IIO LIMITES QUI SEPARENT LA MORALE
Le contraire, dira-t-on, est démontré par les faits : les excès du jeu, ceux de l'intempérance, le commerce illicite entre les sexes, accompagné si souvent de dangers très graves, prouvent assez que les individus n'ont pas toujours assez de prudence pour s'abstenir de ce qui leur nuit.
Pour m'en tenir à une réponse générale, j'observerai, premièrement, que, dans la plupart de ces cas, la peine, trop facile à éluder, serait inefficace : secondement, que le mal produit par la loi pénale serait fort au-delà du mal de la faute.
Supposez, par exemple, qu'un législateur se crût bien fondé à vouloir extirper, par des lois directes, l'ivrognerie et la fornication. — Il faudra commencer par une multitude de réglemens. Complication des lois, premier inconvénient très grave. — Plus ces vices sont faciles à cacher, plus il faudra des peines sévères, afin de contrebalancer, par la terreur des exemples, l'espoir toujours renaissant de l'impunité. Rigueur excessive des lois, second inconvénient non moins grave. La difficulté de se procurer des preuves sera telle qu'il faudra encourager des délateurs et entretenir une armée de surveillans. Nécessité de l'espionnage , troiiième inconvénient pire que les deux premiers. Comparez les effets en bien et en mal. Les délits de cette nature , si l'on peut donner ce nom à des imprudences, ne produisent aucune alarme;