‹ Traités des exhumations juridiquesChapitre 5 sur 18 · O . • TR A T E · texte numérisé non relu

O . • TR A T E

les portions qui âvoisinçsét les articulations qui nous ont paru se séparer les premières; toujours est-il que, dans nos expériences, iî é’ait déjà détaché dans plusieurs parties, quand.ëéké de la paume des mains et de -la plante des pieds tenait encore assez fortement. En général, il ne se colore pas lors même qu’il recouvre des parties de derme fortement colorées ; quelquefois cependant nous l’avons vu offrant une teinte olivâtre.

Ongles. Les ongles des mains se détachent les premiers, puis ceux des orteils, sans, qu’on puisse dire, même d’une manière approximative, l’époque de leur chute. Chez le sujet de l’observation 18 e , qui était resté dans l’eau pendant quatre-vingt-dix-huit jours (en . hiver), il n’y avait plus d’ongles, tandis qû’on en voyait erfeore au pied droit d’un individu qui avait été retiré de l’eau cent vingt-cinq jours après y être tombé; { Voyez Observation 19 e .)

Cheveux et poils. Ils deviennent de moins en moins adhérens, mais ils ne se pourrissent pas. « La macération , dit Biehat, qui rend l’épiderme extrêmement facile à se rompre, quoiqu’elle le ramollisse peu, laisse les cheveux avec leur résistance ordinaire, à moins qu’elle ne soit poussée à un degré que je n’ai point éprouvé. »

Imiterons-nous le docteur Alphonse Devergie, qui, dans un mémoire intitulé Recherches sur les noyés (1),

(1) Annales d hygiène eide médecine légale , n° d’octobre

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a cru pouvoir reconnaître, au moins d’une manière approximative, et principalement d’après les caractères que-présente la peau, l'époque de la submersion, « Quelques médecins légistes pensent, dit-il, qu’il sera toujours impossible de rien préciser à ce sujet. J’avoue qu’il serait difficile de tracer des descriptions rigoureuses; mais de ce que l’on prévoit un but difficile à atteindre, est-ce une raison pour ne pas faire quelques efforts pour y parvenir ? J’ai la conviction que si les médecins veulent tenir compte des altérations' que j’ai notées pour tel ou tel séjour dans l’eau, ils ne commettront plus des erreurs aussi choquantes que celles que je viens de signaler. Je dois prévenir que tout ce qui . suit se rattache à la putréfaction que subissent les cadavres des noyés en hiver. Plus tard, je chercherai à établir la marche de la putréfaction en été. » (P. i 65 .)

Convaincu qu’il est de la possibilité de résoudre jusqu’à un certain point un pareil problème, M. Devergie reconnaît neuf époques : la première indique si la submersion date de trois à cinq jours ; la deuxième, de quatre à huit jours; la troisième, de huit à douze jours; la quatrième, de quinze jours environ; la cinquième, d.’un mois environ;.la sixième, de deux mois environ; la septième, de dèux mois et demi; la huitième dé trois mois et demi; enfin la neuvième, de quatre mois et demi.

Loin de partager l’opinion de ce médecin, nous nous attacherons à la combattre, et par des faits, et par des raisonnemens que nous croyons très-fondés ; il ressortira évidemment des uns êt des autres que l’entre-

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prise "est au-dessus des forces humaines, et que le lecteur aurait tort de prendre pour guide des tableaux ou Ton semble vouloir resserrer la nature dans des cadres plus ou moins étroits. Et d’abord remarquons d’une manière generale que le travail dont il s’agit présente une lacune capitale ; on n’indique nulle part l’époque à laquelle il faut examiner les corps après leur sortie de l’eau, pour constater les phénomènes de coloration sur lesquels on base souvent la solution du pro> ■ blême : est-ce immédiatement après l’extraction des • cadavres de la rivière, ou plusieurs heures et même plusieurs jours après? Les noyés n’étant apportés à la morgue, quelquefois que plusieurs heures et même un ou plusieurs jours après avoir été retirés de l’eau, et le médecin qui veut les observer n’arrivant souvent que lorsque déjà les corps sont exposés à l’air depuis plusieurs heures, il en résulte évidemment que les observations de M. Devergie portent à la fois sur des sujets dont les uns peuvent n’avoir été en , contact avec l’air que pendant quatre, cinq ou six heures, tàndis que les autres ont dû y rester dix-huit, vingt-quatre, trente ou un plus grand nombre d’heures. Ce fait, nous l’attestons, pour avoir nous-mêmes suivi avec assiduité et pendant long-temps tout ce qui se rapporte aux travaux et aux usages de la morgue. Or, parmi les quarante-sept observations qui oiit servi de base au travail de M. Devergie, dix-huit ont été recueillies en mars, et vingt-neuf en avril, et nous voyons que pendant ces deux mois la température de l’atmosphère est quelquefois montée jusqu’à iy° et 19 0 ; certes, pour

peu qu’on ait vu quelques cadavres de noyés, on comprendra facilement qu’une exposition à l’air déjà chaud y dont la durée a été.si variable, a dû amener.des changemens notables dans la coloration de la peau. C’est, du reste, ce que mettront en évidence les faits suivans :

A huit jours, dit M. Devergie, la peau de la face est d’un blanc plus mat que celle du reste du corps. Or, nous avons vu la face d’un rouge foncé et \o reste de la peau de couleur naturelle chez un individu qui étaitresté huit jours dans l’eau (pendant le mois d’avril), et dont nous fîmes l’examen deux heures après l’extraction du cadavre. (Observation 10®, page 3 oo de la Médecine légale , a® édition, et i 3 ® de cet ouvrage.) (i)

Au quinzième jour, a la partie moyenne du sternum présente une teinte verdâtre. » (Page 167 du Mémoire cité. ) Or, chez un individu qui resta dans l’eau depuis le 1 er décembre jusqu’au 20, et qui fut examiné quatre ou cinq heures après l’extraction du cadavre, la peau qui recouvre les deux grands pectoraux; était livide, si ce n’est près du sternum où elle offrait une couleur rouge cerise. (Observation 11 e de la Médecine légale, et 14 e de cet ouvrage.)

A un mois. On voit une plaque d’un rouge brun de

(1) Les diverses citations que nous allons faire pour combattre le travail de M. Devergie, sont toutes tirées des observations publiées par l’up de nous en 1828, dans les leçons de Médecine légale , par conséquent un an avant l’inipression de son mémoire. Il est assez remarquable que M. Devergie n’ait pas cru devoir en prendre connaissance.

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six à huit pouces de diamètre au centre et à la partie supérieure du sternum ; cette plaque est bordée d’une aréole verte ; les bourses sont énormément distendues par des gaz; les paupières et les lèvres sont vertes. (Mém. cité, page 168.) Or, chez un individu âgé de vingt-six ans ,.noyé le I er mars j retiré de l’eau le 3 o du même mois, et examiné le 2 avril, la peau des parties antérieure et latérale du cou et du thorax était d’un •vertfoncé ; les paupières étaient presque noires* (Voyez Méd. légale , observation i 3 e et 16 e de cet ouvrage.) Chez un autre noyé, qui était resté trente-deux jours dans l’eau, d’où il fut retiré le 8 avril, et que nous examinâmes le lendemain, la peau du thorax était d’un 'vert jaunâtre , et le scrotum dans X état naturel. (Voyez Méd. légale , observation 14 e et 17 e de cet ouvrage. )

A trois mois et demi. Le tissu cellulaire n’offre plus cette teinte rouge des époques précédentes; le foie, ramolli, est d’un brun 'verdâtre ; la peau des membres présente le même aspect qüe celle du centre de l’abdomen, c’est-à-dire qu’elle est opaline; les ongles sont tombés. (Mémoire cité, page 176.) Or, chez un individu que l’on retira de la Seine le 8 avril, et qui s’y était jeté le i er janvier, on remarqua ,six heures après sa sortie de l’eau, que le tissu cellulaire du crâne offrait l’aspect d’une gelée rouge; le foie était d’un rouge brun uniforme; la peau des jambes était colorée en bleu cCindigo dans toute son étendue, tandis que celle du tronc était blanche rosée, parsemée çà et là de plaques larges comme la main, d’un rouge,assez vif; les ongles, il est vrai, étaient tombés. ( Voyez Méd, légale , observation

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i5* et 18 e de cet ouvrage.) Mais chez le sujet de l’observation suivante, le pied droit conservait encore des ongles , et pourtant le cadavre était resté dans l’eau quatre mois cinq jours. ( Voyez observation 19 e . )

A quatre mois et demi. Il n’existe plus que quelques débris des paupières; les lèvres sont désorganisées par la putréfaction; la peau du tronc est d’un 'vert grisâtre, parsemée de taches noires; la couleur des cuissés est jaunâtre / les jambes présentent des taches d’un bleu foncé; la trachée-artère est d ! une teinte ■verdâtre; les cavités splanchniques paraissent contenir encore plus de liquide d’un rouge brunâtre ; on remarque un commencement d’incrustation calcaire sur les cuisses. (Mém. cité, page 177.) Or, chez un individu noyé le i5 décembre 1826;, et retiré de l’eau le 20 avril 1827, on voyait, quelques heures après, que les paupières et la Jèvre inférieure existaient encore, que la peau du thorax et de l’abdomen était d’un 'vert foncé , excepté çà et là où il y avait des taches d’un rouge brun ou d’un jaune verdâtre; que la couleur des cuisses était verdâtre et d’un vert plus foncé en haut ; que les jambes ne présentaient aucune tiace de bleu; que la trachée-artère était d’un brun très-foncé; qu’il n’y avait aucun liquide dans les cavités des plèvres ni de l’abdomen ; enfin qu’il n’existait aucune trace d’incrustation calcaire. ( Méd. légale , observation 16 e et 19 e de cet ouvrage. )

A cinq mois et demi. Le cadavre d’une femme ouvert à cette époque a fait voir à M. Devergîe que les paupières étaient détruites , que la peau était dans Xétat naturel, ou présentait des incrustations calcaires ou des

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plaques rosées. (Mém. cité, page 179.) Tandis que dans l’observation 17 e de la Médecine légale , et 20 e de eet ouvrage, qui a pour sujet aussi une femme qui était restée cinq mois huit jours dans la Seine,les paupières existaient , leur largeur seule avait diminué, et la peau du corps était colorée en bleu, en -vert, en blanc rosé et en blanc sale. On ne voyait aucune incrustation.

Maintenant que nous venons de prouver par des faits combien les caractères sur lesquels M. Devergie a voulu baser la solution de son problème sont sujets à varier aux époques qu’il a indiquées, et combien par conséquent on doit y attacher peu de valeur, il ne sera pas inutile de présenter en abrégé l’énumération des principales causes qui influent sur la marche de la putréfaction dans l’eau ; l’impossibilité de calculer, même d’une manière approximative, la part de chacune de ces influences, nous ût bientôt renoncer à l’idée que nous avions eue de dresser un tableau semblable à celui que nous venons de combattre.

Jgè. Dès qu’il est prouvé que les enfans nouveaunés sont arrivés, au bout d’un mois de séjour dans l’eau, au terme de désorganisation que les cadavres des adultes n’ont même pas atteint au bout de six ou huit mois, on ne saurait contester l’influence de l 'âge sur la marche de la putréfaction des noyés.

Constitution de Vindividu. On comprendra facilement l’influence que. doit exercer la constitution des individus sur la putréfaction d^s cadavres des noyés, en consultant ce que nous avons dit à la page 827 du

tome I er , ea examinant l'influence de cette même constitution sur les cadavres déposés dans ia terre.

Sexe. Les mêmes causes qui nous ont fait établir ailleurs que les cadavres des femmes se pourrissent en général plus vite dans la terre que ceux des hommes, nous portent à émettre la même assertion à l’occasion des noyés : nous ajouterons en outre que la différence est surtout marquée, dans l’eau, par rapport à l’époque où la saponification commence.

Etat de maigreur ou d’obésité. La putréfaction dans l’eau, comme dans tout autre milieu, marche plus rapidement quand les corps sont gras que lorsqu’ils sont maigres; l’influence de l’obésité doit même être plus marquée sur la putréfaction des noyés; en effet, plus ceux-ci seront gras, plus ils tendront à quitter le fond du liquide pour se rapprocher de la surface et, même pour surnager : or, en été, 1a température du liquide devant être souvent plus élevée vérs les couches supérieures, surtout lorsque l’eau est peu agitée et assez abondante, la putréfaction de ces cadavres sera hâtée; elle-le sera surtout s’ils surnagent, et qu’ils soient à la fois sous l’influence de l’air et de la chaleur atmosphérique. Par des raisons contraires , la tendance à la supernatation , par suite de l’obésité, fera que les cadavres së pourriront moins vite, surtout s’ils n’arrivent pas toutà-fait à la surface de l’eau, dans les cas où les couches les plus inférieures du liquide pourrontêtre plus chaudes, que les supérieures. Ajoutons que, la saponification arrivant plus promptement chez les sujets gras que chez ceux qui sont maigres, la peau et le tissu cellulaire pré-

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senteront cette transformation à des époques fort différentes, chez des individus qui n’offrent pas le même degré d’obésité, et sur lesquels nous supposerons, pour un instant, les autres influences agir de la même manière.

État de santé ou de maladie. S’il ne nous est pas permis de démontrer qu’un individu malade depuis quelques jours seulémeiit, et atteint d’une affection aiguë, se pourrit dans un espace de temps différent de celui qu’il emploierait s’il était tombé dans l’eau dans un état de santé parfaite, nous pouvons néanmoins assurer qu’il en est ainsi dans les cas où la maladie durant depuis long-temps, les individus sont parvenus à un état de marasme, et pour ainsi dire de dessèchement, qui doit les placer dans des conditions moins propres à parcourir rapidement les diverses phases de la putréfaction. Nous ne prétendons pas que ce soit là le seul genre d’influence que puissent exercer les maladies; nous le signalons parce qu’il est le plus facile à constater.

Etat 'vivant ou mort de l’individu qui se jette ou que l’on jette à l’eau. L’époque à laquelle la rigidité cadavérique se manifeste, et la durée de cette rigidité n’étant pas les mêmes, suivant la température du milieu dans lequel sont plongés leg cadavres v et la putréfaction ne se développant que lorsque là rigidité a cessé, il est évident que le moment où les cadavres commenceront à se pourrir variera beaucoup chez les individus qui sont tombés dans l’eau vivans, et chez d’autres qui y ont été jetés après la mort, pendant qu’ils étaient en-

core roides, et même lorsque déjà ils subissaient un commencement de putréfaction.

Température du liquide dans ses différentes couches. Dès qu’il est prouvé qu’en été les couches supérieures pourront être plus chaudes que les inférieures, surtout dans les eaux stagnantes et dans celles dont le courant est à peine sensible, il est évident que la température des couches moyennes différera aussi des précédentes. Dès-lors les cadavres qui, par une cause quelconque, séjourneront plutôt dans telle région du liquide que dans telle autre, se pourriront plus ou moins vite, tout étant égal d’ailleurs. L’influence de la différence de température se fera surtout sentir en été, parce qu’ai ors, à raison du peu de conductibilité des liquides, l’équilibre tardera beaucoup à s’établir entre l’eau de la surface et du fond, notamment lorsque la température de l’atmosphère prendra tout à coup un accroisseme'nt subit, et que la rivière ou les lacs seront profonds; en hiver, au contraire, les couches inférieures plus chaudes, en se déplaçant, communiqueront plus facilement de la chaleur à celles qui sont situées au-dessus.

Température atmosphérique. L’influence de la température de l’atmosphère est incontestable, quoique beaucoup moins prompte que sur les cadavres qui se pourrissent à l’air ; en effet, la température de l’air n’exerce d’influence que par l’intermède de l’eau, qui se trouve échauffée ou refroidie suivant que la saison est chaude ou froide : or, comme les effets de la chaleur atmosphérique sur de grandes masses, d’eau ne

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sont pas instantanés, ii en résulte que ce n’est qu’au bout d’un certain temps que l’influence des changemens de température atmosphérique peut se faire sentir sur les noyés.

Profondeur de la rivière. Toutétantégal d’ailleurs, des cadavres, placés au fond de rivières qui offrent des pro- . fondeurs différentes, ne se pourrissent pas avec la même vitesse ; plus la rivière est profonde, plus les corps sont pressés, et moins ils sont disposés à se pourrir, plus.

,aussi la eouche'du liquide qui les entoure est-elle à l’abri des variations de température atmosphérique, c’est-àdire plus elle tardera à s’échauffer en été : or, nous savons que la chaleur est un des élémens qui favorisent le plus la putréfaction.

Etat renouvelé ou tranquille du liquide. 11 résulte des expériences faites par l’un de nous, en i 8 a 3 ,tque les cadavres «e décomposent beaucoup plus rapidement dans l’eau renouvelée que dans l’eau stagnante. {Mèd. lég ., p. 9 .H, tom. a, deuxième édition.) Il est donc évident que de deux noyés, chez lesquels toutes les autres conditions seraient les mêmes, et qui resteraient pendant un mois dans l’eau, celui-là, se pourrirait plus vite qui aurait été mis dans une eau incessamment agitée par des vents; cet effet serait surtout sensible, si la masse du liquide qui recouvre le corps n’était pas trèsconsidérable.

Etat contus ou sain du corps . Il paraîtra sans doute inutile de dire que les individus vivans, qui ont été coutus en tombant dans l’eau, parce qu’ils ont rencontré

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des pilotis, de grosses pierres, etc., ou parce qu’ils sont tombés de très-haut, ou enfin parce qu’ils ont été meurtris par des coups, se décomposeront plus vite que ceux qui seront arrivés dans l’eau dans des conditions opposées, le sang épanché dans le tissu cellulaire souscutané s’altérant beaucoup plus vite que lorsqu’il est enfermé dans les vaisseaux.

Nature du terrain sur lequel reposera le corps. Si le terrain est vaseux, mou, nullement anguleux, le corps s’y enfoncera en quelque sorte, et n’en recevra aucune atteinte,* tandis que s’il est anguleux, raboteux, il pourra déchirer la peau, et déterminer des solutions de continuité, qui hâteront la décomposition putride.

Poissons , animaux voraces , etc. On conçoit que ceux des cadavres dont la peau sera attaquée, déchirée ou érodée par ces sortes d’animaux, seront pourris beaucoup plus vite, tout étant égal d’ailleurs, que les autres.

Epoque a laquelle le cadavre paraît a la surface du liquide ou près de cette surface. Cette influence, qui est incontestable, rentre dans ce qui a été dit à l’occasion de Y obésité des corps, et de la température des différentes couches du liquide et de l’air.

Etat nu ou habillé du cadavre. Si les vêtemens ne sont pas serrés, et que l’eau puisse être en contact avec la peau, cette influence est nulle ou presque nulle;, mais elle esf très-puissante dans le cas contraire, lorsque des corsets ou des bottes, appliqués d’une manière serrée sur le corps, empêchent, du moins pendant fort long-temps, le contact du liquide; toutes les parties

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couvertes et en quelque sorte à l’abri de l’eau, se conservent presque intactes.

Nature du liquide. Il suffît de jeter un côup-d’œilsur les nombreuses expériences rapportées dans l’ouvrage de madame d’Arconville (i), pour être convaincu de la différence que présentent les mêmes matières animales qui se pourrissent dans l’eau distillée ou dans celle qui contient telle ou telle autre espèce de sel, les unes se pourrissant beaucoup plus vite que les autres (2).

(1) Essai pour servir à l’histoire de la putréfaction , par madame d’Arconville. Paris, 1766.

(2) Le lecteur sera peut-être tenté de nous accuser de plagiat, lorsqu’il trouvera les plus grandes ressemblances entre les faits qui constituent l’article que nous avens intitulé : Résumé des changemens physiques quéprouvent les tissus qui se pourrissent dans Veau , et ceux qui font la base du roé-

' moire déjà cité du docteur Devergie. Nous devons à cet égard une explication. Notre résumé est basé sur les vingt-six observations qui le précèdent : or, vingt-trois de ces observations étaient publiées en entier dans la Médecine légale dès l’année 1828, c’est-à-dire, vingt mois avant la publication du travail de M. Devergie. A l’exception des incrustations calcaires signalées par ce médecin, et dont nous n’avions pas pai’lé, parce que nous n’avions jamais ouvert de cadavres qui fussent restés plus de cent soixante jours dans l’eau, il n’est point un seul fail essentiel du mémoire de ce médecin qui ne se trouve dans nos observations. A la vérité, nous n’avons pas, comme lui, résumé ces faits dans le but de déterminer l’époque de la submersion , parce que nous avons préféré ne rien dire que d’induire les experts en erreur; nous n’avons pas non plus déduit de nos. observations les altérations successives qu’éprouvent

Tissu cellulaire. Les changemens qu’éprouve le tissu cellulaire peuvent, comme ceux de la peau, être rapportés à sa coloration , à sa distension par des gaz ou par des liquides, à sa consistance et à sa saponification. Dans les premiers temps, la couleur du tissu cellulaire ne change guère; plus tard, lorsque, par suite delà pu-, tréfaction et du développement des gaz, la sérosité rou -

les divers tissus dans l’eau, parce qu'alors nous ne voulions éclairer que la question médico-légale, relative à la submersion pendant la vie ou après la mort. Mais qu’importe? les faits devant servir à tracer ce résumé n’étaient pas moins publiés par nous. Nous nous serions bien gardé de réclamer la priorité pour un objet aussi minime , si M. Devergie, en citant notre travail, n’en eût pas donné au public une idée inexacte : « M. Orfila, est-il dit, a tenté quelques essais dans le but de parvenir à une détermination approximative. » Tel n’a pas été notre but, et nous avons eu soin de le dire à la page 198 de la Médecine légale , deuxième édition ; nous nous proposions seulement de faire connaître les différences produites dans la putréfaction par des milieux dlfférens. Plus loin : « Les expériences faites avec des portions , de fœtus ou d’adultés , dans de petites quantités d’un liquide toujours le meme ou renouvelé bien rarement , ne nous ont pas, je crois, assez rapproché de la vérité. » Or, nous avons dit, page 21 x du même ouvrage, avoir agi sur des fœtus entiers, et avoir renouvelé Y eau jour et nuit pendant vingt-deux jours, r. Plus loin : «M. Orfila a relaté vingt-deux ouvertures de noyés, d’où on peut déduire quelques données propres à éclairer le sujet qui nous occupe. » Il eût été plus exact de dire : «A un trèspetit nombre d’exceptions près, les faits contenus dans notre mémoire ont été connus deM. Orfila, qui les a décrits dans les vingt-deux ouvertures de noyés qu’il a publiées; mais il ne

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geâtre du sang transsude à travers les parois des vais* seaux, il se colore, par son mélange avec ce liquide, d’abord en rose, puis en rouge groseille, et meme quelquefois en rouge brun. Nous avons vu aussi le tissu cellulaire de l’abdomen d’un jaune verdâtre , tandis que déjà celui de quelques autres parties du corps était

les a pas fait servir à la détermination des époques auxquelles la submersion a eu lieu. »

Ces inexactitudes ne sont pas les seules qu’ait commises M. Devergie, à l’occasion de notre travail sur les noyés. Il dit, en effet, à la page 5 qi du tome 3 e du Dictionnaire de médecine et de chirurgie : « M, Marc est un de ceux qui ont le mieux précisé ce que l’on pouvait attendre des signes de la submersion pendant la vie : depuis cette époque, M. Orfila a fait de nouvelles recherches; elles ont confirmé ce. que M, Marc avait annoncé. On doit cependant de plus à M. Orfila d’avoir éclairé, par des expériences sur les animaux, des faits importans. »

Or, nous voyons, en comparant quelques-unes des assertions de notre savant confrère aux nôtres , qu’il existe entre elles des différences capitales.

i°. k La certitude que nôus ayons acquise, dit le docteur Marc, qu’il ne peut entrer de liquide dans la trachée-artère que du vivant du submergé, qu’il né peut s’en introduire après la mort, le cadavre eût-il même passé plusieurs jours sous

l’eau, doit nous faire considérer, etc( Manuel Æ tmtopsie

cadavérique , de Rose, traduit par Marc, page iy. 5 .) Or, nous établissons que les liquides peuvent s introduire après la mort, non-seulement dans la trachée-artère , mais jusqu’aux dernières ramifications bronchiques. ( Médecine légale , t. 2, page 34 ff- ) M. Devergie répétera-t-il ce qu’il a dit à la page 674 du dictionnaire déjà cité, « qué fa conclusion dont il s’agit

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rouge et rouge brun. A une époque plus éloignée,' à peu près lorsque les corrosions paraissent à la peau, ou quand la saponification commence, le tissu cellulaire, surtout celui qui est sous-cutané, tend à se décolorer et à devenir d’un blanc grisâtre : apparemment que le sang qui l’avait infiltré jusqu’alors se décompose pour

n’est pas tout-à-fait rigoureuse , attendu que nous concluons de ce qui arrive chez lès chiens , ce qui doit survenir chez l’homme? » Nous répondrons que plusieurs mois avant la publication de l’article où M. Devergie fait cette remarque , nous avions inséré dans les Archives générales de médecine une. note dans laquelle nous prouvions le même fait par des expériences sur des cadavres humains. ( Voyez tome 17 e . ).

2°..« Le diaphragme est refoulé dans l’abdomen : ce caractère est essentiel, dit le docteur Marc , et manque chez tous ceux qui ont été submergés après leur.mort. » (Ouv, cité, page 177. ) Nous avons annoncé que le diaphragme n’était jamais refoulé dans l’abdomen lors de.la submersion pendant la vié. (Voyez Médecine légale ,• page 35 o , tome 2.)

o°. « Les cavités droites du cœur sont gorgées de sang, et les cavités gauches vides, ainsi quéles vaisseaux correspondans. » (Marc, page iy 5 . ) Nous avons dit avoir toujours vu les cavités du cœur et celles des gros vaisseaux entièrement ou presque entièrement vides à l’auLopsie des cadavres d’individus submergés vivans, et qui avaient long-temps séjourné dans l’eau. {Médecine légales tome 2 , page 34 g. ) '

II aurait fallu reconnaître ces différences, tout en rendant justice au mémoire important de notre honorable et savant confrère, le docteur Marc, dont nous avons souvent Cité ailleurs les travaux avec éloge. ( Voyez Leçons de médecine légale. ) Or. FILA.

$6 . . TRAITÉ

fournir 1 ammoniaque nécessaire à la formation du gras; nous dirons toutefois que déjà, dans plusieurs parties , ce tissu est arrivé au point de blancheur dont nous parlons, que dans d’autres il est encore très-rouge; c’est particulièrement au crâne que l’on remarque la teinte rouge du tissu cellulaire.

Là distension de Ce tissu par les gaz qui sé. dévelop- ' pent pendant la putréfaction dans l’eau, ne présenterait .. rien d extraordinaire, si elle n’était pas poussée à un degré extrême, surtout lorsque les cadavres ont été exposés à l’air après avoir été retirés de l’eau (i). Plus tard, lorsque la saponification est prête à/s’opérer, au lieu de continuer à se distendre, le tissu cellulaire s’affaisse; La distension de ce tissu par le liquide rougeâtre qui transsude des vaisseaux, est ordinairement beaucoup moins sensible que la précédente, et n’offre rien de remarquable.

La consistance du tissu cellulaire varie aux différentes époques de la submersion ; à l’état normal dans les premiers temps, il est plus mou lorsque déjà les sues rouges l’abreuvent; quelquefois même, surtout à la tête,

(i) Outre les fluides aériformes qui remplissent les interstices et le tissu même des musclés, outre ceux qu’on rencontre dans le canal intestinal, dans les vaisseaux, et principalement dans les veines, nous en avons vu distendre la duremère comme un ballon , enfler le scrotum, et causer l’érection du pénis, occuper la cavité des membranes séreuses, formel' au-dessous de ces membranes des bulles arrondies ël multipliées, donner lieu aussi à un emphysème sous-muqueux, soit dans le canal intestinal, soit dans la vessié/

des exhumations juridiques.

il présente la mollesse et l’aspect d’une gelée à moitié fluide. Plus tard, il devient plus dense, sec et filandreux; alors il commence à se saponifier. La saponification change complètement sa nature ; il se transforme en gras des cadavres, et n’offre plus l’aspect.celluleux; il devient quelquefois solide et même dur, tandis que dans d’autres circonstances, il est mou, jaunâtre, et semblable à du lard. Ce n’est guère qu’au bout de trois ou quatre mois, pour les adultes, que ce changement a lieu.

S’il est vrai qu’en général les changemens que nous venons de signaler se manifestent d’abord à la face et au scrotum, puis au cou et au thorax, et en dernier lieu aux membres, il est également certain que nous avons quelquefois vu la face et d’autres parties du corps distendues et colorées outre mesure, tandis que le scrotum était dans l’état naturel.

Bichat, après avoir établi que le tissu cellulaire se , pourrit moins vite à l’air que les organes glandüleux et musculaires, parle de l’action de l’eau sur ce même tissu. Au bout de trois mois de séjour dans l’eau à la température des caves, le tissu cellulaire extérieur aux artères ne paraissait avoir subi aucune altération. Le sous-cutané, le sous-séreux et l’intermusculaire se pourrissent plus vite, mais moins à proportion que celui de beaucoup d’autres organes. La résistance opposée par ce tissu à l’action de l’eau est moindre quand on le fait macérer avec des organes qui se résolvent facilement en putiilage,-quelorsqu’on l’y expose seul ou avec des tissus qui ne s’altèi ent presque pas par l’eau <

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eoïiïrne les nerfs, par exemple ; et en effet., après six mois de macération, Biehat a vù le tissu cellulaire qui sépare les faisceaux nerveux aussi ferme et aussi distinct qu auparavant. (Anat. gén. : tom. i, p. 6g. ) Muscles. Nous trou vons encore dans les muscles des changemens dé coloration , de consistance et de nature. La couleur rouge se conserve en général pendant plusieurs mois, et devient même plus foncée, puis elle passe au rosé, et tond de plus en plus à pâlir, jusqu a ce quelle soit devenue d’un blanc grisâtre, jaunâtre ou rosée, comme le gras des cadavres ;à cette époque,les muscles sont effectivement transformés en savon ; quel-, quefois cependant la couleur rose persiste fort longtemps ; certains muscles résistent en quelque sorte à la saponification, tandis que d’autres sont déjà saponifiés et confondus aVec le tissu cellulaire sous-cutané ; il est des cas où les muscles sont d’un vert foncé fies sternopubiens offraient cette couleur ehez une femme qui fut retirée de l’eau cinq mois huit jours après s’être noyée, tandis que les pectoraux étaient rouges , et ceux de la face saponifiés. ( Voy. pag. 3 aB de la Méd. lég.) Les différences de consistance ne sont pas moins remarquables que celles de coloration et de nature; en effet, les muscles se ramollissent d’abord par leur mélange avec la sérosité' rougeâtre qui transsude des vaisseaux, et peuvent être déchirés avec assez de facilité : toutefois, nous avons vu à cet égard des variations extraordinaires : cbez le sujet qui vient d’être cité, les muscles pectoraux étaient assez consistans, tandis, que les sterno-pubiens se d échiraient à la plus légère traction ; et

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES*. gC)

chez un noyé qui n’était resté cjfiûnjnois daris'Teau j c’est-à-dire quatre mois huit jours moins que le précé- ' dent, les muscles pectoraux se déchiraient avec grande facilité : à la vérité, ce sujet ne put être ouvert qu’après trois jours d’exposition à l’air. Plus tard, lorsque les muscles sont sur le point de se saponifier, ils deviennent plus minces et beaucoup plus denses.

Bichat, après avoir établi que les muscles se pourrissent beaucoup plus vite que les tissus fibreux, cartilagineux et fibro-cartilagineux, ajoute qu’ils se ramollissent dans l’eau au bout d’un temps assez long, et qu’ils se changent en une espèce de putriîage différent de celui qui se forme à l’air libre. D’autres fois, dit-il, ils se transforment en une matière analogue au blanc de baleine ; alors leurs fibres sont dures et solides; mais il s’en faut de beaucoup que tous les muscles conservés dans l’eau présentent ce phénomène. Quand il se manifeste, trèssouvent tme espèce de produit rougeâtre, disséminé d’espace en espace sur la surface du muscle, et qui est un effet évident de la décomposition,annonce et ensuite accompagne cet état, Sans lequel il a aussi souvent lieu.

( Anat . gén., tom. i , p. 23 y.)

Tissu fibreux. 11 résulte de toutes nos observations, que le tissu fibreux résiste long-temps à la putréfaction. Voici ce que Bichat avait déjà établi à cet égard. Quand on fait macérer ce tissu, il se ramollit, sa densité diminue, maissjl ne se boursouffle point comme on l’a dit; ses fibres alors peuvent s’écarter les unes des autres; on voit distinctement entre elles le tissu cellulaire qui les unit. Enfin, au bout d’un temps

IOO TBAITÉ

très-long, elles finissent par se changer en une pulpe mollasse, blanchâtre, qui paraît homogène. Les tendons sont les premiers à céder à la macération.; viennent ensuite les aponévroses : parmi celles-ci, celles qui sont formées par l’épanouissement d’un tendon, se ramollissent plus vite que celles qui sont destinées à envelopper les membres, que le fascia lata par exemple. Les membranes fibreuses , les capsules et les gaines de même nature sont plus résistantes. Enfin, ce sont les ligamens . qui cèdent le plus tard à l’action de l’eau, qui tend à les ramollir; cependant, lorsqu’ils viennent primitivement d’un tendon, comme le ligament inférieur de la rotule, ils sont plus prompts à être macérés. (Anat. gén,, t. 2 , pag.iS5.)

Os. Presque toujours les os ont une tendance marquée à passer au rose : nous les avons vus d’un rouge lie de vin peu foncé dans certaines parties, après quatre . mois cinq jours (y or. observation 1 5 e ); quelquefois cependant ils deviennent verdâtres et même noirâtres. Ces changemens de couleur, qui sont en général plus manifestes dans les 7 os longs que'dans les autres, ne s’observent guère que long-temps après la submersion, lorsque déjà les os ont été en contact immédiat avec l’eau. Un séjour prolongé dans ce liquide rend aussi les os beaucoup plus friables.

Cartilages. Après le tissu osseux, aucun ne résiste autant à la putréfaction et à la macération ; les cartilages peuvent se conserver fort long-temps dans l’eau sans éprouver d’autre altération qu’une légère coloration en jaune. Bichat dit , avec raison, qu’il faudrait plus d’un

t>£5 EXKUMATIOSS JURIDIQUES. * ' IOI

an pour les réduire à cette pulpe mollasse , muqueuse , fluente, où la macération amène la plupart des organes.

Membranes séreuses. Les membranes séreuse& résistent long-temps à la putréfaction ; du moins pouvonsnous assurer qu’elles n’étaient pourries dans aucune des observations que nous avons rapportées : on peut même dire qu’elles préservent , jusqu?a un certain point , delà putréfaction, plusieurs des organes qu’elles enveloppent d’une manière serrée. Dans certaines circonstances , elles se dessèchent. Nous n’avons pas vu sans étonnement , sur des cadavres qui avaient séjourné de trois à cinq mois dans l’eau, la plèvre, le péricardé et le péritoine, desséchés et endurcis comme du parchemin, sans que nous ayons pu nous rendre raison du phénomène; quelquefois les cavités, formées par ces membranes, séreuses endurcies contenaient un liquide sanguinolent ; d’autres fois il n’y- en avait pas ; il n’est donc pas exact de dire que toujours les cavités dont il s’agit offrent une collection de sérosité sanguinolente ; cela a lieu, il est vrai, surtout dans la plupart des cas où, les noyés étant restés long-temps dans l’eau, le sang a pu transsuder abondamment des vaisseaux, à moins cêpem dant que la durée de l’immersion n’ait été assez prolongée pour que la peau du cou, de la poitrine ou d’une partie de l’abdomen, ayant été détruite, les liquides épanchés dans les cavités séreuses aient pu s’écouler. Bichat avait déjà vu, en soumettant le tissu séreux à la macération , combien il était difficile de le réduire en pulpe :1a plus mince, la plus fine de ces membranes-,

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dit-il, l’épiploon y a résisté pendant un temps très-long. Les tendons, qui sont si résistans et qui supportent de si grands efforts pendant la vie, étaient- déjà pulpeux dans l’eau, que l’épiploon était intact.

Epiploons, Après s’être long-temps conservés, iis finissent probablement par sè saponifier. L’épiploon gastro-colique, après un séjour de trois semaines dans l’eau, était verdâtre; après trois mois et huit jours, il était desséché , et brun dans plusieurs points, tandis qu’il était noirâtre après quatre mois cinq jours. L’épiploon gastro-colique était jaune verdâtre et facile à déchirer chez un sujet qui était resté cinq mois huit jours dans l’eau.

Membranes muqueuses. Le tissu muqueux est, après le cerveau , celui qui. s’altère le plus vite par l’action de leau, d’après Bichat. Il se réduit alors en une pulpe rougeâtre très-différente dë celle qui se forme pendant là putréfaction du même tissu à l’air. Lorsqu’on fait macérer tout l’estomac, déjà cette pulpe s’est détachée, que le tissu musculeux et la membrane séreuse n’ont subi que peu d’altération.

Encéphale . La substance cortidale du cerveau est la première partie qui se pourrit; elle devient d’un gris verdâtre : nous l’avons vue de cette couleur chez un individu qui n’était resté que huit jours dans l’eau ( voyez observation 10 e ); la substance médullaire était encore blanche. Quelque temps après, celle-ci acquiert la même couleur; elle était verte chez trois individus, dont l’un n’étàit resté dans l’eau que trois semaines, et les autres un mois (en hiver), ce qui

DES EXHUMATIONS JUBIDIQUES. ÏC>3

prouve l’inexactitude de l’assertion émise par le docteur Devergie, savoir, que cet effet n’a guère- lieu qu’à trois mois. ( Voyez les obs. 12, i 3 et 14.) Assez souvent la partie la plus extérieure de cet organe est d’un rouge plus ou moins foncé, effet de la transsudation du sang des vaisseaux et de l’imbibition cadavérique. Après cinq mois huit jours de séjour dans l’eau, nous avons ençore pu distinguer deux nuances manifestes dans les deux substances de l’encéphale. La consistance de cet organe diminue de plus en plus, au point que nous l’avons vu une fois, au bout de trois semaines, couler-comme une bouillie épaisse, lorsqu’on l’abandonnait à lui-même après en avoir coupé quelques lambeaux; sa fétidité surpassait tout ce qu’on peut imaginer. Plus tard , il se saponifie : dans l’obseryation 21 e , il était réduit à un volume bien inférieur à celui qu’il a ordinairement, et totalement réduit en gras des cadavres ; la forme de toutes ses parties était conservée; seulement à sa surface existait une matière pultaeée d’une odeur infecte ; chez la femme, qui nétait restée que cinq mois huit jours dans l’eau , il n’était pas ençore saponifié. Le cervelet subit les mêmes altérations que le cerveau, et en général d’une manière plus prompte. Les méninges se colorent promptement en rouge, en rouge violet, et même en brun, du moins dans une partie de leur étendue ; assez souvent la dure-mère est séparée du çer r veau par des gaz qui forment une ou plusieurs vessies quelquefois plus grosses qu’un œuf de poule; du reste, le tissu fibreux de cette membrane n’est détruit qu’au bout d’un temps fort long. Nerfs. Ils ne subissent au-

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cune altération sensible, même au bout d’un temps fort long. Voici ce que disait Bichat à l’égard du système nerveux : « La substance cérébrale et celle de la moelle se putréfient avec une extrême facilité quand on les soumet à l’action réunie de l’air et de l 'eau; elles prennent alors une couleur verdâtre , et cependant acquièrent de Vacidité et rougissent le papier bleu. Cè sont même, je crois, parmi les substances animales, celles qui présentent le plus vite ce phénomène. La substance médullaire nerveuse paraît au contraire résister beaucoup plus à là pourriture 5 les nerfs sont même une des parties del’économie animale les moins putréfiables. Pendant la vie, on les trouve souvent intacts dans un membre gangréné, au milieu d’un dépôt, etc. : sur le cadavre qui se pourrit, ils gardent leur blancheur et leur consistance au milieu de la noirceur et du ramollissement générai J’ai observé que l’eau de la macération du système nerveux donne très - peu d’odeur, tandis que celle du cerveau est 'fétide. Ces phénomènes n’auraient pas" lieu évidemment, si la substance médullaire du nerf était aussi putréfiable que celle du cerveau. Cependant il est manifeste que c’est spécialement au névrilème que lés nerfs doivent cetté espèce d’incorruptibilité; car j’ai observé que l’optique ou la substance médullaire prédomine, que l’olfactif et l’auditif, qui paraissent dépourvus de ce névrilème, se pourrissent plus facilement que les autres. J’ai remarqué aussi constamment que tandis que la substance blanche de là moelle épinière se pourrit, son enveloppe est intacte. » ( Anat . gén.,- 1.1, p. i 45 .)

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. Io5

Organes de la respiration. Quelque temps après que ' les cadavres sont dans l’eau, il s’opère un dégagement de gaz dans les poumons, et ceux-ci ne tardent pas à se distendre et à remplir la totalité de la cavité de la poitrine : nous avons vu quelquefois, au bout d’un mois de séjour dans l’eau en hiver, les poumons emphysémateux, au point que la [plèvre qui les recouvrait était soulevée çà et là par des vésicules grosses comme- de petites noisettes. Après avoir été ainsi distendus, les poumons s’affaissent, leur volume se trouve considé- . rablement diminué et leur densité augmentée ; du reste, leur couleur, leur aspect ne diffèrent pas de l’état normal. Dans l’observation où le cadavre était resté à peu près un an dans l’eau, ils étaient réduits au dixième environ de leur volume, et bien conservés; on pouvait les insuffler et les dilater six ou sept fois autant. Quelquefois les poumons contiennent dans leurs dernières ramifications bronchiques une plus ou moins grande quantité d’un liquide semblable à celui dans lequel la submersion a eu lieu : c’est particulièrement lorsque les cadavres ne sont restés que quelques jours dans l’eau; mais encore faut-il presque toujours, pour la découvrir, examiner les poumons peu de temps après la sortie des corps de l’eau ; autrement elle disparaît promptement. Le larynx, la trachée-artère ,.les bronches et leurs divisions, conservent leur aspect lisse, mais se colorent très-promptement. Leur membrane interne était d’un rouge violacé chez un individu qui n’était resté dans l’eau que huit jours pendant le mois d’avril; d’autres fois elle est d’un rouge-brun et même

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brune; dans certains cas, nous avons trouvé dans ces conduits des parcelles de matières molles; comme graisseuses, véritables débris de matières alimentaires. Jamais nous n’avons vu d’écume ni de liquide écumeur dans les conduits respiratoires, si les cadavres étaient restés dix ou douze jours dans l’eau; nous n’en avons aperçu que lorsque la submersion était fort récente, et que les cadavres étaient examinés peu de temps après leur sortie de l’eau. Du reste, nous croyons avoir suffisamment expliqué ces phénomènes ailleurs. ( Voyez Médecine légale, tome II, page 34 o.) Plus tard, les cerceaux cartilagineux perdent leur élasticité, se déforment, et finissent par se réduire aux fibro-cartilages, les tissus membraneux intermédiaires ayant été détruits les premiers par la putréfaction.

Organes de la circulation. Le cœur tend de plus en plus à se ramollir; il finit par être tout-à-fait flasque; sa couleur se fonce et passe successivement au rougeviolet et au rouge-brun presque noir, surtout dans l’intérieur des cavités droites et pendant les temps chauds; quelquefois sa surface, au lieu de rester humide, se dessèche d’une manière remarquable; enfin il se saponifie, notamment dans sa partie gauche. Chez la femme qui fait le sujet de l’observation 21 e , et qui était restée environ un an dans l’eau, le ventricule gauche du cœur presque entier était saponifié, tandis que le droit offrait à peine des tracés de saponification ; on n’én apercevait pas non plus chez le sujet de l’observation 20 e , qui était resté cinq mois huit jours dans la rivière.

Les artères et les veines, mais surtout ces dernières,

DES EXHUMATIONS JTJEIDÏQUES. 107

contiennent du sang; elles sont le siège’d’un développement considérable de gaz (voyez observation 17 e ) qui ne tardent pas' à déterminer la transsudation du sang à travers leurs parois, et à les colorer en rouge, en violet ou en rouge-brun ; d’où il suit que cette coloration sera plus intense dans les portions des vaisseaux où il y avait plus de sang et où il s’est dégagé plus de gaz. Nous avons vu, chez un individu qui était resté plus de quatre mois dans la rivière, la veine cave et l’aorte abdominale peu colorées, tandis que chez d’autres sujets qui n’étaient restés dans l’eau que deux ou trois semaines, ces vaisseaux étaient fortement colorés. Indépendamment de cette coloration, les artères et les veines se ramollissent, deviennent flasques, et leurs parois s’affaissent à la longue ; alors elles ne contiennent plus de gaz; plus tard les artères finissent même par se saponifier, tandis que les veines acquièrent plus de densité. Chez la femme qui était restée dans l’eau pendant un an environ ( voyez observ. 21 e ), les artères offraient une tendance à la saponification, tandis que les veines présentaient un tissu serré, résistant, et paraissaient avoir acquis plus de solidité. Bichat, après avoir établi que les artères exposées à l’air se pourrissent presque aussi difficilement que les cartilages et les fibro-cartilages, dit que l’eau dans laquelle, ont macéré des artères exactement isolées de tout tissu voisin, n’est pas fétide; en comparant cette eau à celle qui a servi à la macération des muscles, la différence est tranchante. Une preuve manifeste de la résistance des artères à la putréfaction et à îa macération, c’est

TRÂtrÉ

. ïo8

ce qu’on observe dans les viscères qui ont long-temps macéré ou qui sont pourris, comme dans le foie,la rate, les reins. Dans l’un et l’autre cas, dans le premier surtout, ces viscères se trouvent réduits à une espèce de putrilage. Eh bien ! leurs artères ont conservé leurs tissus encore très-durs, dans le ramollissement général. Sur le vivant, ces vaisseaux sont aussi infiniment moins susceptibles de putréfaction que k peau, le tissu cellulaire, etc. Le tissu veineux se pourrit plus facilement que l’artériel, mais bien moins que d’autres, par exemple, que le musculaire. L’eau où il a macéré isolément est beaucoup moins fétide que celle où une portion égale de tissu musculaire aurait séjourné. { Anat. génér. , tome I er , pag. aS6 et 4°9- ) - |

Sang. La quantité de sang contenue dans le cœur et dans les gros vaisseaux varie beaucoup; toutefois, elle n’est pas très-considérable, et nous n’avons jamais pu vérifier cette distension des ventricules du cœur et des vaisseaux par le sang, dont parlent les auteurs : à l’ouverture des cadavres qui avaient long-temps séjourné dans l’eau, nous avons toujours vu les cavités du cœur et celles des gros vaisseaux entièrement ou presque entièrement vides; du reste, le sang est d’un rouge-brun noirâtre, et presque toujours fluide. Cette fluidité en effet manqué rarement chez l’homme ; une fois seulement, dans nos nombreuses ouvertures de noyés, nous avens trouvé quelques caillots fibrineux dans le sang.

Organes de la digestion. Le canal digestif est décoloré chez les noyés qui ne sont pas restés long-temps

dans l’eau ; mais il ne tarde pas à rougir, ap point qu’il suffit quelquefois d’un séjour de deux ou trois semaines dRns la rivière pour que Y estomac soit d’un rouge violacé ou même d’un brun violet ( voyez, observ. 15 e ) ; cette rougeur,.qui s’étend bientôt à toutes les tuniques du viscère, pourrait en imposer d’autant plus pour une phlegmasie, que dans plusieurs de ses points il existe un emphysème sous-muqueux, emphysème que l’on a , par conséquent trop exclusivement considéré comme le résultat d’un travail inflammatoire. Nous avons vu, dans-un cas, la portion de péritoine qui revêt la face supérieure de l’estomac soulevée par des gaz, au point. de présenter une bulle de la grosseur d’un œuf. Les intestins subissent les, mêmes altérations que l’estomac j mais en général elles se manifestent plus promptement dans les intestins grêles que dans les autres. Tous ces viscères finissent par se ramollir, deviennent grisâtres et se détruisent. Chez la femme qui était restée un an dans l’eau ( voyez obs. 21 e ), l’estomac et toute la couche superficielle des intestins étaient détruits ; il ne restait que des cavités peu distinctes les unes des autres. Les intestins profonds étaient conservés et contenaient encore des matières fécales.

Organes glanduleux. Avant de parler des organes glanduleux en particulier, il ne sera pas inutile de mentionner les principaux résultats obtenus parBiehat. Les glandes, dit-il, cèdent diversement à l’action de l’eau : le foie y résiste plus que le rein, qui, au bout de deux mois d’expériences faites dans des vaisseaux placés dans des caves, a été réduit en une bouillie rougeâtre na-

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géant dans l’eau, tandis que le premier conservait, à la même époque et un peu plus tard, sa forme, sa densité, et avait seulement changé sa couleur rouge en un brun bleuâtre, caractère opposé à celui du rein, qui reste dans la macération tel qu’il est. Les glandes salivaires contiennent beaucoup de cette substance blanchâtre, onctueuse et assez dure, que présentent toutes les parties celluleuses long-temps macérées ( gras des cadavres) ; ce n’est pas lé tissu glanduleux qui a changé, mais uniquement la graisse contenue dans la cellulosité ici très-abondante. ( Anat . génér., tome II, page 58o.)

Foie. Le foie se ramollit de plus en plus, ce qui empêche de bien distinguer les diverses substances qui le composent ; sa couleur se fonce aussi et présente diverses nuances, suivant que le foie était primitivement de telle ou telle autre couleur. Nous avons souvent vu, après trois mois de séjour dans l’eau en hiver, sa face supérieure desséchée dans une assez grande étendue, offrant çà et là des plaques blanchâtres semblables à de la moisissure ; d’autres fois et plus tard, c’était une matière granulée, comme desséchée, d’un blanc assez éclatant ou d’un blanc jaunâtre, ayant l’aspect du gras des cadavres; ces matières existaient aussi,mais moins abondamment, à l’intérieur de l’organe, dont la consistance était ^diminuée au point de se laisser déchirer très-facilement : la membrane péritonéale qui le recouvre était soulevée par des gaz, et formait quelquefois des ampoules très-volumineuses. La 'vésicule du fiel se conserve long-temps, blanchit quelquefois, et devient souvent emphysémateuse. La rate tend aussi à

se ramollir, à se foncer en couleur et à devenir emphysémateuse : dans- un cas, nous l’avons vue très-desséchée à l’extérieur, et aussitôt qu’on cherchait à la séparer elle se déchirait et se réduisait en une sanie rougeâtre ( voyez observation 17 e ); chez l’individu qui était resté pendant quatre mois cinq jours dans l’eau, elle était lie de vin à l’intérieur et rédàite en bouillie. Le pancréas aussi se fonce en couleur, devient violet, perd de sa consistance, et n’offre plus de granulations distinctes.

Organes urinaires. Après trois mois de séjour dans l’eau en hiver, nous avons toujours vu les reins d’une couleur plus foncée, quelquefois même bruns ; leur consistance était tellement diminuée qu’on les déchirait avec la plus grande facilité, et l’on ne pouvait plus distinguer les deux substances qui les composent. Les uretères deviennent rouges d’abord, puis d’un brunviolacé. La vessie se conserve long-temps sans altération , puis sa membrane muqueuse devient rosée, rouge, violette, ètse soulève par des gaz qui se dégagent Hans le tissu cellulaire sous-muqueux. Nous n’avons jamais remarqué ces altérations pendant le premier mois du séjour des cadavres dans l’eau.

Organes génitaux. La matrice tarde beaucoup à perdre sa consistance; sa couleur devient également rouge violette.

Après avoir fait connaître les altérations successives que présentent les divers tissus qui se pourrissent dans l’eau à une température moyenne, nous croyons devoir indiquer, d’unemanière succincte, les faits lesplus remar-

112 ; TRAITÉ

quables observés par le docteur Giintz, en plongeant des enfans nouveau-nés dans de l’eau très-froide et dans le même liquide chaud. '

Action de Veaufroide. Si l’on place dans l’eau qui est sur le point de se geler, ou qui est déjà en partie glacée, le cadavre d’un enfant qui vient de mourir, l’eau pénètre promptement dans les oreilles, dans la bouche et dans les narines; il se dégage des bulles d’air, et, quelques instans après, la roideur cadavérique se manifeste et ne tarde pas à s’emparer de toutes les parties; le corps paraît gelé et immobile au fond du liquide et au milieu de la glace. Une heure après la submersion, v le doigt, appliqué sur la'peau, n’y laisse aucune impression ; lé thorax cède légèrement, le ventre a encore moins d’élasticité; les cartilages des oreilles, du nez, et le cordon ombilical, ainsi que le pénis, sont si fragiles , qu’ils se brisent par un choc un peu brusque et restent dans la glace ; les membres s’arrachent en entier, si on essaie de fléchir violemment leurs articulations.

Le corps a perdu beaucoup de son volume ; le globe oculaire et le scrotum paraissent surtout bièn diminués ; la diminution est moins sensible dans les autres parties. Le poids du cadavre, débarrassé de la glace qui adhère à sa surface, est aussi moindre qu’avant la submersion. La peau est blanche, luisante, et marquée çà et là de taches brillantes ; on voit rarement des parcelles colorées en rouge pâle. La cornée, qui n’est pas encore tout-à-fait terne, permet de voir l’iris à travers;' le cercle de la pupille, d’une grandeur ordinaire, est gris noir; les lèvres sont d’un rouge pâle, lés bords

des gencives d’un rouge clair, l’émail des dents blanchâtre , et le dos de la langue rouge pâle, tandis que sa face inférieure est d’un gris bleu; les mamelons sont bleuâtres, le cordon ombilical nacré, et tacheté de points d’un bleu foncé ; sa surface incisée offre une couleur rouge clair ; le pénis, le scrotum et la peau des grandes lèvres sont d’un blane rougeâtre; les ongles des doigts sont d’un violet pâle ; ceux des orteils ont une teinte plus claire; les bouts des dernières phalanges offrent souvent une nuance de sang clair.

Le cadavre ne répand point d’odèur; la température est à zéro ou au-dessous. Le scalpel né peut diviser qu’avec beaucoup de peine, et, si l’on emploie un instrument plus fort, on voit que toutes les parties intérieures sont roides etluisantés ; des fragmens de glaçons, quelquefois colorés en rouge, se déposent sur les bords des parties incisées et les rendent brillantes. La circonférence de tous les organes est diminuée. Le cerveau se rompt facilement par petits fragmens, et offre des fissures irrégulières qui paraissent partir des ventricules. Le thymus, un peu plus dur que les autres viscères , n’a presque pas diminué de volume. Le péricarde adhère au cœur et se déchire quand on veut l’en séparer; le cœur contient souvent beaucoup de sang congelé. Les poumons qui, n'ont pas encore respiré sont très-petits, durs, unis, et se précipitent rapidement au fond de l’eau ; quand au contraire ils ont réspiré, ils remplissent la cavité pectorale, sont granuleux à la surface, tendus, élastiques, et surnagent, quoique difficilement. Le diaphragme est ridé et pré-

TRAITÉ

sente dés enfoncemens du côté du ventre ; celui-ci n’est gonflé que lorsqu’on a introduit des alimens dans l’estomac après la naissance ou lorsqu’il s’est dégagé des gaz; dans le cas contraire, les intestins sont affaissés, et forment'aux endroits qui contiennent du méconium des cylindres durs et élargis. Le foie est volumineux, plus convexe qu’à l’ordinaire ; les bords des lobes, droit et gauche, sont un peu plus courbés; sa face concave est luisante à raison des gouttelettes de sang qui se sont congelées. La cavité de la vésicule biliaire est fortement ridée. La rate est arrondie, tendue, dure; le pancréas facile à déchirer; les reins sont consistons et roides; les parties génitales internes sont un peu dures et-moins volumineuses.

La couleur des viscères est en général plus claire que si le cadavre eût été exposé à l’air. Le derme est d’un rouge blanc. La graisse est d’un blanc jaunâtre, les muscles d’un brun clair, les os d’un rouge clair, excepté les pariétaux qui sont d’un rouge tirant sur le bleu ; les cartilages sont blancs, légèrement rosés en plusieurs endroits. La substance corticale du cerveau est blanche; la substance médullaire est d’un jaune brunâtre, et couverte de points rouges; la moelle épinière et les nerfs sont d’un blanc rougeâtre. Le cœur, couleur de chair, tiré cependant un peu sur le rouge; les poumons qui n’ont pas encore respiré sont d’un rouge bleu, et d’un jaune clair si la respiration a eu lieu. L’estomac et le canal intestinal sont d’un rouge pâte, marqués çà et là de taches jaunes provenant de la bile; le foie est brun foncé, bleu noir, et marqué en

jaune ; la vésicule biliaire-est d’un jaune foncé et d’un blanc rougeâtre. La rate est noire ou bleue; le pancréas est d’un rouge blanc, la surface des reins d’un blanc brunâtre. Toutes ces parties renferment du sang gelé, d’un rouge foncé, qui passe au rouge clair par le dégel.

La durée de cette période est indéterminée ; tant que le corps est dans les mêmes conditions, il ne change point d’état; on n’observe donc pas les périodes ultérieures de la décomposition. Mais si le cadavre est en outre sous l’influencé de quelques agens mécaniques, tels que des glaçons mobiles, des animaux voraces, etc., il éprouve des ehangemens notables ; les glaçons détachent quelques fragmens des parties.molles j quelques doigts, quelques orteils et même'des membres entiers; ils compriment lès parois des trois cavités, les percent, et finissent par broyer les os. Les animaux aquatiques et voraces enlèvent les parties charnues. Le courant contribue également à détruire la connexion des diverses parties et à les disséminer; il élève le cadavre du fond de l’eau, et il l’entraîne plus ou moins haut avec les glaçons.

Jctioh de Veau très-chaude. Quand on verse de l’eau très-chaude sur le corps d’un enfant nouveau-né, que l’on laisse dans cê liquide jusqu a ce que la température ne soit plus que de 3o° R., on remarque que l’épiderme se soulève et se détache facilement, qu’il est ridé, rétiforme , surtout là où la chaleur a exercé sa principale influence; les poils peuvent être facilement arrachés; les cheveux ne sont plus solidement implantés; les ôs du crâne peuvent être déplacés; la fontanelle frontale est

molle; les cartilages des oreilles et du nez sont souples et les paupières toujours ouvertes ;-les yeux sont lâchement maintenus dans les orbites ; le cordon ombilical est très-ramolli, l’anus relâché, et les.articulations trèsmobiles. Les ongles des doigts' et des orteils tiennent encore solidement par leurs racines.

Le cadavre exhale une légère odeur de gibier trempé daiis l’eàu bouillante, et ne présente point de taches cadavériques; il est d’un blanc jaunâtre, rouge dans quelques endroits ; les points du réseau cutané soulevés tirent sur le blanc de lait;les yeux ont perdu leur éclat; les bords des lèvres sont d’un rouge brun clair ; la langue et les parois de la bouche sont brunâtres; le cordon ombilical est d’un blanc sale, sans aucune tâche bleue; les ongles des doigts sont d’un gris pâle, et blancs aux extrémités ; ceux des orteils sont blancs. En ouvrant le corps, on voit que toutes les parties sont dans un e'tat de flaccidité remarquable ; c’est même à ce seul caractère qu’on peut lès distinguer de celui d’un enfant nouveau-né, mort depuis peu de temps.

L’eau dans laquelle le corps a été plongé est d’un rouge pâle , trouble et mêlée de cheveux.

Quand, au lieu d’agir ainsi, onfait bouillirle cadavre pendant une demi-heure dans l’eau, l’épiderme se détache par grands lambeaux d’un blanc de lait ; le corps, dont les parties paraissent avoir moins de cohésion, a conservé ses formes, quoique cependant la tête soit plus anguleuse, le menton et le nez aplati; mais ceci dépend de Impression exercée par les parois du vase; les cheveux s’arrachent avec facilité; les poils sont

en partie suspendus dans l’épiderme détaché , en partie légèrement implantés dans le derme ; les os dé la tête se déplacent avec peine. Les deux oreilles et même les cartilages du nez adhèrent faiblement à leurs points d’insertion. Le ventre est flasque, le cordon ombilical et l’anus relâchés, les articulations trèsmobiles : le derme reçoit facilement et conserve les impressions du doigt; aucune partie du corps n’est élastique. Les parties, dépouillées d’épiderme, sont d’un jaune gris clair, entremêlé de rose et même de rougeâtre ; les parties colorées sont d’un blanc grisâtre, les-lèvres d’un brun clair, les parois de la cavité buccale et la langue d’un brun encore plus clair, les mamelons d’un rouge brun clair. Le cadavre ne répand aucune odeur désagréable.

L’eau dans laquelle le corps, avait bouilli était trouble et tirait sur le rouge ; en en mettant un peu dans un verre, on voyait de la graisse et de l’écume surnager, des grumeaux de méconium se précipiter, des cheveux et des poils rester mêlés avec le liquide. j

Quand, après avoir examiné rapidement les corps que l’on a fait bouillir pendant une demi-heure avec l’eau, on les plonge de nouveau dans ce liquide bouilr lant , et qu’on prolonge l’ébullition pendant unè heure et demie, en ayant soin de renouveler l’eau à mesure qu’elle s’évapore, on remarque que la surface de l’eau est épaisse, écumeuse, mêlée de graisse, de cheveux, de fragmens d’épiderme, de sang-, de mucus, et même de quelques parcelles de tissu cellulaire. En essayant de retirer le corps, on voit que ses formes sont consl-

dérablement changées et en partie détruites; la tête se détache ; le cuir chevelu se déchire en plusieurs endroits; les commissures membraneuses sont déchirées , et livrent passage à des lambeaux de la d ure-mère et du cerveau, qui est ramolli et d’un blanc grisâtre, excepté vers les parties internes qui sont rougeâtres. L’oreille droite et le nez n’existent plus. Les ouvertures des paupières et de la bouche ressemblent à de longues fentes étroites; la langue est petite et épaisse. Les tégumens et les muscles sont déchirés obliquement sans être, frangés ; les artères proéminentes sur les parties déchirées, comme des pointes tuberculeuses, longues d’un pouce ; les vertèbres sont séparées dans un ou plusieurs endroits, et l’on voit sortir une portion de l’enveloppe de la moelle épinière. La cavité pectorale est ouverte ; l’on aperçoit des déchirures profondes et transversales qui pénètrent jusqu’aux muscles intercostaux. L’abdomen, tiraillé et affaissé, était fendu depuis le nombril jusqtia la.région pubienne; cette fente donnait issue à une partie des intestins en bouillie et à du méconium; il n’y a plus ni cordon ombilical ni scrotum ; le pénis est réduit à un petit bouton, et l’ouverture de l’anus remplit l’espace limité par les ligamens sous-sciatiques. Les extrémités supérieures, sont presque dépouillées de parties molles ; la main droite et les doigts de la main gauche n’existent plus, et l’on ne trouve dans l’eau que les noyaux ossifiés des os qui les formaient. Les extrémités inférieures, presque entièrement dépourvues de parties molles, ont éprouvé des altérations encore plus considérables. La jambe droite est séparée delà

cuisse; l’extrémité gauche, dont le pied n’existe plus,' s’est détachée de la cavité cotyloïde au moment où l’on a retiré le corps de l’eau. La plus légère traction suffit pour désunir les articulations. Les épiphyses cartilagineuses sont détachées de quelques os, notamment de ceux qui ne tiennent plus à l’ensemble. Les muscles, presque complètement dissous, ne présentent que çà et là un peu de solidité et une structure fibreuse : le derme et le tissu adipeux sont séparés des muscles, et comme renversés dans plusieurs endroits. Le cerveau, les nerfs et les gros vaisseaux sont assez consistans, surtout si on les compare aux autres parties.

Les couleurs sont en général plus pâles que lorsque l’ébullition n’avait duré qu’une demi-heure ; l’épiderme est gris jaune, les muscles brun clair, et les os gris jaune. A l’intérieur, on voit que les poumons, le foie et la rate ont été dissous et comme fondus; que le thymus et les reins sont durcis et tenaces ; que le diaphragme est réduit à son aponévrose centrale, et que tout le sang a été enlevé par l’eau.

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