DE LA CULTURE DES ARTS
gion publique, de guides connus, de prêtres avoués, serait livré à des chefs ignorans et fanatiques; et comme le maintien de ce cuite serait une école de conspiration , la foi du serment , au lieu d'être la sauve-garde de l'état, en deviendrait la terreur : au lieu de lier les citoyens au gouvernement, il les unirait contre lui. En sorte que ce peuple deviendrait aussi redoutable par ses vertus que par ses vices.
SECTION IIL
De la culture des arts et des sciences.
Je ne parlerai pas ici de ce qu'on peut faire pour ce qu'on appelle les arts et les sciences utiles : ' personne ne doute que des objets d'une utilité publique ne doivent être soutenus par des contributions publiques.
Mais quand il s'agit de la culture des beaux-arts , de l'embellissement d'un pays, des édifices de luxe, des objets d'ornement et de plaisir, en un mot, de ces œuvres de surérogation , doit-on lever des contributions forcées? Peut-on justifier l'établissement des impôts qui n'auraient que cette destination brillante, mais superflue?
Je ne veux pas faire ici le plaidoyer de l'agréable contre l'utile', ni justifier qu'on mette le peu-
* Je n'entends pas qu'il y .-lit une opposition réelle entre lUitile et l'itgréable ; tout ce qui donne du plaisir est utile :
ET DES SCIENCES. 1?i']
pie à l'étroit pour donner des fêtes à une cour, ou
des pensions à des baladins. Mais on peut présen- ^k^ j>13P
ter une ou deux réflexions par manière d'apoîogie. ***
r . La dépense qu'on fait et qu'on peut faire pour ces objets est ordinairement bien peu de chose, comparée à la masse des contributions nécessaires: Qu'on s'avisât de restituer à chacun sa quote part de cette dépense superflue, ne serait-ce pas un objet impalpable?
2. Cette partie surérogatoire des contributions étant confondue avec la masse de celles qui sont nécessaires, la levée en est imperceptible : elle n'excite aucune sensation séparée qui puisse donner lieu à une plainte distincte. Et le mal du premier ordre, limité à une somme si modique, ne suffit pas pour produire un mal du second ordre.
3. Ce luxe d'agrément peut avoir une utilité palpable, en attirant un concours d'étrangers qui versent leurs capitaux dans le pays : peu-à-peu les nations deviennent tributaires de celle qui tient le sceptre de la mode.
Un pays fertile en arausemens peut être envimais dans le langage ordinaire , on appelle exclusivement utile ce qui produit une utilité éloignée; agréable, ce quia une utilité immédiate, ou se borne au plaisir présent. Bien des choses auxquelles on conteste le nom ({'utiles ont donc une utilité plus certaine que celles auxquelles on approprie cette dénomination.