‹ Traités des exhumations juridiquesChapitre 4 sur 18 · TRAITÉ · texte numérisé non relu

TRAITÉ

demie à bouche d’urine opaline trouble. La veine cave contient une grande quantité de sang noir fluide: l’aorte abdominale et les iliaques en renferment égaler ment, mais en moindre quantité (t).

Le 20 juillet 1770, on trouva sur là route de Goureelles à Dijon le cadavre d’un homme inconnu ; il était couché de son long, à plat, sur la face antérieure du corps, ayant la tête tournée du côté de là ville, les mains élevées vers les côtés de la tête, appuyées par les paùmes sur le terrain, et le visage , ju$qu<e près les oreilles, plongé dans une large et profonde ornière remplie deau bourbeuse et blanchâtre.' Tout portait à croire que la mort du sujet datait au plus de vingtquatre heures.

La face était légèrement tuméfiée et livide. Cette couleur était bornée à l'épaisseur de la peau. Les yeux étaient saillans , les pupilles resserrées; il sortait par les narines, surtout en comprimant la paroi antérieure de

(1) La présence des àlimens dans la trachée-artère des individus qui font le sujet de cette observation et de celle qui précède. ne tiendrait-elle pas aux efforts de vomissement déterminés par l’impression de l’eau très-froide sur l’épigastre, au moment où la digestion stomacale était à peine commencée? Il serait impossible d’admettre ici l’explication de ce phénomène, donnée par l’un de nous à la page 24° du tome 2 e de la Médecine légale (2 e édition ), puisque les cadavres n’offraient aucun indice de putréfaction.

la poitrine, une mucosité écumeuse et sanguinolente. On voyait sur la portion saillante de la joue droite une légère excoriation ou éraillement circulaire dé deux centimètres de large, entièrement borné à la peau. La partie externe de la peau de toute la face antérieure du corps qui appuyait sur le sol, était d’une couleur livide violacée. Les organes contenus dans le crâne étaient dans l’état naturel ; seulement les vaisseaux sanguins du cerveau étaient gorgés de sang. Les poumons étaient gonflés, de couleur brune, plus foncés sur leur face antérieure que dans leurs autres parties ; la trachée-artère : et les bronches contenaient un fluide muqueux, écumeux, dont on augmentait la quantité en comprimant les poumons.: Le coeur était gros et mou ; le sang contenu dans ses cavités droites, ainsi que dans les grandes veines, était noir-et entièrement fluide. Les cavités nasales et l’arrière-bouche étaient remplies de mucosités écumeu ses, sanguinolentes, mêlées à quelques molécules terreuses blanchâtres , de la même nature que l’eau bourbeuse de l’ornière dans laquelle la face était plongée.'Tous les organes de d’abdomen affectaient la disposition qui leur est propre (i) ; seulement l’estomac était très-distendu par une grande quantité de fluide rougeâtre , d’une odeur acescente, fortement -vineuse , et par diverses substances alimentaires encore reconnaissables ; la membrane muqueuse de ce viscère était dans l’état

(ï) Ce qui tend à faire croire que le diaphragme n’était pas refoulé en bas.

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Oa.jttti’feUjriTîII ne fut ; pas difficile cje.conçluic que cet homme.étail tombé dans l'ornièreétant d/ms. un état d’ivresse, et que n’ayant pu .se ïreleyer, il avait péri suffbqué par défautdft^spiratiôn.^ Ghaussier.)

Lnelemme jâgée de trente : ans^ noyée rie lundi, èm mai xSar, fut retirée ded ? eau;le .surlendemain ,:et ouverle le 26 du même mois.

e Examen dii:,cadm>re, :Qn: remarque quelques bîessnrès: assez > légères ; sur le : front, et quelques ; eccbyniose& au^essus; des soureilsp ï’mh est parfaitenjent fèoùé^ila pupille dans un état de îdilatationrsardinaine ; la faee est eneom incolore; la langue ne sojvtipasdela bouebe ; il n’y a pas d'écorchures aux mains ni . aux ddigtsjionctrouÿe du sable efe:de ila ;vase dans de .creux, de la tnain .et entre; les ongles et la peau des doigts.

Ouverture du crâne. A l’ouverture du crâne, le sang qui Sîestjéeoulé était, assez; Huide. ; ; le . corps, calleux a paru dans son : état naturel. Les-vaisseaux veineux de laj.durë-haère.;ét de l’arachnoïde étaient injectés; Les ventricules latérauxirénfermaient .entiron nne petite cuillerée ode sérosité sanguinolente; » les plexus choroïdes étaient injectés ; les veines de Galien étaient gorgées 1 de'sang ; les substances corticale et médullaire étaient àpeh près dans l’état naturel ;;leurs petitsvais.-, seaux.étaient .plus injeciés. . .. ...

Ouverture (ht- thorax. Les poumons étaient .volumineux et crépitans (plus livides à leur partie posté-

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. -QtJ

rieure); le sang des veines pulmonaires et des autres veines était noir et fluide: On a trouvé un mucus rougeâtre , et une petite quantité d:’écume ; dans la traeliée-artère ; la bronche droite contenait une plus grande quantité d’écume 5 le mucus rougeâtre communiquait sa couleur à la membrane muqueuse de la trachée-artère ; aussi, en enlevant ce mucus j la membrane paraissait avec sa couleur naturelle î^parila pression, on faisait sortir de 1 -aïr =du poumon^ Laitrachée^artère et les bronches ne renfermaient ni eau ni vase. Le cœur contenait du sang noir fluide;;iL y en:avai:t beaucoup plus dans le ventricule droit que dans le gauChe, J qui en renfermait à peine.;-Le. , saîîg aortique était très-fluide et'noir: aoiimciao •vnuoùii -jisjue-mq

Ouverture de Vabdomen* ‘Lfesfemac^edntênàit uné quantité peu considérable de liquide ( cinq ou six onces environ ); les intestins renfermaient une grande quant: tité du même liquide.' ; , , .

OBSÏVrVATIÔN T 2 e .

Le mardi 17 avril 182^7,. on a retiré dehiïSeine le cadavre d’un commissionnaire âgé de quarante-cinq ans, qui y était depuis la veiller Le 20 , à huit heures du matin, il présentait l’état suivant (là température avait varié pendant ces'trois jours de 11° à 14 0 -f- o° ): il n’exhalait aucune odeur désagréable ; .la peau était de couleur naturelle, excepté à la région frontale droite, au nez, à la commissure droite des lèvres, à la partiegauche etlnférieurede la poitrine, près du genou

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gauche,et au niveau du bord antérieur du tibia du même côté ,:où l’on voyait des plaques colorées, d’une largeur variable, mais qui ne dépassaient pas celle d’un écu .de six francs. Parmi ces plaques ^ les.trois premières et la dernière:étaient de véritables contusions, ou des plaies confuses avec épanchement de sang dans le tissu cellulaire sous-cutané correspondant ; la plus remarquable était celle qui occupait le bord antérieur du nez, où il y avait dénudation des os et de la partie supérieure du cartilage. -Les deux'autres plaques, de couleur jaune et brunâtre, étaient le résultat de la dessiccation de -la peau qui avait été dépouillée d’épiderme. Quoique; la peau d u ; col et de la région inassétérienne droite ne présentât aucune coloration insolite, si ce n’est une légère tache brune à droite , un peu au-dessus de l’angle de l’os, maxillaire inférieur, tache qui était aussi le résultat de la dessiccation de la peau, on a trouvé des ecchymoses profondes et considérables derrière la clavicule droite, au niveau du corps thyroïde, mais surtout dans l’épaisseur du muscle masséter droit, qui était en quelque sorte le siège d’une tumeur sanguine (i).

(’ï)-Tous"les-rënseigneitiëns récueillis sur cet individu portent, àcrôire qu’il s’est suicidé, et que les contusions,et les ecchymoses dont nous venpns de parler, peuvent bien être le résultat d’une ou de plusieurs chutes qu’il aura faites ayant de tombevdans la rivière; la quantité de vin trouvée dans l’estomac semble annoncer en effet que cet homme pouvait être dans un état d’ivresse lorsqu’il est entré dans l’eau ; mais il faut l’âvôuet^ ces lésions sont assez graves, et de nature telle qu’il ne serait pas impossible qu’elles eussent été produites par des coups reçus dans une rixe.

Les paupières et la bouche étaient fermées; la langue ne dépassait pas les lèvres , quoiqu’elle fût légèrement serrée par les dents. La face n’était pas tuméfiée. Le cadavre n’offrait plus de traces de roideur.

Ouverture. La peau du crâne, le périoste et la duremère étaient dans l’état naturel. Les veines de la piemère étaient presque vides. Le cerveau , de couleur et de consistance ordinaires, présentait à la partie qui correspondait à la contusion de la région frontale, une légère teinte rosée ; une coloration semblable se remarquait à la partie postérieure du même côté. Il y avait dans les ventricules latéraux et dans le canal rachidien une quantité assez notable de sérosité. Le cervelet était dans l’étât naturel.

Le diaphragme était refoulé en haut jusqu’au niveau de la sixième côte sternale. Le larynx, la trachée-artère et les bronches, dans l’état normal, ri offraient point d’écume; la trachée-artère renfermait une matière pulpeuse, grisâtre, mêlée de points rouges, sans gravier, et une petite quantité de liquide aqueux. Les poumons, d’une couleur ardoisée naturelle, libres d’adhérence, étaient très-crépitans et ne s’affaissaient point par Tac» tion de l’air ; ils contenaient du sang fluide, sans en être gorgés; lorsqu’on les pressait il en sortait du sang éeumeux. On voyait dans chacune des cavités des plèvres environ trois onces de sérosité sanguinolente. Le péricarde et le cœur étaient dans l’état naturel ; il n’y avait qu’une petite quantité de sang liquide dans l’oreillette et le ventricule droits. L’aorte était vide et de couleur naturelle. La veine cave inférieure eon-

3o TR AIX15. /

tenait un peu die sang fluide;: ses parois notaient pas

rouges.

Leifoîe, -la. rate, le pancréas, lès reins, des uretères et la vessie étaient dans l’état normal; il y avait dans ce dernier organe environ trois onees d’ürine. La vésicule du fiel renfermait de la bile rougeâtre. L’estomac-, de couleur riatujjeller à reftérièûr j' non distendu, contenait une quantité ordinaire d’une matière grisâtre, pulpeuse, cornrnë chyme use; seinblabl e à : celle qui existait dans la trachée; cette matière nageait dans un liquidervlneùx: rougeâtre; la membrane niu queuse de pe viscèra- étâifc .-rosée : dans -toute' soj£ étendue, ce qui par paissait tenir à. fcé que l’individu était mort pendant la digestion. Le pharynx renfermait aussiunegrandekjnantiié de naatière pulpeuse;grisâtre, semblable à la prér cédente. Le duodénum et le jéjunum paraissaient sains; lé dernier de ces r intestins contenait beaucoup de 'liquiderblanchâtre :ép.i& :L- iléôn et lés gros intestins étaient le^iége çbune inflannnation .évidente; leur membrane interne était d’nn rongé vif; on voyait dans une partie dé leur étèriduè un liquide gluant , rougeâtre r ayânt l’aspeBt de gelée de groseilles; là partie inférieure du rectum était distendue parmnematiere fluide bourbeuse.' : ' ' ' ' • .

OBSERVATION l3 e .

Le TJt avril 1827, dans la matinée,on a retiré de la Seine le cadavre d'un homme athlétique, âgé de vingtcinq ans, qui sy était jeté huit jours auparavant. Exa-

DES EXHTJMATÏQNS -JURIDIQUES.

miné deux heures après , il-était de couleur naturelle et nullement gonflé, excepté la face, qui était légèrement tuméfiée et d’un rouge foncé. Le i 3 ,à onze heures du matin, la peau du crâne est d’iin brun verdâtre; la face est tres-tuméfiée y d’un vett : foncé et dun rouge ocracé foncé par parties ; les lèvrès déformées sont très-tuméfiées, et laissent entré elles un espace de quelques lignes ; la langue ; dépasse les dents de trois à quatre lignes ; le nez est d’un vert foncé; les paupières sont fermées et très-tuméfiées ; chies séparant, on voit les yeiik pleins, humides et peu saillans. La peau du col est d’un vert bouteille , excepté à sa partie antérieure et moyenne, qui est d’ün - rouge assez intense ; et qui est dépourvue d’épiderme. Le- thorax est d’un vért un peu ïnôins foncé que le col ; 6’n y voit des lignes violacées qui suivent la direction (les vaisseaux sous-cutanés; cctté teinte verte est d’autant moins marquée, qu’on s’approche davantage de la région hypogastrique, dont la péaü n’offré guère qu’une couleur blanche verdâtre ; on remarque sur les flancs et sur les parties latérales dit thorax des plaques duïi rOugé brun peu intense; Tout fofocMe est emphysémateux. Les thérhbrés thoraciques * d’un blanc verdâtre ; sont également ëmphÿséihatëuX et Sillonnés de lignés vertes qui suivent la dirèetfoii dés° veines souS-entanëfes; quelques-unes de leurs parties sont dépouillées d’épiderme. Lès cuisses oiit à peu près la couleur naturelle; la droite, privée d’ëpidërme daiis sbntiérS inférieur -et antérieur, offre iïfte Couleur jaune d-ôcre sale, résultat de la dessiccation de la peau ; î’épiderme de la

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cuisse gauche est enlevé dans toute sa face interne. Les jambes, de couleur à peu près naturelle, offrent çà et là des taches verdâtres et rougeâtres remarquables, surtout à la partie supérieure et antérieure et à la malléole interne. Les pieds sont pourvus d’épiderme. Le scrotum est excessivement distendu par des gaz. ( La température avait varié depuis le 11, de io à 2o°-j- o° th. centigr. )

Ouverture. Le tissu cellulaire du crâne est infiltré d’un liquide rouge assez clair, beaucoup plus abondant à la partie postérieure , qù il est d’un rouge foncé et fétide; lorsqu’on le sépare des parties voisines, il s’en dégage des gaz fétides. Le périoste ne se détache pas facilement. Les muscles temporaux sont assez résistans, d’un rouge violacé peu foncé et infiltrés de liquide-, mais non macérés. En enlevant les os du crâne, on déchire le sinus longitudinal supérieur, et il s’en écoule une assez grande quantité de sang fluide noir. La duremère offre une teinte à peine violacée, si ce n’est le long du sinus longitudinal, où elle est plus prononcée; du reste, elle n’est pas soulevée par des gaz* L’arachnoïde et la pie-mère ne sont pas colorées; on remarque seulement des stries rouges qui correspondent aux vaisseaux ; plusieurs ramifications de ces vaisseaux contiennent du sang noir foncé. L’extérieur du cerveau est d’un gris légèrement verdâtre ; il en est de même de toute l’épaisseur de la substance corticale; la partie médullaire est blanche à peu près comme dans l’état naturel , et n’est le siège d’aucune injection vasculaire ; il n’y a point de sérosité dans les ventricules cérébraux;

là consistance de cet organe est à peu près comme dans l’état normal; Le cervelet ^beaucoup moins consistant que le cerveau, offre aussi moins de blancheur dans sa partie médullaire. En coupant les sinus latéraux, il s’écoule une assez grande quantité de sang noir fluide mêlé de quelques caillots peu consistons et de beaucoup de gaz.

La cavité des plèvres contient de l’un et l'autre côté* mais surtout à gauche , quelques onces durt liquide rouge fohcé. Les poumons sont adhérons sur plusieurs points à la plèvre Costale droite; ils sont libres à gauche; leur couleur est rouge, marbrée de brun , comme dans l’état naturel; leur volume est ordinaire ; ils sont très-crépitans , et beaucoup moins mous que ceux des cadavres qui sont restés long-temps dans l’eau; lorsqu’on les comprime , il s’en écoule des gaz et un liquidé sanguinolent : on ne voit sur aucun point de leur Surface que la plèvre soit soulévée par des gaz; leurs vaisseaux contiennent du sang noir assez épais. Le larynx^ la trachée-artère et les bronches ne renferment ni vase , ni écume , ni aucune autre matière ; leur membr ane interne est d’un rouge violacé. Le péricarde, distendu par des gaz, contient environ une once d’un liquide sanguinolent. Le cœur, dont la consistance est normale, n’offre point de sang dans ses cavités gauches, tandis qu’il y a un caillot peu consistant dans le ventricule droit; la-face interne de ce ventricule est de couleur lie dé vin très-clair ; la couleur de la surface interne du ventricule gauche est naturelle. Le diaphragme est refoulé en haut.

: Le tissu cellulaire des parois de l’abdomen est d’un jaune \âerdâtre. Les muscles sont rouges. La cavité du péritoine renferme beaucoup de gaz et fort peu d’un liquide rouge peu foncé. L’estomac est distendu par des gaz; sa membrane séreuse , généralement peu colorée, offre cependant çà et là quelques plaques jaunâtres, rougeâtres et violettes : il est légèrement emphysémateux dans toute l’étendue de sa face antérieure ; il ne renferme qu’une petite quantité d’un liquide vineux mêlé de quelques portions d’alimens; sa membrane muqueuse, diversement colorée, est jaune', rosée ,, rouge et violette par plaques; il y a un emphysème sous-muqueux considérable. Les intestins sont affaissés; les grêles, de couleur naturelle, offrent dans certains points des ramifications vasculaires injectées, et dans d’autres un emphysème sous-péritonéal assez marqué ; le colon est verdâtre, le rectum de couleur ordinaire. La tunique interne du canal intestinal est dans l’état normal; on trouve des matières fécales molles, verdâtres, dans le colon et dans le rectum. L’épiploon ne présente rien de remarquable. Le foie contient une assez grande quantité de sang fluide mêlé de gaz ; il offre la couleur et la consistance ordinaires; on distingue dans beaucoup d’endroits la substance jaune qui entre dans sa composition, La vésicule biliaire, d’un jaune orangé foncé, renferme fie la bile de même couleur. Le pancréas est un peu plus rougeâtre que dans l’état naturel. La rate , d’un vert foncé à l’extérieur, lie de vin foncée à l’intérieur, est trèsemphysémateuse, se déchire assez facilement , et con-

tient une assez grande quantité de liquide, d’un violet foncé. Les reins sont à peu près dans l’état naturel ; toutefois, leur couleur tire un peu plus sur le violet, et lorsqu’on les presse il en sort un liquide semblable à l’huile. Les uretères sont d’un violet clair. La vessie, non contractée sur elle-même, est vide et dans l'état naturel. Les vaisseaux veineux contiennent en général une assez grande quantité de sang, moitié fluide, moitié coagulé; mais les caillots sont peu consistans : on voit à la surface de ce sang des gouttelettes d’huile. L’aorte abdominale et thoracique renferme aussi du sang, mais en quantité moindre; leurs parois sont rougeâtres.

OBSERVATION i'/fV

Wolf, âgé de vingt-six ans v se jeta à l’eau le premier décembre 1826; il en fut retiré le 20 du même mois dans la matinée. Examen du corps ce même jour à midi. La face est légèrement gonflée, décolorée, excepté à la partie moyenne du front depuis la racine du nez jusqu’à l’implantation des cheveux, où elle présente, dans une étendue de deux pouces et demi environ , une teinte d’un rouge ocracé; la partie interne de chaque paupière supérieure et la partie postérieure du bord libre des lèvres offrent aussi une teinte analogue. Le menton et la lèvre supérieure sont les seules parties de la face recouvertes d’épiderme, et encore est-il très-ramolli et comme retenu par la barbe. Les paupières sont fermées et sans gonflement. La bouche est entrouverte; la langue est dans la bouche^ elle

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est de couleur naturelle et peu gonflée; les gencives sont livides ; la peau du col , dépouillée d’épiderme, est de couleur naturelle, à l’exception de quelques légères marbrures rosées; celle qui recouvre les deux grands pectoraux est livide, si ce n’est près du sternum , où elle offre une couleur rouge cerise. La partie antérieure des bras, des épaules, des cuisses, est d’un blanc tirant légèrement sur le violacé ; cette teinte est encore moins sensible dans la peau de la partie postérieure du corps. Les mains et les pieds sont en partie dénudés d’épiderme, qui est blanchâtre, gonflé et ramolli; il ÿa de la vase entre les ongles et les doigts; le pénis et le scrotum sont dans l’état naturel; la peau est encore consistante dans les endroits où elle est à nu, car elle résiste assez lorsqu’on cherche à l’arracher avèc des pinces. Le cadavre est flasque. Le 21 décembre , a onze heures (1), la peau correspondante au pectoral et au bras droit est presque entièrement décolorée; on remarque près de la clavicule gauche une plaque, verdâtre ; la face et les autres parties du corps sont à peu près dans le même état. Le 23 décembre . Sa face est un peu plus rouge ; on n’observe aucun autre changement notable.

Ouverture du cadavre. Le cadavre exhale à peine une odeur fétide : : on: voit une infiltration séro-sanguinolente considérable au-dessous des tégumens du crâne, et notamment à la partie supérieure et latérale

(rj Depuis deux ou trois jours, la température variait de o° à 4° 4- o°. :

gauche. La dure-mère est imbibée de sang, surtout dans le trajet des vaisseaux, qui sont vides et parfaitement dessinés en noir par la matière colorante du sang qui y est restée attachée. Les veines de la pie-mère cérébrale sont légèrement injectées par un sang trèsnoir, un peu poisseux 5 leurs parois sont affaissées. Le cerveau ne paraît pas putréfié; sa substance grise est pulpeuse ; la substance médullaire est plus molle que dans l’état naturel, et d’un blanc tirant un peu sur le jaunâtre. Il n’y a point de sérosité dans les ventricules. On ne découvre point d’épanchement sanguin. L’arachnoïde et la pie-mère qui recouvrent la base du cervelet sont rouges, effet de l’imbibition sanguine. Les poumons sont crépitana, non livides, et sans aucune trace d'écume ni de liquide ècumeux ; celui .du côté droit est adhérent à la plèvre costale.; l’autre est libre : aussi trouve-t-on dans le côté:.gauche de. la poitrine environ une demi-livre de sérosité sanguinolente, tandis qu’il n’y en a pas à droite. Il n\y a point d’écume dans la trachée-artère ni dans les. bronches ; les dernières ramifications bronchiques contiennent un peu deli quide non spumeux, rougeâtre : la membrane muqueuse de la trachée-artère et des bronches est d’un rouge brun, couleur qui tient évidemment aune imbibition sanguine postérieure à la mort. Le cœur est mou ; sa cavité droite, ainsi que les. gros troncs ^vasculaires, sont remplis d’un sang noir peu liquide. Le diaphragme est refoulé en haut . L’abdomen contient environ dix onces de sérosité rougeâtre. L’estomac et les intestins sont d’un rouge de vin à l’extérieur, ce qui est encore l’effet d’une im-

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bibition cadavérique. Les membranes muqueuse et musculeuse dé ces organes sont de couleur blanchâtre. L’estomac renferme environ huit onces dé liquide. Le foie, dé coüleUr et de consistance ordinaires, est assez gorgé de sang. La rate et les reins sont dans l'état, naturel. La vessie contient environ trois cuillerées à bouche d’urine teinte en rouge, offrant la même couleur que la sérosité abdominale dont nous avons parlé.

OBSERVATION f 5®.

N**, âgé de trente ans, d’une forte constitution, a été retiré de la Seine le g avril 1827 au soit : tbut porte à croire qu’il était dans l’eau depuis trois semaines environ. On l’a examiné lé lendemain à deux heures de l’après-midi. La face est tuméfiée, et d’un rouge d’ocrè assez foncé dans presque toute son étendue; la couleur du nez est encore plus foncée ; la peau qui recouvre la mâchoire inférieure est décolorée, si ce n’est qu’on y voit çà et là des vergetures verdâtres. La bouche est entr’ouverte ; la langue, de couleur naturelle, est serrée entre les dents ; les lèvres sont d’un vert peu foncé; les paupières 1 , très-rapprochées L’une de l’autre, paraissent être pressées en avant par le globe de l’œil; les yeux sont pleins; la peau du Crâne est d’un rouge d’ocre. Les membres sont à peu près dans l’état naturel j seulement ils présentent quelques lignes rougeâtres qui suivent le trajet des vaisseaux soùs-cutanés. Le col, gonflé, verdâtre, offre çà et là en avant des taches d’un violet assez foncé, non circonscrites. -Au

milieu de la face antérieure du thorax il y a une- plaque d’un rouge ocracé qui s’étend depuis la fourchette du sternum jusqu’à quatre pouces et demi au-dessous, large de quatre pouces en haut et de deux en bas, ce qui lui donne une forme d’un triangle tronque ; à Huh des angles de ce triangle, la partie rouge est privée d’épiderme ; sur d’autres parties du thorax, on remarque des taches verdâtres qui sont d’autant plus foncées et d’autant plus larges, qu’elles sont situées plus près du col ; toutes ces parties sont couvertes d’épiderme. L’abdomen, quoique tendu, est peu volumineux; il est à peine coloré, si ce n’est vers les parties latérales, où l’on aperçoit quelques taches vertes peü considérables. Le scrotum est tuméfié ; la verge est dans un état d’érection molle. L’épiderme des pieds et des mains est adhérent; il avait été enlevé sur différentes parties du corps , lorsque celui-ci avait été nettoyé par les garçons delà morgue. Le 12 avril, à dix heures du matin, le cadavre était bien plus tuméfié; la facè, d’un volume considérable , est d’un vert brun foncé dans presque toute Son étendue;il en est de meme de la peau du. crâne et du col. L’œil droit est très-saillant entre les paupières; le gauche est toujours fermé. Le thorax est d’un vert plus foncé que le vert-pré ; il y a des portions de peau desséchée au niveau des muscles pectoraux. L’abdoirien présente une teinte moins uniformément verte que lé thorax; les flancs sont d’une couleur plus foncée.; Les membres thoraciques sont d’un vert clair dans les parties qui ne sont pas desséchées ; celles-ci sont.d’un jaune plus ou moins foncé ; on observe aussi quelques lignes

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d’un bleu foncé qui suivent la direction des vaisseaux. Les membres inférieurs offrent çà et là des plaques vertes; il y a plus de parties jaunes desséchées qu’aux membres thoraciques; on remarque aussi à la partie supérieure des cuisses, et à la partie interne et inférieure du pied droit, des taches d’un rouge ocra ce. La peau du creux des aisselles et de la portion du cql sur laquelle la tête appuyait, n’est pas colorée.

Le tissu cellulaire de la partie antérieure delavêtç ne présente rien de remarquable ; celui de la partie postérieure est gorgé de sang fluide très-noir et très-fétide. Le périoste ; se détache; avec facilité; il. est d.’un rouge violet postérieurement, et dans cette partie il recouvre une certaine quantité de sang semblable au précédent. En, ouvrant le crâne, il s’exhale une odeur infecte, due probablement à des gaz qui étaient situés entre la duremère et les os: en effet, on trouve cette membrane assez éloignée de la voûte crânienne. La dure-mère est d’un violet foncé ; elle est soulevée en forme d e vessie par des gaz qui se trouvent: en-assez grande quantité entre a elleetlq cerveau dans ïa ; région frontale. La surface externe du cerveau est d’un rouge brun, tandis que la couleur de là substance corticale; est verte-grisâtre et celle du tissu médullaire blanche-verdâtre ; la consistance de/ce viscère est assez diminuée, puisqu’il coule comme une: bouillie épaisse et très-fétide lorsqu’on l’abandonne à lui-même après en avoir coupé quelques lambeaux. Leeervelet,. d’un vert plus foncé quejleccp veau, est encore plus mou.

Le tissu cellulaire des parties antérieure pt latérale

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du thorax est infiltré de gaz; il en est de même de; celui qui sépare les muscles de cette région . Le diaphragme est refoulé en haut jusqu’à la cinquième vraie côte. Oit trouve dans la cavité des plèvres , plus à droite qu’à gauche, unecertaine quantité d’un liquide rouge foncé, fétide. Le médiaslin ne présente pas l’aspect :liumide qui lui est propre. Les poumons, libres de toute adhérence , sont d’un rouge peu foncé à la partie postérieure, et verdâtres en avanp; leur surface externe, surtout à la base, offre une multitude de;vésicules, véritables bulles formées par des gaz développés entre le tissu du poumon et la plèvre, qu’ils ont soulevée.; ils sont crépitâns ; lorsqu’on les presse, il en sort à peine un liquide sanguinolent, mais il se dégage assez de gaz. Le larynx, la trachée-artère et les bronches, d’un rouge violet à l’intérieur, ne contiennent aucune, trace d’écume : on n’y trouve qu’une petite quantité d’un liquide rouge semblable à celui qui existe dans la cavité des plèvres, du péritoine et dans l’estomac. Le péricarde ne contient ni gaz ni liquide. Le cœur, flasque, n’est point desséché ; ses ventricules sont vides ; le dr oit est d’un rouge brun dans presque toute son épaisseur; le gauche est d’un rouge moins foncé ; et la rougeur s’étend à peine à un quart de ligne dans le tissu charnu. ,

La cavité du péritoine est distendue par une grande quantité de gaz fétides, ce qui augmente le volume de l’abdomen ; elle contient aussi trois ou quatre onces d'un liquide rouge, sanguinolent, d’une odeur insupportable. La surface externe de l’estomac est d’un brun

violet à sa partie antérieure, et d’un rouge moins foncé en arrière!sa membrane muqueuse, d’un rouge violacé, offre çà et là des plaques assez larges d’un vert noirâtre , que l’on n’enlève pas en frottant avec le scalpel ! on voit près ; du cardia un emphysème sous-muqueüx de peu d’étendue : ce viscère ne contient guère que trois à quatre onces d’un liquide rouge foncé, semblable à celui qui existait dans la trachée-artère et dans la cavité des plèvres. Les intestins sont distendus par des gaz ; ; ils sont d’une coüléur rosée à l’extérieur, exceptéle colon gauche , qui est verdâtre ; leurs tuniques sont- emphysémateuses ^ lorsqu’on les incise , il en sort des gaz très-fétides ; leur membrane interne est d’un rouge violet, résultat probable de l’imbibition cadâvérique. L’épiploon est légèrement verdâtre. La rate est volumineuse, distendue par des gaz, d’un vert gris foncé à l’extérieur et noirâtre à l’intérieur, facile à déchirer ,* par la pression , on en fait sortir un liquide qui a la couleur du bistré lorsqu’il est étendu en couches minces.-Le foie offre une couleur verte plus foncée encore que Celle de la rate, surtout à l’intérieur ; il est assez consistant * On né distingue plus la substance jaune; La vésicule biliaire est emphysémateuse, et renferme dé la bile assez fluide, de couleur safran foncé. La couleur des reins est un peu plus foncée que dans l’état naturel ; ; les diverses substances qui les composent sont assez distinctes! ils se déchirent assez facilement. Les uretères sont violets. La vessie n’est pas contractée sur ellemême et ne renferme point d’urine; sa membrane interne est incolore et soulevée çà et là par des gaz, ce

DES EXHUMATIONS JÜRIBIQUES.

qui lui donne une apparence vésieuleùse j vaisselHïx sontpour la plupart injectés en rouge clair. Aucun des organes abdominaux n’est desséché. L’àorte est vidé. La veine cave inférieure contient un peu de sang fluide; les parois de ses vaisseaux sont d’un rouge foncé. ( Du 9 au 12 avril; la température avait varié de i4 à 2ô°-|- o 0 th. centigr. ) :

OBSERVATION' l6 C .

X***, militaire, âge dë‘vingt-six ans, s estjëté'à îéau le I er mars 182^, et en a été retiré lé 3 o du même mois. Àti'sortir de iâ Seine , le eàdâvre , quoique légèrement tuméfié, était pâle;-mais" ayant étéexposé à la morgue pendant trois jours, ifna pas tardé 'à’ sè colorer et à se gonfler. Le 2 avrilà trois heures, il offrait l’état suivant (t) : . . . ;

Face tuméfiée et d’un rouge brun, beaucoup 1 plus foncé et presque noir auprès ides lèvres', au nez ét aux paupières; celles-ci sont fermées du côté gauche,Tari 1 dis qu’à dïôite elles sorit écartées par la saillie que formé le globe oculaire qüf est repousse au dehors'. La languë, fortement serrée entre les délits, sort dé là bouche d’environ deux lignés; la portion qui n’est pàs en contâét avec l’air conserve sà Couleur naturelle, tandis que la partie qui fait saillie est brune. La peau des parties antérieure et latérale du cou et de la poitrine est d’un

(1) Pendant ces trois jours la température de l’atmosphère à Varié dé 7" à 16 0 = 0° th . centigr. . ..

TRAITE

vert foncé j celle de l’abdomen et des membres est d’un vert plus clair ; mais il est à remarquer que les parties postérieures du corps qui reposent sur- la pierre -, les portions internes des cuisses qui sont appliquées l’une contre l’autre, et la partie interne des bras qui touche le tronc, sont presque incolores, ce qui tient évidemment à ce que l’air n’a pas agi immédiatement: sur ces parties. Le scrotum est tuméfié, emphysémateux et incolore. Presque toute la surface du corps est dépouillée d’épiderme, non pas qu’il en fût ainsi quand le cadavre a été .retiré de l’eau : alors l’épiderme couvrait une grande partie de la peau ; mais il était tellement ramolli et soulevé, qu’il a été facilementbdétaché par les lotions qui on tété faites pour nettoyer le corps. Partout où l’épiderme manque , les veines sous-cutanées sont parfaitement dessinées par la transsudation.du sang au travers de leurs parois. La consistance de la peau pst à peu de chose près ia même que dans l’état naturel. Le tissu cellulaire sous-cutané est généralement emphyséinat teux. . 1

Le tissu cellulaire des tégumens du crâne est infiltré de sérosité sanguinolente. Le périoste se détache avec la plus grande facilité, et sa face inférieure est également soulevée et colorée.par de ia sérosité rouge. La dure-mère du coté gauche est d’un rouge brun dans, toute son étendue, tandis que de l’autre coté on n’observe qu’une injection très-prononcée de l’artère méningée moyenne. Le sinus longitudinal supérieur et les veines qui s’y rendent sont distendus par des gaz. On voit au-dessous de la pie-mère cérébrale du côté gauche

une infiltration considérable de sang noir sanieux.Le cerveau est verdâtre, très-ramolli, et prêt à se déchirer lorsqu’on ne le soutient pas; les deux substances qui le constituent sont très-distinctes; la blanche offre plus particulièrement l’aspect verdâtre dont nous avons parlé. Le cervelet est encore plus mou que le cerveau, dont il partage la couleur.

Les muscles des parois thoraciques sont mous et sé déchirent facilement; il existe des gaz entre les poumons et ses parois. Les cavités des plèvres renferment chacune environ six ou huit onces d’un liquide rougeâtre , sanguinolent et fétide. Les poumons sont d’un rouge brun, peu crépitans et emphysémateux, aü point que la plèvre qui les recouvre est soulevée ça et là par des gaz, et forme des vésicules de la grosseur de petites noisettes; ils contiennent peu de sang; toutefois, lorsqu’on les presse, on fait refluer un liquide rougeâtre , écumeux, et il sort d’une des bronches gros comme une petite lentille d’une matière blanche, jaunâtre, s’écrasant facilement, et ressemblant à une portion de haricot cuit. La face interne du larynx, de la trachéeartère et du commencement des bronches, est violette, parfaitement lisse, sans la moindre trace d’écume. On voit à la partie supérieure du larynx quelques parcelles de cette matière molle d’un blanc jaunâtre, que nous avons déjà signalée en petite quantité dans une des bronches. Le cœur est très-volumineux et flasque; il ne renferme point de sang ; il est d’un violet foncé à l’intérieur : cette couleur teint les parois charnues de l’organe dans l’épaisseur d’une ligne environ. L’aorte

TRAITE

contient, un peu de sang fluide; il y en a encore moins dans là veine cave : la membrane interne de tous les vaisseaux sanguins est d’un rouge violet.

L'abdomen est distendu par des gaz. Le diaphragme est refoulé vers la poitrine, surtout à droite , où l’on remarque entre lui et le foie une quantité notable de gaz. La rate est volumineuse, molle, remplie d’une sanie, brunâtre liquide. Les reins, de couleur ordinaire, ont perdu un peu de leur consistance. Le: foie est à peu près dans l’état naturel, si ce n’est qu’il est verdâtre à sa surface. La vésicule du" fiel est blanchâtre, emphysémateuse j et renferme de la bile rougeâtre. L’estomac, très-ample-, est distendu par des gaz; il contient environ douze onces d’une bouillie claire, au milieu de laquelle nagent des débris de haricots semblables à ceux que contenait le larynx et une des bronches ; sa membrane interne est injectée en violet. Le canalintestinal est rougeâtre à l’extérieur et peu injecté; il contient aussi des matières molles grisâtres. La vessie n’est pas affaissée sur elle-même; elle ne renferme guère qu’une cuillerée à café d’urine d’un jaune citrin : sa membrane muqueuse est dans l’état naturel.

' : • OBSERVATION I y V

N..,., âgé de cinquante ans, a été retiré de l’eau le 8 avril à huit heures du matin , trente-deux jours après s’être jeté à la rivière. On l’a examiné le lendemain à trois heures de l’après-midi ( la température de l’atmosphère avait été de 11 à i8° o° th. centigr. pendant ces deux

jours ). La surface du corps était presque entièrement dépouillée d’épiderme; là du il en restait encore , on pouvait le détacher très-facilement avec la pointe d’un scalpel ou avec l’ongle. Il y avait de la vase dans l’interstice des ongles des mains. La face était tuméfiée, diversement colorée par plaques vertes, rouges, brunes; la peau du crâne était d’un rouge brun ; les veines sous-cutanées de la tête étaient distendues par des gaz et par une sanie fétide. Les paupières de l’œil droit étaient entrouvertes ; celles de l’autre œil étaient rapprochées. La langue ne dépassait pas les dents et n’était pas serrée par elles. La peau du thorax et de la partie supérieure de l’abdomen était d’un vert jaunâtre; celle du bras gauche offrait çà et là des plaques d’un vert foncé et des lignes d’un brun foncé qui suivaient le trajet des Veines sous-cutanées. Les membres inférieurs étaient moins colorés. Le scrotum était dans l’état naturel. Il est à remarquer que la portion de la peau du cou sur laquelle appuyait le menton, et qui n’avait pas eu le contact de l’air, neta.it pas colorée; il en était de même de la peau du creux çle l’aisselle. Le derme n’offrait aucune trace de corrosion. Le tronc , mais surtout la poitrine et le cou, étaient le siège d’un emphysème considérable.

Les muscles temporo-maxillaires étaient ramollis et comme imbibés d’une sanie rougeâtre mêlée de gaz; le tissu cellulaire de la région mastoïdienne droite était également infiltré d’un liquide sanguinolent, ce qui lui donnait au premier abord un aspect gélatineux. La dure-mère de la région frontale était séparée de la por-

tion correspondante du cerveau par Une quantité considérable de gaz, en sorte qu’il semblait y avoir là une vessie gonflée d’air, et divisée en deux parties par la faux du cerveau. Lorsqu’on incisait la méninge dans cet endroit, il en sortait une grande quantité dé gaz d’une fétidité insupportable : du reste, cette membrane offrait une couleur rougeâtre. Le cerveau présentait la même nuance à l’extérieur, effet de l’.imbibition cadavérique; il était vért à l’intérieur-,-où l’on remarquait plusieurs petites cavités remplies de gaz; il était ramolli; cependant les deux substances médullaire et corticale étaient bien distinctes. Le cervelet était beaucoup plus mou et de la même couleur; toutes les parties de l’encéphale situées à la base du crâne étaient, diffluentes.

Le diaphragme était refoulé en haut. Le cœur est flasque, d’un violet foncé à l’intérieur; cette couleur teint les parois charnues de l’organe dans l’épaisseur d’une demi-ligne environ, surtout dans les cavités droites; le ventricule pulmonaire renferme une petite quantité de sang noir liquide. On voit çà et là dans le larynx et dans la trachée-artère des corpuscules blanchâtres, ressemblant au premier abord à des grains de sable, mais qü’on écrase facilement, comme si c’étaient des haricots Cnits ou du fromage ramolli. Ôri n’aperçoit aucune trace d’écume ni de liquide. La membrane interne qui tapisse ces organes ainsi que celle des bronches , est d’un rouge violet uniforme. Les poumons sont très adhérens ; aussi ne trouve-t-on pas de liquide épanché à leur surface; ils offrent une couleur brune

verdâtre foncée, et sont gorgés d’un liquide sanguinolent; lorsqu’on les presse, il en sort une assez grande quantité de sang liquide, d’un brun foncé mêlé de gaz. On ne remarque aucune vésicule gazeuse entre la plèvre et le poumon. L’aorte, l’artère pulmonaire, les veines caves et pulmonaires, sont, d’un rouge - violet : on j trouve à peine du sang fluide noir, mais il est mêlé de beaucoup de gaz.

Lia cavité du péritoine est considérablement distendue par des gaz. La face externe de l’estomac .est d’un rouge 'cerise; les veines coronaires sont également distendues par des gaz; la membrane séreuse d^s intestins offre une couleur légèrement rosée ; le colon .est notablement distendu par des gaz. L’estomac renfermé environ six onces d’un chyme liquide, dans lequel on voit nager des flocons blanchâtres analogues à ceux que contenaient le larynx et la trachée; sa. membrane muqueuse est légèrement violacée, tandis que la tunique interne des intestins est dans l’état naturel Le. foie est d’un rouge brun uniforme ; on ne peut: plus distinguer la substance jaune de. la brune;: sa’ consistance est ordinaire. La rate est verte à l’extérieur et brune à l’intérieur ; elle ne se déchire pas plus facilement que dans les cas où la mort est récentesLeà reins sont d’un violet foncé; du reste, leur consistance- est ordinaire, et on y distingue bien encore les diverses substances qui les forment. La vessie est distendue, et renferme environ quatre onces d’urine citrine ; sa mem brane muquëusé est de couleur naturelle.

OBSERVATION l8 C .

-P***, âgé de soixante ans, s’est jeté à l’eau le i er janvier 1827, et en a été retiré le 8 avril. Il a été examiné six heures après, lors de son arrivée à la morgue. La peau était entièrement dépouillée d’épiderme; elle offrait une teinte d’un blanc rosé au tronc, aux bras et aux cuisses, et.était parsemée çà et là de plaques larges comme la main, d’un rouge assez vif; les jambes étaient coloréés en bleu d’indigo dans toute leur étendue. La face,légèrement tuméfiée, était d’un blanc grisâtre, rugueuse, consistante, ayant l’aspect du gras des cadavres, surtout au bord libre des lèvres et au menton. On ne saurait; mieux comparer la couleur grise de la peau de la face et du Crâne, qu’à celle de la face des cadavfes qui sont restés pendant quelque temps dans une • dissolution de sublimé corrosif. Les yeux étaient saillans, les paupières très-écartées et comme recroquevillées. Le scrotum est distendu par des gaz. J 1 n’y a plus d’ongles. On remarque à la partie postérieure des fesses et des cuisses un assez grand nombre de corrosions de quatre à huit lignes de longueur, de deux à trois lignes de large ; dans plusieurs de ces corrosions, semblables du reste à celles qui ont déjà été décrites en parlant de la putréfaction dans l’eau stagnante (voy. page i 3 ), le derme est entièrement détruit, tandis que dans d’autres la destruction est moins avancée; la partie antérieure des cuisses est egalement le siège de semblables corrosions; mais elles sont plus petites, cireu-

laires et moins nombreuses. Lorsqu’on cherche à arracher la peau avec des pinces dans toute autre partie que là où elle est corrodée, on s’aperçoit quelle ne se déchire pas facilement..... Le 9 avril, la face est dans le même état, si ce n’est qu’elle est un peu plus tuméfiée; la couleur bleue des jambes a presque entièrement disparu, et est remplacée par une nuance d’un vert sale qui existe déjà d’une manière irrégulière sur toute la surface du corps, excepté à la face, et qui alterne avec des plaques rouges. Le cadavre exhale une odeur bien plus fétide que la veille. Le 10 avril, la couleur verte est beaucoup plus foncée; toute la surface du corps est luisante et couverte d’une.matière huileuse. Le ventre est ballonné. Une sanie rougeâtre sort de la bouche. La face, quoique tuméfiée, conserve à peu près l’aspect qu’elle avait le premier jour, si ce n’est quelle a légèrement bruni. Il est difficile d’imâginer une odeur plus insupportable que celle qu’exhale le corps (1).

Ouverture du cadavre.. Le périoste est déjà entièrement décollé; il existe entre lui et la peau Un Jiqui.de sanguinolent qui infiltre le tissu.cellulaire et lui donne l’aspect d’une gelée rouge. H n’y a point de sang entre la dure-mère et le crâne. La méninge, d’une couleur violette claire dans toute son étendue, est notablement soulevée par des gaz à la région frontale; ceux-ci se dégagent en répandant une odeur excessivement fétide lorsqu’on incise la membrane. La surface du cer-

(ï) Du 8 au iO avril, la température à varié de ir à t8° + o» tli. centigrade. - ; :

TrUiTii

veau offre une teinte rougeâtre, surtout ëü avant, là ou les gaz étaient accumulés; la couleur, beaucoup moifràfdncée en arrière, laisse apercevoir la'teinte grise" verdâti'e dé là substance cérébrale. Quoi qu’il en soit, làsüffàèë de Teücéphale ri’est pas desséchée, comme célk à' lieu pour d’âütres ôrganès. Ëh coupant le cerveau , bn lé trouve très-ràmblli j niais oh pëütdistinguer lés deux substances : là médullaire est d’ün gris verdâfrfe , là corticale est un peu plus foncée. Le rainollisseuiëht des parties inférieures de cet Organe est encore plus considérable. Le Cervelet est diffluent, pnltacé et sous forme d’une sanie d’un gris rougeâtre.

Là poitrine, lë bol ét l’abdomen sont le siège d’mt emphysème considérable. Les deux cavités des- plèvres renferment Une quantité notable dé gàz trèsdétjdeS'ét quelques cuillerées d’ühliqüide brunâtre Sanguinolent, qui est un peu plus abondant à gauche.' Les poumons, nullement adfeérênsj sont peu dilatés et eommeréÿenüs sur éüx-mêiüës ; d’un vert foncé à là Sùrfàèe , bruns ehttb les lobes/càépit&nsÿ leur tissh resséttibl'é à celui d’iihe rate ramollie ; lorsqu’on les comprimé/ dis fournissent des gàz et ün liquide d’ün fohgë brun fétide. Lé larynx, la trachée-artère et les bronches Contiennent ûne âsSêz grande quantité dè cOrpusciilés d’ün blàh’é grisâtre, faèilës à écraser/ ët semblâbles à : dè là pulpe de ; haricots ëüiÉs. iiy apérçoît aucutiê tface ctecumè rii iie liquidée La membràne interne'qui lés tàpfsSe est d’un rouge violet uniforme. La portion du médiastiir qui correspond au péricarde, le bord antérieur des poumons et une partie de la face supérieure du dia-

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. p.d

phragme, n’offrent pas l’aspect humide qu’ils présentent ordinairement ; ils paraissent comme desséchés. On remarque un état xie dessiccation semblable à la surface interne du péricarde et à la surface externe du cœur, qui semblent collées : du reste, ce dernier organe est mou, facile à déchirer, d’un brun très - foncé à l’intérieur du ventricule droit, un peu moins coloré dans le ventricule gauche. On remarque une petite quantité de sang noir collée aux parois internes de ces ventricules. Le diaphragme est refoulé en haut, surtout à droite, où il est séparé du foie par des gaz fétides.

Les parois abdominales sont très-épaisses, et contiennent beaucoup de graisse, dont les globules sont séparés par des gaz. La face interne du péritoine est desséchée et collée au grand épiploon; il existe aussi beaucoup de gaz dans la cavité péritonéale. L’estomac est d’un rouge violet à l’extérieur ; ses parois sont emphysémateuses. La surface .externe des intestins grêles est d’un rouge brun, tandis que cette couleur est moins foncée à l’extérieur des gros intestins. L’épiplopB; .est deÆséçùédans plusieurs points, qui offrent une couleur brune - On trouve dans l’intérieur de l’estomac trois ,ou quatre cuillerées seulement d’une matière pukaçée grisâtre, dans laquelle nagent des flocons semblables à ceux que l’on a retirés du larynx, de la trachée-artère et des bronches ; sa membrane muqueuse est moins rouge que la séreuse, tandis que la tunique interne desintestins offre à peu près la même couleur que l’externe. Le foie est d’un rouge brunnniforme ; on ne peut plus distinguer la substance jaune de la brune ; il se déchire

facilement; sa face supérieure esldesséchée dans une assez grande étendue. La rate, couleur de lie de vin, est aussi très-desséchée; aussitôt qu’on cherche à la séparer, elle se déchire et se réduit en une sanie rougeâtre. Les reins sont d’un violet foncé, très-mous : on a de la peine à distinguer les diverses substances qui les composent. La vessie, non contractée sur elle-même, ne renferme qu’environ une demi-cuillerée à café d’urine rougeâtre; sa membrane interne, légèrement rosée, est soulevée sur plusieurs points par des gaz, ce qui constitue des vésicules de la grosseur d’une noisette. L’aorte contient à peine un atome d’un liquidé rougeâtre peu foncé. La veinée cave inférieure est vide j les parois de ces vaisseaux sont d’un brun foncé.

observation 19 e .

L...., noyé le i 5 décembre 1826 , fut retiré de la Seine le 20 avril 1827, dans la matinée, et examiné le même jour à deux heures. La peau du crâne et le périoste étaient détachés de manière à laisser voir à nu tout le coronal et la moitié des muscles temporaux qui étaient d’un blanc grisâtre; cette peau était assez résistante; la face interné qui recouvre le périoste était d’un rouge violacé. Les parties osseuses, dépouillées, étaient d’un rouge lie de vin peu foncé, excepté aux bosses frontales, dont la couleur était à peu près naturelle. On remarquait sur les portions de peau non détachée des plaques d’un rouge ocracé, et un. assez grand nombre de corrosions. Les paupières existaient encore ; elles

étaient écartées et comme mâchées. Les yeux étaient vides; presque toutes les parties molles du nez étaient détruites ; il en était de même de la lèvre supérieure , de sorte que l’on voyait tout le bord alvéolaire supérieur. La lèvre inférieure, renversée en dehors, était amincie, comme desséchée et mâchée. La peau du menton présentait plusieurs lambeaux ; celle des joues était détruite dans l’étendue d un pouce environ, à partir de k commissure des lèvres. L’oreille gauche était en lambeaux ; on ne voyait qu’une partie du cartilage de l’oreille droite : en général, la peau de la face était le siège de corrosions nombreuses, et offrait ça et là une nuance grise , noire et rougeâtre. Le thorax et l’abdomen étaient très-distendus par des gaz; leur couleur était d’un vert foncé, excepté çà et là, où l’ori remarquait des taches d’un rouge brun ou d’un jaune verdâtre. Les membres thoraciques avaient une couleur moins foncée ; on y voyait quelques lignes vasculaires bleuâtres. La main droite, presque blanche, était le siège de corrosions , surtout aux environs du poignet. La main gauche, grisâtre dans certaines parties , d’un rouge brun peu foncé dans d’autres, offrait à sa face dorsale une corrosion large et profonde, qui mettait à nu les tendons des extenseurs. La couleur des cuisses était jaune verdâtre ; leurs parties supérieures toutefois étaient d’un vert plus intense. On remarquait sur la cuisse droite un grand nombre de corrosions e h général fort larges. Les faces antérieure et externe des genoux étaient aussi le siège de corrosions profondes; la moitié externe de la rotule gauche était mise à nu. Les.

TRAITÉ

jambes étaient d’u-n jaune verdâtre en dehors, et d'un vert peu foncé en dedans;la gauche présentait supérieurement une marque circulaire de trois lignes dé large, d’un rouge d’ocre, où l’on voyait plusieurs corrosions ; la droite offrait une corrosion de la grandeur d’un éeu de trois livres, qui laissait voir le tibia à nu.; plus en dedans et ail même niveau, il y en avait une autre moins large, mais qui occupait toute l’épaisseur de la peau. Les pieds avaient la couleur ocracée dont nous avons déjà parlé; le gauche était entièrement dépouillé depiderme, et la peau était comme desséchée : le droit conservait encore des ongles et une grande partie de son épiderme; ils n’étaient le siège d’aiicune corrosion.

Le lendemain à deux heures, la face et le tronc étaient dans le même état ; la couleur verte des cuisses, ainsi que les diverses taches rouges, étaient plus foncées (i).

Ouverture du cadavre. A. l’ouverture de la tête, il s’échappa une grande quantité de gaz fétides, qui étaient logés entre la dure-mère entièrement décollée, et la face interne des os qui forment la voûte du crâné. La méninge représente une espèce de poche dun vert foncé à sa partie antérieure, violette en arrière, retenant la substance cérébrale à demi-liquéfiee, dont elle reçoit un mouvement de fluctuation quand on agite la tête du cadavre. Le cerveau , malgré sa diffluence, •laisse encore apercevoir une différence dans la célo-

(i) La' température avait varie pendant ces deux jours de 10 à i8 0 -j-o° lli. cent.

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. S>rj

ration de ses deux substances : la eorticaleesl d’une couleur rouge violette à l’extérieur et ardoisée à l’intérieur ; la médullaire est grisâtre. L’une et l’autre exhalent une odeur insupportable.

Toutes les parties molles de la région antérieure du thorax sont imbibées d’un liquide rougeâtre mélangé avec des gaz d’une fétidité repoussante. Les muscles de cette région sont encore rouges, mais très-ramollis. (Il en est de même de ceux des autres parties du corps.) Des gaz se dégagent au moment où l’on ouvre le thorax et le péricarde; toutes les parties qui étaient en contact avec ces gaz paraissent avoir perdu leur humidité. Le cteur est mou , flasque , d’une couleur violette; ses parois offrent la même teinte violette dans toute leur épaisseur; ses cavités sont vides, ainsi que celles des gros vaisseaux de la poitrine, dans lesquelles la couleur violette est très-marquée.

Il n’y a pas de liquide dans les plèvres. Les poumons sont emphysémateux ; on voit à leur surface de grosses bulles de gaz retenues par la plèvre. Ces organes sont refoulés en haut ou en arrière ; ils ne sont pas gorgés de sang; leur couleur est brune. La trachée-artère est d’une mollesse extrême, ce qui vient de ce que les cerceaux cartilagineux ont entièrement perdu leur élasticité. L’intérieur de ce conduit et celui du larynx offrent une couleur brune très-foncée ; ces parties ne renjerment pas d'écume : deux petits graviers noirâtres ont été rencontrés dans la trachée.

L’incision des parois de F abdomen donne lieu à la sortie de gaz qui occupaient la cavité du péritoine.

TRAITE

Celui-ci paraît -, dans les points où il était en contact avec ces gaz, un peu moins humide que dans ceux où les organes sont contigus les uns avec les autres. Les épiploons sont noirâtres. La portion de péritoine qui revêt la face supérieure de l’estomac est soulevée par des gaz, au point de présenter une bulle de la grosseur d’un œuf. Les veines coronaires sont aussi distendues par des gaz. La cavité de l’estomac ne contient qu’une petite quantité de liquide de Couleur lie de vin , épais et très-fétide ; la membrane muqueuse est généralement noire; sa portion splénique seule offre une couleur rouge violette ; raclée avec un scalpel, elle conserve sa couleur. L es intestins gros et grêles sont distendus par des gaz : les premiers sont verdâtres à l’intérieur; les seconds sont d’un rouge violacé peu foncé, surtout dans les parties qui n’étaient pas en eontaet avec les gaz du péritoine. La face supérieure du foie est desséchée, et présente une plaque blanchâtre semblable à de la moisissure ; ses deux faces sont recouvertes de granulations blanchâtres, opaques; on voit aussi de semblables granulations à la face interne des veines du foie. Le tissu de cet organe est mou, flasque ét se déchire comme celui de la rate ; il est d’une couleur olive sale, moins foncée à l’extérieur qu’à l’intérieur; on n’y distingue plus l’une de l’autre les deux substances qui le forment. La rate, verte à l’extérieur, de couleur lie de vin à l’intérieur, est réduite en bouillie.

Les reins sont bruns tant à l’extérieur qu’à l'intérieur* où les deux substances ne sont plus distinctes l’une de l’autre. La vessie est entièrement vide ; sa face interne

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 5g

est violette dans quelques points, rosée dans d’autres; la membrane muqueuse est soulevée par des gaz.

La veine cave inférieure est vide et peu colorée ; il en est de même de la portion abdominale de l’aorte.

S w ,, femme âgée d’environ 3 o ans, retirée de l’eau le 12 avril à huit heures, est examinée le même jour à deux heures; elle s’était jetée dans la Seine cinq mois huit Jours auparavant . Le crâne est dépouillé dans les deux tiers antérieurs et latéraux ; la peau n’est plus adhérente dans le tiers postérieur; cette peau est dure, d’un blanc jaunâtre, semblable au gras des cadavres ; on y remarque quelques plaques rougeâtres. La peau de la face présente la même couleur et des plaques semblables, mais d’un rouge plus clair. Les yeux sont largement ouverts; les paupières semblent ne plus exister ; mais en examinant avec attention , on voit que leur largeur seule a diminué : l’œil gauche est entièrement vide; le droit est plein et peu saillant. Les parties molles du nez sont détruites ; la lèvre supérieure l’est également ; de sorte que l’on voit à découvert toute la partie antérieure du bord alvéolaire supérieur, et les ouvertures antérieures des fosses nasales qui sont séparées par leur cloison osseuse et par le; cartilage qui est presque desséché. La peau de la mâchoire inférieure est en partie détruite ; celle qui reste, et qui est suffisante pour que l’ôn reconnaisse la forme du menton, est séparée de l’os, et présente dans toute son

traité •

épaisseur l’aspect du gras des cadavres. Le bord libre de la lèvre inférieure est détruit. Les-oreilles sont d’un blanc mat, minces, et comme mâchées.

Le col et la partie supérieure et moyenne du thorax jusqu’aux mamelles , d’un rouge ocraeé, sont le siège “ de corrosions nombreuses , dont le fond a la même couleur. La partie supérieure des mamelles est d’un vert bleuâtre ; eelles-ei sont distendues par des gaz. Le reste du tronc en avant est d’une couleur blanchâtre, et présente çà et là des plaqués verdâtres de peu d’étendue ; le ventre., ballonné , offre à sa partie inférieure des éraillures semblables à celles qui existent chez les femmes qui ont eu des enfans. Entre l’ombilic et le pubis , on observe un grand nombre de corrosions^ > dont quelques-unes sont très-larges et laissent voir la graisse sous-cutanée à nu. La moitié supérieure du dos est d’un blanc rosé; au-dessous de nette portion, la peau est blanche dans l’étendue de t> pouces environ. Leslqmbes et les fesses sont aussi le siège d e corrosions nombreuses, qui occupent presque toute l’épaisseur de la peau, et dont le fond présente un e matière roussâtre et fluide. ;

Les membres thoraciques sont d’un blanc verdâtre supérieurement ; la partie antérieure des avant-bras jusque-auprès du poignet .offre «me couleur indigo clairs, la peau du poignet est détruite, et l’on voit les -tendons à nu : on trouve .encore des corrosions nombreuses sur le dos et dans la paume de la main. Les cuisses , d’un blanc sale, présentent aussi beaucoup de corrosions ; il en est de même de la jambe

gauche qui est d’un bleu d?indigo ; la jambe droite est en partie dépouillée; le tibia est dénudé dans presque tonte son étendue; il en est de même de la face supérieure du pied jusque près des orteils, en sorte que l’on voit les tendons des extenseurs à nu. Les portions de peau qui restent sur ce membre sont également colorées en bleu , et cette couleur ne cesse des deux eôtés qu’à 6 lignes de la première phalange des orteils. Les muscles des cuisses sont un peu moins rouges que dans l’état naturel, mais ils se déchirent facilement; ceux des jambes Sont verts à la surface et d’un rouge vermeil à l’intérieur) excepté dans les endroits où les corrosioné sont très-fortes, car là leurs parties profondes sont d’un rouge pâle : on les déchire avec facilité. Les parties génitales externes sont comme mâchées.

Il n’y a d epiderme nulle part ; la peau du tronc et des membres thoraciques est assez résistante ; celle de la face, du crâne et du col, s’enlève par morceaux lorsqu’on la tire avec des pinces ; on trouve à la surface de la peau une matière jaune liquide semblable à l'huile d’olives.

Crâné. Le périoste se détache avec la plus grande facilité. La dure-mère, d’un violet très-clair, est séparée antérieurement du cerveau par des gaz, qui forment une vessie de la grosseur d’un œuf de poule, et qui se dégagent en exhalant une odeur fétide lorsqu’on incisé la méninge. L’arachnoïde, la pie-mère et la surface du cerveau offrent une couleur lie de Vin claire. L’intérieur de l’encéphale est d’un gris verdâtre; on

TRAITE

peut encore distinguer les deux substances : la corticale est d’une couleur beaucoup plus foncée que la médullaire ; la consistance du cerveau est singulièrement diminuée ; il eoule lorsqu’on l’abandonne à luimême ; sa fétidité surpasse tout ce que l’on peut imaginer. Le cervelet est encore plus ramolli que le cerveau.

Thorax . Lé tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire est emphysémateux; l’odeür qui se dégage lorsqu’on incise les parois de la poitrine est des plus insupportables. Les muscles pectoraux, dentelés, sterno-cléido-mastoïdiens, sterno-hyoïdiens , etc. , sont d’un beau rouge et assez consistais. La cavité des plèvres renferme une grande quantité de gaz fétides , qui s’échappent avec bruit,( sorte de souffle ) lorsqu’on ouvre la poitrine ; on y trouve aussi environ cinq onces de chaque côté d’un liquide rouge foncé, d’une odeur infecte ; là plèvre pulmonaire est soulevée çà et là par des gaz ; en sorte qu’il y a plusieurs vésicules à la surface des poumons; ces organes adhèrent par places à la plèvre costale ; ils offrent une couleur rouge brune comme dans l’état naturel ; ils sont peu volumineux , crépitans, se déchirent facilement ; pressés fortement entre les mains,, après avoir été coupés en morceaux , il n’en sort que des gaz et une petite quantité d’un liquide rougeâtre. Le larynx, la trachéeartère et les bronches sont vides ; on ri aperçoit aucune trace d’écume ni de liquide; leur membrane muqueuse, d’un violet foncé dans toute son étendue, est cependant marbrée de taches d’un vert sale au larynx et à

DES ÈXHDMA.TIQNS JURIDIQUES. 63

la partie supérieure de la trachée. Le péricarde n’offre dans sa cavité ni gaz ni liquides. Le cœur est flasque ; le ventricule gaùche, vide, est presque de couleur naturelle ; le droit contient un peu de sang fluide, d’un brun foncé; sa face interne présente la même couleur, qui ne s’étend qu’à une ligne environ dans l’épaisseur des parois de ce ventricule. Aucun des organes contenus dans le thorax ne paraît avoir été desséché. Le diaphragme est refoulé en haut.

La cavité de l’abdomen renferme des gaz excessivement fétides ; plusieurs portions de la face intu lu péritoine sont desséchées; d’autres sontsoulêv a . des gaz, ce qui leur donne une apparence vesiculcuse. Les muscles sterno-pubiens (droits) sont d’un vert foncé, et se déchirent avec la plus grande facilité. L’estor-iac, distendu par des gaz, est d’un rouge violetassez fono xtérieur et en avant ; la partie postérieure offre même couleur vers le grand cul-dè-sac , tandis quelle est de couleur naturelle à la régionpylorique; on remarque dans cet endroit plusieurs bulles gazeuses entre les tuniques péritonéale et muqueuse. On n’aperçoit aucune trace de dessiccation. La membrane muqueuse de ce viscère est comme granulée , jaune d’ocre dans plusieurs points, d’un rouge violet vers le cardia, et recouverte d’un enduit olivâtre assez épais. On ne trouve à l’intérieur de ce viscère que des gaz très-fétides. Les intestins sont également distendus par des gaz d’une odeur insupportable ; le duodénum, le jéjunum et l’iléum sont d’un rouge clair à l’extérieur dans une certaine étendue, et de couleur naturelle sur

64 TRAITÉ

d’autres points ; les gros intestins sont verdâtres non voit çà et là dans là longueur du canal intestinal des plaques œdémateuses ,- la membrane muqueuse est rouge dans les parties qui correspondent aux portions extérieures colorées, et pâle sur les autres points- L'épiploon gastro-colique, d un jaune verdâtre, est'moins liumide que* dans l’état naturel 5 il se déchire, assez facilement. Le 'pancréas est violet, peu consistant , et ne présente plus de granulations distinctes. Le foie, couleur de chocolat à l’eau, est le siège d’une altéra-, tio rerr --quable : on voit à sa face supérieure, eà et là |. sous forme de bandes, une ' atière granulée, cérame desséchée , d’un "blanc assez 'datant ou d’un blanc jaunâtre, ayant l’aspect du gras des cadavres : cètfe matière existe aussi, maâs -moins abondamment’, dans le tissu de l’organe : du reste, la consistance de ce viscère est. très-molle ÿ- on le déchire avec bé" up de facilité , et iï i^^t plus permis : de reconnaître la substance jaune ; la membrane péritonéale qui le recouvre est soulevée par des gaz et forme des ampoules trèsvolumineuses, surtout eh haut. La vésicule du fiel, d’uh blanc sâle à l’extérieur, est vide et très-emphysémateuse ; sa surface interne ést recouverte d’un enduit épais d’un vert d’oseille cuitè. La rate, déco uleurverté foncée à l'extérieur, est lie de vin à l’intérieur 5 elle contient beaucoup de gaz , et se déchire très-focilement : lorsqu’on la comprimé, on la transformé en une sanie épaisse et livide. Les/z-m.? sont d’un violèt foncé ; ils sè déchirent facilement , et ce ri’est quavéé peiné que l’on peut distinguer les diverses substances qui en-

trent dans leur eompo'i’ion. TL.es uretères sont d’un brun violet. La •vessie ^' -sî;pas contractée, elle est vide ; «a membranè .interner; d’une couleur violette, est soulevée dans plusieurs pôin ts par des gaz qui forment des vésicules. La matrice est assez consistante, d’une couleur violette dans toute son épaisseur.

OBSERVATION 21 e .

Madame X*** n’a été retirée de la rivière qu’environ un an après s’être noyée. Il n’existait plus de cuir chevelu: tout.? la calotte osseuse était dénudée ; les orbites étaient remplis v r une masse dure, sqlide, presque entièrement composée de gras des cadavres, figurant assez bien un cône dont la base, placée en* avant, paraissait offrir les débris d’une cavité^!Jtqiÿ.le sommet, dirigé en arrière, était formévpàr le nerf opti^f* Le centre de cette masse semblait formé par îlfpaquet de tissu cellulaire qui remplit la partie postérieure de la cavité orbitaire. Sur le pourtour de la masse, on apercevait la trace des nerfs qui se distribuent aux parties accessoires de l’œil, ainsi que les débris dés muscles qui l’environnent. La peau du nez, de la lèvre supérieure, et celle de la partie inférieure de la face, étaient détruites; les mâchoires étaient dépourvues de dents, en partie désarticulées; il n’y avait aucune trace de langue; la bouche était remplie par de la vase. Les parties molles qui unissent le col à la poitrine étaient entièrement désorganisées par l’eau ; les cavités des plèvres communiquaient à l’extérieur par de larges ouvertures; le

66 > TRAITE

sternum et une partie des cartilages des côtes étaient tout-à-fait à nu. Le tronc était -séparé en deux portions, à la hauteur de la ceinture, probablement par la pression exereéè sur -lés parties ttiolles par les liens des vêtemens que cette femme avait portés. Les deux jambes et les pieds ne consistaient plus que dans les os qui en forment la partie solide; 1-es mains et les avantbras ayant été entraînés par l’eau, les membres supérieurs formaient deux moignons, à la partie inférieure desquels l’humérus venait faire saillie.

La peau présentait une disposition bien remarquable : dans toute la région antérieure du corps, elle avait acquis une dureté considérable, plus prononcée aux joues, aux mamelles, à l’abdomen et à la partie antérieure des cuisses. Elle donnait un son très-clair quand on la percutait avec un corps dur, tel qu’une clef ou un scalpel. En arrière, elle était encore molle, lisse, ne présentant aucun tubercule , fortement comprimée, et donnant la preuve la plus évidente que le cadavre était resté couché sur le dos. Toute la surface de la peau était hérissée de mamelons ou petits tubercules, dont les uns, placés sur l’abdomen, avaient le volume et la forme de petits tuyaux de plume couchés les uns sur lès autres, et se superposant en partie ; ceux des cuisses étaient arrondis, moins saillans; sur les épaules et à la partie supérieure du dos, ils étaient beaucoup plus petits-, pyramidaux, et très-pointus à leur sommet. Cette disposition tuberculeuse ne se remarque jamais que sur les parties de la peau et du tissu cellulaire sapo-

nifiées ,■ et paraît dépendre de la décomposition du gras des cadavres ammoniacal (stéarate, oléate et margarate d’ammoniaque), par le carbonate et le sulfate de chaux qui sont dissous dans l’eau ; il se formerait alors, par suite dédoublés décompositions, du sulfate ou du carbonate d’ammoniaque solubles, et du stéarate, de l’oléate et du margarate de chaux insolubles, et qui se déposeraient sous forme de mamelons ou de tubercules : c’est du moins ce que tendent à prouver les recherches de M. Barruel, qui, ayant analysé ces sortes d’incrustations , a trouvé qu elles constituaient effectivement un savon calcaire. Néanmoins, pour former la couche calcaire qui recouvre la surface de ces mamelons, il est probable qu’une portion des sels de la rivière s’y dépose,' ou au moins qu’une grande quantité dechaux fait partie de la couche superficielle du savon. Il résulterait de là que plus une rivière serait chargée de sels, plus l’inciaistation calcaire serait facile.

Le tissu cellulaire graisseux était saponifié dans toute son étendue ; seulement il offrait quelques différences dans ses propriétés physiques. Celui de la région antérieure du corps était dur, solide, très-léger, ne paraissant contenir que très-peu de liquide, remplissant toutes les cellules du tissu cellulaire, et dessinant parfaitement ces cellules. Celui de la partie postérieure du tronc était au contraire mou, jaunâtre, pesant, imprégné de liquide, offrant l’aspect du lard, recouvert par la peau dont l’épaisseur était plus considérable que dans l’état habituel ; on n’y distinguait aucune

TRAITÉ

cellule; c était un tout homogène qui paraissait résulter d’une pression exercée pendant long-temps sur ces parties.

En général, tous les muscles superficiels qui ne sont pas recouverts par des aponévroses denses, et dont la trame celluleuse a beaucoup de communications avec le tissu cellulaire sous-cutané, étaient convertis en gras dés cadavres, et confondus avec le tissu cellulaire ' graisseux. Tous ceux au contraire qui étaient enveloppés d’aponévroses denses, ou qui étaient séparés par des membranes séreuses, avaient conservé leur état musculeux.

Dans un très-grand nombre de points, les muscles avaient acquis une couleur rose vive, très-prononcée, en même temps qu’ils étaient imbibés de beaucoup de liquides, amincis, et leur tissu plus dense.

Parmi les vaisseaux, les artères offraient une tendance à la saponification, quand les veines étaient denses, d’un tissu serré, résistant, se laissant difficilement déchirer ; elles paraissaient avoir acquis plus de solidité. Le ventricule droit du cœur offrait à peine des traces de saponification, tandis que le ventricule gauche presque entier avait éprouvé ce genre d’altération.

Toutes les membranes séreuses avaient résisté à la putréfaction, et paraissaient encore avoir acquis plus de solidité par leur contact avec l’eau. Le cerveau, réduit à un volume bien inférieur à celui qu’il a ordinairement, était, totalement converti en gras des cadavres; la forme de toutes ses parties était conservée ; seulement, à sa surface, existait une matière pultacée d’une

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 6g

odeur infecte. Les os du crâne étaient extrêmement eassans.

Les poumons étaient réduits au dixième environ de leur volume, du reste parfaitement conservés. En les insufflant, on leur donnait un volume six ou sept fois plus grand. La trachée consistait dans une série de cerceaux encore en place, quoique totalement dépourvus en avant des membranes qui les unissent. L’estomac et toute la couche superficielle des intestins étaient détruits ; il ne restait que des cavités peu distinctes les unes des autres. Les intestins profonds étaient conservés; ils contenaient encore des matières fécales.

Il est important de noter que les deux cavités de la poitrine communiquaient avec l’eau par deux ouvertures très-larges existant au sommet de la poitrine, et résultant de la destruction des parties molles de la région inférieure du col; la cavité abdominale communiquait aussi avec le liquide j par une destruction analogue placée sur le tronc à la hauteur de la ceinture. ( Alph. Devergie. Annales d’hygiène et de médecine légale , page 180. Octobre 1829. ) (1)

( i ) Il est à regretter que, dans cette observation, il n’ait point été fait mention de l’état des épiploons, du foie , de la rate, du pancréas, de la vessie, des organes génitaux, ni des tissus cartilagineux, tendineux et nerveux.

JO TRAITÉ

Résumé des çhangemetis physiques qu’éprouvent les tissus qui se pourrissent^dans l’eau.

Peau . Les changemens qu’éprouve la peau peuvent être rapportés à sa coloration, à sa consistance et à sa saponification.

A. Coloration. La couleur de la peau des cadavres qui sont restés plus ou moins long-temps dans l’eau, pouvant ne pas être la même au moment où l’on retire les corps, que lorsque déjà ils ont été exposés pendant un ou deux jours à l’air, il importe de distinguer ces deux cas.

Coloration de la peau des cadavres au moment ou ils sortent de leau. On conçoit combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, de décrire ces changemens de couleur, d’après des observations faites sur les cadavres des noyés que l’on retire dé l’eau j il faudrait pour cela s’être trouvé plusieurs fois, et aux heures convenables, sur les points des fleuves où l’on .pêche ces corps : aussi cette description, que nous sachions, n’a encore été donnée par personne. Nous avons pensé pouvoir résoudre le problème, en plaçant dans de grandes baignoires des cadavres nus d’enfans nouveaunés et d’adultes. ( Voyez les Observations i re , 2 e et. 3 e , page i re de ce vol. et suiv.) Il résulte évidemment de ces observations, i° que les parties colorées en verdâtre ou en violet au moment de l’immersion dans l’eau, se décolorent graduellement par leur séjour dans ce

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. qi

liquide ; 2 0 que peu de temps après que cette décoloration a eu lieu, il se manifeste sur certaines parties une teinte rosée, rougeâtre, bleue et meme verte, dont l’intensité va en augmentant dé plus en plus, quoique ces parties restent constamment sous l’eau j 3° qu’aussitôt que l’épiderme.des parties ainsi colorées se détache, le derme mis à nu présente la même couleur, mais qu’il suffit ordinairement de vingt-quatre heures pour qu’il; soit complètement décoloré; 4° que, dans cet état, il ne se colore plus facilement tant qu’il reste sous l’eau, si l’on en excepte toutefois certaines petites taches bleues et d’autres blanches, bordées d’un cercle rougeâtre, dont il est souvent le siège; 5° qu’au contraire, il se colore constamment , avec promptitude et avec des teintes différentes, si, après avoir été dépouillé d’épiderme, il est en contact avec l ? air (i}.

Coloration de la peau des cadavres des noyés quelque temps après leur exposition à T air. Il faudrait encore distinguer ici les cadavres garantis par leurs v*ètemens, de ceux qui . étaient tout nus; on conçoit facilement en effet que l’air atmosphérique doit exercer une action différente, surtout si le cadavre n’est déshabillé que long-temps après ; avoir été retiré de l’eau. Quoi qu’il en soit, nous nous bornerons à parler des corps

(i) D’après le docteur Güntz (ouvrage cité) , les gaz qui se dégagent pendant la putréfaction des cadavres-dans l’eau sont de l’acide carbonique (en moindre proportion qu’avec le contact de l’air) , de l’hydrogène carboné (en grande quantité), de l’hydrogène sulfuré et de l’hydrogène phosphore.

TRAITÉ

des noyés garantis par leurs vêtemens, et que l’on déshabille une, deux ou trois heures après leur extraction de l’eau : c’est le cas le plus ordinaire des noyés qui sont apportés à la morgue, où nous avons fait nos observations (i). * •

On n’observe aucun changement de couleur à la peau, si les cadavres ne sont restés que quelques heures dans l’eau, et qu’on les examine au bout de dix ou quinze heures d’exposition à l’air, la température de l’atmosphère variant de 4° à io° -f>o 0 . Il pourrait en être autrement si le thermomètre marquait de i8° à 26 0 —j- o° j alors la peau du cadavre pourrait se colorer promptement en rouge, en vert, etc., par places.

Après quelques jours d’immersionchez les adultes, la peau, examinée peu d’heuresaprès la sortie de l’eau, peut n’offrir aucune coloration insolite, comme elle peut être colorée; toutefois, même dans le cas où nous admettons qu’elle ne sera pas colorée, il faudra en excepter la face, où elle est d’un blanc plus mat , et l’épiderme des mains et des pieds qui commence à blanchir ; nette coloration s’observe d’abord à la partie interne des doigts et à la paume des mains, puis à la face dorsale de celles-ci, et, à peu près à la même époque, à là face plantaire des pieds, et plus tard à leur partie dor-

(i) La morgue est un établissement où l’on exposoles corps des noyés, et de tour les individus inconnus qui ont succombé à quelque genre de mort violente que ce soit : l’exposition dure trois jours, à moins que les cadavres ne soient reconnus plus tôt.

sale. Les cadavres sont-ils exposés à l’air pendant quinze ou vingt heures, la température de l’atmosphère ne dépassant pas 6° ou 8°-pO°, il n’y a aucun changement notable, tandis que si la température de l’air a varié de i6° à a5° + o°, la face, la poitrine, l’abdomen sont plaqués de rouge, de vert, dé brun, etc. ( Voyez Observations 5 e et i3 e ).

L’action de l’air sur la peau des submergés, comme on le voit, est des plus remarquables; les effets en sont d’autant plus sensibles que la température de l’atmosphère est plus élevée, et que le séjour des cadavres dans l’eau a été plus prolongé, comme nous nous en sommes assurés par des expériences directes. On peut établir que jusqu’au moment où la peau sê saponifie, ces effets de coloration sont d’autant plus marqués que l’extraction des corps s’est faite plus tard. La peau prend une teinte brune, qui ne tarde pas à passer en partie au vert foncé, et il est à noter, comme l’avait déjà signalé l’un de nous {'voy. Médecine légale , tome II, page 335, édition de 1828 ), que cela se manifeste plus rapidement à la poitrine qu’au bas-ventre; ce qui est le contraire de ce qu’on observe sur les cadavres qui n’ont point été submergés: chez ces derniers, la putréfaction commence par l’abdomen, pour gagner la poitrine , le col, la face et les membres, tandis que chez les noyés la face, le sternum, et la partie inférieure du col, sont les premières parties pourries. Plusieurs portions d’épiderme, tant à la face qu’à la poitrine, sont soulevées par un liquide d’un bleu rougeâtre, et forment des taches qui contrastent avec d’autres nuances.

TRAITÉ

En été, la coloration dont nous parlons est déjà trèssensible quelques heures après la sortie des cadavres de l’eau, tandis qu’en hiver elle ne se manifeste pas au bout de plusieurs jours, même lorsque les corps sont restés pendant vingt'ou vingt-cinq jours dans la rivière. Du reste , on peut prouver que cette coloration est due à l’action de l’air, parce que les parties de la peau qui sont préservées du contact de cet agent conservent leur pâleur : telles sont les aisselles, la partie interne des bras, lorsque ceux-ci sont appliqués contre la poitrine , la partie du thorax qui est en rapport avec le bras, le dos, la partie interne des cuisses, si eelles-ci sont appliquées l’une contre l’autre.

Plus tard, les cadavres que l’on retire dé l’eau présentent , au sortir du liquidé, des phénomènes de coloration de là peau analogues à ceux que nous avons dit être le résultat de l’action de l’air; cela tient, dans quelques cas,à ce que les corps, devenus plus légers, sont venus, du moins en partie, à la surface du liquide, où ils ont été frappés par l’air ; mais dans un beaucoup plus grand nombre de cas, la coloration tient à une autre cause , puisque les eadavres,ne sont pas venus à la surface du liquide. Déjà, à cette époque, les membres, qui jusqu’alors avaient été incolores, offrent des plaques verdâtres, jaunâtres. Après trois ou quatre mois de séjour dans l’eau, nous avons souvent vu la peau des jambes revêtir une couleur d’indigo trèsfoncée , nuance qui disparaissait peu à peu quand le corps du noyé était exposé à l’air , et alors la couleur devenait brunâtre.

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. j5

Lorsque la peau se saponifie, ce qui a lieu à une époque très-variable, suivant l’âge, le sexe, etc., elle prend une couleur d’abord jaunâtre, puis d’un blanc mat, et les parties ainsi saponifiées ne se colorent plus sensiblement par l”infl-uence de l’air atmosphérique. Alors, c’est-à-dire entre deux mois et demi et quatre mois pour les adultes, la peau présente des nuances très-variées, les parties savonneuses ayant l’aspect du gras des cadavres, tandis que les autres portions sont colorées en jaune, en rouge, en vert, en brun, et même en bleu.

Il arrive enfin , comme dernier phénomène de coloration de la peau, qu’elle se recouvre d’une croûte blanche calcaire, dont nous avons déjà parlé. ( Voyez Observation 21 e .)

B. Consistance. Les changemens que la peau éprouve dans sa consistance ne sont pas moins remarquables que ceux qui tiennent à sa coloration.

La peau, déjà dépouillée de son épiderme, se ramollit de plus en plus, et tend évidemment à se détacher par lambeaux ; elle résiste d’abord beaucoup à la pointe des pinces.; cette résistance va en diminuant:; bientôt on remarque à sa surface une multitude de points très-rapprochés, comme ulcérés, qui ne tardent pas à constituer de véritables corrosions. Ces pertes de substance, indiquées pour la première fois par l’un de nous, sont évidemment de deux sortes : i Q celles qui se forment dans les parties où il y a des plexus, vasculaires très-considérables , et où le tissu cellulaire souscutané est très-lâche, comme aux aines, dans la région.

TRAITE

sous-clavière, à la partie supérieure et interne des cuisses. Ces corrosions commencent par des taches pointillées, violettes ou d’un rouge brun ; il semble qu’un liquide de même couleur soulève la peau ; bientôt après, celle-ci se perfore dans toute son épaisseur, le liquide s’écoule, et alors l’ouverture est régulière, comme si elle avait été faite avec un emporte-pièce, sans que les bords soient frangés. Un ou deux jours après, plusieurs de ces ouvertures qui se touchaient presque, sont réunies - et forment une corrosion plus ou moins large, aussi régulière que les points qui lui ont donné naissance; ce n ? est que quelque temps après, et par suite de l’action de l’eau sur les bords trèsamincis, que ceux-ci sont en partie détruits et d’une manière inégale, ce qui leur donne un aspect à la fois frangé et filamenteux : dans cet état, le tissu cellulaire sous-cutané, mis à nu, est infiltré, comme gélatineux, d’une couleur violacée ou grisâtre; a 0 , celles qui se développent dans les parties où la peau recouvre un tissu cellulaire dense et serré, et où il n’y a pas de plexus vasculaires considérables, comme au dos, vers l’omoplate, etc. Ces corrosions commencent par une destruction du derme, qui n’a pas été préalablement coloré ni soulevé, et ressemblent à des ulcérations cicatrisées de petite - vérole ; leur fond est blanc, leurs bords réguliers ou irréguliers ; leur partie centrale est plus corrodée que leur circonférence, ce qui leur donne un aspect légèrement creux : plus tard, la destruction ayant augmenté, la perforation du derme arrive et commence par le centre ; alors on voit le tissu cellu-

laire sous-cutané qui est jaunâtre, infiltré. humide, et recouvert par les bords irréguliers de l’ouverture ; dans cet endroit, les franges de la peau ont une couleur bleuâtre due aux parties sous-jacentes que l’on aperçoit à travers les portions amincies et transparentes du derme qui n’ont pas été détruites.

La peau des diverses régions du corps peut être le siège de semblables corrosions; nous les avons vues indistinctement partout, et nous ne saurions partager l’opinion de M. Devergie, qui les place plus particulièrement aux yeux, au nez, à la bouche, aux aines, à la partie antérieure de la poitrine, et à la partie interne des jambes. L’époque à laquelle paraissent ces corrosions est extrêmement variable; nous les avons observées chez des enfans nouveau-nés, après un séjour de seize jours dans l’eau, par une température.qui avait varié de n° à 17 0 R., et chez des adultes qui avaient été retirés de l’eau au bout de trois mois (en hiver); tandis que nous n’en avons trouvé aucune trace chez des hommes de trente à cinquante ans, qui étaient restés dans l’eau pendant six ou sept semaines, par une température atmosphérique de 8° à 16 0 R. Quelquefois on voit à la surface de la peau une matière jaune liquide semblable à l’huile d’olives. Lorsque les cadavres sont restés long-temps dans l’eau, la peau, au lieu de présenter dans toute son étendue cé ramollissement qui est le prélude des corrosions dont nous venons de parler, est saponifiée par parties, et ressemble au gras des cadavres, ou bien est dure et extrêmement dense par places. (Voyez Observation ao e .)

7& TRAITÉ

Saponification. Indépendamment des changemens de coloration et de consistance, la peau en éprouve d’autres qui se rapportent à la saponification ; elle change de nature et se transforme en gras des cadavres, véritable savon composé d’acides gras qui sont fournis par la décomposition de la graisse, et d’ammoniaque qui provient de l’union de l’azote et de l’hydrogène de la peau. Cette saponification commence dans les parties de la peau placées - sur le tissu cellulaire le plus chargé de graisse ; c’est ce qui fait qu’on l’observe plutôt chez la femme que chéz l’homme, le tissu cellulaire de ce dernier contenant, en général, beaucoup moins de graisse. Nou« ne l’avons jamais remarquée chez Y homme adulte avant la fin du troisième mois en hiver y et elle avait commencé par la face. ( Voyez Observation 18 e .) Du reste, on ne peut rien préciser sur l’époque de son apparition, tant il y a de variétés.

Nous ne terminerons pas tout ce qui se rapporte aux altérations de la peau, sans parler des expériences déjà anciennes de Bichat, Mise en macération dans l’eau, à un degré moyen de température, dit ce célèbre anatomiste, la peau humaine se ramollit, ne se gonfle presque point, blanchit sensiblement, reste-long-temps sans éprouver aucune autre altération qu’une putréfaction infiniment moindre que celle des tissus musculaire, muqueux, glanduleux, etc., soumis à la même expérience. Cette putréfaction enlève l’épiderme et paraît beaucoup plus marquée du côté de cette membrane. Au bout de deux mois, la peau n’a encore perdu que très-peu de consistance ; elle n’est point pulpeuse,

comme le sont à cette époque lès tendons et les muscles macérés,- elle ne commence à se réduire en pulpe fétide qu’au bout de trois ou-quatre mois. Un échantillon, conservé depuis huit mois,,-offre encore sa forme primitive ; mais il flue sous lés doigts dès qu’on le presse un peu. ( Anat. générale, tome II, page 682.)

Epiderme. Si Ton étudie l’action de l’eau sur l’épiderme isolé de la.peau, on le verra blanchir, devenir mou, plus opaque, et ne point se rider ni se putréfier; il s’élèvera seulement à la surface du liquide une foule de molécules qui, en se réunissant, formeront une pellicule blanchâtre. Après un- séjour de deux ou trois mois dans l’eau, l’épiderme se ramollit, ne se gonfle point, et se déchire avec une extrême facilité; il ne se réduit point en une pulpe analogue à celle des autres organes que l’on a également fait macérer. Après les cheveux et les ongles, l’épiderme est la substance animale la plus incorruptible. {Anat. générale , tome II, page 768.)

Quant à l’épiderme qui fait encore partie du cadavre, après avoir blanchi, il se plisse de plus en plus ; l’épiderme des mains et des pieds s’imbibe plus aisément que celui des autres régions du corps ; aussi remarquet-on les changemens dont nous parlons d’abord dans ces parties où il devient d’un blanc mat, et ressemble à celui qui aurait été pendant long-temps en contact avec des cataplasmes émolliens ; plus tard il se soulève et finit par se détacher au plus léger effort ; dans les eaux qui ne sont pas stagnantes, le courant suffit pour l’enlever par lambeaux plus ou moins larges : ce sont

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