DE LA CULTURE DES ARTS
sage comme un grand théâtre qu'une foule de spectateurs curieux, attirés de toutes parts, soutiennent en partie à leurs frais.
Il se peut même que cette prééminence dans les objets d'agrément, de littérature et de goût , tende à concilier à une nation la bienveillance des autres peuples. Athènes, qu'on appelait l'œil de la Grèce , a été sauvée plus d'une fois par ce sentiment de respect qu'inspirait cette supériorité de civilisation. Une auréole de gloire, qui environnait cette patrie des beaux-arts, servit long-temps à couvrir sa faiblesse, et tout ce qui n'était pas barbare s'intéressait à la conservation de cette ville, le centre de la politesse et des plaisirs de l'esprit.
Après tout cela , il faut bien convenir que cet objet séduisant pourrait être abandonné sans risque à la seule ressource des contributions volontaires. Il faudrait au moins n'avoir rien négligé d'essentiel avant que de se livrer aux dépenses de pur ornement. On pourra s'occuper des comédiens, des peintres et des architectes, quand on aura satisfait à la foi publique, quand on aura dédommagé les individus des pertes occasionées par les guerres, les délits et les calamités physiques, quand on aura pourvu à la subsistance des indigens : jusque-là celte préférence accordée à de brillans accessoires sur des objets de nécessifé ne saurait éti-e justifiée.
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Elle est même bien contraire à l'intérêt du souverain , attendu que les reproches seront toujours exagérés, parce qu'il ne faut point d'esprit pour les trouver, mais seulement de la passion et de rinimeur. On sait à quel point on s'en est servi de nos jours, dans des écrits d'une éloquence vulgaire , pour échauffer le peuple contre le gouvernement des rois. Cependant, quoique tout conspire à cet égard à jeter les princes dans l'illusion , sont-ils jamais tombés pour le luxe des amusemens dans les mêmes excès que plusieurs républiques? Athènes, à l'époque de ses plus grands dangers , dédaignant également et l'éloquence de Démosthène et les menaces de Philippe, connaissait un besoin plus pressant que celui de sa défense, un objet plus essentiel que le maintien de sa liberté. La plus grave des prévarications consistait à détourner, même pour le bien de l'état, les fonds destinés à l'entretien du théâtre. Et à Rome, la passion des spectacles ne fut-elle pas portée jusqu'à la fureur? Il fallut prodiguer les trésors du monde et les dépouilles des nations pour captiver les suffrages du peuple-roi. La terreur se répandait dans tout un pays, parce qu'un proconsul avait une fête à donner à Rome; une heure des magnificences du cirque jetait dans le désespoir cent raille habitans des provinces.