ouvrage extrait des manuscrits de Jérémie BenthamChapitre 101 sur 125 · CONSENTEMENT · texte numérisé non relu

CONSENTEMENT

découverte, l'acheteur se trouverait avoir fait un gain inespéré, le vendeur une perte imprévue. Or, comme nous l'avons vu, bien de gain ne peut pas se comparer à mal de perte. D'ailleurs ce cas peut rentrer dans celui de la coercition indue.

6. Supposition erronée de valeur. Si, en aliénant une chose , j'ignore une circonstance qui tend à en augmenter la valeur, en découvrant mon erreur, j'éprouverai le regret d'une perte. — Mais est-ce là un moyen convenable d'invalidité ? D'une part, si on admet ces causes de nullité sans restriction , on risque de jeter un grand découragement sur les échanges : car où est la sûreté pour mes acquisitions si le propriétaire antérieur pouvait rompre le marché : en disant: « Je ne savais pas ce que je faisais ». D'une autre part, il y aurait ime peine de regret bien vive si, après avoir vendu un diamant pour un morceau de cristal, on n'avait aucun moyen d'en revenir. — Pour tenir la balance égale entre les parties, il faut se prêter à la diversité des circonstances et des choses. Il faut toujours examiner si l'ignorance du vendeur n'était point le résultat de la négligence, et même en résiliant le marché, si le cas le demande, il faudrait avant tout pourvoir à la sûreté de l'acquéreur intéressé à sa confirmation.

Cependant , il se peut qu'une convention , exempte de tous ces défauts, se trouve en fin de

298 AUTRE MOYEN d'aCQIJÉRIR.

compte désavantageuse. Vous n'aviez acheté ce cheval que pour un voyage, et ce voyage ne se fait pas. — Vous étiez prêt à partir, le cheval tombe malade et meurt. — Vous partez, le cheval vous renverse et vous vous cassez la jambe. — Vous montez le cheval , mais c'est pour aller voler sur les grands chemins. • — La fantaisie qui vous l'avait fait acheter étant passée , vous le revendez à perte. —On peut multiplier à l'infini les cas éventuels où une chose, quelle qu'elle soit, acquise en raison de sa valeur, devient inutile, ou onéreuse, ou funeste, soit à l'acquéreur, soit à autrui. Ne sont-ce pas des exceptions à l'axiome que toute aliénation emporte avantage? Ne sont-ce pas des moyens raisonnables d'invalidité comme les autres?

Non. Tous ces évènemens défavorables ne sont que des affaires d'accident , et postérieurs à la conclusion du marché. Le cas ordinaire est que la chose vaille ce qu'elle vaut. I/avantage total des «changes avantageux est plus qu'équivalent au désavantage total des marchés défavorables. Les gains du commerce sont plus grands que les pertes, puisque le monde est plus riche à présent que dans son état sauvage. Les aliénations en général doivent donc être maintenues. Mais annuler les aliénations pour des pertes accidentelles, ce serait interdire en général les aliénations, car personne ne voudrait vendre, persoimenc voudrait acheter,

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